Historique de la sortie du nucléaire

(texte mis à jour le 02.09.2020)

Temps de lecture : 20 min

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Centrale de Biblis au sud de Francfort, dans la Hesse; 2 réacteurs à eau pressurisée : tranche A (1200 MWe) mise en service 1974 et tranche B (1300 MWe) mise en service 1976 (source RWE Power)

Résumé exécutif

L’abandon du nucléaire est un des objectifs emblématiques du tournant énergétique, plébiscité par une large partie de la population. Le parti des Verts (Bündnis 90/Die Grünen) reste historiquement le plus ardent promoteur de la sortie du nucléaire.

Huit sur les dix-sept tranches nucléaires ont été arrêtées définitivement en 2011, faisant de l’Allemagne le premier pays au monde ayant procédé à l’arrêt prématuré de ses centrales nucléaires sans raison technique ou économique. La production nucléaire comptait pour un quart de la production électrique avant 2011 et avait économisé environ 120 Mt d´émissions de CO2 par an.

Le planning d’arrêt des neuf tranches restantes, qui doit s’échelonner jusqu’en fin 2022, n’est pas remis en cause. En 2020 six tranches d´une capacité totale nette de 8113 MW (5 PWR et 1 BWR) sont encore au réseau.

Les opérateurs de centrales nucléaire ont engagé des actions en justice contre la loi atomique après la décision de sortie accélérée du nucléaire de 2011 et ont obtenu gain de cause devant la Cour constitutionnelle de Karlsruhe.

Outre la procédure juridique engagée en Allemagne, l’énergéticien suédois Vattenfall réclame une indemnisation à l’Etat allemand pour l’arrêt prématuré de ses centrales nucléaires devant le CIRDI (Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements), tribunal d’arbitrage de la Banque Mondiale situé à Washington. Un jugement est toujours en attente.

Un autre di­fférend a été réglé en 2017 concernant la gestion de déchets radioactifs. Les exploitants nucléaires ont obtenu une décharge de leur responsabilité en échange du payement d´une somme de 24 milliards d’euros versée dans un fonds public.

L´État a créé deux nouvelles entités pour assumer la responsabilité de l´entreposage et du stockage définitif des déchets radioactifs.

Pour le stockage de déchets de moyenne et haute activité et à vie longue (combustibles irradiés, déchets de retraitement dégageant de la chaleur) le gouvernement a décidé une nouvelle recherche d´un site de stockage définitif en raison des critiques sur le processus de sélection du dôme de sel de Gorleben précédemment prévu.

Suivant une loi entrée en vigueur en 2017, le but est de fixer définitivement le site d´implantation à l´horizon des années 2030. En attendant sa mise à disposition, les assemblages irradiés évacués des centrales nucléaires et les déchets de retraitement rapatriés des usines de retraitement de La Hague (France) et Sellafield (Royaume-Uni) sont stockés à sec dans des conteneurs CASTOR dans des halls de stockage construits sur chaque site nucléaire.

Les déchets de faible et moyenne activité seront stockés définitivement dans l’ancienne mine de fer de Konrad, proche de Salzgitter (Basse-Saxe). La mise en service de Konrad, qui devrait accueillir plus de 90% du volume total des déchets radioactifs allemands, est prévue à partir de 2027.

Dans le contexte de l’échec prévisible de la réalisation des objectifs climatiques, le débat public a soulevé à plusieurs reprises la question d’une éventuelle poursuite de l’exploitation des centrales nucléaires en Allemagne. Après la fermeture des dernières centrales nucléaires, une augmentation des émissions de CO2 dans le secteur de l’énergie est à craindre.

L´opinion des allemands sur la sortie du nucléaire est partagée : selon un sondage en 2019 près d’un sur deux pense que la sortie de l’énergie nucléaire avant celle du charbon est une erreur.

Toutefois la sortie du nucléaire d´ici fin 2022 semble irréversible.

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Sommaire

Centrales nucléaires en fonctionnement en 2010, 2018 et 2019

Calendrier de sortie du nucléaire

Actions en justice des exploitants nucléaires contre la loi atomique

Stockage des assemblages combustibles irradiés sur les sites des centrales nucléaires en attendant la mise à disposition d´un stockage final

Rapatriement des déchets de retraitement des usines de La Hague (France) et Sellafield (Royaume-Uni)

Stockage final des déchets radioactifs

Poursuite éventuelle de l’exploitation des centrales nucléaires pour la protection du climat

Annexe : Energie Nucléaire en Allemagne

Bibliographie

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Centrales nucléaires en fonctionnement en 2010, 2018 et 2019

La figure 1 montre les centrales nucléaires en fonctionnement avant Fukushima, soit 17 centrales en exploitation (11 réacteurs à eau pressurisée, 6 réacteurs à eau bouillante) sur 12 sites avec une capacité installée brute de 21,5 GW, soit environ un quart de la production d’électricité. Le nucléaire a permis d´économiser plus de 120 Mt CO2éq par an.Fig 1

Fig. 1 : Centrales nucléaires allemandes en fonctionnement en 2010

Les trois dernières décennies, il y a toujours eu des centrales allemandes dans le top 10 mondial de la production d´électricité annuelle (atw 2019), ce qui prouve l´excellente qualité et la forte disponibilité malgré un cadre politique et médiatique hostile au nucléaire (voir figure 2).

Top Ten atw 2019
Fig. 2 : Production d´électricité annuelle des centrales nucléaires : le top 10 mondial de depuis 1981 (source atw)

En 2019 chacune des 7 centrales encore au réseau a dépassé la production brute de 10 TWh. La centrale Isar 2 a même dépassé les 12 TWh ce qui la place parmi le top ten mondial (position 6) en 2019. La figure 2a montre les résultats de production en 2018 et 2019 (atw 2020). La tranche 2 de la centrale de Philippsburg a été arrêtée définitivement fin 2019 (voir plus loin).

Fig 2a Operating results 2019
Figure 2a : Résultats de production des centrales nucléaires allemandes en 2018 et 2019

Calendrier de sortie du nucléaire

La figure 3 illustre les principales étapes – parfois contradictoires – du calendrier de sortie du nucléaire, matérialisées par les amendements à la loi Atomique (Atomgesetz) de 2002, 2010 et 2011.

Fig. 3 : Calendriers de sortie du nucléaire – des décisions contradictoires

La « loi Atomique 2002 » (AtG 2002) prévoyait l´abandon progressif du nucléaire (Lauer 2001). A chaque réacteur était attribué, en térawatt heure, un quota restant à produire par réacteur avant son arrêt définitif. Au total, les réacteurs avaient le droit de produire 2623 TWh supplémentaires à compter du 1er Janvier 2000 correspondant à une durée théorique d´exploitation de chaque centrale de 32 ans. La loi accordait une certaine souplesse dans l´utilisation des quotas alloués (le report de quota d´une centrale vers une autre plus récente était possible). Il n´y avait pas non plus de dates butoirs de fermeture des centrales donc le temps d´arrêt d´un réacteur ne comptait pas mais la consommation du quota entrainait l´arrêt définitif de la centrale. De plus la loi de 2002 interdisait la construction de nouvelles centrales nucléaires ainsi que le transport du combustible irradié vers les centres de retraitement à partir de juillet 2005 et obligeait les exploitants à stocker le combustible irradié sur les sites des centrales.

Selon la « loi Atomique de 2010″ (AtG 2010), le nucléaire devait bénéficier d’une prolongation de fonctionnement au titre de technologie de transition « Brückentechnologie » dans le cadre du concept énergétique 2050 pour aller vers le 80% renouvelable  (Lauer 2011a).  La prolongation se faisait par l´attribution de ~ 1804 TWh supplémentaires sans limitation de durée, quota attribué individuellement à chaque centrale, correspondant à un allongement de durée d´exploitation de 12 ans en moyenne.

Toutefois, cet allongement de la durée de production des centrales nucléaires se révéla impopulaire. Fukushima, mars 2011, fournit l’occasion de faire marche arrière (Lauer 2011b).

La „loi Atomique 2011″ (AtG 2011) entérine la fermeture immédiate et définitive de 8 réacteurs. Pour les 9 restants : retour aux quotas d´ électricité de 2002 (Quotas de production restants au 31.12.2013: 693 TWh) avec introduction d´une date finale d´exploitation fixe (arrêt des derniers réacteurs fin 2022)

Il n´ y avait aucune raison valable, technique ou de sûreté pour la sortie accélérée du nucléaire après l´accident de Fukushima. Le gouvernement allemand a décidé cette sortie sous la pression de l´opinion publique dans le contexte d’une année électorale délicate et sans aucune concertation avec ses partenaires européens.

La figure 4 montre les dates d´arrêt définitif des centrales nucléaires après entrée en vigueur de la « loi atomique 2011 ». En 2011 l’Allemagne a fermé d´un coup huit centrales nucléaires d’une capacité nette de ~ 8 400 MW dont 5000 MW en Allemagne du sud.

Fig 4 La sortie du nucléaire d‘ici 2022
Fig. 4 Dates d´arrêt définitif des centrales nucléaires après entrée en vigueur de la « loi Atomique 2011

A partir de 2015 la capacité nucléaire est progressivement diminuée. La centrale de Grafenrheinfeld en Bavière a été arrêtée définitivement en juin 2015, la centrale de Gundremmingen B, également en Bavière, fin 2017 (Allemagne-Energies 2018a) et la tranche 2 de la centrale de Philippsburg (Bade-Wurtemberg) le 31.12.2019 (Allemagne-Energies 2019).

Six tranches d´une puissance électrique totale nette de 8107 MW sont encore en service. Trois tranches d´une puissance électrique totale nette de 4058 MW seront arrêtées définitivement fin 2021 et les trois tranches restantes au plus tard fin 2022.

Compte tenu du retard sur le développement du réseau, cette situation sera un challenge pour la sécurité du réseau, notamment du Sud de l´Allemagne, où réside une partie importante de l’industrie et donc de la consommation électrique. Afin d´assurer la sécurité du système électrique dans la période allant de l´arrêt du nucléaire jusqu´à la mise à disposition des nouvelles lignes à courant continu devant acheminer l´électricité vers l´Allemagne du Sud,  l´Agence Fédérale des Réseaux (BNetzA 2017) a approuvé la construction de 1200 MW de capacité de soutien de réseau (besondere netztechnische Betriebsmittel).

Les gestionnaires des réseaux de transport Amprion, TenneT et TransnetBW ont lancé des appels d´offres d´un volume de 1200 MW en 2018 (TenneT 2018). Les appels d’offres sont «technologiquement neutres» et portent sur quatre régions du sud de l’Allemagne, dans lesquelles une capacité de 300 MW sera attribuée à chacune. Il est possible de faire appel à des installations conventionnelles de production, telles que des centrales à gaz, qu´à des charges interruptibles et à des installations de stockage.

La mise en service des installations est prévue à partir d´octobre 2022. Elles seront maintenues en fonctionnement pendant dix ans et financées par le tarif d´utilisation du réseau.

Actions en justice des exploitants nucléaires contre la loi atomique

La « loi Atomique 2011 » ne prévoit aucune compensation pour les pertes de recette liées à l’arrêt immédiat des 8 réacteurs et aux dates-butoirs imposées pour les 9 restants (Lauer 2014).

RWE, E.ON et Vattenfall ont déposé recours auprès de la Cour Constitutionnelle allemande pour inconstitutionnalité du 13° amendement de la loi atomique. EnBW n’a pas fait de recours en justice.

Outre la procédure juridique engagée en Allemagne, l’énergéticien suédois Vattenfall réclame plus de 6 milliards d’Euros intérêts compris à l’Etat allemand (BMWi 2020; ICSID) pour l’arrêt de Krümmel et Brunsbüttel devant le CIRDI (Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements), tribunal d’arbitrage de la Banque Mondiale situé à Washington. RWE et E.ON, producteurs allemands, ne peuvent utiliser ce recours.

La procédure d´arbitrage est en cours depuis 2012. Le jugement du CIRDI était initialement attendu en 2018 mais, suite aux tentatives du gouvernement allemand de disqualifier les 3 juges du CIRDI pour partialité, la procédure a été retardée. Les charges contre les juges du CIRDI ont été à nouveau rejetées début juillet 2020 par le président de la Banque Mondiale dans sa fonction de président du conseil d´administration du CIRDI. La procédure va maintenant se poursuivre mais le prononcé d´un jugement en 2020 est incertain. Le gouvernement allemand considère que la demande de dédommagement de Vattenfall n´est pas valide et tente par tous les moyens de retarder un jugement.

En décembre 2016, la Cour Constitutionnelle allemande de Karlsruhe a rendu un jugement selon lequel les électriciens sont en droit d’exiger une indemnisation pour (Lauer 2016a) :

  • les pertes d´exploitation par rapport aux quotas d’énergie accordés dans le cadre de la Loi Atomique de 2002. Celle-ci attribuait un quota (en térawattheure) à produire par réacteur. La loi Atomique de 2011 a rendu impossible la production de ces quotas.
  • les investissements engagés entre le 28 octobre 2010 et 16 mars 2011 suite à l´allongement de durée d´exploitation de 12 ans en moyenne fixé par la Loi Atomique de 2010.

Berlin avait jusqu’à mi – 2018 pour modifier la loi Atomique de 2011 dans le sens du jugement de la cour constitutionnelle.  Mais la Cour ne remet pas en question la sortie du nucléaire d’ici 2022. Il n’y a donc pas d’ « expropriation illégale » comme invoquée par les exploitants.

Pour la mise en œuvre du jugement, le législateur a modifié par amendement la Loi Atomique dans ce sens  (BMU 2018), (Allemagne-Energies 2018b).

Selon les premières estimations, le montant des indemnités financières approcherait le milliard d´Euros pour RWE et Vattenfall, loin toutefois des 19 milliards d’Euros initialement estimés par les exploitants. Le montant final ne sera fixé qu´en 2023 car les quotas non consommés ne seront connus qu´à ce moment-là, après l´arrêt définitif de tous les réacteurs nucléaires.

E.ON est dans un cas différent, disposant de la possibilité de consommer son quota dans ses centrales nucléaires encore en service.

RWE, E.ON et EnBW  ont également porté plainte contre la taxe sur le combustible nucléaire. La taxe sur le combustible nucléaire fut décidée en 2010 avec la prolongation de fonctionnement du nucléaire en Allemagne. Elle a ensuite été maintenue par l’Etat malgré la décision de 2011 de la sortie accélérée du nucléaire.

La Cour Constitutionnelle allemande a jugé début juin 2017 que la taxation du combustible nucléaire était illégale (Lauer 2017). Les exploitants nucléaires E.ON, RWE et EnBW ont reçu un remboursement de 7 milliards d’Euros intérêts inclus.

Stockage des assemblages combustibles irradiés sur les sites des centrales nucléaires en attendant la mise à disposition d´un stockage final

En attendant la mise à disposition d´un site de stockage définitif, les assemblages irradiés évacués des centrales nucléaires sont stockés à sec dans des conteneurs CASTOR dans des halls de stockage (voir figure 5) construits sur chaque site conformément à l´amendement de 2002 de la loi Atomique 2002 (voir plus haut).

Fig 5 Hall Castor
Fig. 5 : Hall de stockage pour conteneurs CASTOR

Rapatriement des déchets de retraitement des usines de La Hague (France) et Sellafield (Royaume-Uni)

Jusqu`en 2005 les exploitants nucléaires ont fait retraiter leurs assemblages irradiés en France et au Royaume -Uni. Depuis mi-2005 le transport du combustible irradié vers les centres de retraitement à l´étranger est interdit selon la loi Atomique 2002 (voir plus haut).

Le droit international oblige l´Allemagne à la reprise des déchets de retraitement. En grande partie ces déchets ont été déjà retournés en Allemagne : en 2011 108 conteneurs CASTOR contenant des déchets hautement radioactifs de l´usine de retraitement de La Hague avaient été transportés au centre de stockage de Gorleben.

25 autres conteneurs CASTOR contenant des déchets vitrifiés de retraitement doivent être rapatriés dans les prochaines années (BGZ 2019). Il est prévu de stocker ces 25 conteneurs dans des halls de stockage sur des sites nucléaires. Quatre sites ont été sélectionnés pour récupérer ces déchets (voir figure 6).

Fig Retour Castor
Fig. 6 : Rapatriement prévu des 25 conteneurs CASTOR contenant des déchets vitrifiés de retraitement (source BGZ)

Les procédures d´autorisation suivant la loi atomique sont conduites par BGZ depuis janvier 2019 (voir ci-dessous). Le rapatriement des conteneurs est prévu à partir de 2020.

Stockage final des déchets radioactifs

Avec l´évacuation du combustible et le démantèlement des centrales nucléaires, la question du stockage des déchets radioactifs revient à la une (Lauer 2016c).

Pour les déchets radioactifs dépassant le seuil de libération défini par  l’ordonnance sur la protection contre le rayonnement (BMJV), le concept allemand repose sur deux lieux différents de stockage final :  un pour le stockage de déchets de faible et moyenne activité  « FMA – VC » (déchets d‘exploitation et de démantèlement des centrales dégageant très peu de chaleur) et un autre pour le stockage de déchets de moyenne et haute activité et à vie longue « HA et MA – VL » (combustibles irradiés, déchets vitrifiés de retraitement dégageant de la chaleur).

Les futurs déchets « FMA – VC » seront stockés dans l’ancienne mine de fer de Konrad, proche de Salzgitter (Basse-Saxe). Konrad, qui devrait accueillir plus de 90% du volume total des déchets radioactifs allemands, est actuellement en construction et sa mise en service maintenant prévue à partir de 2027, soit un retard de presque 5 ans sur le planning initial (voir communiqué de presse BGE mars 2018 (BGE 2018a)).

Il existe 2 autres sites de stockage de déchets « FMA – VC » : les anciennes mines de sel d’Asse et de Morsleben. Les 2 sites n´accueillent plus de déchets. Il est prévu de récupérer entièrement ceux stockés dans la mine d´Asse et de fermer définitivement la mine de Morsleben.

Fig. 7 Sites de stockage définitif de déchets radioactifs

Concernant le stockage définitif des déchets « HA et MA – VL » exothermiques d´environ 30000 m³, la situation reste en attente des décisions du gouvernement. Le site de référence était initialement le dôme de sel de Gorleben en exploration depuis 1979  (voir figure 7). Cependant, le gouvernement a décidé une nouvelle recherche d´un site de stockage définitif des déchets exothermiques en raison des critiques sur le processus de sélection de Gorleben. Une loi est entrée en vigueur en 2017 qui décrit le processus de sélection du site. Le but est de fixer définitivement le site d´implantation à l´horizon des années 2030.  Ensuite seulement pourront commencer l´aménagement et la construction du site qui mettra 20 ans ou plus. Toutefois, le chemin menant à la décision finale d´un site de stockage pour les déchets de haute activité sera long et rocailleux et le choix du site devenu une tâche de générations.

Les coûts de la gestion des déchets radioactifs sont supportés par les exploitants nucléaires. Mais compte tenu de l’issue totalement incertaine du projet, le gouvernement et les exploitants ont trouvé un accord fin 2016 après de longues négociations (Lauer 2016b). Les énergéticiens conservent la charge de la fermeture et du démantèlement des centrales, ainsi que de l’empaquetage des déchets, mais l´État assume désormais la responsabilité pour l´entreposage et stockage définitif des déchets.

Pour cela l´État a créé deux nouvelles entités :

  • La société fédérale pour la sûreté du stockage définitif  BASE (Bundesamt für die Sicherheit der nuklearen Entsorgung) est responsable pour l´exploration, la construction, l´exploitation et la fermeture des sites de stockage définitif des déchets radioactifs. Elle est notamment chargée de la recherche d´un nouveau site de stockage définitif des déchets « HA et MA – VL » et de la préservation du dôme de sel de Gorleben en attente d´une décision sur le site de stockage définitif (BASE)
  • La société fédérale pour le stockage intérimaire des déchets BGZ (Bundesgesellschaft für Zwischenlagerung). Elle est responsable pour le stockage intérimaire des déchets « HA et MA – VL » entreposés sur les sites centraux de Gorleben et Ahaus ainsi que dans les 12 halls de stockage construits sur chaque site de centrales nucléaires, notamment pour le stockage des assemblages irradiés à sec dans des conteneurs CASTOR. La responsabilité pour les sites centraux et les sites décentralisés auprès des centrales nucléaires a été transférée à la BGZ début 2019. Depuis 2020 la BGZ a également pris en charge les 12 installations d´entreposage des déchets de faible et moyenne radioactivité situées sur les sites de centrales nucléaires (BGZ). Dans ces installations sont stockés temporairement les déchets résiduels provenant de l’exploitation et du démantèlement des centrales nucléaires jusqu’à leur transfert vers le centre de stockage de Konrad (voir plus haut).

Pour le financement des coûts de stockage, les énergéticiens ont versé ~ 24,1 milliards d’Euros dans un fonds public de gestion des déchets nucléaires. La loi pour la création du fonds public (BMJV 2017a) est entrée en vigueur en juin 2017 après feu vert de la Commission européenne.

Selon la loi de 2017 pour la transparence sur le démantèlement des centrales nucléaires (BMJV 2017b), les énergéticiens sont obligés de transmettre annuellement à l´Office fédéral de l’économie et du contrôle de l’exportation (Bundesamt für Wirtschaft und Ausfuhrkontrolle, BAFA) un plan des provisions pour les coûts de fermeture et de démantèlement des centrales ainsi que pour l’empaquetage des déchets. Après examen par l´office fédéral, les informations sont soumises au parlement pour information. Selon le dernier rapport, les provisions des énergéticiens seraient suffisantes (Deutscher Bundestag 2019b). Les provisions enregistrées dans les bilans s´élèvent à 21,9 milliards d´Euros au 31.12.2018 pour les 23 centrales. Pour les années 2019 à 2021 les dépenses de démantèlement sont estimées à 1,5 milliards d´Euros par an.

Poursuite éventuelle de l’exploitation des centrales nucléaires pour la protection du climat

Dans le contexte de l’échec prévisible de la réalisation des objectifs climatiques, le débat public soulève à plusieurs reprises la question d’une éventuelle poursuite de l’exploitation des centrales nucléaires en Allemagne.

Après la fermeture des dernières centrales nucléaires, il est donc à craindre qu´avec une croissance faible de l’énergie éolienne terrestre et dans le but d’accroître l’électromobilité et l’utilisation des pompes à chaleur pour le chauffage, les émissions de CO2 dans le secteur de l’énergie puissent à nouveau augmenter d´ici 2022.

De plus, d’ici 2022, il faudra compenser environ 75 TWh de production nucléaire restante bas carbone par des renouvelables.

L´opinion des allemands sur la sortie du nucléaire est partagée : près d’un sur deux pense que la sortie de l’énergie nucléaire avant celle du charbon est une erreur – sondage réalisé par l’institut Civey en février 2019 à la demande du Verivox (plus grand portail indépendant de comparaison d’énergie en Allemagne) sur 5 006 personnes âgées de 18 ans et plus (Verivox 2019). La sortie du nucléaire est toujours perçue comme prioritaire par la moitié des citoyens (49,5%) alors que 44,1% estiment qu´il fallait commencer par la sortie du charbon : la question de la plus grande nuisibilité du nucléaire ou du charbon suit leur appartenance politique. Les électeurs des Verts et des sociaux-démocrates mais aussi 54% des femmes approuvent majoritairement la sortie prioritaire du nucléaire tandis que les électeurs des chrétiens démocrates et des libéraux auraient préféré un ordre inverse c´est-à-dire d´abord commencer par la sortie du charbon.

Toutefois la sortie du nucléaire d´ici fin 2022 semble irréversible. C´est aussi l´avis de l’Association allemande du nucléaire (KernD 2019).

D’un point de vue technique, les centrales nucléaires en Allemagne pourraient être exploitées plus longtemps que ne le prescrit la loi atomique. Toutefois, en raison de la préparation avancée de la fermeture définitive des centrales, il y aurait des obstacles considérables entre-temps, par exemple en ce qui concerne la disponibilité de personnel d´exploitation suffisamment qualifié et l’approvisionnement en assemblages combustibles. Des exigences règlementaires supplémentaires se présenteraient également et un ajustement de la législation (modification de la loi atomique) serait nécessaire.

Toutefois, l’énergie nucléaire est une énergie pilotable et décarbonée et devrait continuer à contribuer à la production d´électricité au niveau européen.

Annexe : Energie Nucléaire en Allemagne

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Figure : Energie Nucléaire en Allemagne, Source KernD, avril 2020

Bibliographie

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Allemagne-Energies (2018b) Sortie accélérée du nucléaire en Allemagne – dédommagement des énergéticiens. En ligne : https://allemagne-energies.com/2018/05/01/sortie-acceleree-du-nucleaire-en-allemagne-dedommagement-des-energeticiens-en-perspective/.

Allemagne-Energies (2019) Arrêt définitif de la tranche 2 de la centrale nucléaire de Philippsburg après 35 ans. En ligne : https://allemagne-energies.com/2019/12/29/arret-definitif-de-la-tranche-2-de-la-centrale-nucleaire-de-philippsburg-apres-35-ans/.

atw (2019) Operating Results 2018. Top Ten : Electricity production 1981 to 2018, Nuclear Power Plants. In : International Journal of Nuclear Power (atw), vol. 64, n° 5.

atw (2020) Operating results 2019. In : International Journal of Nuclear Power (atw), vol. 65, n° 8/9.

BASE Aufgabe des BASE. Bundesamt für die Sicherheit der nuklearen Entsorgung. En ligne : https://www.base.bund.de/DE/base/bundesamt/aufgaben/aufgaben_node.html.

BGE (2018) Nr. 01/18 – Fertigstellung des Endlagers Konrad verzögert sich, BGE – Bundesgesellschaft für Endlagerung mbH. En ligne : https://www.bge.de/de/pressemitteilungen/2018/03/pm-0118-fertigstellung-des-endlagers-konrad-verzoegert-sich/.

BGZ Willkommen bei der BGZ. BGZ Gesellschaft für Zwischenlagerung mbH. En ligne : https://bgz.de/.

BGZ (2019) Rücknahme radioaktiver Abfälle aus der Wiederaufarbeitung. BGZ Gesellschaft für Zwischenlagerung mbH. En ligne : https://rueckfuehrung.bgz.de/.

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BMJV (2017a) Gesetz zur Neuordnung der Verantwortung in der kerntechnischenEntsorgung. Bundesministerium der Justiz und für Verbraucherschutz. En ligne : https://www.gesetze-im-internet.de/vkenog/VkENOG.pdf.

BMJV (2017b) Gesetz zur Transparenz über die Kosten der Stilllegung und desRückbaus der Kernkraftwerke sowie der Verpackung radioaktiverAbfälle (Transparenzgesetz). Bundesministeriums der Justiz und für Verbraucherschutz. En ligne : https://www.gesetze-im-internet.de/transparenzg/TransparenzG.pdf.

BMU (2018) Gesetzgeber beschließt Novelle zur Fortführung des beschleunigten Atomausstiegs. Novelle setzt Urteil des Bundesverfassungsgerichts vom 6. Dezember 2016 um. Pressemitteilung Nr. 144/18, BMU – Bundesministerium für Umwelt, Naturschutz und nukleare Sicherheit. En ligne : https://www.bmu.de/pressemitteilung/gesetzgeber-beschliesst-novelle-zur-fortfuehrung-des-beschleunigten-atomausstiegs/.

BMWi (2020) Schiedsverfahren Vattenfall AB et al. gegen Bundesrepublik Deutschland (ICSID Fall Nr. ARB/12/12). En ligne : https://www.bmwi.de/Redaktion/DE/Artikel/Energie/vattenfall-gegen-bundesrepublik-deutschland.html.

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Deutscher Bundestag (2019b) Unterrichtung durch die Bundesregierung – Bericht nach § 7 des Transparenzgesetzes – Rückbau von Kernkraftwerken. Drucksache 19/15495 du 20.11.2019. Deutscher Bundestag. En ligne : http://dipbt.bundestag.de/dip21/btd/19/154/1915495.pdf.

ICSID Vattenfall AB and others v. Federal Republic of Germany (ICSID Case No. ARB/12/12). International Centre for Settlement of Investment Disputes – World Bank Group. En ligne : https://icsid.worldbank.org/en/Pages/cases/casedetail.aspx?CaseNo=ARB%2f12%2f12.

KernD (2019) Stellungnahme zur Diskussion über einen bedarfsorientierten Weiterbetrieb von Kernkraftwerken aus klimapolitischen Gründen. Kerntechnik Deutschland e.V. (KernD). En ligne : https://www.kernd.de/kernd-wAssets/docs/presse/KernD_Stellungnahme_Weiterbetrieb_KKW_20190710.pdf.

Lauer, H. (2001) Où en est le nucléaire en Allemagne ? Un entretien avec Hartmut Lauer, Directeur de la centrale de Biblis. In : Revue Générale Nucléaire (RGN), vol. 3.

Lauer, H. (2011a) Les retombées sur le nucléaire du nouveau concept énergétique allemand. In : Revue Générale Nucléaire (RGN), vol. 1.

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Lauer, H. (2016a) Fermeture de réacteurs : indemnisation des électriciens allemands en vue. SFEN. En ligne : http://www.sfen.org/rgn/fermeture-reacteurs-indemnisation-electriciens-allemands-vue.

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Lauer, H. (2016c) Stockage final des déchets radioactifs en Allemagne – Quo vadis ? SFEN. En ligne : http://www.sfen.org/rgn/stockage-final-dechets-radioactifs-allemagne-quo-vadis.

Lauer, H. (2017) Allemagne : jugement de la cour constitutionnelle, la taxe sur le combustible était illégale. SFEN. En ligne : http://www.sfen.org/rgn/allemagne-jugement-cour-constitutionnelle-taxe-combustible-etait-illegale.

TenneT (2018) Amprion, TenneT und TransnetBW schreiben besondere netztechnische Betriebsmittel aus. En ligne : https://www.tennet.eu/de/news/news/amprion-tennet-und-transnetbw-schreiben-besondere-netztechnische-betriebsmittel-aus/.

Verivox (2019) Atom-Aus vor Kohle-Aus: Fast jeder Zweite hält das für einen Fehler. En ligne : https://www.verivox.de/nachrichten/atom-aus-vor-kohle-aus-fast-jeder-zweite-haelt-das-fuer-einen-fehler-121640/.