Bilans énergétiques : Comparaison Allemagne et France

(texte mis à jour le 21.07.2020)

Temps de lecture : 20 min

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Sommaire

Introduction

Consommation finale à l´usage énergétique

Production et consommation de l´électricité

Puissance installée

Importation et exportation d´électricité

Comparaison des coûts d´électricité

  • La facture de l´énergie des ménages environ 13% plus chère en Allemagne qu’en France

Bilan d´étape en France et en Allemagne par rapport aux objectifs et stratégies climatiques de l´UE

  • Réduction des émissions de gaz à effet de serre
  • Part des énergies renouvelables dans la consommation finale brute d´énergie
  • Augmentation de l’efficacité énergétique

Bibliographie

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Introduction

Bien que les deux pays connaissent des situations énergétiques et en particulier électriques assez différentes, on peut observer certaines ressemblances (Allemagne-Energies 1) au niveau des objectifs de la transition énergétique : réduction des émissions de gaz à effet de serre et neutralité carbone à l´horizon 2050, recours accru aux énergies renouvelables et amélioration de l’efficacité énergétique.

La sécurité d’approvisionnement des deux pays est interdépendante et toute décision de l’un entraine des conséquences sur l’autre. Il n´est donc pas illicite de regarder les principales caractéristiques énergétiques des deux pays de plus près et de les comparer. Plusieurs publications ont été consacrées à ce sujet dans le passé, voir à titre d´exemple les références (CDE 2011, 2014; Gama 2016; OIE 2014, 2016).  

Consommation finale à l´usage énergétique

Considérée en valeur absolue, la consommation finale d’énergie en Allemagne est historiquement plus élevée qu’en France métropolitaine, ce qui s’explique entre autres par une population plus élevée en Allemagne (83 millions d’habitants en Allemagne contre 67 millions en France selon Eurostat) et une différence de climat entre les deux pays (12,6 °C en moyenne en France contre 8,6 °C en Allemagne). En 2018, la consommation finale d´énergie en Allemagne a été environ de 60 Mtep supérieure à celle de la France.

Néanmoins, on constate une répartition par produit assez semblable (voir figure 1) de la consommation finale d´énergie des utilisateurs, tels que l’industrie, les transports, les ménages, les services et l’agriculture (Eurostat).

Fig 1_Conso finale energie produits_2018
Figure 1 : Consommation finale d´énergie par produit en 2018 en France métropolitaine et en Allemagne

La consommation finale des énergies fossiles (pétrole, combustibles fossiles solides et gaz) atteint 60% en France contre 65% en Allemagne. On note une différence de 8 points dans la consommation de gaz, plus élevée en Allemagne tandis que la part de l’électricité est de 5 points plus élevée en France. Une des raisons est le plus grand recours à l’électricité comme énergie de chauffage en France, alors qu´en Allemagne on se chauffe majoritairement au gaz et au fioul (voir aussi figure 12). Pour la part de 5% de la chaleur commercialisée dans la consommation finale d’énergie, c´est le reflet d´un développement plus avancé du chauffage urbain en Allemagne par rapport à la France (3%). 

Le recyclage des déchets non-renouvelables ne joue pratiquement aucun rôle en France dans la consommation finale d´énergie.

En revanche au niveau des énergies renouvelables et biocarburants, la France devance l´Allemagne de 2 points. La transition énergétique allemande a été focalisée dans le passé sur le secteur de l´électricité, tandis que le développement des énergies renouvelables stagne dans les autres secteurs (chaleur & refroidissement et transports).

La figure 2 montre la répartition de la consommation finale d´énergie par secteur (Eurostat).

Fig 2_Conso finale energie sectorielle_2018
Figure 2 : Consommation finale d´énergie par secteur en 2018 en France métropolitaine et en Allemagne

On constate ainsi que :

  • Avec 29% en Allemagne contre 19% en France, l’industrie pèse nettement plus sur la consommation finale d’énergie, ce qui est à relier logiquement au poids économique du secteur industriel outre-Rhin
  • Le secteur des transports a une part à la consommation finale d’énergie plus élevée en France (32 %) qu’en Allemagne (28 %) à relier entre autres à la superficie plus élevée de la France
  • Dans le secteur commerce et services publics, la France (17%) domine l´Allemagne (14%), la part du secteur des ménages est identique.
  • Dans les autres secteurs tels que l’agriculture et la pêche la part est plus importante en France

Production et consommation de l´électricité

Les marchés électriques français et allemand sont les deux plus importants d’Europe, représentant à eux seuls plus de 40 % de la production de l’électricité au sein de l’Union Européenne (27 pays) selon Eurostat.

En 2019, la production nette d’électricité a atteint en France presque 538 TWh contre 574 TWh en Allemagne (RTE 2020; BDEW 2020a, 2020b).  En revanche le mix de production électrique diffère considérablement entre les deux pays (voir figure 3).

Fig 3_Elec production nette 2019
Figure 3 : Production nette d´électricité en 2019 en France métropolitaine et en Allemagne (données provisoires)

Historiquement les deux pays n’ont pas fait les mêmes choix de moyens de production d’électricité : alors que la France a choisi d’orienter son appareil de production vers la technologie nucléaire dès les années 1970, l’Allemagne a privilégié les sources de production fossiles en particulier le charbon et le lignite dont elle dispose en abondance, ainsi que le gaz, en grande majorité importé. Le couple charbon/lignite reste avec 24% la principale source de production d’électricité fossile outre-Rhin. En résultat la production électrique en France métropolitaine est « bas carbone » à 92% contre seulement 54% en Allemagne.

Depuis les années 2000, l’Allemagne a fait le choix de développer massivement les technologies renouvelables de production électrique (notamment solaire et éolien), lesquelles ont représenté 41% de la production nette allemande en 2019, alors qu’elles constituent 21,5% du mix électrique en France en 2019. Environ la moitié de la production renouvelable en France provient de l´hydraulique. Le territoire français dispose d’un avantage physique avec des moyens de production hydraulique assez conséquents.

La consommation brute de la France s’établit à près de 474 TWh contre 569 TWh en Allemagne (RTE 2020; BDEW 2020b). 

Puissance installée

L’Allemagne exploite deux parcs de production en parallèle (voir figure 4) d´une puissance totale d´environ 224 GW fin 2019 pour une pointe de consommation de 82 GW en cas de vague de froid décennale (Allemagne-Energies 2020a). Le parc conventionnel dispose de 100 GW et le parc d´énergies renouvelables de 124 GW dont 110 GW sont des sources intermittentes (éolien, solaire).

Même hors solaire, éolien et hydroélectricité, l´Allemagne dispose d’une puissance pilotable suffisante pour faire face à la pointe.

Cependant, deux piliers de la production d’électricité conventionnelle seront supprimés dans les années à venir avec la sortie du nucléaire d´ici fin 2022 et l’abandon progressif de la production d’électricité à base de houille/lignite à l´horizon de 2038, voir (Allemagne-Energies 1).

Fig 4_Puissance installee 2019
Figure 4 : Puissance électrique installée fin 2019 en France métropolitaine et en Allemagne

A gauche sur la figure 4, en comparaison, la puissance installée en France de 135 GW (RTE 2020), avec une pointe autour de 101 GW en cas de vague de froid décennale (102 GW pour le pic historique en février 2012). La puissance installée progresse de 2,3 GW par rapport à 2018. Ce sont les filières intermittentes (éolien et solaire) totalisant 25,9 GW fin 2019 qui comptent pour l’essentiel de cette augmentation.

La France dispose d´une puissance pilotable d´environ 84 GW (nucléaire, thermique à flamme et bioénergies) et doit compter au minimum sur l´hydroélectricité pour passer la pointe en cas de vague de froid sévère. Le gouvernement français s´est engagé à fermer les dernières centrales à charbon (~ 3 GW) d’ici à 2022 et prévoit de fermer 14 réacteurs sur 58 d’ici à 2035 pour atteindre 50 % de nucléaire dans la production électrique, voir aussi (Allemagne-Energies 1).

La garantie de la sécurité d´approvisionnement des deux pays lors des épisodes de faible production d´éolien et de photovoltaïque exigera une vigilance accrue dans l´avenir.

Importation et exportation d´électricité

On distingue les échanges commerciaux et les échanges physiques entre deux pays. Les échanges commerciaux sont le résultat de transactions commerciales (opérations de vente ou d’achat d´électricité) directement entre les acteurs économiques ou en bourse. Le flux d´électricité associé à l´échange commercial entre la France et l’Allemagne ne passe pas nécessairement sur les lignes d´interconnexion entre l´Allemagne et la France. Il sera distribué à travers de multiples frontières, en fonction des caractéristiques du réseau. Le flux d´électricité associé pourra ainsi transiter par des lignes frontières d´autres pays limitrophes.

Les échanges physiques rendent compte quant à eux des flux d´électricité qui transitent réellement sur les lignes d’interconnexion reliant directement les deux pays.

Pour un pays donné, le bilan des échanges physiques sur l’ensemble de ses frontières et le bilan des échanges commerciaux avec l´ensemble de ses voisins sont identiques.

La France et l’Allemagne sont parmi les pays les plus exportateurs ces dernières années. La figure 5a montre l´évolution des soldes des échanges commerciaux de la France et de l´Allemagne (RTE 2020; BDEW 2020b).

 L´arrêt de 8 centrales nucléaires en 2011 a certes entraîné un net recul des exportations de l´Allemagne mais depuis, le solde exportateur a continuellement augmenté pour se stabiliser entre 2015 et 2018 à un niveau entre 50 et 60 TWh. En 2019, le solde exportateur a baissé à environ 35 TWh. Cette baisse s’explique notamment par la réduction de la compétitivité des centrales à charbon et lignite allemandes en raison de la hausse du prix de la tonne de CO2 et de la baisse du prix du gaz en Europe.

Le solde des échanges commerciaux français s’établit à environ 56 TWh en 2019, en léger recul par rapport à 2018. La France reste néanmoins le pays le plus exportateur d’Europe.

Fig 5_echanges contractuels 2019
Figure 5a : Évolution des échanges commerciaux de la France et de l´Allemagne

Concernant les échanges transfrontaliers d’électricité entre la France et l´Allemagne, un fort écart est observé au sujet des échanges physiques et contractuels (BNetzA 1; SMARD).

Le solde exportateur des échanges physiques est largement en faveur de la France (voir figure 5b). Cela s´explique par le fait qu´une partie de l´électricité exportée par la France vers la Suisse et l´Italie transite par l´Allemagne.

Fig 5b flux physiques DE_FR
Figure 5b : Échanges physiques entre la France et l´Allemagne

Au niveau des échanges commerciaux (figure 5c), la France importe habituellement plus qu´elle n´exporte vers l´Allemagne, soit, 2011 excepté, un solde exportateur en faveur de l´Allemagne.

Fig 5c echanges contractuels DE_FR
Figure 5c : Échanges commerciaux entre la France et l´Allemagne

Depuis 2015 le couplage des 5 pays (France, Belgique, Allemagne-Luxembourg et Pays-Bas)  est effectué par la méthode « Flow Based » (RTE 2019). Le principe de la méthode Flow Based est de refléter le plus fidèlement possible les limitations physiques du réseau. Les échanges transfrontaliers sont ainsi optimisés au plus près des capacités physiques réelles du réseau. La méthode Flow Based s’est traduite par une augmentation significative des échanges maximaux entre zones. Ceci est rendu possible par une très forte coordination entre les gestionnaires de réseau de transport des différents pays constituant la région CWE (Central Western Europe).

Le solde des échanges de la France avec la région CWE reste exportateur en 2019 avec 2,7 TWh. Il est néanmoins moins important qu’en 2018 (RTE 2020).

La figure 5d présente le solde des échanges physiques et commerciaux de l’Allemagne avec ses pays voisins en 2018 (BNetzA 1). Au niveau des importations (flux commerciaux) la France n´arrive qu´à la troisième position (4 TWh) derrière le Danemark (5,3 TWh) et la Tchéquie (4,4 TWh). Au niveau exportation (flux commerciaux), c´est vers l’Autriche (25,7 TWh) que l’Allemagne a exporté le plus d’électricité, suivie par la France (14,8 TWh) et les Pays-Bas (14,6 TWh).  

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Figure 5d : Flux physiques et flux commerciaux d’électricité entre l’Allemagne et ses pays voisins en 2018 en TWh

Comparaison des coûts d´électricité

Le prix du KWh payé par le ménage allemand est actuellement le plus élevé d’Europe (voir figure 6).  Au premier semestre 2019, le ménage allemand « moyen » avec une consommation située entre 2500 kWh et 5000 kWh a payé 30,88 €ct/kWh contre 17,65 €ct/kWh en France (Eurostat). Le prix du kWh peut légèrement varier selon le type de tarification souscrite sans toutefois mettre en cause le classement de l´Allemagne à l’échelle européenne. 

Fig 8_prix Kwh menages S1 2019
Figure 6 : Prix de l´électricité pour les ménages au 1er semestre 2019

Les régimes fiscaux dérogatoires pour les industriels, tant en France qu’en Allemagne, rendent la comparaison du prix du kWh plus difficile pour ces consommateurs. La figure 7 montre à titre d´exemple les prix du kWh  pour les sites industriels moyens en Europe avec une consommation entre 20 et 70 GWh (Eurostat).  

Fig 9 prix industrie S1 2019
Figure 7 : Prix de l´électricité pour un site industriel moyen au 1er semestre 2019, hors TVA et autres taxes et prélèvements récupérables

Cependant, cette comparaison moyenne d´Eurostat masque une grande hétérogénéité et ne tient pas compte de toutes les particularités des régimes spéciaux dérogatoires accordés (BNetzA 20xx).

La figure 8 montre à titre d´exemple le prix du kWh, toutes taxes et prélèvement compris, des petits et moyens sites industriels en France, en Allemagne et en Europe (28 pays) pour différentes tranches de consommation (Eurostat)

Fig 10 prix PME France_Allemagne_1
Figure 8 : Prix de l´électricité pour des petits et moyens sites industriels en France, en Allemagne et en UE (28 pays) au 1er semestre 2019, toutes taxes et prélèvements compris, en fonction de la tranche de consommation annuelle

En conclusion, les entreprises allemandes paient leur électricité plus chère que leurs homologues français.

L´industrie électro-intensive, à savoir une entreprise dont la consommation d’électricité est supérieure à 1 GWh et représente une charge importante (au moins 14% selon (BAFA 2019)) si on la rapporte à la valeur ajoutée, est protégée sous la forme d´un dégrèvement partiel du soutien aux énergies renouvelables ayant pour but de préserver la compétitivité internationale. Pour cette catégorie de consommateurs les prix de l’électricité de part et d’autre de la frontière sont du même ordre de grandeur (Agora Energiewende 2017).

La figure 9 montre l´évolution du prix moyen de l´électricité des ménages en France et en Allemagne (Eurostat). L´écart des prix s´amplifie. Ceci est notamment dû à l´augmentation de la part de la fiscalité dans le prix du kWh en Allemagne.

Fig 10_Evolution du prix moyen de l´électricité des ménages 2000_2019
Figure 9 : L´évolution du prix moyen de l´électricité des ménages en France et en Allemagne (taxes et prélèvements compris)

Une analyse plus détaillée des composants du prix de l’électricité permet de déterminer où se situent les différences entre les prix du kWh en Allemagne et en France.

La figure 10 montre une comparaison des prix entre la France et l´Allemagne,  à savoir la part « fourniture » comprenant les coûts de commercialisation du fournisseur ainsi que ses coûts d’approvisionnement en énergie sur le marché de l’électricité ou via ses propres moyens de production, la part « acheminement » (transport et distribution) correspondant principalement au tarif d´utilisation du réseau et la part « fiscalité » composée des taxes et contributions diverses.

Avec 53 %, la fiscalité représente la part la plus importante du prix de l électricité en Allemagne (Eurostat). La majeure partie de la fiscalité est constituée par les charges de soutien aux énergies renouvelables.

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Figure 10 : Décomposition des prix de l´électricité des ménages en France et en Allemagne au 1er semestre 2019

La figure 11 montre l´évolution des charges pour le soutien aux énergies renouvelables électriques (différence entre le prix de revente de l’électricité sur le marché et le prix de rémunération perçu par les exploitants des installations d´énergies renouvelables) et les tarifs de CSPE et EEG-Umlage.

En France, le soutien aux énergies renouvelables électriques fait partie des charges de service public de l´énergie. Selon la Commission de régulation de l’énergie (CRE), la charge de soutien inclut depuis 2017 aussi le complément de rémunération EnR et les coûts de gestion des contrats. Au titre de 2020, le soutien aux énergies renouvelables électriques représente 65 % des charges de service public de l’énergie. Les données de la France représentées dans la figure 11 sont extraites de la délibération de la CRE (CRE 2019).

Les coûts de soutien aux énergies renouvelables électriques sont financés à travers la Contribution au Service Public de l’Electricité (CSPE), une taxe intérieure sur la consommation finale d’électricité en France, payée par le consommateur final. Le montant unitaire de la CSPE est fixé dans le cadre de la loi de finances (CDE 2017). Depuis 2016 le montant est inchangé et s´élève à 22,5 €/MWh.

En Allemagne, la charge de soutien aux énergies renouvelables électriques, appelée « EEG – Umlage », vise à soutenir le développement des énergies renouvelables dans le secteur électrique (BMWi 1), à l’image de la CSPE en France. Elle est comptabilisée à part dans un compte géré par les gestionnaires des réseaux de transport. Depuis 2012 un mécanisme de compensation sert à réduire les charges de soutien aux énergies renouvelables pour l´année suivante grâce aux provisions non utilisées (Allemagne-Energies 2).

Le développement massif des énergies renouvelables associé à des prix du marché de gros en recul a majoré d´une façon fulgurante les charges de soutien aux énergies renouvelables. La mise en place des appels d´offre pour les énergies renouvelables à partir de 2017 (Allemagne-Energies 2) a contribué à limiter la tendance haussière.  

En revanche, à court terme, la situation pourrait se dégrader en raison de la baisse importante du prix du marché de gros suite à l´épidémie de coronavirus. C´est pourquoi le gouvernement allemand a décidé de plafonner la charge de soutien aux énergies renouvelables en 2021 et 2022 (Allemagne-Energies 2020b).

Fig 11a charges de soutien et tarifs
Figure 11 : Historique des charges de soutien aux énergies renouvelables (axe gauche) et tarifs de CSPE et EEG-Umlage après compensation (axe droit)

La facture de l´énergie des ménages environ 13% plus chère en Allemagne qu’en France

La figure 12 compare par combustible la consommation finale d´énergie des ménages en France et en Allemagne. Selon Eurostat, la consommation finale couvre la consommation d’énergie des ménages (logements individuels, appartements, etc.) pour le chauffage des locaux, le chauffage de l’eau, le refroidissement, la cuisine ainsi que la consommation d’électricité par divers appareils électriques. L’électricité autoproduite est incluse et compte comme consommation d’électricité (Eurostat).

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Figure 12 : Consommation finale d´énergie des ménages par combustible en 2018

Pour mesurer la différence de charge énergétique du logement dans les deux pays, regardons le résultat d´une étude du Commissariat général au développement durable publiée en janvier 2018 (MTES 2018a). La charge énergétique représente 5,66 % du revenu net pour les ménages allemands et 5,02 % pour les ménages français, soit une différence d´environ 13%. Ceci est dû à une différence non négligeable du climat déjà mentionnée plus haut mais également à des prix du kWh nettement plus élevés en Allemagne qu’en France (voir figure 10).

Néanmoins l´impact du prix du kWh sur la facture d´énergie des ménages allemands est plus faible qu´à première vue. Les ménages outre Rhin consomment en effet moins d´électricité que les ménages en France. La différence provient notamment du suréquipement des ménages français en convecteurs électriques, un choix que n’a pas fait l’Allemagne. Le surcoût du kWh allemand étant compensé en grande partie par le poste chauffage : se chauffer à l’électricité revient en effet plus cher que de se chauffer majoritairement au gaz et au fioul, comme en Allemagne.

Bilan d´étape en France et en Allemagne par rapport aux objectifs et stratégies climatiques de l´UE

 Les principaux objectifs en matière d’énergie et de climat de l´UE sont fixés dans le Paquet sur le climat et énergie à l´horizon 2020 et le Cadre sur le climat et l´énergie à l´horizon 2030 (CE 1).

Le Paquet énergie-climat à l´horizon de 2020 est fondé sur un trio d´objectifs, le 3×20 % :

  • Réduction des émissions de gaz à effet de serre de 20 % par rapport à 1990
  • Augmentation de la part des énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie à 20 %.
  • Augmentation de 20 % de l’efficacité énergétique. Cet objectif correspond à une diminution de 20 % de la consommation énergétique primaire par rapport à un scénario de référence de 2007 (scénario Baseline 2007)

Le Cadre d´action en matière de climat et d´énergie à l’horizon 2030 prévoit des objectifs stratégiques à l´échelle de l´UE pour la période 2021-2030. Les objectifs clés pour 2030 sont :

  • Réduction des émissions de gaz à effet de serre d´au moins 40 % (par rapport à 1990) La répartition de cet objectif est fixée, par rapport à 2005, à – 43 % pour les secteurs couverts par le système d´échange de quotas d´émissions (SEQE), dits EU-ETS, et à – 30 % pour les secteurs non couverts par le SEQE. Dans le cadre du pacte vert pour l´Europe, la Commission entend proposer de porter l´objectif de moins 40% à moins 50 %, et si possible à moins 55 %.
  • Augmentation de la part des énergies renouvelables à au moins 32 % de la consommation finale brute d´énergie, assortie d´une clause de réexamen d’ici à 2023 en vue de réviser à la hausse l´objectif fixé au niveau de l´UE
  • Amélioration d´au moins 32,5 % de l´efficacité énergétique, soit une diminution de 32,5 % de la consommation d´énergie par rapport au scénario de référence (scénario Baseline 2007), laquelle doit être atteinte collectivement par l’UE, avec une clause de révision à la hausse d´ici à 2023

Il est intéressant de comparer l´état de mise en œuvre de ces objectifs quantitatifs des deux pays. Les données ont été extraites des tableaux Eurostat (Eurostat).  Compte tenu de l´évolution observée, la plupart des objectifs 2020 ne seront atteints ni par l´Allemagne ni par la France, à moins que la crise sanitaire du coronavirus fasse baisser considérablement la consommation d´énergie et les émissions de gaz à effet de serre.

Réduction des émissions de gaz à effet de serre

La France s´est engagée sur une réduction de 20% d´ici 2020 par rapport à 1990 dans le cadre du Paquet énergie-climat de l´UE et vise une réduction de 40% d´ici 2030 par rapport à 1990  (CE 2), objectif fixé par la loi de transition énergétique pour la croissance verte adoptée en 2015.

L´objectif de l´Allemagne est une réduction de 40% d´ici fin 2020 par rapport à 1990. D´ici 2030, l´Allemagne vise une réduction de 55% des émissions par rapport à 1990. La loi fédérale de protection du climat 2030 (Bundes-Klimaschutzgesetz), entrée en vigueur en décembre 2019 (Allemagne-Energies 2019), fixe des objectifs juridiquement contraignants en matière d’émissions de gaz à effet de serre pour chaque année et pour chaque secteur économique pour la période de 2020 à 2030.

La figure 13 montre les objectifs 2020 et 2030 de l´UE concernant les émissions de gaz à effet de serre contenus dans le «panier de Kyoto» et le bilan d´étape en France et en Allemagne (Eurostat).  Le «panier de Kyoto» comprend les gaz à effet de serre suivants: le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), l’oxyde nitreux (N2O) et les gaz dits fluorés (hydrofluorocarbones, hydrocarbures perfluorés, triflourure d’azote (NF3) et hexafluorure de soufre – SF6). Bien que le CO2 soit le gaz avec le plus petit pouvoir de réchauffement global, du fait des importantes quantités émises, il contribue le plus au réchauffement climatique.

Par souci de simplification, seuls les objectifs de réduction de 20 % (2020) et 40% (2030) par rapport à 1990 sont présentés.

Fig 13 EU 2020_2030 emissions
Figure 13 : Evolution des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux objectifs de 2020 et 2030 selon Eurostat tableau env-air-gge (hors secteur des terres et forêts-UTCATF et l´aviation internationale), les valeurs de 2019 sont estimées

Avec 10,7 tonnes de CO2éq par habitant en Allemagne contre 6,9 tonnes en France, un allemand émettait en 2018 environ 55% de plus de CO2éq qu´un français selon Eurostat.

En Allemagne on notera des gains substantiels en émissions de gaz à effet de serre notamment entre 1990 et 2005. La raison principale de la baisse a été la fermeture ou la modernisation des vieilles usines très polluantes en Allemagne de l´Est suite à la réunification.

En 2019 l´Allemagne a réduit ses émissions d´environ 36% par rapport à 1990. Pour atteindre l´objectif de fin 2020 l´Allemagne devrait encore baisser ses émissions d´au moins 55 Mt CO2éq, ce qui est vraisemblablement hors de portée. Seule la crise sanitaire du Coronavirus, qui a provoqué l´effondrement des émissions de CO₂, pourrait permettre d´atteindre l´objectif.

En 2019 la France a réduit ses émissions d´environ 19,5 % par rapport à 1990 et se trouve actuellement sur la trajectoire cible de l´objectif de 2020.

Part des énergies renouvelables dans la consommation finale brute d´énergie

La France s’est fixé avec 23% dans la consommation finale brute d´énergie un objectif bien plus ambitieux que la préconisation de l’UE pour 2020 (20%). La France s’est engagée à atteindre au moins 32 % d’énergies renouvelables dans la consommation finale en 2030 et vise même 33% ou 34%.

L´Allemagne s´est fixé 18% dans la consommation finale brute d´énergie à l´horizon 2020 et 30% à l´horizon 2030 (CE 2).

La figure 14 montre les bilans d´étape en France et en Allemagne par rapport aux objectifs de 2020 et 2030 (Eurostat).

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Figure 14 : Evolution de la part des énergies renouvelables en pourcentage dans la consommation finale brute d´énergie par rapport aux objectifs de 2020 et 2030

L´Allemagne a atteint une part de 16,5% en 2018. Le développement des énergies renouvelables est à la traine dans les secteurs bâtiment, chaleur et refroidissement et dans les transports.  Malgré cela, l´objectif fin 2020 de 18% sera vraisemblablement atteint compte tenu de l´augmentation importante des énergies renouvelables prévue dans la consommation d´électricité (Allemagne-Energies 2).

En France a atteint une part de 16,6 % en 2018. La France devrait presque sextupler l´augmentation annuelle par rapport à la période précédente pour atteindre les 23 % visés pour fin 2020.

Augmentation de l’efficacité énergétique

L´amélioration de l´efficacité énergétique d´au moins 20% d´ici 2020 et d´au moins 32,5 % d´ici 2030 prévue par l´UE se traduit par une baisse de la consommation, un maillon important pour réduire les émissions.  La réalisation de l’objectif étant mesurée d’après la réduction de la consommation d’énergie par rapport à un scénario de référence établi en 2007 par la Commission européenne, le scénario Baseline (MTES 20xx). Il prend en compte les politiques implémentées dans les États membres jusqu’à fin 2006.

A l´horizon de 2020, la France s’est fixé le double objectif de réduire la consommation énergétique finale à 131,4 Mtep et la consommation d’énergie primaire à 219,9 Mtep (hors transport aérien international, hors usages non énergétiques) (MTES 2018b). Cela correspond à une réduction d´environ 15% par rapport à 2005.

A l´horizon de 2030, la France a repris les objectifs européens de réduction de 32,5% de la consommation énergétique en 2030 par rapport au tendanciel (CE 2). Ainsi, le scénario de référence de la PPE (programmation pluriannuelle de l’énergie) et de la SNBC (stratégie nationale bas-carbone) conduit à une estimation de la consommation d’énergie finale de 117,6 Mtep en 2030, et une consommation d’énergie primaire de 205,0 Mtep en 2030 (hors usages non énergétiques) selon le plan national en matière d’énergie et de climat (CE 2).

Outre-Rhin, il est prévu de réduire à l´horizon 2020 la consommation énergétique finale à 194,3 Mtep et la consommation d’énergie primaire à 276,6 Mtep (hors usages non énergétiques). Cela correspond à une réduction d´environ 14% par rapport à 2005.

D´ici 2030, l´Allemagne a fixé comme objectif une réduction de la consommation énergétique primaire de 30% par rapport à 2008 à environ 216 Mtep (hors usages non énergétiques). La consommation d´énergie finale est estimée à 185 Mtep en 2030 selon le plan national en matière d’énergie et de climat (CE 2).

La figure 15 ci-dessous décrit les progrès réalisés (Eurostat).

Fig 15 EU 2020_2030_conso energie primaire
Figure 15 : Evolution de la consommation d´énergie primaire (hors usage non énergétique) par rapport aux objectifs de 2020 et 2030 (Eurostat)

La France a réduit sa consommation de 8,4% en 2018 par rapport à 2005. L’atteinte de l´objectif de fin 2020 de 219,9 Mtep nécessiterait maintenant une baisse annuelle de 9,5 Mtep.

L´Allemagne a réduit sa consommation d´énergie primaire de 9,4 % en 2018 par rapport à 2005. Du point de vue actuel, l´atteinte de l´objectif de 276,6 Mtep de fin 2020 nécessiterait une baisse annuelle de 7,5 Mtep.

Bibliographie

Agora Energiewende (2017) The Energiewende in a nutshell. 10 Q & A on the German energy transition. En ligne : https://www.agora-energiewende.de/en/publications/the-energiewende-in-a-nutshell/.

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