Bilans énergétiques : Comparaison Allemagne et France

Texte mis à jour le 07.09.2022

Temps de lecture : 35 min

 

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Les deux pays se sont engagés dans une transformation importante de leurs systèmes énergétiques qui s´inscrit dans le développement du marché intérieur et de la transition énergétique européenne. La France vise la neutralité carbone d´ici 2050 et l´Allemagne a l´intention d´atteindre la neutralité carbone en 2045, soit cinq ans plus tôt qu´initialement prévu.

Le présent texte est régulièrement actualisé et traite non seulement les mesures phares de la transition énergétique française et allemande et les principales caractéristiques énergétiques mais fait aussi le bilan d´étape des deux pays par rapport aux objectifs et stratégies climatiques de l´Union européenne.

Sommaire

Objectifs et stratégies climatiques de l´Union Européenne (UE)

  • Paquet législatif sur le climat et l´énergie à l´horizon 2020
  • Transition vers une énergie propre

Mesures phares de la transition énergétique française et allemande

  • France
  • Allemagne
  • Comparaison des mesures phares de la transition énergétique française et allemande

Comparaison des situations énergétiques

  • Consommation énergétique
  • Production et consommation d´électricité
  • Puissance installée du parc de production d’électricité

Prix d´électricité et échanges transfrontaliers

  • Prix spot sur le marché journalier
  • Épisodes de prix négatifs
  • Importation et exportation d´électricité

Comparaison des coûts d´électricité

  • Prix de l´électricité pour un site industriel
  • Prix de l´électricité pour les ménages
  • Facture de l´énergie des ménages

Bilan d´étape en France et en Allemagne par rapport aux objectifs de l´UE

  • Réduction des émissions de gaz à effet de serre
  • Part des énergies renouvelables dans la consommation finale brute d´énergie
  • Taux de couverture de la consommation d´électricité par la production d´origine renouvelable
  • Augmentation de l´efficacité énergétique

Bibliographie

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Objectifs et stratégies climatiques de l´Union Européenne (UE)

L´UE a fixé des objectifs en matière de climat et énergie dans le cadre des actions suivantes :

Paquet législatif sur le climat et l´énergie à l´horizon 2020

Le paquet 2020 est un ensemble d´actes législatifs adoptés pour permettre à l´UE d´atteindre ses objectifs en matière de climat et d´énergie à l´horizon de 2020. Il était fondé sur un trio d´objectifs, le 3×20 % (CE 1) :

  • Réduction des émissions de gaz à effet de serre de 20 % par rapport à 1990 ;
  • Augmentation de la part des énergies renouvelables dans la consommation finale d´énergie à 20 % avec une part d´au moins 10% à atteindre pour le secteur des transports ;
  • Augmentation de 20 % de l´efficacité énergétique. La réalisation de l´objectif étant mesurée d´après la réduction de la consommation d´énergie par rapport à un scénario de référence établi en 2007 par la Commission européenne, le scénario Baseline. Ce scénario prend en compte les politiques implémentées dans les États membres jusqu´à fin 2006.

Transition vers une énergie propre

Après que les Nations Unies se sont mises d´accord en 2015 à Paris pour limiter le réchauffement climatique à moins de 2 °C au cours du siècle, et si possible à moins de 1,5 °C, la Commission européenne a présenté en 2019 le « Pacte Vert pour l´Europe » (ou Green Deal) avec l´objectif de faire de l´Union Européenne le premier continent neutre pour le climat d´ici à 2050 (CE 2).

Comme étape intermédiaire les 27 États membres de l´UE se sont engagés à réduire leurs émissions nettes d´au moins 55 % d´ici 2030 par rapport à 1990.

Le 14 juillet 2021, la Commission européenne a présenté le paquet « Ajustement à l´objectif 55 » (Fit for 55). Ce paquet vise à mettre le cadre législatif de l´UE en matière de climat et d´énergie en adéquation avec l´objectif de neutralité climatique à l´horizon 2050, ainsi qu´avec l´objectif consistant à réduire les émissions nettes de gaz à effet de serre d´au moins 55 % d´ici 2030 par rapport à1990.

Le paquet consiste en une série de propositions étroitement liées, qui soit modifient des actes législatifs existants, soit introduisent de nouvelles initiatives dans une série de domaines d´action et de secteurs économiques. Pour en savoir plus sur sa mise en œuvre, cf. (CE 3).

Face aux difficultés et aux perturbations du marché mondial de l´énergie provoquées par l´invasion russe de l´Ukraine, la Commission européenne a présenté le plan REPowerEU en mai 2022. Ce plan vise à réduire rapidement la dépendance à l´égard des combustibles fossiles russes et à faire avancer rapidement la transition écologique, cf. (CE 5).

La part des énergies renouvelables dans la consommation finale brute d´énergie et l´efficacité énergétique visées sont encore plus ambitieuses que les objectifs présentés par la Commission il y a seulement un an dans le cadre de son paquet climatique « Ajustement à l´objectif 55 » (voir plus haut).

Une décision finale sur ces nouvelles propositions devrait être prise au cours du trilogue entre la Commission, les eurodéputés et les États membres. Les États membres devraient ensuite fixer des contributions nationales contraignantes pour atteindre les objectifs, soit établir un plan national intégré en matière d´énergie et de climat (PNEC). Pour en savoir plus sur les PNEC pour la période 2021-2030, cf. (CE 4).  

Mesures phares de la transition énergétique française et allemande

Dans ce chapitre les mesures phares de la transition énergétique des deux pays, actuellement connues, sont brièvement décrites. Le durcissement des objectifs au niveau européen aura un impact sur les objectifs nationaux. Les deux pays seront amenés à adapter leurs mesures en fonction des objectifs du pacte vert pour l´Europe.

France

Suite au Grenelle Environnement (CDE 2017a), au débat national et citoyen sur la transition énergétique, à la « Loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte de 2015  (LTECV) » (MTES 2017), la Loi Énergie et Climat a été votée en 2019 pour répondre à l´urgence écologique et l´urgence climatique.

La loi Energie-Climat de 2019 (MTES 2020) actualise les objectifs de la politique énergétique de la France. En outre la Loi prévoit (Citepa) :

  • Remplacement de l´objectif « Facteur 4 » par l´objectif d´atteindre la neutralité carbone à l´horizon 2050 en divisant les émissions de gaz à effet de serre (GES) par un facteur supérieur à six par rapport à 1990
  • Ajout d´un nouvel objectif intermédiaire (pour 2023) de réduction de la consommation énergétique finale, ce qui donne désormais :
    • -7% environ en 2023 (base 2012) [nouvel objectif],
    • -20% en 2030 (base 2012) [objectif inchangé],
    • -50% en 2050 (base 2012) [objectif inchangé] ;
  • Rehausse de l´objectif de réduction de la consommation énergétique primaire des énergies fossilesen 2030 de 30% à 40% (base 2012) ;
  • Rehausse de l´objectif de la part d´énergies renouvelables (EnR) de 32% de la consommation finale brute d´énergie en 2030 à « 33% au moins » ;
  • Report à 2035 (au lieu de 2025) de la réduction à 50% de la part du nucléaire dans la production électrique

Selon l´annonce du Président de la République en février 2022, la nouvelle stratégie française de l´énergie s´appuiera sur deux piliers – les énergies renouvelables et le nucléaire (Gouvernement 2022).

La gouvernance sur l´énergie et le climat est fondée sur deux documents nationaux de programmation : la PPE et la SNBC. A travers ces documents, l´État français poursuit l´atteinte de ces objectifs à long terme et élabore les politiques et mesures transversales et sectorielles pour les atteindre  (OIE 2018b).

  • La programmation pluriannuelle de l´énergie (PPE) fixe les priorités d´actions des pouvoirs publics dans le domaine de l’énergie pour les 10 années à venir, partagées en deux périodes de 5 ans (MTES 2021a). Elle traite de l´ensemble des énergies et de l´ensemble des piliers de la politique énergétique : maîtrise de la demande en énergie, promotion des énergies renouvelables, garantie de sécurité d’approvisionnement, maîtrise des coûts de l´énergie, développement équilibré des réseaux, etc.
  • La stratégie nationale bas-carbone (SNBC) est la feuille de route de la France pour conduire la politique d´atténuation du changement climatique (MTES 2021b). Tous les cinq ans, la stratégie nationale bas-carbone fait l´objet d´un cycle complet de révision. Elle donne des orientations pour mettre en œuvre la transition vers une économie bas-carbone dans tous les secteurs d´activités. Elle définit une trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre jusqu’à 2050 et fixe des objectifs à court-moyen termes : le budget carbone.

La trajectoire cible et les budgets de carbone

Issu d´un exercice de modélisation prospective, la SNBC s´appuie sur un scénario d´atteinte de la neutralité carbone à l´horizon 2050, c´est-à-dire ne pas émettre davantage que ce qui est absorbé dans les puits de carbone (forêts, sols…). Comme le potentiel de ce puits de gaz à effet de serre (GES) est limité, cela revient à une réduction des émissions d´au moins 85% par rapport à 1990 pour atteindre un niveau d´émission autour de 80 Mt CO2éq en 2050.

Fig 1 Budget carbone_France
Figure 1 : évolution des émissions et des puits de gaz à effet de serre sur le territoire français entre 1990 et 2050 (en MtCO2eq) et budgets de carbone

A partir de cette trajectoire cible, la SNBC définit pour le territoire français des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour les quinze prochaines années : budgets de carbone.  Ce sont des plafonds d´émissions à ne pas dépasser, exprimés en moyenne annuelle par période de 5 ans en millions de tonnes de CO2 équivalent. Ils sont déclinés par secteurs d´activité et par gaz à effet de serre. La figure 2 montre les budgets de carbone par secteur (MTES 2021b).

Fig 2 Budget carbone par secteur
Figure 2 : budgets de carbone 2019-2023, 2024-2028 et 2029-2033 par secteur

La réduction la plus importante est imposée aux secteurs du bâtiment et des transports.

Allemagne

La transition énergétique allemande est expliquée en détail en (Allemagne-Energies 1).

La Loi sur les énergies renouvelables (Erneuerbare-Energien-Gesetz, EEG), mise en place en 2000 et l´abandon du nucléaire acté en 2002 constituent des étapes importantes de la politique énergétique allemande.

La transition énergétique repose essentiellement sur le concept énergétique (Energiekonzept), une feuille de route à l´horizon 2050, publiée en 2010  (BMWi 2010). Ce concept définit pour la première fois les grandes orientations de la transition énergétique et fixe des objectifs quantitatifs, cf. (Allemagne-Energies 1).

Le nucléaire devait encore bénéficier d´une prolongation de fonctionnement au titre de technologie de transition, avant que quelques mois plus tard, le gouvernement fasse marche arrière et accélère la sortie du nucléaire suite à l´accident de Fukushima (Allemagne-Energies 3). Cette décision est appelée « Energiewende », le tournant énergétique.

La trajectoire cible de la Loi sur la Protection du Climat

Alors que le concept énergétique de 2010 prévoyait une réduction entre 80% et 95% des émissions de gaz à effet de serre d´ici 2050 par rapport à 1990, la Loi Fédérale sur la Protection du Climat, entrée en vigueur en 2019, vise la neutralité carbone à l´horizon de 2050.

Critiqué par la Cour Constitutionnelle Fédérale, le gouvernement a durci considérablement ses objectifs climatiques en 2021 (Allemagne-Energies 2021a). L´avenant à la Loi sur la Protection du Climat, entré en vigueur fin août 2021, fixe la réduction des émissions de gaz à effet de serre à 65% d´ici 2030 par rapport à 1990, contre 55% auparavant, puis à 88% d´ici 2040 avec l´intention d´atteindre la neutralité carbone en 2045, soit cinq ans plus tôt qu´initialement prévu. Selon la Loi, les émissions résiduelles seront compensées via des puits de gaz à effet de serre dont le potentiel est estimé à au moins 40 Mt CO2éq en 2045. Cela revient à une réduction brute des émissions de GES d´environ 97% par rapport à 1990 (cf. figure 3). Des émissions négatives doivent être atteintes pour la période post 2050.

Fig 3 objectif neutralite carbone_DE
Figure 3 : évolution des émissions et des puits de gaz à effet de serre (GES) sur le territoire allemand entre 1990 et 2050 (en MtCO2éq)

Entre 1990 et 2020 la baisse annuelle des émissions s´élève à environ 15 MtCO2éq. Entre 2021 et 2030 la réduction annuelle doit presque tripler pour atteindre l´objectif intermédiaire de 438 MtCO2éq en 2030. La Loi sur la Protection du Climat fixe des objectifs juridiquement contraignants en matière d´émissions de gaz à effet de serre pour chaque année et pour chaque secteur économique à l´horizon de 2030.  La part la plus importante des réductions supplémentaires sera supportée par le secteur énergétique et celui de l´industrie, cf. figure 4

Fig 4 emission carbone par secteur_DE
Figure 4 : objectif de réduction des GES entre 2020 et 2030 par secteur hors puits carbone

Comparaison des mesures phares de la transition énergétique française et allemande

La figure 5 expose les mesures phares actuellement connues du « Tournant Énergétique » allemand et de la transition énergétique française.

Fig 5 Les mesures phares de la transition énergétique 6_2022
Figure 5 : mesures phares de la transition énergétique France vs. Allemagne

Lutte contre le réchauffement climatique

Après une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 20 % par rapport à 1990 visée par la Commission européenne dans le paquet législatif sur le climat et l´énergie pour 2020, il est maintenant prévu d´atteindre la neutralité carbone à l´horizon de 2050 et, comme objectif intermédiaire, réduire les émissions nettes de gaz à effet de serre d´au moins 55% d´ici 2030 (voir plus haut).

La France vise la neutralité carbone d´ici 2050 (voir plus haut). Comme étape intermédiaire, la France s´est engagée actuellement sur une réduction de 40% d´ici 2030.  

L´Allemagne vise une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 65% d´ici 2030 par rapport à 1990 (contre 55% auparavant) et la neutralité carbone d´ici 2045 (zéro émission nette). L´objectif est de parvenir à des émissions négatives après 2050.

Part des énergies renouvelables à la consommation finale d´énergie 

L´objectif de 2030 au niveau européen est actuellement de 32% (directive (UE) 2018/2021 du 11 décembre 2018). La Commission européenne ambitionne de porter maintenant l´objectif à 45 % d´ici 2030 (CE 5). Initialement, le paquet « Fit for 55 » envisageait 40 % à la même échéance (CE 3).

La France vise actuellement une part d´au moins 33 % d´énergies renouvelables dans la consommation finale brute en 2030 (MTES 2021a; Légifrance 1). Cet objectif est décliné par vecteur énergétique (40 % de la production électricité ; 38 % de la consommation finale de chaleur ; 15 % de la consommation finale de carburant et 10% de la consommation de gaz doivent être d´origine renouvelable).

L´Allemagne vise actuellement une part de 30% dans la consommation finale brute à l´horizon de 2030. Cet objectif est susceptible d´être révisé (voir plus haut). Selon l´accord de coalition du nouveau gouvernement, 50 % de la chaleur doit être produite de manière climatiquement neutre d´ici 2030.

Les deux pays ont adopté en 2020 des plans de déploiement national de l´hydrogène en faisant émerger une filière d´électrolyseurs (Allemagne-Energies 1, Bercy 2020). L´hydrogène en tant que « vecteur énergétique » devrait être utilisé dans un premier temps là où il n´existe actuellement aucune alternative aux combustibles fossiles.

Part des énergies renouvelables dans la consommation d´électricité

La France s´est fixé l´objectif de 40% d´énergies renouvelables électriques dans la production nationale en 2030 (Légifrance 1). Les principales filières bénéficiant de cette évolution sont le photovoltaïque et l´éolien.

Selon l´annonce du Président français en février 2022, il est prévu de développer massivement les énergies renouvelables :

  • le solaire : multiplier par dix ses capacités de production, et dépasser les 100 GW d´ici 2050 ;
  • l´éolien en mer : créer une cinquantaine de parcs éoliens en mer. Objectif : 40 GW en service en 2050 ;
  • l´éolien terrestre : le développement continuera à raison d´une stratégie raisonnable et progressive : 18,2 GW produits par an aujourd´hui et avec un doublement de la puissance d´ici 2050 – les maires auront la liberté de décider là où l´implantation d´éoliennes sera permise et pourront bénéficier d´avantages fiscaux liés à ces éoliennes.

Pour plus de détails voir (Gouvernement 2022).

L´Allemagne met l´accent sur l´augmentation de la part des énergies renouvelables dans le secteur de l´électricité, notamment en utilisant la technologie de l´éolien et du photovoltaïque (Allemagne-Energies 2).

Le nouveau gouvernement allemand en fonction depuis décembre 2021 veut donner un nouveau rythme à la transition énergétique (Allemagne-Energies 2021b). L´accord de coalition du nouveau gouvernement vise une part de 80% dans la consommation brute d´électricité d´ici 2030. L´avenant à la Loi sur les Énergies Renouvelables du secteur électrique 2023 table sur une production nationale d´électricité quasiment neutre en carbone dès 2035, c´est-à-dire qu´elle doit être presque entièrement assurée par des énergies renouvelables (Allemagne-Energies 2022b).

Réduction de la consommation énergétique grâce à l´amélioration de l´efficacité énergétique

La réduction de la consommation grâce à l´efficacité énergétique est un pilier majeur de la politique énergétique de l´UE.

La Commission propose dans son plan REPowerEU (voir plus haut) des ambitions accrues en matière d´économies d´énergie, en relevant à 13% l´objectif d´efficacité énergétique d´ici 2030 par rapport à 2020. Le paquet climatique « Ajustement à l´objectif 55 » visait encore un objectif de 9 % par rapport à 2020 (soit des réductions de 39 % de la consommation brute d´énergie primaire et de 36 % de la consommation finale brute d´énergie, par rapport aux projections pour 2030 du scénario de référence de 2007).

La France s´est fixé actuellement comme objectif une réduction de 20% de la consommation finale d´énergie d´ici 2030 et de 50% à l´horizon de 2050 par rapport à 2012. La réduction de la consommation finale d´énergie de 7,6% en 2023 et de 16,5% en 2028 par rapport à 2012 constitue un objectif intermédiaire selon la PPE (MTES 2021a).

L´Allemagne a fixé actuellement comme objectif une réduction de la consommation énergétique primaire de 30% d´ici 2030 et de 50% à l´horizon de 2050 par rapport à 2008.

Nucléaire et charbon

Les objectifs pour les centrales nucléaires et au charbon sont un choix purement national. 

La capacité nucléaire installée en France est plafonnée à 63,2 GW (Légifrance 1). Ce plafond a été instauré par la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte.  L´objectif initial de la France de réduire la part du nucléaire à 50% (contre plus de 70% aujourd’hui) dans le mix électrique français dès 2025 a été reconnu comme irréaliste par le pouvoir politique. La loi Energie-Climat de 2019 et la PPE entérinent le report de cet objectif à 2035 (voir plus haut).

Suite à l´annonce du Président français en février 2022, plusieurs décisions ont été prises dans le secteur du nucléaire :

  • plus aucun réacteur en état de produire ne sera fermé à l´avenir, sauf pour des raison de sûreté
  • le prolongement au-delà de 50 ans de la durée de vie de tous les réacteurs actuellement en service
  • 6 EPR2 seront construits d´ici 2050. Le chantier du premier réacteur débutera en 2028, pour une mise en service prévue en 2035. De plus, des études seront lancées pour la construction de 8 autres réacteurs EPR.
  • un milliard d´Euros sera investi pour faire émerger de nouveaux types de réacteurs

Pour plus de détails voir (Gouvernement 2022).

Concernant les centrales à charbon, l´objectif de la France est selon la PPE d´arrêter les dernières centrales électriques fonctionnant exclusivement au charbon d´ici 2022 ou d´accompagner leur évolution vers des solutions moins carbonées.

Le gouvernement allemand avait décidé en 2011 l´abandon définitif du nucléaire d´ici 2022, suite à la frénésie médiatique provoquée par l´accident de Fukushima. Face à la menace de pénurie de gaz russe, deux tranches nucléaires encore en service en Allemagne vont être maintenues en veille comme « réserve ultime » jusqu´à mi-avril 2023 selon les dernières informations (Allemagne-Energies 3).

Selon la loi de sortie des centrales à houille et à lignite, entrée en vigueur en août 2020, l´Allemagne vise un abandon de ces centrales au plus tard en 2038 avec deux étapes intermédiaires : réduction d´ici fin 2022 de la puissance nette des centrales au réseau à 30 GW, à 17 GW au 1er avril 2030 et à zéro GW au plus tard à la fin 2038.

La nouvelle coalition souhaite même avancer la date de sortie du charbon à 2030 « dans l´idéal » (Allemagne-Energies 2021b). Suite à la guerre en Ukraine, la flambée du prix du gaz et les efforts pour s´émanciper de la forte dépendance au gaz russe ébranlent la stratégie de la sortie du charbon (Allemagne-Energies 2022c).

Comparaison des situations énergétiques

Conscients de ces enjeux, les deux pays ont engagé des échanges approfondis sur l´évolution de leur mix énergétique afin de partager les perspectives de développement et leurs impacts respectifs.

Dans ce cadre, il est apparu utile d´analyser les principales caractéristiques énergétiques des deux pays. Plusieurs publications ont été consacrées à ce sujet dans le passé, voir à titre d´exemple les références (CDE 2011, 2014; Gama 2016; OIE 2014, 2016).

Le présent texte utilise les tableaux d´Eurostat, l´office statistique de l´Union européenne.

Consommation énergétique

Considérée en valeur absolue, la consommation finale d´énergie en Allemagne est historiquement plus élevée qu´en France métropolitaine, ce qui s´explique entre autres par une population plus élevée en Allemagne (~ 83 millions d´habitants en Allemagne contre ~ 68 millions en France selon Eurostat, tableau TPS00001) et une différence de la température moyenne calculée sur 30 ans (1991-2020) de 3,6°C (12,9 °C en France contre 9,3 °C en Allemagne).

La figure 6 montre la répartition de la consommation finale d´énergie par produit.

En 2020 la consommation finale d´énergie des deux pays se situe à un niveau historiquement bas, principalement dû à la crise sanitaire du Covid-19.

Fig 6 Conso energie finale 2020 par produit
Figure 6 : consommation finale d´énergie par produit en 2020 en France métropolitaine et en Allemagne (Eurostat, tableau TEN00123)

Les plus grands écarts sont observés au niveau de la consommation de gaz, plus élevée en Allemagne et d´électricité, plus élevée en France. Une des raisons est le plus grand recours à l´électricité comme énergie de chauffage en France, alors qu´en Allemagne on se chauffe majoritairement au gaz et au fioul. 

La figure 7 montre la répartition par secteur de la consommation finale d´énergie.

Fig 7 Conso energie finale 2020 par secteur
Figure 7 : consommation finale d´énergie par secteur en 2020 en France métropolitaine et en Allemagne (Eurostat, tableau TEN00124)

En raison du poids économique du secteur industriel outre-Rhin, on note un écart important dans ce secteur sur la consommation d´énergie.

Le secteur des transports a une part plus élevée en France qu´en Allemagne, une des raisons étant la superficie plus grande du territoire français.

Production et consommation d´électricité

Les marchés électriques français et allemand sont les deux plus importants d´Europe, représentant à eux seuls presque 40 % de la production nette de l´électricité au sein de l´Union Européenne (27 pays) en 2020 selon Eurostat (tableau NRG_IND_PEH).

Historiquement les deux pays n´ont pas fait les mêmes choix de moyens de production d´électricité : alors que la France a choisi d´orienter son appareil de production vers la technologie nucléaire dès les années 1970, l´Allemagne a privilégié les sources de production fossiles.

Depuis les années 2000, l´Allemagne a commencé à développer massivement les technologies renouvelables de production électrique (notamment solaire et éolien). En France aussi, la transition du système électrique s´est poursuivie avec une augmentation de la part des énergies renouvelables dans le mix électrique. Environ la moitié de la production renouvelable en France provient de l´hydraulique, le territoire français disposant d´un avantage physique évident.

En 2021, le mix de production électrique diffère toujours considérablement entre les deux pays, cf. figure 8.

La production d´électricité en France a été assurée à environ 92% par des sources décarbonées contre seulement environ 53% en Allemagne. Malgré une baisse notable au cours de la dernière décennie, le couple charbon/lignite reste toujours une source importante de production d´électricité outre-Rhin.

Fig 8_Elec production nette 2021
Figure 8 : production nette d´électricité en 2021 en France métropolitaine et en Allemagne

Après une année 2020 atypique du fait de la crise sanitaire, la reprise économique s´est traduite dans les deux pays par un rebond de la consommation et de la production d´électricité.

Dans un contexte de reprise économique, la consommation d´électricité française augmente à 468 TWh et se rapproche de son niveau d´avant-crise sanitaire (RTE 1).

La production nette d´électricité en France augmente de 4,5% pour atteindre environ 523 TWh (RTE 1). Principale contributrice à hauteur de 361 TWh (69% de l´ensemble), la production nucléaire est repartie à la hausse en 2021 malgré une faible disponibilité du parc de réacteurs, en fin d´année. La part des énergies renouvelables représente 22,5 % de la production totale contre 24,2% en 2020. Ce recul s´explique par le contexte 2020 caractérisé par une consommation particulièrement basse et une bonne disponibilité de l´hydraulique et de l´éolien. Au cours de l´année 2021, la production d´origine renouvelable totale a baissé en raison de conditions météorologiques défavorables pour l´hydraulique et pour l´éolien, et ce malgré l´augmentation du parc.

En Allemagne, la production nette d´électricité augmente à environ 557 TWh (2020 : 541 TWh) mais reste inférieure à celle de 2019 (572 TWh), cf. (BDEW 2022a). La part des énergies renouvelables représente 41% de la production nette d´électricité contre 45% en 2020 (AGEB). En cause notamment la forte baisse de la production éolienne en raison des conditions météorologiques défavorables.

La consommation nationale brute s´établit à 565 TWh (BDEW 2022b), en hausse d´environ 3% par rapport à l´année précédente, et se rapproche de son niveau d´avant-crise sanitaire de 2019 (567 TWh).

Puissance installée du parc de production d´électricité

L´Allemagne exploite actuellement deux parcs de production en parallèle, d´une puissance totale d´environ 236 GW fin 2021 dont 123 GW sont des sources intermittentes (éolien, solaire). La pointe de consommation se situe autour de 82 GW en cas de vague de froid décennale (Allemagne-Energies 2022a ; BNetzA 2).

En 2021, le parc conventionnel (nucléaire et thermique à flamme) dispose d´environ 87,5 GW y compris les centrales en réserve stratégique. Plusieurs centrales nucléaires et thermiques à flamme ont été arrêtées fin décembre 2021. La figure 9 (à droite) comprend encore les capacités déclassées le 31.12.2021.

Fig 9_Puissance installee 2020
Figure 9 : puissance électrique installée fin 2021 en France métropolitaine et en Allemagne (capacités déclassées en Allemagne le 31.12.2021 encore incluses)

A gauche sur la figure 9, la puissance installée en France d´environ 139 GW (RTE 1) dont 32 GW sont des sources intermittentes (éolien, solaire). La pointe se situe autour de 101 GW en cas de vague de froid décennale (102 GW pour le pic historique en février 2012).

La garantie de la sécurité d´approvisionnement des deux pays lors des épisodes de faible production d´éolien et de photovoltaïque exigera une vigilance accrue dans l´avenir. 

Prix de l´électricité et échanges transfrontaliers

Prix spot sur le marché journalier

L´indice de prix le plus courant publié par EPEX SPOT pour le marché spot est le Phelix (« Physical Electricity Index »). La Phelix-Day-Base est la moyenne arithmétique calculée à partir des 24 prix horaires individuels d´une journée.

La figure 10 compare la moyenne annuelle des prix spot pour le produit EPEX Phelix-Day-Base depuis 2015.

Fig 10 _Phelix Day_Base 2015_2020
Figure 10 : moyenne annuelle des prix spot constatés sur le marché journalier (Phelix-Day-Base)

La forte hausse des prix de l´électricité, entraînés par ceux des hydrocarbures (gaz, pétrole) a secoué les marchés européens de l´électricité en 2021.

Malgré son mix de production fortement décarboné, la France a été concernée par ces prix du fait de l´interconnexion du système électrique européen et d´autant plus qu´elle s´est fréquemment trouvée en situation d´importation durant l´année 2021.

En France, le prix s´établit à 109,17 €/MWh en moyenne sur l´année 2021 contre 32,20 €/MWh en 2020 (RTE 1).  Les prix français ont été particulièrement affectés pendant les deux derniers mois de l´année, du fait d´une disponibilité du parc nucléaire historiquement basse et d´épisodes de faible production éolienne.

La même tendance est constatée en Allemagne (Allemagne-Energies 2022a). Si 2020 avait été marqué par un faible prix (30,47 €/MWh) en moyenne annuelle pour le marché de gros day-ahead dans la zone Allemagne/Luxembourg, celui-ci a triplé en 2021 en passant à 96,85 €/MWh en moyenne.

La raison en était l´augmentation des coûts de production des centrales thermiques à flamme notamment causée par la flambée du prix du gaz naturel. Cela a entrainé l´utilisation accrue de centrales à charbon et par conséquent un accroissement de la demande de certificats d´émission de CO2 suivi d´une forte hausse du prix de la tonne de CO2 sur le marché européen. A cela s´est ajoutée la hausse de la consommation d´électricité par rapport à l´année précédente et une baisse de la production renouvelable.

N.B. : Après la séparation du marché commun de l´électricité entre l´Autriche et l´Allemagne, seul le prix spot moyen pour la zone Allemagne/Luxembourg s´applique à partir d´octobre 2018 (OFATE 2018). Cette séparation remonte à une décision de l´Agence européenne de coopération des régulateurs de l´énergie (ACER).  

Épisodes de prix négatifs

Les prix négatifs sont des épisodes rares mais qui peuvent notamment survenir lors des creux de consommation (nuit, jour férié, week-end etc.), en raison de capacités de production difficilement modulables ou intermittentes (éolien, solaire). En effet, il peut être plus coûteux pour un producteur d´arrêter puis de redémarrer une production peu flexible que d’accepter des prix négatifs pendant un certain temps. On observe principalement des prix négatifs lorsque les productions renouvelables intermittentes couvrent une part importante de la consommation (RTE 1). 

La figure 11 compare les pas horaires (marché Day-Ahead) avec des prix négatifs en Allemagne et en France (RTE 1 ; Allemagne-Energies 2022a ; SMARD).

Fig 11_prix negatifs
Figure 11 : nombre de pas horaires (marché Day Ahead) avec des prix négatifs en France et en Allemagne

Avec le développement des énergies renouvelables, les épisodes de prix négatifs tendent à être de plus en plus nombreux quels que soient les contextes de marché.

En 2020, un nouveau record a été établi avec près de 300 pas horaires avec prix négatifs en Allemagne. La situation atypique en 2020 du fait de la crise sanitaire a entraîné cette hausse. En 2021 le nombre de pas horaires a diminué de plus de la moitié à 139 heures (Allemagne-Energies 2022a).

Une tendance similaire est constatée en France (RTE 1). Le nombre de pas horaire négatifs baisse à 64 heures en 2021 mais reste toujours deux fois plus élevé qu´en 2019 (27 heures)

Par rapport au nombre total d´heures négociées par an, le nombre d´heures à prix négatif constitue une part mineure. La valeur du marché des prix négatifs est évaluée à une centaine de millions d´Euros, un montant dérisoire par rapport au montant global négocié à la bourse.

Importation et exportation d´électricité

On distingue les échanges commerciaux et les échanges physiques entre deux pays. Les échanges commerciaux sont le résultat de transactions commerciales (opérations de vente ou d´achat d´électricité) directement entre les acteurs économiques ou en bourse. Le flux d’électricité associé à l´échange commercial entre la France et l’Allemagne ne passe pas nécessairement sur les lignes d´interconnexion entre l´Allemagne et la France. Il sera distribué à travers de multiples frontières, en fonction des caractéristiques du réseau. Les flux d´électricité associés pourront ainsi transiter par des lignes frontières d´autres pays limitrophes.

Les échanges physiques rendent compte quant à eux des flux d´électricité qui transitent réellement sur les lignes d´interconnexion reliant directement les deux pays.

Pour un pays donné, le bilan des échanges physiques sur l’ensemble de ses frontières et le bilan des échanges commerciaux avec l´ensemble de ses voisins sont identiques.

La France et l´Allemagne sont parmi les pays les plus exportateurs ces dernières années. La figure 12 montre l´évolution des soldes des échanges commerciaux de la France et de l´Allemagne (AGEB ; RTE 1).

En Allemagne, le solde exportateur a continuellement augmenté pour se stabiliser entre 2015 et 2018 à un niveau autour de 50 TWh. En revanche, depuis 2019 le solde des exportations d´électricité de l´Allemagne a fortement baissé et s´établit avec 19 TWh en 2021 à un niveau quasiment identique à celui de 2020. Cette baisse s´explique notamment par la réduction de la compétitivité des centrales à charbon et lignite, conséquence de la hausse du prix de la tonne de CO2 (AGEB).

Importation ou exportation de l´électricité dépendent non seulement de la disponibilité des moyens de production, mais aussi des écarts de prix sur le marché de gros avec les autres pays.  Il est parfois plus judicieux économiquement d´importer de l´électricité plutôt que d´activer des moyens de production plus coûteux sur le territoire. L´Allemagne se retrouve ainsi en situation d´import sans pour autant être à court de moyen de production. Ceci est vrai également des autres pays quand l´Allemagne exporte. Grâce au marché commun, les prix s´égalisent. Les différences de prix subsistent toujours lorsqu´il existe des goulots d´étranglement au niveau de la capacité des interconnexions internationales.

La France demeure en 2021 le premier exportateur européen d´électricité (RTE 1), avec un solde des échanges commerciaux à un niveau quasiment identique à celui de 2020 (43 TWh). La France est importatrice sur la région CWE (Allemagne-Luxembourg, Belgique, Pays-Bas) mais reste exportatrice sur les autres frontières.

Fig 12_echanges contractuels 2021
Figure 12 : évolution des échanges commerciaux de la France et de l´Allemagne

Depuis 2015 le couplage des 5 pays (France, Belgique, Allemagne-Luxembourg et Pays-Bas)  est effectué par la méthode « Flow Based » (RTE 1). Le principe de la méthode Flow Based est de refléter le plus fidèlement possible les limitations physiques du réseau. Les échanges transfrontaliers sont ainsi optimisés au plus près des capacités physiques réelles du réseau (CRE 2018). La méthode Flow Based s´est traduite par une augmentation significative des échanges maximaux entre zones grâce à l’élargissement du domaine de capacité par rapport à l’approche NTC (Net Transfer Capacity). Ceci est rendu possible par une très forte coordination entre les gestionnaires de réseau de transport des différents pays constituant la région CWE (Central Western Europe).

Selon le dernier rapport de l´Agence Fédérale des Réseaux sur l´année 2020  (BNetzA 1), la capacité d´exportation de la France vers l´Allemagne s´élève à 4,8 GW, et à 5,8 GW de l´Allemagne vers la France.

Depuis novembre 2020, le couplage de marché sur la région CWE utilise la méthode du Flow Based « Plain », ce qui signifie que les flux d´échanges contre-intuitifs (exports vers une zone de marché où les prix sont moins élevés) ne seront plus inhibés s´ils permettent de maximiser le surplus économique global sur la zone. Cette évolution est également appelée suppression du patch d´intuitivité (RTE 1).

La figure 13 présente les échanges physiques et commerciaux entre l´Allemagne et la France en 2020 (BNetzA 1). Le solde exportateur des échanges physiques (10,2 TWh) est largement en faveur de la France. Cela s´explique par le fait qu´une partie de l´électricité exportée par la France vers la Suisse et l´Italie transite par l´Allemagne.

Au niveau des échanges commerciaux, la France importe en 2020 plus qu´elle n´exporte vers l´Allemagne, soit un solde exportateur (1,6 TWh) légèrement en faveur de l´Allemagne.

Fig 13 echanges frontaliers 2020 BnetzA
Figure 13 : flux physiques et flux commerciaux d´électricité entre l´Allemagne et la France en 2020 en TWh

Comparaison des coûts de l´électricité  

Prix de l´électricité pour un site industriel

Les régimes fiscaux dérogatoires pour les industriels, tant en France qu´en Allemagne, rendent la comparaison du prix du kWh plus difficile pour ces consommateurs. La figure 14 montre à titre d´exemple les prix du kWh  pour les sites industriels moyens en Europe (27 pays) avec une consommation annuelle entre 20 et 70 GWh hors TVA et autres taxes et prélèvements récupérables (Eurostat).

Fig 14 prix Kwh_industrie hors taxes S2 2021
Figure 14 : prix de l´électricité pour un site industriel moyen au 2ème semestre 2021 en cts€/kWh, hors TVA et autres taxes et prélèvements récupérables (Eurostat, NRG_PC_205)

Les sites industriels moyens allemands ont payé au 2ème semestre 2021 leur électricité environ 57% plus cher que leurs homologues français. Cependant, cette comparaison d´Eurostat masque une grande hétérogénéité et ne tient pas compte de toutes les particularités des régimes spéciaux dérogatoires accordés (BNetzA 1).

La figure 15 montre à titre d´exemple le prix du kWh, toutes taxes et prélèvements compris, des sites industriels en France, en Allemagne et en Europe (27 pays) pour différentes tranches de consommation (Eurostat)

En 2021 la charge de soutien aux énergies renouvelables a été partiellement subventionnée par les États français et allemand ce qui rend la comparaison des prix de l´électricité plus difficile. En Allemagne la charge de soutien est complètement supprimée à partir du 1er juillet 2022. Elle est entièrement financée par l´Etat (voir plus loin).

Fig 15 prix PME France_Allemagne_UE_S2_2021
Figure 15 : prix de l´électricité, en cts€/kWh, pour des sites industriels en fonction de la tranche de consommation annuelle au 2ème semestre 2021 en France, en Allemagne et en UE (27 pays), toutes taxes et prélèvements compris (Eurostat, NRG_PC_205)

Notamment en raison d´une part « fiscalité » élevée, les entreprises allemandes ont payé au 2ème semestre 2021 l´électricité nettement plus cher que leurs homologues français dans toutes les tranches de consommation.

L´industrie électro-intensive en Allemagne, à savoir une entreprise dont la consommation d´électricité est supérieure à 1 GWh et représente une charge importante (au moins 14% selon (BAFA 2019)) si on la rapporte à la valeur ajoutée, est protégée sous la forme d´un dégrèvement total ou partiel de la charge de soutien aux énergies renouvelables.  

En France aussi, les électro-intensifs peuvent prétendre du fait de leurs caractéristiques de consommation particulières, à une réduction du Tarif d´Utilisation des Réseaux Publics d´Electricité (TURPE), une exonération partielle ou totale de la TICFE/CSPE (Contribution au Service Public de l´Électricité), une compensation carbone ou encore participer au dispositif d´interruptibilité mis en place par RTE (OIE 2018a). 

Ces dispositifs ont pour objectif d´assurer le maintien de la compétitivité des entreprises dans un marché de l’électricité libéralisé par rapport à la concurrence internationale.

Prix de l´électricité pour les ménages

Le prix du kWh payé par le ménage allemand de taille moyenne est actuellement le plus élevé d´Europe (voir figure 16). Le prix du kWh peut légèrement varier selon le type de tarification souscrite sans toutefois mettre en cause le classement de l´Allemagne à l´échelle européenne. 

Fig 16_prix kWh menages 2021
Figure 16 : prix de l´électricité pour les ménages de taille moyenne en 2021 en cts€/kWh (Eurostat, tableau TEN00117)

La figure 17 montre l´évolution du prix national moyen de l´électricité, taxes et tous prélèvements compris en eurocents par kWh, des ménages de taille moyenne en France et en Allemagne en 2021 (Eurostat).

Fig 17_Evolution du prix moyen de l´électricité des ménages F_D 2001_2021
Figure 17 : évolution du prix national de l´électricité (taxes et tous prélèvements compris) des ménages de taille moyenne en France et en Allemagne en 2021 (Eurostat, tableau TEN00117)

Le prix de l´électricité entre la France et Allemagne est influencé par les composants de la fiscalité. Le fait que la charge de soutien aux énergies renouvelables est partiellement subventionnée par les États rend la comparaison des prix de l´électricité entre les deux pays plus difficile.

La figure 18 montre les composants du prix du kWh en France et en Allemagne :

  • La part « fourniture » comprenant les coûts de commercialisation du fournisseur et ses coûts d´approvisionnement en énergie sur le marché de l´électricité ou via ses propres moyens de production,
  • La part « acheminement » (transport et distribution) correspondant principalement au tarif d´utilisation du réseau et
  • La part « fiscalité », composée des taxes et contributions diverses.

La plus grande différence réside dans la part « fiscalité » dont la charge de soutien aux énergies renouvelables fait partie (Eurostat).

Fig 18 decomposition prix menage France_Allemagne 2020
Figure 18 : Composants des prix de l´électricité des ménages de taille moyenne en France et en Allemagne en 2021 (Eurostat, tableau NRG_PC_204_C)

En France, la charge de soutien aux énergies renouvelables électriques fait partie de la taxe intérieure sur la consommation finale d´électricité (TICFE) renommée « Contribution au Service Public de l´Electricité » (CSPE).

C´est une taxe, fixé par voie réglementaire, qui avait historiquement vocation à financer le développement des énergies renouvelables et des missions de service public de l´électricité sur l´ensemble du territoire français (péréquation tarifaire avec les Zones Non Interconnectées (ZNI) et dispositifs sociaux). La TICFE/CSPE a été étendue à l´ensemble des consommations d´électricité, les électro-intensifs bénéficiant toutefois comme en Allemagne de taux réduits.

En Allemagne, la Loi sur les Énergies Renouvelables prévoit une contribution pesant sur la consommation d´électricité : la charge de soutien aux énergies renouvelables électriques, appelée « EEG – Umlage », vise à soutenir le développement des énergies renouvelables dans le secteur électrique (BMWi 1). Elle est comptabilisée à part dans un compte géré par les gestionnaires des réseaux de transport. Les provisions non utilisées ou le déficit sur ce compte entrent dans le calcul du montant unitaire final en €/MWh pour l´année suivante.

Ayant fortement augmenté dans le passé, le montant de la CSPE est plafonné en France depuis 2016. La loi de finances rectificative pour 2015 a fixé son montant à 22,5 €/MWh au 1er janvier 2016 (CDE 2017).

En Allemagne la charge de soutien des énergies renouvelables était avant 2021 entièrement répercutée au consommateur d´électricité, avec un montant toutefois réduit pour l´industrie électro-intensive (voir plus haut). A partir de 2021 le gouvernement allemand subventionne la charge de soutien grâce aux recettes de la taxe carbone sur les combustibles fossiles.

La figure 19 montre les évolutions des montants de soutien aux énergies renouvelables électriques en Md€ et celles des charges de soutien en €/MWh en France et en Allemagne hors TVA.

Le soutien et la taxe CSPE ont fortement augmenté entre 2010 et 2016. Suite au plafonnement de la CSPE, le financement du soutien aux énergies renouvelables s´opère de plus en plus par des prélèvements sur la taxe sur les énergies fossiles (OIE 2018c).

En 2021 le montant de soutien s´élève à 4,8 Md€, soit une baisse de 16% par rapport à la prévision initiale. Selon la Commission de Régulation de l´Énergie (CRE 2021), la baisse majeure des charges liées au soutien des énergies renouvelables électriques s´explique majoritairement par la hausse des prix de marché de l´électricité attendus entre 2020 et 2021. La révision à la baisse de la production du parc soutenu amplifie cette tendance.

Selon les prévisions (CRE 2021), le soutien s´élève à 5,2 Md€ en 2022 qui s´expliquent essentiellement par la hausse des prix de marché attendus. La Loi de Finances pour 2022 prévoit une baisse de la CSPE applicable à compter du 1er février 2022 (CRE 2022). Cette baisse a vocation à limiter l´augmentation du tarif de l´électricité pour les usages résidentiels en France continentale. Pour ce faire, la CSPE, aujourd´hui fixée à 22,5 €/MWh, est baissée à sa valeur minimale de 1,0 €/MWh. La baisse s´appliquera jusqu´à la première réévaluation des tarifs réglementés au 1er février 2023.

En Allemagne, le développement massif des énergies renouvelables, associé à des prix du marché de gros en recul, a majoré depuis 2010 d´une façon fulgurante le soutien aux énergies renouvelables. Plusieurs mesures et notamment la mise en place d´appels d´offres pour les énergies renouvelables à partir de 2017 ont contribué à limiter la tendance haussière (Allemagne-Energies 2).

En 2021 le montant de soutien s´est envolé à 33 Md€. La principale raison de cette hausse a été la baisse du prix du marché et de la consommation d´électricité principalement due à la crise sanitaire du Coronavirus.  C´est pourquoi le gouvernement a plafonné en 2021 la charge de soutien à 65 €/MWh : le surplus est financé par une subvention de l´État de 10,8 milliards d´Euros, alimentée par les recettes de la taxe carbone sur les émissions des produits combustibles non couverts par le système européen d´échange de quotas d´émissions.

La situation change à nouveau en 2022. Suite à la flambée des prix de l´électricité sur le marché de gros, le soutien aux énergies renouvelables électriques baisse à 16,3 Md€. Avec une subvention supplémentaire de l´État la charge de soutien se réduit à 37,23 €/MWh en 2022 (Allemagne-Energies 2).

Le soutien aux énergies renouvelables est entièrement financé par l´État allemand à partir du 1er juillet 2022 (Allemagne-Energies 2). Compte tenu de l´évolution actuelle du marché de l´électricité, la suppression de la charge de soutien ne peut, à elle seule, atténuer la montée du prix pour le consommateur.

Fig 19 charges de soutien et tarifs 2021
Figure 19 : historique des charges de soutien aux énergies renouvelables électriques (axe gauche) et taxe CSPE /EEG-Umlage (axe droit)

Facture de l´énergie des ménages

La figure 20 compare par combustible la consommation finale d´énergie des ménages en France et en Allemagne. Selon Eurostat, la consommation finale couvre la consommation d´énergie des ménages (logements individuels, appartements, etc.) pour le chauffage des locaux, le chauffage de l´eau, le refroidissement, la cuisine ainsi que la consommation d´électricité par divers appareils électriques. L´électricité autoproduite est incluse et compte comme consommation d´électricité (Eurostat).

Fig 20 Conso finale d´énergie des ménages par combustible_2020
Figure 20 : consommation finale d´énergie des ménages par type de carburant en 2020 (Eurostat, tableau TEN 00125)

Les ménages outre Rhin consomment moins d´électricité que les ménages en France. La différence provient notamment du suréquipement des ménages français en convecteurs électriques, un choix que n´a pas fait l´Allemagne. Les ménages allemands utilisent majoritairement le chauffage au gaz et au fioul ainsi que le chauffage à distance, plus utilisé qu’en France.

Eurostat publie un indicateur qui mesure le pourcentage de la population incapable de maintenir une température adéquate dans le logement par statut de pauvreté, cf. figure 21.

Fig 21 pauvrete 2020
Figure 21 : pourcentage de la population en France et en Allemagne, incapable de maintenir une température adéquate dans le logement par statut de pauvreté, tableau Eurostat SDG_07_60

Jusqu´à 2019 ce pourcentage était en Allemagne toujours inférieur à celui de la France. En revanche, en 2020 on observe une forte hausse de la pauvreté en Allemagne vraisemblablement suite à la crise économique et sociale engendrée par la pandémie de Covid-19.

Bilan d´étape en France et en Allemagne par rapport aux objectifs de l´UE  

La Commission européenne a fixé des objectifs en matière d´énergie et de climat de l´UE pour 2020 et à l´horizon de 2030, cf. chapitre « Objectifs et stratégies climatiques de l´Union Européenne (UE) ».

Il est intéressant de comparer l´état de mise en œuvre de ces objectifs quantitatifs pour les deux pays. Les données ont été principalement extraites des tableaux Eurostat (Eurostat).  

Réduction des émissions de gaz à effet de serre

La France s´est engagée sur une réduction de 20% à la fin 2020 par rapport à 1990 et vise actuellement une réduction de 40% d´ici 2030 par rapport à 1990.

L´objectif de l´Allemagne pour fin 2020 a été une réduction de 40% par rapport à 1990. L´Allemagne compte réduire les émissions de gaz à effet de serre de 65% d´ici 2030 par rapport à 1990.

L´UE s´est engagées à réduire les émissions nettes de gaz à effet de serre d´au moins 55 % d´ici 2030 par rapport à 1990.

La figure 22 montre le bilan d´étape en France et en Allemagne et les objectifs 2030 des deux pays concernant les émissions de gaz à effet de serre contenus dans le « panier de Kyoto ». Les valeurs sont extraites du tableau « ENV_AIR_GGE » de l´Eurostat (Eurostat) et en cas d´absence d´informations des statistiques nationales (UBA 1; Citepa).

Le « panier de Kyoto » comprend les gaz à effet de serre suivants: le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), l’oxyde nitreux (N2O) et les gaz dits fluorés (hydrofluorocarbones, hydrocarbures perfluorés, triflourure d’azote (NF3) et hexafluorure de soufre – SF6). Bien que le CO2 soit le gaz avec le plus petit pouvoir de réchauffement global, du fait des importantes quantités émises, il contribue le plus au réchauffement climatique.

Par souci de simplification, seuls sont présentés les objectifs globaux de réduction des gaz à effet de serre par rapport à 1990, conformément aux engagements de la France et de l´Allemagne.

Fig 22 EU 2020_2030 emissions
Figure 22 : évolution des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux objectifs (Eurostat, tableau ENV_AIR_GGE, hors secteur des terres et forêts-UTCATF et items pour mémoire et informations des statistiques nationales)

Avec 8,9 tonnes de CO2éq par habitant en Allemagne contre 5,9 tonnes en France, un Allemand émettait en 2020 environ 50% de plus de CO2éq qu´un Français selon Eurostat, tableau T2020_RD300.

En Allemagne on notera des gains substantiels en émissions de gaz à effet de serre notamment entre 1990 et 2005. La raison principale de la baisse a été la fermeture ou la modernisation des vieilles usines très polluantes en Allemagne de l´Est suite à la réunification.

En raison de la crise sanitaire, l´Allemagne avait atteint son objectif de 2020, soit une réduction des émissions de 40% par rapport à 1990. Mais en 2021 les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 4,5% par rapport à 2020 à 762 Mt CO2éq selon l´Agence Fédérale de l´Environnement (UBA 1).

La France aussi a largement atteint son objectif 2020, une année atypique du fait de la crise sanitaire et d´un hiver peu rigoureux. En revanche les émissions ont connu un rebond en 2021, sans revenir toutefois au niveau de 2019. Le niveau pré-estimé pour 2021 est de 418 Mt CO2éq, ce qui reste inférieur au niveau d´avant-crise (435 Mt CO2éq en 2019), soit une baisse des émissions de 3,8% entre 2019 et 2021 (Citepa).

Part des énergies renouvelables dans la consommation finale brute d´énergie

La France s´est fixé avec 23% dans la consommation finale brute d´énergie un objectif bien plus ambitieux que la préconisation de l´UE pour 2020 (20%) et s´est engagée à atteindre une part de 33% des énergies renouvelables dans la consommation finale brute d´énergie à l´horizon de 2030.

L´Allemagne s´est fixé 18% dans la consommation finale brute d´énergie à l´horizon 2020 et 30% à l´horizon 2030.

Au niveau européen, la Commission européenne propose de porter l´objectif à 45 % d´ici 2030 dans le cadre du plan REPowerEU (voir plus haut).

La figure 23 montre les bilans d´étape en France et en Allemagne et les objectifs 2030 des deux pays. Les valeurs sont extraites du tableau « SDG_07_40 » de l´Eurostat (Eurostat) et en cas d´absence d´informations des statistiques nationales (UBA 2 ; MTE 2022).

Fig 23 part EnR conso finale
Figure 23 : évolution de la part des énergies renouvelables en pourcentage dans la consommation finale brute d´énergie par rapport aux objectifs (Eurostat, tableau SDG_07_40) et statistiques nationales

En 2020, l´Allemagne a atteint une part de 19,3% dans la consommation finale brute d´énergie. Elle a dépassé son objectif fixé à 18% selon la directive européenne 2009/28/CE relative à la promotion de l´utilisation des énergies renouvelables.

En 2021, l´Allemagne atteint une part de 19,7%. Au total environ 467 TWh ont été produits à partir des énergies renouvelables, dont 50% dans le secteur électrique, 43% dans le secteur chaud et froid et 7% dans le secteur des transports.

La France a atteint une part de 19,1% d´énergies renouvelables dans la consommation finale brute d´énergie en 2020 et est restée en-deçà de son objectif de 23% issu de la directive 2009/28/CE.

Les énergies renouvelables ont progressé en 2021 en France pour atteindre 19,3% de la consommation finale brute d´énergie, loin cependant de l´objectif de 33% visé d´ici 2030, selon des statistiques officielles (MTE 2022).

Au total environ 339 TWh ont été produits en France à partir des énergies renouvelables en 2021, dont 36% dans le secteur électrique, 53% dans le secteur chaud et froid et 11% dans le secteur des transports.

Taux de couverture de la consommation d´électricité par la production d´origine renouvelable

Pour 2020 l´Allemagne a fixé une part d´au moins 35% d´énergies renouvelables dans la consommation brute et vise une part de 80% d´énergies renouvelables dans la consommation brute d´électricité d´ici 2030 (Allemagne-Energies 2).

La France s´est fixé l´objectif de 27% pour 2020 et vise une part de 40% d´énergies renouvelables à la couverture de la consommation d´électricité de France métropolitaine en 2030.

Les données de la figure 24 sont basées sur (RTE 2; BMWi 2).

Fig 24 Anteil EnR am Stromverbrauch
Figure 24 : évolution du taux de couverture de la consommation brute d´électricité par la production des énergies renouvelables et objectifs

La consommation brute d´électricité correspond à la production intérieure brute plus l´électricité importée et moins l´électricité exportée. Les chiffres sont établis sous l´hypothèse que l´électricité produite à partir des énergies renouvelables est entièrement consommée dans le pays et seule l´électricité produite à base de centrales conventionnelles est exportée.

Compte tenu de la forte baisse de la consommation finale brute d´électricité suite à la crise sanitaire, la part des énergies renouvelables progresse très sensiblement en 2020. L´Allemagne dépasse largement son objectif de 35% et la France atteint presque son objectif de 27%.

En revanche en 2021 le taux de couverture de la consommation brute d´électricité par la production des énergies renouvelables est en baisse dans les deux pays.

La France métropolitaine accuse une baisse de 2% par rapport à l´année précédente à environ 25% qui s´explique par une production renouvelable en légère baisse et par une consommation électrique plus importante qu´en 2020, année impactée par la pandémie de Covid-19.

En Allemagne la production d´électricité renouvelable accuse en 2021 une baisse de 7% par rapport à 2020 notamment en raison d´une forte baisse de la production éolienne. De plus la consommation d´électricité augmente de 2,7% suite au rattrapage conjoncturel. En conséquence, la part des énergies renouvelables dans la consommation brute d´électricité marque un net recul de plus de 4%.

Augmentation de l´efficacité énergétique

A l´horizon de 2020, la France s´était fixé le double objectif de réduire la consommation finale d´énergie à 131,4 Mtep et la consommation d´énergie primaire à 219,9 Mtep (hors transport aérien international, hors usages non énergétiques) (MTES 2018). Cela correspond à une réduction d´environ 15% par rapport à 2005.

A l´horizon de 2030, la France s´est fixé l´objectif d´une réduction de 20 % de la consommation finale d´énergie par rapport à 2012. Cela conduit à une estimation de la consommation finale d´énergie de 120,9 Mtep et de la consommation d´énergie primaire de 202,2 Mtep (hors usages non énergétiques) selon les prévisions du plan national intégré énergie-climat de la France (CE 2).

Outre-Rhin, il était prévu de réduire à l´horizon 2020 la consommation finale d´énergie à 194,3 Mtep et la consommation d´énergie primaire à 276,6 Mtep (hors usages non énergétiques).

D´ici 2030, l´Allemagne a fixé comme objectif une réduction de la consommation d´énergie primaire de 30% par rapport à 2008 à environ 216 Mtep (hors usages non énergétiques) et 240 Mtep avec la consommation à usage non énergétique. La consommation finale à usage énergétique est estimée à 185 Mtep dans le plan national en matière d´énergie et de climat, un objectif peu ambitieux selon la Commission européenne (CE 2).

Au niveau européen, la Commission propose dans son plan REPowerEU (voir plus haut) de renforcer les mesures d´efficacité énergétique en relevant à 13% l´objectif d´ici 2030 par rapport à 2020, soit des réductions de 43% de la consommation brute d´énergie primaire et de 40% de la consommation finale brute d´énergie, par rapport aux projections pour 2030 du scénario de référence de 2007).

La figure 25 ci-dessous montre les progrès réalisés en matière de réduction de la consommation finale d´énergie en France et en Allemagne et les objectifs 2030 des deux pays.

Les valeurs sont extraites de l´Eurostat (Eurostat) en cas d´absence d´informations des statistiques nationales.

Fig 25 EU 2020_2030_conso energie finale
Figure 25 : évolution de la consommation finale d´énergie par rapport aux objectifs (Cet indicateur mesure l´utilisation finale de l´énergie hors de l´usages non énergétiques de sources énergétiques, Eurostat, tableau SDG_07_11)

La consommation finale d´énergie baisse à un niveau historique en 2020, notamment en raison de la crise sanitaire du Covid-19. La France atteint son objectif de 2020, tandis que l´Allemagne ne l´atteint pas.

Bibliographie

AGEB Energiebilanzen. AG Energiebilanzen. En ligne https://www.ag-energiebilanzen.de/.

Allemagne-Energies (1) Le tournant énergétique allemand. En ligne : https://allemagne-energies.com/tournant-energetique.

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