Introduction

Texte mis à jour le 17.07.2026

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Le mot « Energiewende » est utilisé pour la première fois en 1980 dans un ouvrage de l’Öko‑Institut appelant à un tournant énergétique sans pétrole ni nucléaire. Depuis, ce terme est devenu le symbole de la politique énergétique allemande.

Le mot « Energiewende » a été adopté parce qu’il s’agit d’une décision radicale. Le mot « Die Wende » (le tournant) était également utilisé en 1989 pour désigner le processus de changement après la chute du mur de Berlin.

Bien que la Loi sur les énergies renouvelables mise en place en 2000 et l’abandon du nucléaire acté en 2002 constituent des étapes importantes de la politique énergétique allemande, la transition énergétique repose essentiellement sur la feuille de route énergétique à l’horizon 2050, appelée concept énergétique « Energiekonzept », publiée par le gouvernement en 2010.

Ce concept définissait les grandes orientations de la transition énergétique et fixait des objectifs quantitatifs notamment pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre, le développement des énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.

En 2010 les centrales nucléaires pouvaient encore bénéficier d’une prolongation de fonctionnement au titre de technologie de transition. Mais quelques mois plus tard, suite à l´accident de Fukushima en mars 2011, le gouvernement a fait marche arrière et a fixé la sortie du nucléaire à 2022.

Le tournant énergétique a été adapté au fur et à mesure et les objectifs durcis. La Loi sur la protection du climat (Klimaschutzgesetz) vise la neutralité carbone (zéro émission nette) de l’Allemagne d’ici 2045. De plus, le système électrique devrait être pratiquement neutre en carbone dès 2035.

Après la décision de l’abandon du nucléaire, l’Allemagne avait tablé sur le gaz russe à bon marché pour sécuriser son approvisionnement énergétique. La crise énergétique, née de la guerre en Ukraine, a changé la donne. L’Allemagne, sevrée du gaz russe dont elle était fortement dépendante, s’est trouvé confrontée à une envolée des prix de l’énergie, générant un problème de compétitivité globale de l’industrie.

Le gaz russe a été finalement substitué courant 2022 par des importations notamment en provenance des pays d’Europe occidentale. En outre, l’infrastructure gazière a été complétée par des terminaux méthaniers destinés à accueillir le gaz naturel liquéfié (GNL).

Tout cela n’a pas empêché la coalition gouvernementale de persévérer dans sa politique climatique dogmatique et d’arrêter définitivement les trois dernières centrales nucléaires mi-avril 2023.

Suite aux élections fédérales en février 2025, l’Union chrétienne démocrate (CDU) et l’Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU) sont parvenues à former une coalition gouvernementale avec les Sociaux-démocrates (SPD). Le nouveau gouvernement a pris ses fonctions le 6 mai 2025. La politique « énergie-climat » de la nouvelle coalition gouvernementale allemande peut être consultée ici.

Le nouveau gouvernement mise en général sur la continuité de la politique énergétique du gouvernement sortant : l’objectif de zéro émission nette d’ici 2045, le développement massif des énergies renouvelables (notamment éolienne et solaire), l’hydrogène « vert » et la sortie progressive du charbon au cours de la prochaine décennie. Tout en maintenant le renoncement aux centrales à fission nucléaire, le gouvernement poursuit son objectif de construction du premier réacteur à fusion en Allemagne à partir de 2040.

Le développement massif de l’éolien et du photovoltaïque dans le secteur électrique (plus de 80 GW entre 2020 et 2025) n’a eu qu’un impact limité sur la décarbonation de la consommation finale d’énergie (électricité, chaud et froid et transports).

Environ la moitié de la consommation finale d’énergie est consacrée au secteur du chaud et froid, tandis que les secteurs des transports et de l’électricité représentent chacun environ un quart. Pour atteindre la neutralité carbone en 2045, l’électrification massive des usages sera indispensable.

Les mégawatts installés d’énergies renouvelables ne sont qu’une valeur théorique. Ce qui compte, c’est le volume d’électricité réellement fourni au bon moment et au bon endroit.

Le solde des échanges d’électricité est importateur en Allemagne depuis 2023 alors même que la puissance installée des énergies renouvelables bat des records.

La variabilité de l’éolien et du photovoltaïque est devenue un réel défi pour les réseaux électriques. Les coûts des services système électriques, nécessaires pour maintenir le réseau électrique stable, sûr et équilibré en permanence, ont plus que quadruplé depuis 2014.

Malgré le développement massif d’énergies renouvelables variables, l’intensité en émissions de gaz à effet de serre de la production d’électricité en Allemagne reste à un niveau presque 18 fois plus élevé qu’en France.

Pour réduire les émissions de la production électrique, il faudrait remplacer les combustibles fossiles des moyens pilotables en backup par l’hydrogène. Mais la question de savoir si et quand suffisamment d’hydrogène « vert », à un prix abordable, sera disponible reste en suspens.

Le coût total de la transition énergétique reste flou. Le gouvernement allemand ne réalise pas ses propres prévisions des coûts. Il observe et analyse les études de coûts réalisées par des tiers sans toutefois adhérer aux résultats. Une étude commandée par la Chambre de commerce et d’industrie estime les coûts pour la poursuite de la politique énergétique actuelle à 5.400 Md€ pour la période 2025 – 2049, soit environ 1,2 fois le PIB annuel.

L’Allemagne a mis en place un système extrêmement coûteux qui, malgré d’énormes transferts financiers, n’offre pas de prix compétitifs en comparaison internationale et ne parvient pas non plus à baisser efficacement les émissions de gaz à effet de serre. Plus la transition énergétique avance, plus ses contradictions apparaissent clairement. La complexité de la transition énergétique continue d’être sous-estimée.

Même si un « nouveau départ » de la transition énergétique a été annoncé par le nouveau gouvernement, l’année 2025 a été surtout une année de transition politique, au cours de laquelle seules quelques initiatives législatives ont été menées à bien.

Les prochaines années détermineront si le gouvernement allemand parviendra à réaliser ses objectifs ambitieux : neutralité climatique, garantie de la sécurité d’approvisionnement et coûts énergétiques abordables.

Le tournant énergétique est un projet mammouth – probablement le plus grand programme d’investissement de l’histoire de la République Fédérale d’Allemagne. L’Europe, et la France en particulier, devraient suivre de près son avancement et les résultats obtenus.

Ce site parle des progrès – réels – mais aussi de la complexité de ce projet de transformation socio-économique et d’investissement, vus par un Allemand ayant travaillé dans le secteur de l’électricité en Allemagne et en France.

Les idées reçues sur la transition énergétique allemande sont légion en France. Pour les uns c’est un modèle à suivre, pour les autres c’est un véritable fiasco. Sur la base des informations référencées sur des sources officielles, les lecteurs pourront se forger une opinion éclairée sur la transition énergétique allemande et en déduire d’éventuelles pistes pour la France.

Auteur

Hartmut Lauer, Ingénieur diplômé et titulaire d’un doctorat en ingénierie (Université technique de Hanovre), a travaillé plus de 35 ans dans le secteur de l’électricité en France et en Allemagne.

Ancien dirigent d’un grand énergéticien allemand, il a été membre de plusieurs comités consultatifs et techniques dans des entreprises spécialisées du domaine de l’énergie. Il a également été membre de la Commission sur la Sûreté des Installations Nucléaires (Reaktorsicherheitskommission) auprès du Ministre Fédéral de l’Environnement.

A la demande de l’Université Technique de Darmstadt il a enseigné de nombreuses années la matière « Énergie Nucléaire » comme professeur détaché. Il appartient de longue date à la KTG (Société d’énergie nucléaire allemande) et à la SFEN et est l’auteur de nombreuses publications sur le nucléaire et la transition énergétique en Allemagne.

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