Bilans énergétiques : Comparaison Allemagne et France

(dernière mise à jour de l´article le 30.10.2018)

Bien que les deux pays connaissent des situations énergétiques et en particulier électriques très différentes, on peut observer certaines ressemblances au niveau des objectifs de la transition énergétique en France et en Allemagne : recours accru à la production d’origine renouvelable, amélioration de l’efficacité énergétique et une décarbonation profonde de leurs économies d’ici 2050.

Il n´est donc pas illicite de regarder les principales caractéristiques énergétiques des deux pays de plus près et de les comparer. Plusieurs publications se sont consacrées à ce sujet dans le passé, voir à titre d´exemple les références /1/ à /5/.

Consommations énergétiques finales

Considérée en valeur absolue, la consommation finale d’énergie en Allemagne est historiquement plus élevée qu’en France métropolitaine, ce qui s’explique entre autres par une population plus élevée en Allemagne (82,9 millions d’habitants en 2017 en Allemagne contre 67,2 millions en France selon Eurostat) et une différence de climat non négligeable entre les deux pays (12,6 °C en moyenne en France contre 8,6 °C en Allemagne). En 2016, le facteur de consommation finale d´énergie de l’Allemagne par rapport à la France est ~ 1,4.

Néanmoins on constate une répartition de la consommation finale à usage énergétique par forme d’énergie assez semblable (figure 1).

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Figure 1 : Décomposition de la consommation finale à usage énergétique par forme d’énergie en 2016 /6/, /7/

On note une différence de 5 points dans la consommation de gaz naturel, plus élevée en Allemagne tandis que la part de l’électricité est de 5 points plus élevée en France. Une des raisons est le plus grand recours à l’électricité comme énergie de chauffage en France, alors qu´en Allemagne on se chauffe majoritairement au gaz et au fioul /18/ (voir aussi /19/ figure 30). Pour la part de 5% de la chaleur commercialisée dans la consommation finale d’énergie, c´est le reflet d´un développement plus avancé du chauffage urbain en Allemagne par rapport à la France (2%).

La figure 2 montre la répartition de la consommation finale d’énergie dans les deux pays d’un point de vue sectoriel.

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Figure 2 : Origine sectorielle de la consommation finale d’énergie en 2016 /6/, /7/

On constate ainsi que :

  • Avec 28% en Allemagne contre 20% en France, l’industrie pèse nettement plus sur la consommation finale d’énergie, ce qui est à relier logiquement au poids économique du secteur industriel outre-Rhin
  • Le secteur des transports a une part à la consommation finale d’énergie légèrement plus élevée en France (34 %) qu’en Allemagne (30 %) à relier entre autres à la superficie plus élevée de la France
  • La part des secteurs résidentiel-tertiaire à la consommation finale d’énergie est assez semblable en France (43%) et en Allemagne (42 %)
  • En revanche l’agriculture et de la pêche ne jouent pratiquement aucun rôle en Allemagne dans la consommation d´énergie

Production de l´électricité

Les marchés électriques français et allemand sont les deux plus importants d’Europe, représentant à eux deux environ 37% de l’électricité produite au sein de l’Union européenne selon Eurostat. En revanche le mix de production électrique diffère considérablement entre les deux pays (voir figure 3).

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Figure 3 : Production nette de l´électricité en 2017 /8/, /9/

Historiquement les deux pays n’ont pas fait les mêmes choix de moyens de production d’électricité : alors que la France a choisi d’orienter son appareil de production vers la technologie nucléaire dès les années 1970, l’Allemagne a privilégié les sources de production fossiles (54 % de son mix électrique en 2017), en particulier le charbon et la lignite dont elle dispose en abondance, et le gaz, en grande majorité importé.

Par ailleurs, le territoire français dispose d’un avantage physique avec des moyens de production hydraulique assez conséquents (9 % du mix de production électrique en 2017).

Enfin, depuis les années 2000, l’Allemagne a fait le choix de développer massivement les technologies renouvelables de production électrique (notamment photovoltaïque et éolien), qui ont représenté 34 % de la production nette allemande en 2017 ; alors qu’elles constituent 17 % du mix électrique en France en 2017 (y compris les 9% de l´hydroélectricité).

Malgré un développement massif des énergies renouvelables intermittentes (99 GW en 2017), l´Allemagne fait partie du groupe de tête en matière de sécurité d´approvisionnement. La raison en est très simple : l’Allemagne a gardé jusqu´à maintenant un parc thermique assez confortable pour suppléer aux carences des énergies renouvelables fatales et se trouve dans une situation très luxueuse de deux parcs totalisant une capacité nette de presque 216 GW pour une consommation de pointe de 84 GW (voir figure 4).

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Figure 4 : Puissance électrique installée fin 2017 en France et en Allemagne selon /7/, /14/ et /15/

Avec une capacité pilotable d´au moins 106 GW (nucléaire, thermique à combustible fossile et bioénergies) l´Allemagne dispose, hors photovoltaïque, éolien et même hors hydroélectricité, d’une capacité suffisante pour faire face à la pointe. On note cependant une érosion des moyens de production pilotables suite à l´arrêt de ~ 2,7 GW de lignite d´ici 2019/2020 et celui du nucléaire restant d´ici 2022, conformément à la loi atomique. La capacité totale des centrales thermiques pourrait même diminuer à 75 GW d´ici 2023 selon la fédération des entreprises de l’énergie BDEW /17/.

A gauche de la figure 4, en comparaison, la capacité installée en France de 131 GW avec une pointe autour de 100 GW. La France dispose d´une puissance pilotable de 84 GW (nucléaire, thermique à combustible fossile et bioénergies) et doit compter au minimum sur l´hydroélectricité pour passer la pointe en cas de vague de froid sévère.  La France a déjà annoncé la suppression au moins partielle de sa capacité thermique à combustible fossile et compte à terme réduire la capacité du parc nucléaire à 50%.

Bilan d´étape en France et en Allemagne concernant la réalisation des objectifs du paquet énergie-climat de l´UE 2020

L´UE s’est dotée d´un ambitieux cadre législatif et politique en matière énergie et de lutte contre le réchauffement climatique /10/. Ce cadre est valable jusqu´en 2020 et est fondé sur un trio  d´objectifs politiques, le 3×20 %.

  • Réduction des émissions de gaz à effet de serre de 20 % par rapport à 1990
  • Augmentation de la part des énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie à 20 %
  • Augmentation de 20 % de l’efficacité énergétique (réduire la consommation d’énergie de 20% par rapport à un scénario tendanciel).

Il est intéressant de comparer l´état de mise en œuvre de ces objectifs quantitatifs de deux pays. Les données ont été extraites des tableaux Eurostat /11/.

Réduction des émissions de gaz à effet de serre de 20 % par rapport à 1990

La figure 5 montre les objectifs 2020 de l´UE concernant les émissions de gaz à effet de serre et le bilan d´étape en France et en Allemagne.

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Figure 5 : Evolution des émissions de gaz à effet de serre et objectifs du paquet énergie-climat de l´UE 2020

Avec 11,4 t CO2éq par habitant contre 7,1 t CO2éq par habitant en France, un allemand émettait 60% de plus de CO2 en 2016 qu´un français selon les statistiques de l´Eurostat.

Dans le cadre du paquet énergie-climat de l´UE, la France s´est engagée sur une réduction de 20% par rapport à 1990. Pour tenir cet engagement, la France devrait passer maintenant à une réduction de 6 Mt CO2 par an.

En Allemagne, on notera des gains substantiels en émissions de CO2   entre 1990 et 2005 puis en 2009. La raison principale de la baisse entre 1990 et 2005 est la fermeture ou la modernisation des vieilles usines très polluantes en Allemagne de l´est suite à la réunification. La baisse en 2009 est due à la crise économique.

Alors que l’Allemagne a atteint ou dépassé ses objectifs européens en termes de réduction des émissions, elle reste en retard sur son objectif national de 40% de réduction de gaz à effet de serre d´ici 2020. Il faudrait tripler les efforts par rapport à la période précédente, baisse de 44 Mt/an au lieu de 13 Mt/an ce qui parait infaisable.

Selon le dernier rapport 2017 des « Chiffres clés du climat » (Klimaschutzbericht 2017) seule une réduction de 32% au lieu de 40 % sera atteinte d´ici 2020 /12/.

Part des énergies renouvelables dans la consommation brute d´énergie finale

Le paquet énergie-climat 2020 de l´UE stipule une part de 20% des énergies renouvelables dans la consommation brute d´énergie finale d´ici 2020. La figure 6 montre les objectifs 2020 de la France et de l´Allemagne et le bilan d´étape en 2016.

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Figure 6 : Part des énergies renouvelables dans la consommation brute d´énergie finale – Evolution et objectifs du paquet énergie-climat de l´UE 2020

L´Allemagne est à 14,8% et s´est fixé l´objectif de 18% à l´horizon 2020.  Le développement des énergies renouvelables traine notamment dans le secteur des transports. L´Allemagne est loin derrière son objectif d´un million de voitures électriques d´ici 2020.  Malgré cela, l´objectif 2020 sera vraisemblablement atteint compte tenu des parts importantes déjà réalisées dans la consommation d´électricité et de chaleur /13/.

La France a atteint 16% en 2016.  Avec 23% la France s’est fixé un objectif bien plus ambitieux que la préconisation de l’UE mais le chemin est encore long.

Augmentation de 20 % de l’efficacité énergétique

La baisse de la consommation est un maillon important pour réduire les émissions. L´objectif de l’Union européenne est d´améliorer de 20 % l’efficacité énergétique d´ici 2020 : cette réalisation de l’objectif étant mesurée d’après la réduction  de 20 % de la consommation d’énergie d’ici à 2020  par rapport aux projections.

La figure 7 ci-dessous décrit les progrès réalisés.

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Figure 7 : Augmentation de 20 % de l’efficacité énergétique: l’objectif correspond à une diminution de la consommation d´énergie primaire par rapport aux projections

La France s’est fixé le double objectif de réduire sa consommation énergétique à 131,4 Mtep d’énergie finale et à 219,9 Mtep d’énergie primaire en 2020 (hors transport aérien international, hors usages non énergétiques) /14/. Cela correspond à une réduction d´énergie primaire d´environ 15% par rapport à 2005. Avec – 10 % en 2016 par rapport à 2005, il faudrait maintenant réduire la consommation d´énergie primaire d´environ – 4 Mtep/an ce qui semble très sportif compte tenu des – 2,3 Mtep/an en moyenne depuis 2005. L’atteinte de l´objectif pour 2020 nécessite une montée en puissance rapide des mesures engagées et/ou des nouvelles mesures.

Les objectifs allemands de réduction de la consommation d’énergie sont également ambitieux : réduction de la consommation énergétique à 194,3  Mtep d’énergie finale et à 276,6 Mtep d’énergie primaire en 2020. Avec seulement – 7 % en 2016 par rapport à 2005 il faudrait maintenant réduire la consommation d´énergie primaire d´environ – 5 Mtep/an jusqu´en 2020, donc en moyenne 2,5 fois plus par an qu´entre 2005 et 2016, pour atteindre l´objectif des 276,6 Mtep. Du point de vue actuel l’objectif ne serait pas atteint.

Références

/1/ La Comparaison des situations énergétiques de la France et de l ’Allemagne, 2011, https://www.connaissancedesenergies.org/sites/default/files/pdf-actualites/ufe_comparaison_france_allemagne.pdf

/2/ Observatoire de l´industrie électrique (OIE) : « Comparaison des situations énergétiques de la France et de l’Allemagne, Janvier 2014, http://observatoire-electricite.fr/notes-de-conjoncture/Comparaison-des-situations

/3/ Gama, Jean-Michel :  Bilan des énergies 2014 – Comparaison Allemagne et France, Mars 2016, Bilan des énergies 2014 – Comparaison Allemagne et France 060316

/4/ Observatoire de l´industrie électrique (OIE) : « Comparaison des situations énergétiques de la France et de l’Allemagne », Juin 2016, http://observatoire-electricite.fr/IMG/pdf/note_pedago_comparaison_fr_all.pdf

/5/ CDE . « Mix énergétique de l’Allemagne », Mars 2014, https://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/mix-energetique-de-l-allemagne

/6/ EU energy in figures : Statistical pocketbook 2018 , 22.10.2018, https://publications.europa.eu/en/publication-detail/-/publication/99fc30eb-c06d-11e8-9893-01aa75ed71a1/language-en

​/7/ Energy statistical country datasheets : Country Datasheets, August 2018 update,https://ec.europa.eu/energy/en/data-analysis/energy-statistical-pocketbook

/8/ RTE : Bilan électrique 2017, http://bilan-electrique-2017.rte-france.com/

/9/  BDEW  : Nettostromerzeugung, 2/2018, https://www.bdew.de/media/documents/Nettostromerz-D-Vgl-VJ_o_online_jaehrlich_Ki_31052018.pdf

/10/ Union Européennes : Paquet sur le climat et l’énergie à l’horizon 2020, https://ec.europa.eu/clima/policies/strategies/2020_fr

/11/ Eurostat : Indicateurs Europa 2020,  http://ec.europa.eu/eurostat/de/data/database

/12/ https://allemagne-energies.com/2018/06/14/chiffres-cles-du-climat-2017-en-allemagne/

/13/ https://allemagne-energies.com/2018/07/02/le-gouvernement-allemand-publie-le-6eme-rapport-de-suivi-transition-energetique/

/14/ Ministère de la Transition écologique et solidaire : Rapport de la France relative à l’efficacité énergétique, avril 2018, https://ec.europa.eu/energy/sites/ener/files/documents/fr_annual_report_2018_fr.pdf

/15/ BDEW : « Kraftwerkspark in Deutschland », 27 avril 2018, https://www.bdew.de/energie/kraftwerkspark-deutschland-gesamtfoliensatz/

/16/ Umweltbundesamt : « Erneuerbare Energien in Deutschland Daten zur Entwicklung im Jahr 2017 », mars 2018, https://www.umweltbundesamt.de/publikationen/erneuerbare-energien-in-deutschland-2017

/17/ La capacité de production en pointe du parc allemand pourrait ne plus garantir la sécurité d’approvisionnement à partir de 2020 lors d’un hiver rigoureux (mise à jour du 24 avril 2018)

/18/ Umweltbundesamt : « Energieverbrauch privater Haushalte », https://www.umweltbundesamt.de/daten/private-haushalte-konsum/wohnen/energieverbrauch-privater-haushalte

/19/ Énergies renouvelables : de nombreux défis