Le tournant énergétique allemand

(dernière mise à jour de l´article le 07.04.2019)

Temps de lecture 15 – 20 min

Introduction

Le terme « tournant énergétique » (Energiewende en allemand) désigne en règle générale les décisions prises par le gouvernement fédéral allemand suite à l’accident de Fukushima en 2011. Le mot  « Energiewende » a été adopté parce qu´il s´agit une décision radicale. Le mot « Die Wende » (le tournant) était déjà utilisé en 1989 pour désigner le processus de changement après la chute du mur à Berlin.

Le tournant énergétique repose essentiellement sur le concept énergétique du gouvernement de septembre 2010  (BMWi et BMU 2010) à la différence près qu´en 2010 le nucléaire devait encore bénéficier d’une prolongation de fonctionnement au titre de technologie de transition.

Sur le plan politique, la première « transition énergétique », parfois  appelée « petit tournant énergétique » remonte à la coalition entre le Parti social-démocrate (SPD) et Les Verts (Bündnis 90/Die Grünen), au pouvoir entre 1998 et 2005. Ce paquet comprenait :

  • une taxe sur l’électricité (Stromsteuergesetz), introduite en 1999 pour réduire la consommation d´électricité et les émissions CO2 ainsi que pour financer la baisse de la cotisation de retraite.
  • une loi sur les énergies renouvelables appelée EEG (Erneuerbare Energien Gesetz), entrée en vigueur en 2000 pour créer un cadre favorable à la production d’électricité d’origine renouvelable grâce à un tarif d’achat garanti sur 20 ans (FIT : feed-in tariff) et à l’obligation pour les gestionnaires de réseau d’acheter en priorité cette électricité.
  • une loi de sortie du nucléaire (Gesetz zur geordneten Beendigung der Kernenergienutzung) en 2002 qui fixe à chaque réacteur un quota – en térawatt heure – restant à produire avant son arrêt définitif, toutefois sans spécifier une date d´arrêt fixe.

Les principaux objectifs du tournant énergétique de 2011 sont (BMWi 2019a) :

  • Sortie progressive du nucléaire d´ici 2022 et, à terme, des centrales charbon et lignite (une commission gouvernementale préconise la sortie du charbon d´ici 2038 (Allemagne-Energies 2019a))
  • Développement des énergies renouvelables, notamment éolien et solaire
  • Économies d´énergie
  • Réduction des émissions de gaz à effet de serre (neutralité carbone d´ici 2050)

Mesures phares de la transition énergétique française et allemande

Les deux pays se sont engagés dans une transformation importante de leurs systèmes énergétiques avec la mise en œuvre, pour la France, de la loi de « Transition Energétique relative à la Croissance Verte (LTECV) » complétée par les outils de planification (OIE 2018), la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) et la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC) et pour l´Allemagne les dispositions du  « Tournant Énergétique » . Au niveau des objectifs on peut retenir la forte convergence des stratégies française et allemande.

La figure 1 expose les mesures phares de la transition énergétique allemande (BMWi 2019a; CE 2019) et française (MTES 2016b, 2018b, 2019; CE 2019).

Ces mesures permettront en outre aux deux pays de respecter leurs objectifs européens en matière d’énergie et de climat à l´horizon 2020 (CE 2018c) et 2030 (CE 2018a). Un bilan d´étape concernant la réalisation des objectifs du paquet énergie-climat de l´UE 2020 en France et en Allemagne est publié au site web (Allemagne-Energies).

Fig 1 Les mesures phares 2_2019_1
Figure 1 : Les mesures phares de la transition énergétique France vs. Allemagne

Lutte contre le réchauffement climatiqueLe paquet de l´Union Européenne sur le climat et l’énergie à l’horizon 2020 (CE 2018c) fixe pour la France et l´Allemagne une réduction des émissions de gaz à effet de serre d´au moins 20 % par rapport à 1990. L´objectif du cadre pour le climat et l’énergie à l’horizon 2030, adopté en 2014, prévoit une réduction d’au moins 40 % des émissions de gaz à effet de serre de tous les secteurs de l’économie d’ici à 2030 par rapport à 1990 (CE 2018a).

Suite à l’accord de Paris et pour montrer l’exemple, les deux pays visent la neutralité carbone d´ici  2050.

Selon le Plan climat 2050 (BMU 2016a, 2016b), l´objectif à long terme de l´Allemagne est « une large neutralité carbone » en réduisant ses émissions de gaz à effet de serre de 80 à 95% d’ici 2050 par rapport à 1990.

LTECV de 2015 fixe comme objectif de diviser par 4 les émissions françaises de gaz à effet de serre en 2050 par rapport au niveau de 1990 (« facteur 4 »). Le gouvernement prévoit maintenant de remplacer cette cible par un objectif de « neutralité carbone » (équilibre entre les volumes de gaz à effet de serre émis et capturés) à l’horizon 2050 (MTES 2018a, 2018c).

L´objectif de neutralité carbone n’est pas de même nature qu’un objectif de réduction d’émissions. En effet, un certain niveau d’émissions paraît incompressible, en particulier dans les secteurs non énergétiques (agriculture et procédés industriels). Atteindre la neutralité carbone implique donc de compenser ces émissions par des puits de carbone, c´est-à-dire un réservoir (naturel ou technologique ) qui absorbe du carbone en circulation dans la biosphère,  comme la capture et stockage ou la réutilisation du carbone. La neutralité carbone s’atteindra donc au moment où la quantité de gaz à effet de serre émise chaque année sur le territoire sera équivalente à la quantité de CO2 absorbée par les puits de carbone du territoire.

Part des énergies renouvelables à la consommation d´énergie finale : il s´agit de la contribution à l´objectif européen « paquet énergie climat 2020 et 2030 ». L´objectif 2020 de la France est de 23% (MTES 2016a) et l’Allemagne se contente de 18% c´est-à-dire un objectif inférieur à celui de l´Union Européenne de 20%.

L’Union Européenne avait initialement fixé pour objectif à l’horizon 2030 (CE 2018a) une part des énergies renouvelables d’au moins 27 % à la consommation d’énergie. Le nouvel objectif,  validé en décembre 2018 par le Conseil de l’Union Européenne,  prévoit une part de 32% d´énergie d´origine renouvelable dans la consommation énergétique finale brute, avec une disposition prévoyant un réexamen en vue d’augmenter l’objectif spécifique d’ici 2023 (CE 2018b).

L´objectif 2030 de l’Allemagne est de 30% (CE 2019). La loi de transition énergétique française (LTECV) prévoyait initialement que 32% de la consommation d’énergie en 2030 soient d’origine renouvelable et vise maintenant 34% selon le projet de plan national intégré énergie-climat (CE 2019). Cette progression des énergies renouvelables est prévue dans toutes les filières mais devrait être particulièrement marquée dans le secteur électrique.

Part des énergies renouvelables dans la consommation d´électricité : l´Allemagne met  l’accent sur l´augmentation de la part des énergies renouvelables dans le secteur de l´électricité, notamment en utilisant la technologie de l’éolien et du photovoltaïque. Pour 2030 le gouvernement allemand vise maintenant une part de 65% d´énergies renouvelables à la consommation brute d´électricité au lieu de l´objectif initial de 50% (Allemagne-Energies 2018b).

La loi de transition énergétique pour la croissance verte prévoyait de porter à 40% la part des énergies renouvelables dans la production d´électrique française en 2030. (MTES 2016b). Selon le projet de la programmation pluriannuelle de l´énergie (PPE) 27% de la production d´électrique en 2023 et 36% en 2028 (MTES 2019). Hors hydroélectricité, il est prévu de multiplier par 2 les capacités électriques renouvelables d’ici à fin 2023 et par 4 d’ici à fin 2028. Les principales filières bénéficiant de cette évolution sont le solaire photovoltaïque et l’éolien terrestre (MTES 2019).

Efficacité énergétique : L´efficacité énergétique est un pilier majeur de la transition énergétique française et allemande. Au niveau réduction de la consommation et baisse d´intensité ou augmentation de la productivité énergétique, les objectifs sont assez semblables (à l’exception de la base – 2008 ou 2012 – et la référence  – énergie primaire ou énergie finale -) et conformes aux objectifs de l´Union Européenne pour 2020.

Le Conseil européen avait initialement adopté un objectif indicatif d´amélioration de l’efficacité énergétique d’au moins 27 % d’ici 2030 (CE 2018a). Le nouvel objectif,  validé en décembre 2018 par le Conseil de l’Union Européenne,  prévoit la réduction de 32,5 % de la consommation énergétique primaire par rapport au tendanciel, avec une disposition prévoyant un réexamen en vue d’augmenter l’objectif spécifique (CE 2018b).

La France a effectué une première estimation de sa contribution à l’objectif européen de réduction de la consommation énergétique en 2030 (CE 2019) ce qui conduit à une estimation de la consommation énergétique finale de 117,6 Mtep (une réduction d´environ 20% par rapport à 149,3 Mtep en 2012 (Eurostat 2019) ) et une consommation énergétique primaire de 202,9 Mtep en 2030 (244,5 Mtep en 2012).

L´Allemagne n´a pas encore communiqué officiellement un objectif quantitatif pour 2030 (CE 2019). En supposant une extrapolation linéaire de l´objectif 2020, une réduction de la consommation énergétique primaire de – 30% par rapport à la référence 2008 serait possible selon un premier projet de plan national énergie-climat du ministère de l´économie et de l´énergie BMWi (OFATE 2019).

Nucléaire : Les objectifs pour le nucléaire sont un choix purement national.  L´objectif initial de la France de réduire la part du nucléaire à 50% de l’électricité produite en 2025 (MTES 2016b) a été reconnu comme irréaliste par le pouvoir politique. Le gouvernement français s´est fixé pour nouvel objectif d’atteindre une part du nucléaire au sein du mix électrique de 50% à l’horizon 2035  (MTES 2018b, 2019). Pour réduire le nucléaire à 50%, 14 réacteurs seront arrêtés d’ici à 2035 (dont les deux de Fessenheim). Cela représente un quart des réacteurs en activité.

Mais contrairement à l´Allemagne où la sortie définitive du nucléaire d´ici 2022 est considérée comme irréversible, la réduction de la part du nucléaire à 50% de la production d’électricité n’est pas la sortie du nucléaire en France.

Le tournant énergétique du secteur électrique

Le tournant énergétique se caractérise par une focalisation sur le secteur électrique. Or, pour mémoire, le secteur électrique émet environ un tiers des émissions totales de gaz à effet de serre du pays et représente seulement un quart de la consommation finale d´énergie.

La figure 2  résume à titre indicatif les grandes lignes.

Fig 2 TE
Figure 2 : Tournant énergétique du secteur électrique : scenario 80% énergies renouvelables à l´horizon 2050

Le tournant énergétique du secteur électrique est caractérisé par la renonciation à la technologie des centrales électriques classiques, éprouvée depuis des décennies, et le développement massif des énergies renouvelables. La plus grande partie de l´électricité serait fournie par des énergies renouvelables intermittentes (éolien, solaire). Une partie de l´électricité renouvelable pourrait être importée de l´étranger.

Concernant l´efficacité énergétique, on prévoit d´ici 2050 une baisse de la consommation nationale de l´électricité d´au moins 25%. La consommation est estimée à 465 TWh dont 80% produits par les énergies renouvelables.

Ce scenario d´objectif établi en 2011 a été modifié en 2018 : l´objectif de la part des énergies renouvelables à la consommation nationale a été porté à 65% à l´horizon 2030.

Début 2019,  une commission gouvernementale a préconisé la sortie progressive des centrales charbon et lignite d´ici 2038 au plus tard pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (Allemagne-Energies 2019a). La production sera remplacée par des centrales à gaz, moins émettrices en CO2. La décision finale sur la suite à donner aux propositions de la commission sera prise par le gouvernement allemand courant 2019.

Pour atteindre le nouvel objectif de  « neutralité carbone » d’ici 2050, l´idée est l’utilisation renforcée des énergies renouvelables en mettant en lien les trois secteurs : chaleur et refroidissement (bâtiment), électricité et transports.

L’Agence allemande pour les énergies renouvelables (AEE) a comparé en 2016 les résultats de 25 études prospectives (AEE 2016) sur les besoins en flexibilité du système électrique et les possibilités d’équilibrage via l’utilisation d’électricité pour la chaleur et les transports ainsi que  pour la production de carburants (power-to-x).

Plusieurs études supposent qu´une baisse de la consommation de l´électricité ne serait pas possible malgré l´augmentation significative de l´efficacité énergétique. Certaines études considèrent  même que la consommation augmentera de façon substantielle en raison de l´utilisation croissante de l´électricité dans les autres secteurs.

L´objectif de réduction de la consommation nationale d´au moins 25% d´ici 2050 par rapport à 2008 pourrait donc être soumis à des modifications.

Selon des études récentes (BDI, ESYS et dena 2019), les capacités d´éolien et photovoltaïque à l´horizon 2050 sont estimées entre 250 et 600 GW. De plus, 60 à 130 GW de moyens pilotables hautement flexibles (notamment centrales à gaz et turbines à combustion) seront nécessaires pour garantir la sécurité d´approvisionnement lors des épisodes prolongés de production éolienne et solaire quasi nulle.

Les coûts du tournant énergétique

De toutes les critiques entendues en France contre le tournant énergétique allemand, celle qui revient sans doute avec le plus de régularité concerne le coût.

Etude de l´institut de Düsseldorf (DICE)

L´institut de Düsseldorf (DICE) a fait une étude à la demande de l´INSM (Initiative Neue Soziale Marktwirtschaft)  (INSM 2016) sur les coûts inhérents de la transition énergétique pour le seul secteur de l´électricité et hors investissements pour les énergies renouvelables.

Selon cette étude, les coûts cumulés pour 2000 à 2025 sont estimés à 520 milliards d´Euros (voir figure 3), financés en grande partie par le consommateur. Et les coûts ne s’arrêteront pas pour autant en 2025.

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Figure 3 : Estimation des coûts cumulés de 2000 à 2025 du tournant énergétique dans le secteur de l´électricité

La plus grande part est constituée par les charges de soutien aux énergies renouvelables soit  la différence entre le prix garanti fixé par la loi et le prix du marché. Ensuite viennent les coûts nécessaires au développement du réseau de transport et de distribution pour acheminer l’électricité éolienne produite dans le nord vers le sud et l’ouest de l’Allemagne.

Les plus grands postes de ces 27,5 milliards d´Euros « Divers » sont le maintien de la stabilité du réseau et la dépréciation comptable du parc thermique pour cause de rentabilité réduite.

Les coûts induits par les taux très préférentiels pour les investissements dans les énergies renouvelables sont estimés à 6 milliards d´Euros.

En revanche les prix négatifs en Allemagne sur le marché EPEX spot de la bourse à Paris qui suscitent toujours un grand intérêt en France ne représentent qu’une faible part du coût total du tournant énergétique du secteur de l´électricité, à savoir 0,1%.

Dans sa réponse à une question du parlement  (Deutscher Bundestag 2017) le gouvernement allemand a mis en doute l´étude de l´institut de Düsseldorf en décembre 2017. Selon le gouvernement, les coûts de la transition énergétique ne peuvent pas être déterminés en additionnant quelques postes isolés du système électrique actuel (soutien des énergies renouvelables, le tarif d´utilisation du réseau, etc.).

Seule la comparaison des coûts d´un système  avec et sans transition énergétique permettrait de déterminer les coûts supplémentaires. Si à la lumière de cette comparaison apparaissaient des coûts supplémentaires, il faudrait en outre les comparer avec ceux induits par une aggravation de la pollution et les conséquences à long terme sur le changement climatique résultant d´un système sans transition énergétique. La comparaison fiable des coûts ne serait pertinente que sur cette base. Le gouvernement allemand ajoute qu´à sa connaissance, il n´existe pas d´ étude complète des coûts discernant précisément les avantages pour l’homme et l’environnement d´un système énergétique non polluant.

Critiques faites au tournant énergétique

Rapport de la Cour des comptes allemande 2018

La Cour des Comptes allemande  critique vigoureusement dans son rapport spécial, publié en septembre 2018  (Allemagne-Energies 2018d), le pilotage de la transition énergétique par le Ministère fédéral de l´Economie et de l´Energie. Les performances affichées de la transition énergétique divergent fortement des objectifs fixés. La plupart des objectifs principaux à l´horizon 2020 ne seront pas atteints.

Le gouvernement n´a formulé jusqu´à maintenant aucun objectif concernant le coût global du tournant énergétique, bien que la transition énergétique ait coûté 160 milliards d´Euros les derniers 5 ans. En 2017 les charges financières sont estimées à plus de 34 milliards d´Euros par la Cour des comptes dont 26,5 milliards d´Euros sont les charges payées par les consommateurs et 7,9 milliards d´euros des paiements et pertes de recettes de l´état.

La Cour des comptes suggère d´instituer un cadre juridique et des incitations économiques pour induire un comportement plus écologique. Il conviendrait par exemple de prévoir une taxe carbone à la place des diverses taxes et redevances actuelles.

Selon la Cour des comptes la transition énergétique est actuellement mal gérée. Le Ministère fédéral de l’Economie et de l’Energie se devrait d’apporter rapidement des améliorations significatives à la coordination et au pilotage de la transition énergétique.

Mauvaises performances climatiques

Malgré un exceptionnel développement des énergies renouvelables, l’Allemagne est, selon le dernier rapport monitoring du gouvernement (Allemagne-Energies 2018c),  en passe de manquer la plupart des objectifs qu’elle s’était fixés dans sa transition énergétique lancée en 2011.

En dépit d´une légère baisse des émissions de gaz à effet de serre en 2018 (Allemagne-Energies 2019b), la réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40% d´ici 2020 par rapport à 1990, mesure phare du tournant énergétique, est déjà hors de portée.

Notamment la mesure phare, la réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40% d´ici 2020 par rapport à 1990, est déjà hors de portée. Les émissions de gaz à effet de serre stagnent depuis des années (Allemagne-Energies 2019b). Selon le gouvernement, l’Allemagne fera désormais tout pour respecter l’objectif de 2030, qui prévoit une réduction de 55 % des émissions par rapport à 1990 (Allemagne-Energies 2018b). De nombreuses mesures sont proposées engageant une transformation structurelle dans des secteurs clés, comme l’industrie du charbon ou de l’automobile pour arriver à une réduction de 55% d´ici 2030.

Avec le plan de protection du climat à l’horizon 2050 « Klimaschutzplan 2050«  (BMU 2016b), adopté en novembre 2016 par le gouvernement allemand,  l´Allemagne s´engage non seulement sur une réduction de 55% d´ici 2030 mais aussi sur la « neutralité carbone » d´ici 2050 en réduisant très fortement les émissions nationales de 80 % à 95 % par rapport à 1990.

Néanmoins, le doute s’est installé sur la capacité de l’Allemagne à tenir ses engagements climatiques. Les mesures actuellement engagées et notamment la focalisation du tournant énergétique sur le secteur électrique s´avèrent insuffisantes.

Pour atteindre la neutralité carbone, l´Allemagne doit investir plus pour le climat

Dans un communiqué de presse commun (BDI 2019b), la fédération de l´industrie allemande (BDI: Bundesverband der Deutschen Industrie e.V.), « Systèmes énergétiques futurs » (ESYS) – sous l´égide de l´académie allemande des sciences techniques « acatech » – et l´agence allemande de l´énergie (dena) pointent du doigt le fait que la neutralité carbone à l’horizon 2050 ne serait pas atteinte avec les mesures actuellement engagées.

Les investissements en faveur du climat seraient très inférieurs à ce que l´Allemagne devrait mobiliser pour atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés. C´est le résultat d´une comparaison de leurs analyses approfondies publiée en février 2019 (BDI, ESYS et dena 2019). Les trois associations ont formulé des recommandations quant aux mesures à prendre pour réussir le tournant énergétique à l´horizon 2050.

Selon la fédération de l’industrie allemande (BDI), l´objectif « neutralité carbone » (- 95 % d´émissions par rapport à 1990) d’ici 2050 est irréaliste en tenant compte des réalités économiques et en sécurisant les approvisionnements (BDI 2019a, 2018; Allemagne-Energies 2018a).

Pour le BDI, l’Allemagne ne peut viser d’ici 2050 qu’une réduction de 80% des émissions de CO2 par rapport à 1990,  ce qui nécessiterait une enveloppe de 1500 milliards d’euros d’investissements. En revanche l´objectif de – 95% d´émissions serait à la limite de la faisabilité et de l’acceptabilité sociale.

Le gouvernement continue cependant à viser l’objectif de zéro émission (- 95%) d’ici 2050. Pour cela, la ministre social-démocrate de l’Environnement a l´intention de faire adopter courant 2019 une loi climatique, contenant une feuille de route détaillée.

Selon une étude du Ministère Fédéral de l´Environnement (BMU 2018),  l’objectif national de protection du climat ouvre à l’industrie allemande des opportunités fructueuses sur le marché mondial des produits « climat – énergie ». Le volume du marché mondial annuel de ces  produits  » GreenTech » est gigantesque. Les taux de croissance sont estimés à plus de 2 milliards d´Euros par an pouvant dépasser un volume de 5900 milliards d´Euros d´ici 2025.

Suivi du tournant énergétique

L’évolution du tournant énergétique est suivie en permanence. Le principal pilier est le rapport annuel du ministère fédéral de l´économie et de l´énergie. Tous les trois ans, le rapport annuel est complété par un rapport d’avancement stratégique  (BMWi 2019b).

A coté d´un suivi officiel du gouvernement allemand, également publié en français, il convient de signaler:

  • le rapport annuel de l´association économique de Bavière « vbw » sur l’évolution du tournant énergétique en Allemagne et en Bavière  (vbw 2019)
  • le baromètre sur l´évolution de l´Energiewende publié par McKinsey tous les 6 mois depuis 2012  (McKinsey 2018)

Last but not least, l´agence fédérale des réseaux (Bundesnetzagentur) publie annuellement un rapport monitoring « énergie »  (BNetzA 2018) qui comporte des informations exhaustives sur le secteur de l´énergie (électricité et gaz).

Les publications de vbw, McKinsey et l´agence fédérale des réseaux sont disponibles en allemand seulement .

Bilan d´étape 2020

L´association économique de Bavière « vbw » a publié dans son dernier rapport un bilan d´étape du tournant énergétique en Allemagne (vbw 2019). Le résultat est plutôt décevant. La plupart des objectifs principaux à l´horizon 2020 ne seront pas atteints , voir aussi (Allemagne-Energies; Allemagne-Energies 2018c; Allemagne-Energies 2018d).

Bilan TE vbw
Figure 4 : Bilan d´étape du Tournant Energétique – Écarts par rapport aux objectifs pour 2020

Sécurité Approvisionnement : Niveau jaune

La capacité des moyens pilotables est encore largement suffisante (vert) , Les pannes de courant non prévues sont parmi les plus courtes en Europe (vert).

En revanche, la lenteur de développement du réseau (rouge) a provoqué une hausse importante des interventions des gestionnaires des réseaux allemands pour éviter les coupures de courant (rouge)

Économie (Coûts d‘électricité) : Niveau rouge

Les ménages allemands payent un kWh parmi les plus chers en Europe (rouge).

Le cout du kWh de l´industrie non privilégiée est situé légèrement au dessus de la moyenne européenne (jaune).

L´industrie électro – intensive est protégée sous la forme d´un dégrèvement partiel du soutien aux énergies renouvelables et conserve un tarif compétitif ayant pour but de préserver la compétitivité internationale.

Efficacité énergétique et énergies renouvelables : Niveau rouge

L´évolution de la consommation d´électricité et de la consommation énergétique primaire est loin derrière les objectifs. Cela est aussi valable pour la productivité énergétique. Donc 3 objectifs en rouge.

Seul le rythme de développement des EnR dans le secteur électrique est élevé et a déjà dépassé l´objectif de 2020 (vert).

Impact environnemental Niveau rouge

L´objectif national d´une réduction de 40% des gaz à effet de serre  par rapport à 1990 est hors de portée.

Plateforme énergétique franco – allemande

Une plateforme énergétique franco – allemande a été décidée par le conseil des ministres franco – allemand de 2014 (ADEME et dena). C´est un projet commun de l’Agence française de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME) et de l’agence allemande de l’énergie (dena). En coopération avec les acteurs politiques, le monde de l’entreprise, les milieux scientifiques et la société dans son ensemble, cette plateforme élabore des projets bilatéraux relatifs à la transition énergétique.

L’Office Franco – Allemand pour la Transition Energétique (OFATE) soutient le travail de la plateforme en informant les acteurs des deux pays sur l’actualité politique relative aux énergies renouvelables et à leurs sujets connexes. L´OFATE « ..encourage la coopération franco – allemande pour l’élaboration de politiques publiques communes et de projets conjoints, et apporte son soutien aux autorités publiques et aux entreprises établies en France et en Allemagne.. ».

Bibliographie

ADEME; dena Plateforme énergétique franco-allemande. Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME); Deutsche Energie-Agentur (dena). En ligne : https://www.d-f-plattform.de/fr/page-daccueil/.

AEE (2016) Metaanalyse. Flexibilität durch Kopplung von Strom, Wärme & Verkehr. Agentur für Erneuerbare Energien. En ligne : http://www.forschungsradar.de/fileadmin/content/bilder/Vergleichsgrafiken/meta_sektorkopplung_042016/AEE_Metaanalyse_Flexibilitaet_Sektorkopplung_apr16_fixed.pdf.

Allemagne-Energies Bilans énergétiques : Comparaison Allemagne et France. En ligne : https://allemagne-energies.com/bilans-energetiques/.

Allemagne-Energies (2018a) Allemagne : La « neutralité carbone » à l’horizon 2050 coutera 2300 milliards d´Euro. En ligne : https://allemagne-energies.com/2018/02/03/allemagne-la-neutralite-carbone-a-lhorizon-2050-coutera-2300-milliards-deuro/.

Allemagne-Energies (2018b) Formation d´un nouveau gouvernement de grande coalition courant mars 2018 – quels objectifs en matière de climat et d´énergie ? En ligne : https://allemagne-energies.com/2018/03/04/formation-dun-nouveau-gouvernement-de-grande-coalition-courant-mars-2018-quels-objectifs-en-matiere-de-climat-et-denergie/.

Allemagne-Energies (2018c) Le gouvernement allemand publie le 6ème rapport de suivi « transition énergétique ». En ligne : https://allemagne-energies.com/2018/07/02/le-gouvernement-allemand-publie-le-6eme-rapport-de-suivi-transition-energetique/.

Allemagne-Energies (2018d) Selon la Cour des comptes allemande la transition énergétique est au bord de l’échec. En ligne : https://allemagne-energies.com/2018/09/28/selon-la-cour-des-comptes-allemande-la-transition-energetique-est-au-bord-de-lechec/.

Allemagne-Energies (2019a) Allemagne : Une sortie du charbon préconisée d’ici 2038. En ligne : https://allemagne-energies.com/2019/01/27/allemagne-une-sortie-du-charbon-preconisee-dici-2038/.

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BDI (2019b) Sieben gemeinsame Empfehlungen für die Energiewende. Bundesverband der Deutschen Industrie e.V. En ligne : https://bdi.eu/media/pressecenter/#/artikel/news/sieben-gemeinsame-empfehlungen-fuer-die-energiewende/.

BDI; ESYS; dena (2019) Expertise bündeln, Politik gestalten –Energiewende jetzt. Essenz der drei Grundsatzstudien zur Machbarkeit der Energiewende bis 2050 in Deutschland. Bundesverband der Deutschen Industrie e.V.; Energiesysteme der Zukunft; Deutsche Energie-Agentur (dena). En ligne : https://energiesysteme-zukunft.de/fileadmin/user_upload/veranstaltungen/2019-02-20_Studenvergleich/Gemeinsame_Empfehlungen_von_ESYS__BDI_und_dena.pdf.

BMU (2016a) Climate Action Plan 2050 – Germany’s long-term emission development strategy. Roadmap to a climate-neutral Germany. Bundesministerium für Umwelt, Naturschutz und Reaktorsicherheit. En ligne : https://www.bmu.de/en/topics/climate-energy/climate/national-climate-policy/greenhouse-gas-neutral-germany-2050/.

BMU (2016b) Plan climat 2050. Les principes et les objectifs de la politique climatique du gouvernement allemand. Bundesministerium für Umwelt, Naturschutz und Reaktorsicherheit. En ligne : https://www.bmu.de/fileadmin/Daten_BMU/Download_PDF/Klimaschutz/klimaschutzplan_2050_fr_bf.pdf.

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