Introduction

Texte mise à jour le 19.08.2022 

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Bien que la Loi sur les énergies renouvelables mise en place en 2000 et l´abandon du nucléaire acté en 2002 constituent des étapes importantes de la politique énergétique allemande, la transition énergétique allemande repose essentiellement sur le concept énergétique de 2010.

Ce concept définit les grandes orientations de la transition énergétique et fixe des objectifs quantitatifs pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre, le développement des énergies renouvelables et l´efficacité énergétique dans tous les secteurs. Il visait une réduction d´au moins 80% des émissions de gaz à effet de serre à l´horizon de 2050 par rapport à 1990 et entre autres un recul de 25% de la consommation brute d´électricité entre 2008 et 2050.

Le nucléaire devait encore bénéficier d´une prolongation de fonctionnement au titre de technologie de transition, avant que quelques mois plus tard suite à l´accident de Fukushima, le gouvernement fasse marche arrière et accélère la sortie du nucléaire jusqu´à fin 2022. Cette décision est appelée « Energiewende », le tournant énergétique.

Le mot « Energiewende » a été adopté parce qu´il s´agit une décision radicale. Le mot « Die Wende » (le tournant) était déjà utilisé en 1989 pour désigner le processus de changement après la chute du mur à Berlin.

Le concept du tournant énergétique a été adapté au fur et à mesure. Les grandes étapes sont :

  • La Loi de Protection du Climat (Bundes – Klimaschutzgesetz) de 2019, avec l´objectif de « neutralité carbone » à l´horizon de 2050 et son durcissement en 2021 suite à la critique de la Cour Constitutionnelle : l´Allemagne vise maintenant la neutralité carbone en 2045 ;
  • La Loi sur les Énergies Renouvelables, plusieurs fois amendée, prévoyant une part des énergies renouvelables de 80% dans la consommation brute d´électricité d´ici 2030 et un approvisionnement en électricité quasi climatiquement neutre en 2035 ;
  • L´instauration d´une taxe carbone à partir de 2021 pour toutes les émissions de CO2 générées par l´utilisation des combustibles dans les secteurs non couverts par le système européen d´échange de quotas d’émission ;
  • La Loi sur la sortie progressive de la production d´électricité à base de houille et de lignite à l´horizon de 2038 au plus tard et en 2030 dans l´idéal ;
  • Le Plan de Déploiement National de l´Hydrogène avec l´objectif d´au moins 10 GW d´électrolyseurs disponibles en 2030

L´atteinte de la neutralité carbone en 2045 augmentera considérablement les contraintes imposées au niveau individuel et collectif. Pour y arriver il faudra réduire considérablement la consommation d´énergie grâce à l´efficacité énergétique, un développement drastique des énergies renouvelables et une large utilisation des « powerfuels », comme hydrogène lorsque l´électricité ne peut pas être utilisée directement.

De plus, tous les scénarios prévoient maintenant une forte hausse de la consommation d´électricité suite à son utilisation accrue dans les autres secteurs économiques et la montée en puissance de la production d´hydrogène par électrolyse. La réduction de la consommation d´électricité supposée dans le concept énergétique de 2010 s´est révélée erronée.

Le fait que l´électricité de sources intermittentes ne soit pas disponible lorsque nécessaire et qu´inversement elle soit produite en grande quantité lorsque la demande est faible entraîne des difficultés de gestion du réseau électrique.

Le remède serait le stockage de la surproduction d´énergies renouvelables fluctuantes et la réinjection de l´énergie dans le réseau pendant des périodes de forte consommation lorsque la production de l´éolien et du photovoltaïque est faible. Cependant, les grands systèmes de stockage d´énergie ne sont toujours pas en vue et les centrales conventionnelles pilotables seront encore nécessaires pendant longtemps.

Dans le cadre de l´abandon du nucléaire et du charbon, les capacités de production conventionnelles d´électricité se réduisent aux centrales à gaz. Ces centrales, exploitées à terme de manière neutre en carbone grâce à l´hydrogène, devraient jouer un rôle pivot pour suppléer l´intermittence de la production de l´éolien et du photovoltaïque. Les nouvelles conditions politico-économiques du gaz dues à la guerre en Ukraine constituent un obstacle supplémentaire au déploiement de ces centrales en attendant la maturité de la filière hydrogène. La dépendance au gaz russe est le dommage collatéral d´une transition énergétique organisée de manière irréfléchie. Le gouvernement n´a pas encore présenté une stratégie alternative.

Au pied du mur, les prochaines années détermineront si l´Allemagne parviendra à mettre en œuvre ses objectifs climatiques. Le gouvernement a lancé en 2022 un programme d´urgence principalement basé sur les énergies renouvelables. Il s´agit d´un paquet de mesures pour la protection du climat qui n´a jamais existé auparavant, revendiqué comme « le plus grand amendement législatif en matière de politique énergétique depuis des décennies ».

Les ambitions de l´Energiewende seront donc à l´épreuve des faits dans les prochaines années. Un échec risquerait de compromettre la place économique allemande et l´acceptation sociétale de la transition énergétique. L´Europe, et la France en particulier, devraient en suivre de près l´avancement.

Ce site parle des progrès – réels – mais aussi de la complexité de ce projet de transformation socio-économique et d´investissement, vus par un Allemand ayant travaillé dans le secteur de l´électricité en Allemagne et en France.

Les idées reçues sur la transition énergétique allemande sont légion en France. Pour les uns c´est un modèle à suivre, pour les autres c´est un véritable fiasco. Sur la base des informations référencées sur des sources officielles, les lecteurs pourront se former une opinion propre et en déduire d´éventuelles pistes pour la France.

Auteur

Hartmut Lauer, Ingénieur diplômé et Docteur – Ingénieur (Université technique de Hanovre), a travaillé plus de 35 ans dans le secteur de l´électricité en France et en Allemagne.

Ancien dirigent d´un grand énergéticien allemand, il a été membre de plusieurs comités consultatifs et techniques dans des entreprises spécialisées du domaine de l´énergie. Il a également été membre de la Commission sur la Sûreté des Installations Nucléaires (Reaktorsicherheitskommission) auprès du Ministre Fédéral de l´Environnement.

A la demande de l´Université Technique de Darmstadt il a enseigné de nombreuses années la matière « Énergie Nucléaire » comme professeur détaché. Il appartient de longue date à la KTG (Société d´énergie nucléaire allemande) et à la SFEN et est l´auteur de nombreuses publications sur le nucléaire et la transition énergétique en Allemagne.

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