Allemagne : Pour la deuxième année consécutive, baisse en 2019 des charges de soutien aux énergies renouvelables, mais sans conséquence sur le prix de l’électricité

  • les charges de soutien aux énergies renouvelables baissent en 2019 de presque 6% à 64,05 €/MWh (2018 : 67,92 €/MWh) malgré une augmentation estimée de la production d´énergies renouvelables de 13 TWh à une production totale de 217 TWh
  • en revanche « Offshore-Haftungsumlage » (dédommagement des exploitants de parcs offshore non raccordés dans les temps) sera rebaptisé Offshore – Netzumlage (charge de soutien au développement des réseaux offshore) et augmente d´un facteur 10 à 4,16 €/MWh par rapport à 2018 (0,37 €/MWh). Cette nouvelle contribution fera dorénavant partie des taxes et contributions
  • la baisse des charges de soutien aux énergies renouvelables ne conduit pas à la baisse du prix de l´électricité. La réduction est compensée par l´augmentation d´une autre contribution, le soutien au développement des réseaux offshore. Le prix du KWh payé par le ménage allemand est actuellement le plus cher d’Europe.

La baisse des charges de soutien aux énergies renouvelables de presque 6% à 64,05 €/MWh a été annoncée par le ministère fédéral  de l´économie et de l´énergie comme un « succès des réformes de la loi sur les énergies renouvelables » /1/.

Les charges réelles du soutien aux énergies renouvelables ont été estimées par les gestionnaires de réseaux à 70,17 €/MWh correspondant à la différence entre le prix obtenu sur le marché et le tarif de rachat garanti de 24,8 milliards d´Euros en 2019 /2/. L´augmentation du prix de l´électricité sur le marché a contribué à limiter les versements réels aux dispositifs de soutien aux énergies renouvelables, estimés à 27,3 milliards d´Euros en 2019.

Pour le calcul final des charges de soutien aux énergies renouvelables, on tient compte des provisions non utilisées sur le compte « EnR » et de la réserve de liquidité (Liquiditätsreserve).

Depuis 2012 la réserve de liquidité permet aux gestionnaires des réseaux d’amortir les fluctuations sur le compte « EnR » en raison des incertitudes sur les indemnités à payer aux exploitants d´énergies renouvelables dans l´année qui suit. Elle était fixée à 10% des charges de soutien aux énergies renouvelables. Les provisions non utilisées sont placées sur le compte « EnR » des gestionnaires de réseaux,  actuellement en positif de 3,65 milliards d´Euros.  La mise à zéro du compte « EnR »  et une réserve de liquidité fixée à seulement 6% au lieu de 10% des charges brutes en 2019 ont finalement permis de réduire les charges de soutien aux énergies renouvelables pour l´année 2019 à 64,05 €/MWh.

La figure 1 montre l´évolution des charges du soutien aux énergies renouvelables depuis 2010, lesquelles ont plus que triplé. Compte tenu de la garantie de 20 ans des tarifs de soutien accordés, les réformes de la loi sur les énergies renouvelables ont seulement pu freiner l’augmentation des charges de soutien. Dans les prochaines années il faut encore s’attendre à une nouvelle augmentation jusqu’à environ 75 €/MWh. Les tarifs d’achat étant valables vingt ans, les premiers contrats arriveront à échéance à partir de 2021, ce qui « sortira » les anciennes installations, les plus coûteuses, de la contribution.  Selon le gouvernement /3/, presque 12000 éoliennes représentant une capacité installée d´environ 14 GW sortiront du mécanisme de soutien entre 2021 et 2025. Cet effet sera renforcé par les gains de compétitivité des futures installations renouvelables et la mise en place des appels d´offres pour les installations les plus importantes Une nette amélioration de la situation est en vue à partir de 2025/2030. Mais il ne faut pas oublier que le gouvernement allemand avait promis en 2011 que les charges de soutien ne dépasseraient pas les 35 €/MWh.

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Figure 1 : Évolution des charges du soutien aux énergies renouvelables entre 2010 et 2023

La figure 2 montre le calcul et la composition des charges de soutien aux énergies renouvelables en 2019. La baisse apparente des charges de soutien aux énergies renouvelables de presque 6% à 64,05 €/MWh  sera rendue possible grâce à la mise à zéro du compte « EnR » (équivalent à une minoration de charges de 10,35 €/MWh), à une réserve de liquidité de seulement 6% au lieu de 10% (équivalent à 4,23 €/MWh) et à l´augmentation du prix de vente de l´électricité sur le marché (45,6 €/MWh en 2019 au lieu de 38,43 €/MWh en 2018).

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Figure 2 : Calcul et composition des charges de soutien aux énergies renouvelables (EnR) en 2019

La baisse des charges de soutien aux énergies renouvelables n´a pratiquement aucun effet sur le niveau du prix de l´électricité pour les consommateurs non privilégiés selon la fédération allemande des entreprises de l’énergie BDEW /4/. La réduction de 3,87 €/MWh par rapport à 2018 est compensée par l´augmentation de 3,79 €/MWh des charges de soutien au développement des réseaux offshore. Le prix du KWh payé par le ménage allemand est actuellement le plus cher d’Europe. La fiscalité représente avec environ 54 % la part la plus importante du prix de l´ électricité en Allemagne.

Références

/1/ BMWi, communiqué de presse du 15.10.2018  : « EEG-Umlage sinkt zum zweiten Mal in Folge », https://www.bmwi.de/Redaktion/DE/Pressemitteilungen/2018/20181015-eeg-umlage-sinkt-zum-zweiten-mal-in-folge.html

/2/ Plateforme d´information des 4 gestionnaires de réseaux en Allemagne, communiqué de presse du 15.10.2018 „EEG-Umlage für das Jahr 2019“, https://www.netztransparenz.de/EEG/EEG-Umlagen-Uebersicht/EEG-Umlage-2019

/3/ /40/ Bundestags-Drucksache 19/4196 du 10.09.2018, http://dipbt.bundestag.de/doc/btd/19/041/1904196.pdf

/4/ BDEW, communiqué de presse du 15. 10. 2018 « Trotz gesunkener EEG-Umlage keine Entlastung bei Strompreisen zu erwarten », https://www.bdew.de/presse/presseinformationen/trotz-gesunkener-eeg-umlage-keine-entlastung-bei-strompreisen-zu-erwarten/

Dix associations professionnelles du secteur de l’électricité signent un appel commun pour assurer la sécurité d´approvisionnement en Europe

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L´appel commun a été signé le 9 octobre 2018 à Berlin lors de la conférence  » La capacité garantie en Europe », organisée par la fédération allemande des entreprises de l’énergie BDEW /1/. Pour la France, l’appel a été signé par l ’Union Française de l’Électricité (UFE).

Selon BDEW /2/, la conférence des associations professionnelles européennes du secteur de l’électricité a confirmé que sur la prochaine décennie l’Allemagne ne doit pas compter exclusivement sur les possibilités de secours inter-frontaliers pour assurer la sécurité d´approvisionnement lors des épisodes de faible production d´éolien et de photovoltaïque.

La réduction de la production à base de charbon doit être accompagnée de la mise à disposition de moyens capables de suppléer aux carences des énergies renouvelables intermittentes.

Les associations professionnelles du secteur de l’électricité constatent une même tendance dans de nombreux pays européens à réduire les capacités des centrales thermiques concomitamment au développement massif des énergies renouvelables intermittentes.

Les conditions du marché d´électricité  n´offrent pas actuellement de sécurité aux investisseurs pour encourager le remplacement des centrales à charbon par des centrales moins émettrices ou des accumulateurs d’énergie. Si les gouvernements n’apportent pas de corrections, la solidarité actuelle entre les pays pour se secourir en situation de pointe extrême serait en péril d’ici quelques années.

Sur le même sujet voir aussi /3/.

Références

/1/ Joint appeal from energy industry and industry associations to secure the electricity supply in Europe, 9 octobre 2018, https://www.bdew.de/media/documents/181010_Joint_appeal_energy_industry_europe.pdf

/2/ BDEW, communiqué de presse du 10 octobre 2018 : « Gemeinsamer Appell von zehn Verbänden der europäischen Energiewirtschaft », https://www.bdew.de/presse/presseinformationen/gemeinsamer-appell-von-zehn-verbaenden-der-europaeischen-energiewirtschaft/

/3/ Érosion des moyens de production pilotables dans l´Union Européenne

 

Selon la Cour des comptes allemande la transition énergétique est au bord de l’échec

  • Dans son rapport spécial, publié le 28.9.2018 /1/ et /2/, la Cour des comptes allemande critique vigoureusement la coordination et le pilotage de la transition énergétique par le Ministère fédéral de l´Economie et de l´Energie.
  • Les performances affichées de la transition énergétique divergent fortement des objectifs fixés. La plupart des objectifs principaux à l´horizon 2020 ne seront pas atteints.

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La critique de la Cour des comptes est sans appel. Le gouvernement serait au bord de l´échec avec ce grand projet de transformation socio-économique. Les énormes efforts et la lourde charge pour les citoyens et pour l´économie sont disproportionnés au vu des piètres résultats. Le gouvernement doit changer de cap pour que la transition énergétique puisse réussir.

Selon la Cour des comptes les résultats actuels sont plus que décevants. Aucun des objectifs énumérés ci-dessous ne sera atteint à l´horizon de 2020  (voir aussi /3/ et /4/).

  • L´objectif national de 40 % de réduction des émissions des gaz à effet de serre d’ici 2020 par rapport à 1990 (- 27,3% en 2016)
  • La réduction de la consommation d´énergie primaire de 20% par rapport à 2008 (-6,5% en 2016)
  • l´augmentation de la productivité énergétique (équivalent à la baisse d´intensité en France) de 2,1% par an (1,1% par an entre 2008 et 2016)
  • part des énergies renouvelables dans le secteur des transports de 10% (5,2% en 2016)

La transition énergétique a été décidée pour lutter contre le changement climatique mais l´Allemagne a perdu son rôle pionnier. Initialement le gouvernement allemand voulait apporter la preuve qu´un grand pays industriel peut transformer durablement son approvisionnement en énergie, et espérait ensuite faire des émules pour le « German Energiewende ».

L´Allemagne performe comparativement moins bien que d´autres pays européens. Le Forum économique mondial place l’Allemagne seulement à la 16e position du  ETI 2018 (Energy transition Index)  avec un top 10 exclusivement composé de pays européens, au premier rang desquels la Suède, la Norvège et la Suisse.  La France se positionne à la 9e place des pays les mieux préparés pour la transition énergétique globale.

Selon la Cour des comptes, le Ministère fédéral de l´Economie et de l´Energie n´assure pas une coordination et un pilotage suffisant du projet de la transition énergétique : en 5 ans le ministère n’a pas été capable de déterminer les actions nécessaires pour atteindre les objectifs principaux. Les observations de la Cour des comptes formulées dans son rapport de décembre 2016 /5/ n´ont pas été prises en compte.

Environ 675 personnes s´occupent à plein temps de la transition énergétique dans les différents ministères et administrations. Au niveau fédéral et des Länder, au moins 45 comités s´occupent de la transition énergétique. Mais il n´existe aucune coordination d´ensemble avec une responsabilité générale. Le gouvernement n´a formulé jusqu´à maintenant aucun objectif concernant les coûts du tournant énergétique, bien que la transition énergétique ait coûté 160 milliards d´Euros les derniers 5 ans. En 2017 les charges financières sont estimées à plus de 34 milliards d´Euros par la Cour des comptes dont 26,5 milliards d´Euros sont les charges payées par les consommateurs et 7,9 milliards d´euros des paiements et pertes de recettes de l´état.

La Cour des comptes suggère d´instituer un cadre juridique et des incitations économiques pour induire un comportement plus écologique. Il conviendrait par exemple de prévoir une taxe carbone à la place des diverses taxes et redevances actuelles.

Selon la Cour des comptes la transition énergétique est actuellement mal gérée. Le Ministère fédéral de l’Economie et de l’Energie se devrait d’apporter rapidement des améliorations significatives à la coordination et au pilotage de la transition énergétique.

Références

/1/ Bundesrechnungshof, communiqué de presse du 28.9.2018 : « Energiewende droht zu scheitern », https://www.bundesrechnungshof.de/de/veroeffentlichungen/sonderberichte/energiewende/2018-sonderbericht-energiewende

/2/ Bundesrechnungshof : Bericht nach § 99 BHO über die Koordination und Steuerung zur Umsetzung der Energiewende durch das Bundesministerium für Wirtschaft und Energie, 28.9.2018, https://www.bundesrechnungshof.de/de/veroeffentlichungen/sonderberichte/langfassungen-ab-2013/2018/2018-sonderbericht-koordination-und-steuerung-zur-umsetzung-der-energiewende-durch-das-bundesministerium-fuer-wirtschaft-und-energie-pdf

/3/ Le gouvernement allemand publie le 6ème rapport de suivi „transition énergétique“ (mise à jour du 17 août 2018)

/4/ Le baromètre 9/2018 de la transition énergétique de McKinsey : l´électromobilité constitue un défi considérable pour les réseaux de distribution

/5// Bundesrechnungshof : Bericht – Maßnahmen zur Umsetzung der Energiewende, 21.12.2016, https://www.bundesrechnungshof.de/de/veroeffentlichungen/beratungsberichte/langfassungen/langfassungen-2016/2016-bericht-massnahmen-zur-umsetzung-der-energiewende-durch-das-bundesministerium-fuer-wirtschaft-und-energie-schwerpunkt-kapitel-0903-energie-und-klimafonds-pdf

Résultat de l´appel d´offres « Bioénergies » 2018

  • L´agence fédérale des réseaux (Bundesnetzagentur) a publié le 19.9.2018 /1/ les résultats de l´appel d´offres 2018 pour les bioénergies. Le montant moyen de l´adjudication était de 14,73 c€/kWh
  • Le volume attribué était avec 76,54 MW plus élevé qu´en 2017 (27,55 MW) mais nettement en-dessous du volume mis en adjudication de 225,8 MW

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Comme en 2017 l´appel d´offres 2018 pour les bioénergies a rencontré peu de succès auprès des soumissionnaires. Cela compromet l´extension programmée des bioénergies de 150 MW par an bien que les bioénergies soient considérées à coté de l´éolien et le photovoltaïque comme un pilier central des énergies renouvelables. Leur part à la production brute s´élevait à 7,8% (51,4 TWh) en 2017.

L´agence fédérale des réseaux a retenu 71 offres d´un volume total de 76,54 MW. Le volume offert par les soumissionnaires était nettement inférieur au volume mis en adjudication de 225,8 MW. Parmi les offres retenues, 13 concernent des installations nouvelles (29,5 MW) et les autres (47 MW)  des installations déjà existantes dont la durée de soutien restante était inférieure à 8 ans.  Le montant le plus bas de l´adjudication était de 10,0 c€/kWh, le montant moyen de 14,73 c€/kWh et le montant le plus élevé retenu de 16,73 c€/kWh. La plupart des offrants retenus reçoivent le montant le plus élevé fixé par l´agence fédérale des réseaux, c´est à dire 14,73 c€/kWh pour des nouvelles installations et 16,73 c€/kWh pour des installations existantes.

Selon la fédération allemande des entreprises de l’énergie BDEW /2/ il faudrait améliorer les conditions – cadres pour les bioénergies pour exploiter pleinement les volumes mis en adjudication.

Références

/1/ Bundesnetzagentur, communiqué de presse du 19.9.2018 : Ergebnisse der Biomasseausschreibung 2018, https://www.bundesnetzagentur.de/SharedDocs/Pressemitteilungen/DE/2018/20180919_Biomasse.html?nn=265778

/2/ BDEW : communiqué de presse du 20.9.2018 : »Stefan Kapferer zu den Ergebnissen der zweiten Ausschreibung für Biomasse », https://www.bdew.de/presse/presseinformationen/stefan-kapferer-zu-den-ergebnissen-der-zweiten-ausschreibung-fuer-biomasse/

Le baromètre 9/2018 de la transition énergétique de McKinsey : l´électromobilité constitue un défi considérable pour les réseaux de distribution

McKinsey a publié son baromètre semestriel 9/2018 de la transition énergétique, complété par une analyse spéciale de  l´électromobilité /1/.  Le cabinet évalue depuis 2012 quatorze indicateurs sous l’angle de leur progression vers les objectifs prévus pour 2020.

Par rapport au dernier baromètre de 3/2018 huit indicateurs présentent des variations. Cinq indicateurs se sont améliorés, trois se sont dégradés. Six empruntent la bonne trajectoire au regard des objectifs fixés pour 2020, en revanche certains  objectifs principaux de la transition énergétique à l´horizon 2020 ne seront toujours pas atteints.

Photo Mckinsey

Parmi les indicateurs sur la bonne trajectoire figurent la part des énergies renouvelables dans la consommation brute d´électricité (36,4% en 2017), les coupures de courant non prévues (12,8 minutes) ainsi que la marge de réserve des capacités de production électrique par rapport à la pointe (4,3%).

Egalement sur la bonne trajectoire sont les indicateurs : prix de l´électricité pour  l´industrie en baisse de 8,7% par rapport à l´année passée, entrant pour la première fois dans la catégorie « réalisation de l´objectif réaliste », ainsi que le nombre d´emplois liés aux renouvelables en hausse de 10 000 et à l´industrie électro-intensive en hausse de 32 000 par rapport à l´année précédente.

Un léger besoin d’adaptation existe toujours pour l´indicateur « capacité d´interconnexions électriques ». La capacité d’interconnexions rapportée à la capacité électrique installée a augmenté à 8,9% (7% selon le dernier baromètre).  La Commission Européenne (CE) retient un objectif de capacité d’interconnexions de 10 % pour 2020.

Toutefois, selon McKinsey la réalisation d´ici 2020 des 7 critères serait inatteignable :

  • L´objectif national de 40 % de réduction des émissions des gaz à effet de serre d’ici 2020 par rapport à 1990 : l´Allemagne est en 2017 avec 905 Mt CO2 éq. très loin de son objectif de 750 Mt CO2 éq. en 2020.
  • La réduction de la consommation d´énergie primaire : une baisse de la consommation d´énergie primaire de 20% d´ici 2020 par rapport à 2008 est prévue. L´indicateur se dégrade depuis 2014, l´objectif de 11 454 PJ (274 Mtep) en 2020 reste très éloigné avec 13550 PJ (323,6Mtep) en 2017.
  • La réduction de la consommation d´électricité : l´objectif de 553 TWh d´ici 2020 (baisse de 10% par rapport à 2008) est inatteignable (600 TWh en 2017).
  • Les coûts des interventions des gestionnaires des réseaux allemands relatifs à la stabilisation du réseau : en 2017 les coûts de stabilisation ont atteint avec 1,45 milliards d’Euros un niveau record. Cela correspond à une augmentation de plus de 60% par rapport à 2016. Le critère de McKinsey est de ne pas dépasser 1 €/MWh de l´électricité produite sur la base des énergies fatales (éolien, solaire). La valeur actuelle s´élève à 9,9 €/MWh donc très loin de l´objectif.
  • Les prix de l’électricité pour les ménages et pour l´industrie : le prix du KWh payé par le ménage allemand est le plus cher d’Europe. En 2017 le ménage allemand « moyen », avec une consommation située entre 2500 kWh et 5000 kWh, a payé 30,5 ct/kWh en 2017 contre 20,5 ct/kWh en moyenne dans le reste de l’UE. Le critère de McKinsey est de ne pas dépasser un écart de 25,5% par rapport à la moyenne de l´UE. Avec un écart actuel de presque 49% l´objectif reste très éloigné.
  • Le coût de soutien des énergies renouvelables : la subvention aux énergies renouvelables pour 2018 s´élève à 6,8 cts/kWh donc une légère baisse par rapport à 2017. La raison est l´augmentation attendue du prix de l´électricité sur le marché spot et une réserve de liquidité (Liquiditätsreserve) importante sur le compte attribué aux énergies renouvelables. Le critère de McKinsey est de ne pas dépasser 3,5 cts/kWh d´ici 2020.
  • La construction des lignes de transports d’électricité : le plan actuel de développement du réseau a déterminé 7700 km de lignes nouvelles ou renforcement des lignes existantes comme prioritaires. Le critère de McKinsey est l´objectif de construction de 3582 km d´ici 2020 : Actuellement 912 km seulement sont construits à la fin du premier trimestre 2018.

Analyse spéciale de  l´électromobilité

McKinsey a examiné comment le système énergétique allemand sera préparé au boom de l´électromobilité. Selon le cabinet, les répercussions sur la consommation d´électricité seraient faibles. La demande d´électricité pour un million de véhicules électriques serait de 2 à 3 TWh par an donc moins de 0,5% de la consommation totale. Même avec une part de 40% de véhicules électriques au parc, la consommation augmenterait  d´environ 40TWh par an, correspondant à moins de 10% de la consommation d´électricité totale.

C´est une autre chose concernant les réseaux de distribution. Les réseaux de distribution ne sont pas préparés à une demande massive de recharge des véhicules électriques et pourront vite arriver à  saturation. Le développement des réseaux de distribution est complexe et onéreux, s’élevant à plusieurs dizaines de milliards d´euros dans les 5 à 10 années prochaines.

 Référence

/1/ McKinsey,  communiqué de presse du 5.9.2018, « Energiewende: Verkehrswende wird für Verteilnetze zur großen Herausforderung », https://www.mckinsey.de/news/presse/energiewende-verkehrswende-wird-fur-verteilnetze-zur-grossen-herausforderung

Érosion des moyens de production pilotables dans l´Union Européenne

La fédération allemande des entreprises de l’énergie BDEW a publié en août 2018 une analyse sur l´évolution des moyens de production pilotables en Europe. Le motif de l´étude était l´incertitude du développement du parc thermique en Allemagne (sortie du nucléaire et du charbon) et la circonstance que l´Allemagne pourrait ne plus être en mesure d’assurer la sécurité de l´approvisionnement en électricité sans apport des pays frontaliers.

L´étude attire l´attention sur le fait qu’on observe  dans les autres pays européens la même tendance à réduire les capacités des centrales thermiques concomitamment au développement des énergies renouvelables intermittentes. La réduction des moyens de production pilotables et la montée en puissance simultanée des énergies fatales amoindrissent les possibilités de secours inter-frontaliers lors des situations de pointe en cas de vagues de froid, remettant ainsi en question la garantie de la sécurité d’approvisionnement en Allemagne.

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Figure 1 : Analyse de la fédération des entreprises de l’énergie BDEW sur les moyens de production pilotables à l´étranger susceptibles de garantir l´approvisionnement en Allemagne

Jusqu’à présent le gouvernement allemand présupposait qu´en cas de besoin – après la sortie du nucléaire et la réduction des capacités des centrales à charbon – la capacité des moyens pilotables dans les pays voisins serait suffisante pour assurer la sécurité de l’approvisionnement en Allemagne grâce aux interconnexions européennes. Une erreur de jugement selon une analyse de la fédération des entreprises de l’énergie BDEW publiée en août 2018 /1/.

L´analyse du BDEW a détecté une erreur de calcul dans les documents de stratégie du gouvernement allemand. Dans son livre vert de 2014, le Ministère Fédéral de l´Economie et de l´Energie (BMWi) part de l´hypothèse que des surcapacités de l´ordre de 60 GW de moyens pilotables seraient disponibles sur le marché de l´électricité en Europe.

Ce chiffre de 60 GW ne serait pas correct selon l´analyse du BDEW. Le ministère aurait « mal interprété » le « Mid-Term Adequacy Forecast » (MAF) /2/ du Réseau Européen des Gestionnaires de Réseau de Transport d’Electricité (en abrégé REGRT-E ; en anglais European Network of Transmission System Operators for Electricity, ENTSO-E),  association représentant les gestionnaires de réseau de transport d’électricité (GRT) à travers l’Europe.

En réalité les surcapacités de moyens pilotables en Allemagne et dans les pays limitrophes sont déjà plus basses d´un facteur 3 à 4 (15 à 23 GW).

En 2016 ENTSO-E a changé la méthodologie du rapport MAF. Les nouveaux rapports ne publient plus d´informations systématiques sur les capacités disponibles en GW mais se fondent sur les pannes d’électricité exprimées en heures („Loss Of Load Expectation“ – LOLE) et les quantités d´électricité non fournie („Energy not Supplied“ – ENS).

LOLE indique le nombre probable annuel d´heures où l´approvisionnement ne serait pas assuré par les capacités nationales ou les importations, tandis que ENS indique la quantité d´électricité en GWh probablement manquante pour assurer la demande d´électricité. Le calcul est effectué sur la base des modèles probabilistes en tenant compte des disponibilités,  de la probabilité de défaillance des unités de production et d´autres options pour maitriser l’équilibre offre-demande. Cependant il n´existe pas une valeur LOLE reconnue pour fixer un niveau de sécurité d´approvisionnement en Europe. Quelques pays considèrent même des valeurs LOLE de 3 à 4 heures comme tolérables.

Selon le rapport MAF, on note pour l´Allemagne, les Pays-Bas, la Tchéquie, la Suisse et l´Autriche pour 2020 et 2025 une valeur LOLE faible  c´est à dire que la demande d’électricité serait assurée à tout moment, à presque 100%. En revanche, pour la France, la Pologne et l´Italie les valeurs LOLE seraient plus élevées dès 2020, et après 2025 pour la Belgique (voir figure 2).

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Figure 2 : LOLE : Loss Of Load Expectation selon ENTSO-E et BDEW

Cette approche décrit bien la sécurité de l’approvisionnement probable dans chaque pays mais ne permet pas une évaluation chiffrée concrète des sur- ou sous-capacités disponibles en moyens pilotables en Europe.

Rapport du Centre commun de recherche (JRC) de la Commission Européenne sur les régions productrices de charbon de l´UE

Le service scientifique interne de la Commission Européenne, le Joint Research Centre (Centre commun de recherche) prévoit d´ici 2025 une réduction de la capacité des centrales à charbon dans l’UE-28 de 150 GW actuellement à 105 GW /3/. A l´horizon 2030, une nouvelle baisse de capacité à 55 GW est attendue. Cela correspond à une réduction de 63% par rapport à la situation actuelle.

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Figure 3 : Rapport du Centre commun de recherche (JRC) de la Commission Européenne sur les régions productrices de charbon de l´UE

Cela signifie que, outre la réduction de la part du nucléaire en Europe, manqueront prochainement aussi des capacités de centrales thermiques à flamme. L´arrêt de centrales à charbon est certainement bénéfique pour la réduction des émissions de CO2 mais en absence de solutions de stockage massif d´énergie, les moyens pilotables adéquats sont indispensables pour suppléer aux carences des énergies renouvelables intermittentes lors des épisodes prolongés de production éolienne et solaire quasi nulle, combinée à une demande d´électricité accrue de fin d´automne ou en hiver.

Les possibilités de secours inter-frontaliers en situation de pointe deviennent de plus en plus fragiles

Selon BDEW, cette tendance des pays européens à réduire les capacités des centrales à charbon et les capacités nucléaires et à développer simultanément les énergies renouvelables rend les possibilités de secours inter-frontaliers en situation de pointe de plus en plus fragiles. L´idée d´assurer la sécurité d´approvisionnement à l´aide d´ importation d´électricité produite sur la base d’énergies renouvelables n´est pas viable considérant la similitude des conditions de vent et d’ensoleillement en Europe occidentale. Pour améliorer le potentiel de foisonnement des productions d´énergies renouvelables, il faudrait en plus un super-réseau international de lignes à haute tension, très éloigné de la réalité en Europe.

Selon cette analyse, l´Allemagne devrait  d´abord assurer son propre équilibre offre-demande car il n’y a aucune certitude que l´on puisse compter sur ses voisins pour passer les pointes pendant les vagues de froid rigoureux, si on considère que lors des moments de pointe en Allemagne les pays limitrophes sont également dans une situation proche. Cela limiterait de façon significative la marge de manœuvre pour réduire davantage la capacité des moyens pilotables en Allemagne.

Selon le BDEW l´Allemagne dispose actuellement encore d´une capacité de centrales thermiques d´environ 90 GW dont environ la moitié à base de charbon et lignite /4/. En raison de l´arrêt déjà prévu ou annoncé des centrales, dont les 9,5 GW du nucléaire restant, la capacité totale des centrales thermiques pourrait diminuer à environ 75 GW d´ici 2023 pour une pointe à 82 GW début des années 2020 selon l´agence fédérale de réseau.

Une commission créée par le gouvernement en juin 2018 doit proposer d’ici la fin de l´année une date de sortie définitive de la production d’électricité à base de charbon et de lignite /5/.

En 2015 « douze voisins électriques », dont la France et l´Allemagne ont signé une déclaration /6/ entérinant des engagements à mieux coordonner les politiques nationales de l’énergie, notamment en matière de sécurité de l’approvisionnement.

C´est un premier pas, mais la mutualisation des moyens de secours entre plusieurs pays suppose une politique commune et des règles strictes sur le dimensionnement des moyens pilotables.

Références

/1/ BDEW, communiqué de presse du 22.08.2018:  « Kraftwerks-Kapazitäten in der Europäischen Union schmelzen dahin », https://www.bdew.de/presse/presseinformationen/kraftwerks-kapazitaeten-der-europaeischen-union-schmelzen-dahin/

/2/ ENTSO-E : Mid-Term Adequacy Forecast, 2017 Edition, https://docstore.entsoe.eu/Documents/SDC%20documents/MAF/20170918_MAF_2017_FOR_CONSULTATION.pdf

/3/ Alves Dias, P. et al., « EU coal regions: opportunities and challenges ahead », EUR 29292 EN, Publications Office of the European Union, Luxembourg, 2018, ISBN 978-92-79-89884-6, doi:10.2760/064809, JRC112593, https://ec.europa.eu/jrc/en/publication/eur-scientific-and-technical-research-reports/eu-coal-regions-opportunities-and-challenges-ahead

/4/ La capacité de production en pointe du parc allemand pourrait ne plus garantir la sécurité d’approvisionnement à partir de 2020 lors d’un hiver rigoureux (mise à jour du 24 avril 2018)

/5/  https://allemagne-energies.com/2018/06/12/le-gouvernement-allemand-cree-une-commission-devant-emettre-des-propositions-pour-la-sortie-progressive-de-la-production-delectricite-a-base-de-charbon-et-de-lignite/

/6/ PENTALATERAL ENERGY FORUM : Second Political Declaration of the Pentalateral Energy Forum of 8 June 2015, https://www.bmwi.de/Redaktion/DE/Downloads/P-R/pentalateral-energy-forum-second-political-declaration.pdf?__blob=publicationFile&v=1

Éolien terrestre : Retour d´expérience des appels d´offres de mai 2017 à août 2018

Depuis 2017, le montant du soutien aux énergies renouvelables n’est plus fixé comme auparavant par l’État mais par le biais d’appels d’offres. Outre la mise en place des appels d´offres, l´État a ralenti le développement des énergies renouvelables en limitant les volumes annuellement mis aux enchères pour qu´elles suivent mieux le développement du réseau. L’amendement de 2017 stipule pour l´éolien terrestre un objectif de 2,8 GW par an entre 2017 et 2019 et 2,9 GW par an à partir de 2020 /1/

L’Agence fédérale des réseaux (Bundesnetzagentur) a publié les résultats du 3ème appel d’offres 2018 pour l’éolien terrestre en août 2018 /2/. Les offres précédentes ont fait l’objet des publications sur le BLOG /3 /, /4 /.

Le tableau résume les résultats des appels d´offres de mai 2017 à août 2018. Tableau_2

Après une baisse continue du montant moyen de l’adjudication en 2017, on observe en 2018 à nouveau une augmentation importante. Selon l’Agence fédérale des réseaux cette progression est essentiellement due à l’absence d´une pression concurrentielle.

En mai 2018  les offres soumises n´ont même pas atteint le volume mis en adjudication. Avec 91 offres d´un volume total de 709 MW, l´appel d´offres d´août 2018 était légèrement souscrit mais  5 offres d´un volume de 42 MW ont été refusées pour des raisons de forme.

Brandebourg a obtenu la plupart des adjudications pour un volume de 136 MW, suivi de Rhénanie-Westphalie (100 MW9 et Schleswig-Holstein (95 MW). Néanmoins 23% des adjudications ont été accordés aux offrants situés au sud du Main.

Selon l´agence fédérale la hausse du montant de l’adjudication pourrait stimuler la concurrence pour les deux derniers appels d´offres en 2018.

Références

/1/ Énergies renouvelables : de nombreux défis

/2/ Bundesnetzagentur, communiqué de presse du 17 août 2018 : « Ergebnisse der dritten Ausschreibung für Wind an Land 2018 », https://www.bundesnetzagentur.de/SharedDocs/Pressemitteilungen/DE/2018/20180817_Onshore18-3.html?nn=265778

/3/ https://allemagne-energies.com/2018/02/22/retour-dexperience-des-appels-doffres-de-leolien-terrestre-en-2017/

/4/ https://allemagne-energies.com/2018/05/22/lagence-federale-des-reseaux-bundesnetzagentur-publie-les-resultats-du-2eme-appel-doffres-2018-pour-leolien-terrestre/

Canicule été 2018 : faut-il se rendre indépendant des centrales conventionnelles et développer les énergies renouvelables n´ayant pas besoin d´eau pour refroidir?

Pour limiter le réchauffement des cours d’eau pendant la canicule, les exploitants des centrales thermiques en circuit ouvert ont été obligés ces dernières semaines de procéder à des baisses de régime.  La situation fut particulièrement tendue pour les centrales des bords du Rhin et du Neckar.

Ainsi EdF a mis entre autres l’unité de production n° 1 de Fessenheim en arrêt temporaire début aout 2018 pour respecter les autorisations de rejets thermiques dans le Grand Canal d’Alsace, la production de l´unité n° 2 avait été réduite pour les mêmes raisons,  toutefois sans inquiétude concernant l’approvisionnement du réseau /1/.

La situation en Allemagne du Sud était nettement plus tendue. Les exploitants en Bade-Wurtemberg ont demandé une dérogation auprès du ministère responsable pour pouvoir faire fonctionner leurs centrales thermiques le cas échéant jusqu´à 0,5 °C au-delà du seuil autorisé de 28°C en aval des sites. La dérogation temporaire a été accordée le 27 juillet 2018 afin d´assurer la sécurité d´approvisionnement du Land /2/, /3/.

Le ministre de l´environnement et de l´énergie de Bade-Wurtemberg, M. Untersteller (Les Verts) explique dans le communiqué de presse du 27 juillet 2018 la nécessité de cette mesure mais ajoute que le photovoltaïque assure presque 40% de la consommation d´électricité en journée en Bade-Wurtemberg et souligne « … la canicule actuelle fournit une preuve supplémentaire qu’il est important de se rendre indépendant des centrales conventionnelles et de développer les énergies renouvelables. Après tout les éoliennes et le photovoltaïque n´ont pas besoin d´eau pour le refroidissement ».

A première vue certes un argument plausible. Cependant d’après les chiffres de production et consommation d´électricité en Allemagne dans la période du 20 au 27 juillet 2018 /4/ on peut avoir quelques doutes. Le photovoltaïque a fourni en effet jusqu´à presque 30 GW en journée, mais on note une défaillance de la production éolienne (voir figure 1)

Agora 20_26 7 2018
Figure 1 : Production et consommation d’électricité par filière dans la période du 20 au 27 juillet 2018 selon Agorameter /4/ [en vert : bioénergies, en bleu clair : hydroélectricité, en bleu foncé : éolien, en jaune : photovoltaïque, en gris : centrales conventionnelles, ligne rouge : consommation d´électricité]
A titre d´exemple, le 24 juillet vers 5 heures, l’éolien et le photovoltaïque, totalisant une capacité installée de plus de 100 GW, ont fourni seulement 1,4 GW. La demande d´électricité étant de 54 GW à ce moment, les filières fatales n´ont assuré que 2,6% de la demande.

Bien que les résultats lissés sur le premier semestre 2018 des énergies renouvelables intermittentes soient remarquables /5/, c’est l´instant T qui compte pour sécuriser l´approvisionnement en électricité et non pas la production lissée sur une période donnée.

Les défaillances répétitives des éoliennes par manque de vent pendant plusieurs jours en juillet 2018 démontrent une fois de plus qu´en l´absence de solutions de stockage massif d´énergie, la variabilité des éoliennes et du solaire nécessite le maintien en backup des centrales conventionnelles pour suppléer aux carences de ces énergies renouvelables intermittentes. Notamment les centrales à lignite n´ont eu aucune restriction de régime lors de la canicule car leur refroidissement est assuré en majeure partie par les eaux d’infiltration des mines à ciel ouvert /6/.

La France elle aussi a connu une défaillance de la production éolienne par manque de vent fin juillet et début aout 2018 /7/ donc même l´interconnexion avec les pays voisins n´aurait pas beaucoup amélioré la situation en Allemagne du Sud.

Éolien et photovoltaïque n´ont certes pas besoin d´eau pour le refroidissement, mais contrairement aux aspirations de certains politiciens, les énergies renouvelables intermittentes ne sont pas  en mesure d´assurer à elles seules la sécurité d´approvisionnement. Une technologie complémentaire, soit centrales conventionnelles backup soit accumulateurs d’énergie, reste indispensable (voir aussi :  Énergies renouvelables : de nombreux défis ).

Références

/1/ EdF – Centrale de Fessenheim,  communiqué de presse du 11 août 2018 : « L’unité de production n°1 reconnectée au réseau électrique national », https://www.edf.fr/groupe-edf/nos-energies/carte-de-nos-implantations-industrielles-en-france/centrale-nucleaire-de-fessenheim/actualites/l-unite-de-production-ndeg1-reconnectee-au-reseau-electrique-national

/2/ Ministerium für Umwelt, Klima und Energiewirtschaft, Baden- Württemberg, communiqué de presse du 27 juillet 2018 :  « Auswirkungen der Hitze auf die Stromversorgung », https://um.baden-wuerttemberg.de/de/service/presse/pressemitteilung/pid/auswirkungen-der-hitze-auf-die-stromversorgung/

/3/ Ministerium für Umwelt, Klima und Energiewirtschaft, Baden- Württemberg, communiqué de presse du 6 août 2018 :  « Hitze und Sauerstoffknappheit belasten Fische – Entspannung ab Donnerstag erwartet », https://um.baden-wuerttemberg.de/de/service/presse/pressemitteilung/pid/hitze-und-sauerstoffknappheit-belasten-fische-entspannung-ab-donnerstag-erwartet/

/4/ AGORA Energiewende, Aktuelle Stromdaten Agorameter, https://www.agora-energiewende.de/

/5/ Allemagne : Nouveau record de production d´électricité à base d’énergies renouvelables au premier semestre 2018

/6/ Bundesverband Braunkohle (DEBRIV), communiqué de presse du 14 août 2018 : « Braunkohlenkraftwerke stellen Zuverlässigkeit unter Beweis », https://braunkohle.de/index.php?article_id=98&fileName=pm_06_18.pdf

/7/ RTE, Production d’électricité par filière, https://www.rte-france.com/fr/eco2mix/eco2mix-mix-energetique

Allemagne : Nouveau record de production d´électricité à base d’énergies renouvelables au premier semestre 2018

Bild 1

Selon les estimations préliminaires de l´agence fédérale des réseaux /1/, 105,5 TWh  d´électricité ont été produits par des sources d´énergies renouvelables (éolien, solaire, bioénergies, hydroélectricité et divers) au premier semestre 2018 (premier semestre 2017 : 95,5 TWh)

La production nette à base d’énergies renouvelables a dépassé pour la première fois la barre de 100 TWh en 6 mois /2/ et atteint une part de 40% à la production totale nette d´électricité.

La production à base d’énergies renouvelables a augmenté de presque 10% par rapport au premier semestre 2017 tandis que la production des centrales conventionnelles a baissé de 6,5% à 155,8 TWh hors STEP.

Les éoliennes ont réalisé la plus grande part avec 54,9 TWh (éoliennes terrestres : 45,86 TWh, éoliennes en mer : 9,06 TWh) grâce à des conditions météorologiques très favorables en janvier 2018.

La production photovoltaïque a légèrement augmenté à 21,4 TWh (premier semestre 2017: 19,9 TWh). Les bioénergies ont contribué 20,2 TWh donc légèrement au-dessous de la valeur du premier semestre 2017. Les centrales hydroélectriques ont fourni 8,4 TWh, en hausse de 1,3 TWh sur la même période de l’année précédente.

L´agence fédérale des réseaux rapporte aussi de fortes fluctuations de la production d´énergies renouvelables. La production éolienne la plus élevée jamais observée était le 3 janvier 2018 avec 42,8 GW /6/, /7/ à l´occasion du passage de la tempête « Burglind ».

La production maximale d´énergies renouvelables était observée le 30 avril 2018 entre 12h et 14 h avec 55,3 GWh par heure /5/.

Lors des jours fériés du 1er mai et de Pentecôte, particulièrement venteux et très ensoleillés, la production des énergies renouvelables a entièrement couvert la consommation du pays sur une brève période. Des situations semblables ont été déjà observées 3 fois dans le passé : le 8 mai 2016, le 30 avril 2017 et le 1er janvier 2018.

Le 6 mai 2018 vers 13h, les installations photovoltaïques ont atteint un nouveau record de presque 32 GW /7/.

Contre-exemples. Le 11 janvier 2018, l´ensemble des énergies renouvelables n´a fourni que 223 GWh , soit 15% de la production nette totale dont 2,4% pour la contribution éolienne et 1,4% pour le solaire. Le 27 mars 2018 entre 5h et 6h, les énergies renouvelables ont produit environ 12% de la production nette totale /4/. La contribution éolienne était inferieure à 2%, celle du solaire 0%.

Les centrales conventionnelles ont, comme dans chaque situation de faible production d´énergies fatales, dû assurer l´approvisionnement en électricité.

Références

/1/ Bundesnetzagentur : „SMARD – Strommarktdaten“, https://www.smard.de/home

/2/ E.ON, communiqué de presse du 2 juillet 2018 : „Ökostrom-Rekord: Erneuerbare erzeugten erstmals mehr als 100 Milliarden Kilowattstunden Strom im ersten Halbjahr“, https://www.eon.de/de/pk/unternehmen/presse/pressemitteilungen/2018/2018-07-02-oekostrom-rekord-erneuerbare-erzeugten-erstmals-mehr.html

/3/ Bundesnetzagentur : „Die Stromerzeugung im Dezember 2017 und Januar 2018“, 27.2.2018,  https://www.smard.de/home/topic-article/444/7358

/4/ Bundesnetzagentur : „Die Stromerzeugung im Februar und März 2018“, 18.4.2018, https://www.smard.de/home/topic-article/498/8510

/5/ Bundesnetzagentur : „Die Stromerzeugung im April und Mai“ , 15.6.2018, https://www.smard.de/home/topic-article/426/9118

/6/ Internationales Wirtschaftsforum Regenerative Energien (IWR®), Neuer Ökostrom-Rekord im ersten Halbjahr 2018, 2.7.2018, https://www.iwr.de/news.php?id=35351

/7/ Agora Energiewende : « Aktuelle Stromdaten/Agorameter »,  https://www.agora-energiewende.de/service/aktuelle-stromdatenagorameter/chart/power_generation/06.05.2018/06.05.2018/

 

Le gouvernement allemand publie le 6ème rapport de suivi « transition énergétique » (mise à jour du 17 août 2018)

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Avec 6 mois de retard, le gouvernement allemand a publié le 27 juin 2018 /1/ le sixième rapport de suivi « transition énergétique ». Ce rapport analyse les objectifs quantitatifs de la transition énergétique en  2016 /2/.

Les messages clés du sixième rapport de suivi sont /1/:

  • Avec 31,6%, les énergies renouvelables constituent en Allemagne en 2016 la principale source d’électricité. Un kWh sur trois est produit par des énergies renouvelables. L´objectif 2020 d´une part des énergies renouvelables dans la consommation d’électricité d´au moins 35% sera très vraisemblablement dépassé
  • l´objectif 2020 d´une part des énergies renouvelables de 18% dans la consommation brute d´énergie finale sera vraisemblablement atteint compte tenu des parts importantes déjà réalisées dans la consommation d´électricité et de chaleur
  • Malgré un développement massif des énergies renouvelables intermittentes, l´Allemagne fait partie du groupe de tête en matière de sécurité d´approvisionnement. Le gouvernement allemand s´engage sur un développement rapide du réseau électrique et une meilleure synchronisation avec le rythme auquel se développent les énergies renouvelables.
  • La consommation d´énergie primaire augmente en 2016 de 1,5 % par rapport à 2015. L´augmentation est notamment due à la tendance positive de la conjoncture et une météo moins clémente. La tendance de hausse se poursuit en 2017. L´objectif d´une réduction de la consommation d´énergie primaire de 20% d´ici 2020 par rapport à 2008 nécessite encore des progrès considérables à cet égard. Du point de vue actuel, l’objectif ne serait pas atteint
  • le secteur des transports n´attiendra pratiquement aucun objectif. Au lieu de baisser, la consommation d´énergie finale a même augmenté de 4,2% dans ce secteur par rapport à 2005, une tendance qui se poursuivra d´ici 2020
  • Les émissions totales de gaz à effet de serre ont augmenté légèrement en 2016. Le gouvernement fait actuellement étudier des mesures pour réduire l´écart par rapport à l´objectif 2020. Mais l´objectif est d’ores et déjà hors de portée, l’éventail s’étend de – 30,3% à – 33,6% selon une étude commandée par le ministère fédéral de l´économie et de l´énergie /6/

Le tableau résume la situation en 2016 par rapport aux objectifs quantitatifs de la transition énergétique

Tabelau F*) Le contrat du gouvernement de grande coalition entre les chrétiens – démocrates (CDU/CSU) et les sociaux – démocrates (SPD), signé en mars 2018, vise une part de 65% d´énergies renouvelables à la consommation brute d´électricité d´ici 2030

**) Objectif de l’Union Européenne (UE)

Une commission d’experts indépendants accompagne le processus de surveillance et émet ses observations sur les différents rapports de suivi sur une base scientifique. Elle publie entre autres un système de feux verts, jaunes et rouges (traffic lights) pour les différents objectifs de la transition énergétique. Le tableau montre les « traffic lights » pour le sixième rapport de suivi /3/.

Expertenkommission
Synthèse de l’évaluation de la commission d´experts pour chaque objectif de la transition énergétique à l´horizon 2020/2022

La fédération des entreprises de l’énergie (BDEW) pointe le doigt sur le secteur des transports /4/ dont les émissions de gaz à effet de serre stagnent. En revanche le secteur énergétique continue à baisser ses émissions CO2. Le contenu CO2 moyen de l’électricité s´élève en 2017 à environ 489 g CO2/kWh, contre 528 g CO2/kWh en 2015. Le secteur énergétique – responsable pour 38% des émissions totales – réduira ses émissions de presque 40% d´ici 2020 par rapport à 1990 et remplira son objectif.

Le BDEW critique aussi le retard pris dans le développement du réseau. Selon le plan actuel de développement du réseau de transport, la priorité était l´achèvement de 1435 km de lignes nouvelles ou de renforcement des lignes existantes fin 2017. A la fin du premier trimestre 2018, seuls 150 km étaient réalisés.

L´institut de l´économie allemande (iwd) dresse un bilan assez négatif de l´avancement de la transition énergétique /5/. L´institut a comparé les objectifs fixés en 2011 avec les valeurs actuellement obtenues  en supposant un  progrès linéaire. Le résultat est décevant. Seuls 30% du niveau cible ont été atteints en 2017 et l´avancement de la transition énergétique s´est ralenti significativement depuis 4 ans (voir figure 1). Le degré de réalisation dans l´ensemble était en 2014 encore un peu meilleur avec 48%.

Zielerreichung Energiewende iw 7_2018
Figure 1 : Degré de réalisation des objectifs de la transition énergétique selon /5/

On observe un dépassement des objectifs concernant le développement des énergies renouvelables dans le secteur électrique, et le rythme auquel se développent les énergies renouvelables dépasse le corridor envisagé par la transition énergétique.

En revanche la baisse des émissions de gaz à effet de serre, le développement du réseau de transport et la baisse de la consommation d´énergie avancent deux fois moins rapidement que prévu pour atteindre les objectifs à l´horizon 2020.

La situation est encore pire concernant la rentabilité économique et la compétitivité. Bien que le gouvernement ait créé un élément de concurrence importante par le biais d’appels d’offres pour fixer le montant du soutien des énergies renouvelables, on ne peut observer aucun progrès mesurable concernant les objectifs importants de la transition énergétique. Au contraire le retard par rapport aux objectifs annoncés a été accru ces dernières années.

En 2011, le gouvernement allemand avait fixé un seuil de 35 €/MWh pour le soutien des énergies renouvelables. En 2017 le montant s´élève à 69 €/MWh.

Concernant la compétitivité il était prévu que le désavantage de l´industrie allemande en raison du prix de l´électricité par rapport à la moyenne européenne n´augmenterait plus par rapport à 2010.  Cet objectif est loin d’être atteint. Les coûts supplémentaires étaient de l´ordre de 12% en moyenne en 2010, 25% en 2014 et 30% en 2017.

Références

/1/ BMWi, communiqué de presse du 27 juin 2018 : « Bundeskabinett beschließt sechsten Monitoring-Bericht zur Energiewende », https://www.bmwi.de/Redaktion/DE/Pressemitteilungen/2018/20180627-bundeskabinett-beschliesst-sechsten-monitoring-bericht-zur-energiewende.html

/2/ Sechster Monitoring-Bericht « Energie der Zukunft » (Kurzfassung) , 27 juin 2018, https://www.bmwi.de/Redaktion/DE/Publikationen/Energie/sechster-monitoring-bericht-zur-energiewende-kurzfassung.html

/3/ Expertenkommission zum Monitoring-Prozess „Energie der Zukunft“, Stellungnahme zum sechsten Monitoring-Bericht der Bundesregierung für das Berichtsjahr 2016, https://www.bmwi.de/Redaktion/DE/Downloads/S-T/stellungnahme-der-expertenkommission-zum-sechsten-monitoring-bericht-zusammenfassung.pdf?__blob=publicationFile&v=6

/4/ BDEW, communiqué de presse du 27 juin 2018 : « Stefan Kapferer zum 6. Monitoringbericht zum Stand der Energiewende » , https://www.bdew.de/presse/presseinformationen/stefan-kapferer-zum-6-monitoringbericht-zum-stand-der-energiewende/

/5/ Institut der deutschen Wirtschaft (iwd) : « Die Energiewende – eine Zwischenbilanz der Legislaturperiode 2014-2017 », IW-Kurzbericht 41/2018, https://www.iwkoeln.de/fileadmin/user_upload/Studien/Kurzberichte/PDF/2018/IW-Kurzbericht_2018_41_Energiewende.pdf

/6/ Bundesministerium für Wirtschaft und Energie (BMWi) : « Wirkung der Maßnahmen der Bundesregierung innerhalb der Zielarchitektur zum Umbau der Energieversorgung », Studie im Auftrag des Bundesministeriums für Wirtschaft und Energie », 13 juillet 2018, https://www.bmwi.de/Redaktion/DE/Publikationen/Studien/wirkung-der-massnahmen-der-bundesregierung-innerhalb-der-zielarchitektur-zum-umbau-der-energieversorgung.pdf?__blob=publicationFile&v=4