Allemagne : les chiffres clés de l’énergie en 2025

Texte mis à jour le 24.01.2026

Temps de lecture : 2 min (résumé), 40 min (article entier)

Les 10 points essentiels  

  1. La consommation énergétique stagne au niveau de 2024. Corrigée des aléas météorologiques, elle aurait baissé d’environ 1,2% ; 
  1. Les énergies fossiles (pétrole, gaz naturel, houille et lignite) continuent de représenter plus de trois quarts de la consommation énergétique ; 
  1. La production nationale brute d’électricité augmente légèrement de 1,5% par rapport à 2024 et celle des énergies renouvelables de 2,1% grâce à l’augmentation significative de la production photovoltaïque ; 
  1. Comme en 2024, les énergies renouvelables atteignent – lissées sur l’année – environ 58% de la production brute d’électricité et environ 55% de la consommation intérieure brute ; 
  1. Le fort développement des énergies renouvelables variables et la lente modernisation des réseaux ont fait exploser les coûts des services système. Ils ont quadruplé en 10 ans et dépassent les cinq milliards d’Euros par an. Le principal facteur de hausse des coûts est la gestion des congestions de réseaux ; 
  1. L’Allemagne a été en 2025, pour la troisième année consécutive, importatrice nette d’électricité. Le Danemark a été le plus grand fournisseur d’électricité, suivi de la France et des Pays-Bas. Toutefois, le solde importateur a diminué de presque 29% par rapport à 2024; 
  1. L’approvisionnement en gaz a été assuré en 2025. La Norvège est de loin le principal fournisseur de gaz naturel par gazoduc. Le volume d’importation de GNL (Gaz Naturel Liquéfié) représente environ 10% des importations totales. Les États-Unis dominent avec une part de 95% du volume de GNL livré ;
  1. Le parc de véhicules « 100% électrique » atteint fin 2025 presque les 2,2 millions, soit une augmentation d’un tiers par rapport à fin 2024. Malgré cela, l’objectif du gouvernement de 15 millions de véhicules « 100% électrique » d’ici 2030 semble désormais inaccessible ; 
  1. Malgré l’augmentation de presque 14% des prix sur le marché de gros d’électricité, les prix pour le consommateur résidentiel ont baissé de 3,7% par rapport à 2024. Mais ils se situent toujours parmi les prix les plus élevés d’Europe ; 
  1. Selon les données provisoires du cabinet AG Energiebilanzen, les émissions de gaz à effet de serre ont baissé d’environ 6 Mt CO2éq, soit une réduction de 1% par rapport à l’année précédente.
Pembroke Battery Grand Bretagne : 350 MW / 700 MWh, mise en service 2028, coûts 20 millions £, Source : RWE

Sommaire

Consommation énergétique 

Secteur électrique

  • Production et consommation d’électricité
    • Exemple des épisodes pratiquement sans vent ni ensoleillement en 2025 
  • Échanges transfrontaliers d’électricité  
  • Parc de production
    • Besoin de moyens pilotables à l’horizon de 2030 
  • Stockage de l’énergie 
  • Réseaux d’électricité
    • Réseaux de transport 
    • Réseaux de distribution 
    • Équilibrage du système électrique 
  • Prix de l’électricité
    • Evolution des prix sur le marché de gros de l´électricité 
    • Episodes de prix négatifs au marché de spot journalier 
    • Prix de l’électricité pour les clients résidentiels 

Économie de l’hydrogène « vert »

Secteur du chaud et du froid

  • Réseaux de chaleur 
  • Branche gazière
    • Production et consommation de gaz naturel 
    • Evolution des volumes de vente de gaz naturel par groupe de consommateurs 
    • Prix moyen pondéré du gaz pour les clients résidentiels 

Secteur des transports      

Émissions de gaz à effet de serre

Faits marquants

  • Contrat de coalition du nouveau gouvernement 
  • Rapport ministériel sur le bilan de la transition énergétique 
  • Autorisation du captage et stockage du CO2 
  • Subventions de l’État des prix de l’électricité à hauteur de près de 30 Md€ en 2026 

Références 

Consommation énergétique 

Selon des estimations provisoires, la consommation d’énergie primaire stagne en 2025 très probablement au niveau de 2024.

Bien que la consommation énergétique se situe presque 27% sous le niveau de l’année 2008, il faudrait encore la réduire de presque 2,5% par an pour atteindre l’objectif 2030.

Pour mémoire : selon la nouvelle directive européenne relative à l’efficacité énergétique, l’Allemagne s’est engagée à réduire sa consommation d’énergie primaire d’au moins 39,3% d’ici 2030 par rapport à 2008 (Allemagne Energies 1).

Selon le cabinet AG Energiebilanzen (AGEB 2025a) la consommation d’énergie primaire s’élève à 2931 TWh ou 252 Mtep (2024 : 2933 TWh ou 252 Mtep).

Les températures plus fraîches par rapport à l’année précédente ont généré des besoins supplémentaires de chauffage dans le secteur résidentiel. Sans cet effet la consommation énergétique aurait baissé environ de 1,2%.

L’évolution conjoncturelle légèrement positive n’a probablement eu qu’une faible influence sur la consommation énergétique, compte tenu de la morosité des grands consommateurs industriels.

La baisse des prix à la consommation des carburants et du mazout, ainsi que le léger recul des prix du gaz naturel, pourraient avoir eu un effet stimulant sur la consommation. Dans l’ensemble, les facteurs négatifs ont eu une influence plus forte sur l’évolution de la consommation d’énergie primaire que les facteurs positifs.

Les énergies fossiles (pétrole, gaz naturel, houille et lignite) continuent de représenter plus de trois quarts de la consommation énergétique. Malgré une légère baisse, le pétrole reste l’énergie fossile la plus importante en 2025, suivi par le gaz naturel, cf. figure 1.

La consommation de gaz naturel a augmenté de 3,6% en 2025 par rapport à 2024 principalement en raison de la hausse de consommation de chaleur et de l’accroissement de la production d’électricité des centrales à gaz (production éolienne inférieure aux attentes par suite des conditions météorologiques défavorables au cours des premiers mois de 2025).

La consommation du charbon (couple lignite/houille) est en légère baisse et atteint une part totale de 14,3% à la consommation d’énergie primaire. La demande de la houille a diminué de plus de 2%. La consommation dans les centrales électriques a augmenté, mais les volumes consommés dans l’industrie sidérurgique ont baissé. La consommation de lignite a enregistré une réduction de plus de 6% notamment en raison d’une baisse de la consommation dans les centrales électriques.

Figure 1 : consommation d´énergie primaire selon AG Energiebilanzen

La part des énergies renouvelables à la consommation énergétique a augmenté de 3,6%. Les températures plus froides ont entraîné une augmentation de leur consommation notamment dans le secteur de chaleur.

La part « divers » a légèrement diminué, principalement du fait que l’Allemagne a importé moins d’électricité qu’en 2024.

La part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique  par usage (électricité, chaleur et froid, transports) et l’objectif de 2030 sont illustrés sur la figure 2 du texte « Énergies renouvelables : de nombreux défis » (Allemagne Energies 2).

Pour une comparaison des bilans énergétiques entre l’Allemagne et la France, voir (Allemagne Energies 3).

Secteur électrique 

Production et consommation d’électricité 

Selon le cabinet AG Energiebilanzen (AGEB 2025b) le volume total d’électricité produit en Allemagne en 2025 atteint 502 TWh bruts (hors STEP) soit une légère augmentation de 1,5% par rapport à 2024 (495 TWh).

La production a été marquée par une production éolienne historiquement faible au cours des premiers mois de 2025 et par une augmentation significative de la production photovoltaïque grâce au temps globalement ensoleillé et à la forte croissance de leur puissance en 2025.

Selon les chiffres provisoires, 292 TWh (2024 : 286 TWh) ont été produits à partir d’énergies renouvelables, soit, lissés sur l’année, environ 58 % de la production brute totale d’électricité, cf. figure 2.

Malgré une légère hausse de production par rapport à 2024, le volume de production réalisé par les filières renouvelables reste 18,5% en-dessous du volume cible de 346 TWh, fixé par la Loi EEG pour 2025.

Figure 2 : Production brute d’électricité (hors STEP : Stations de Transfert d’Énergie par Pompage) en 2025 (données provisoires)

La production nette (hors STEP) mesurée/évaluée à la sortie d’une centrale, c’est-à-dire déduction faite de la consommation des services auxiliaires et des pertes dans les transformateurs des centrales, s’élève à 480 TWh en 2025 (AGEB 2025b).

La figure 3 montre l’évolution de la production nette des différentes filières depuis 2015 (AGEB 2025b). En 2018 la production renouvelable a dépassé la production du charbon (couple houille/lignite) et constitue depuis la principale source de production dans le mix électrique allemand.

Les dix dernières années, la production renouvelable a augmenté continuellement à l’exception de 2021 : en cause, la forte baisse de la production éolienne en raison des conditions météorologiques très défavorables et un faible ajout de nouvelles installations en 2019 et 2020 (Allemagne Energies 2022).

La production du couple houille/lignite a diminué de presque 62% entre 2015 et 2025 et a atteint en 2025 son niveau le plus bas depuis la réunification de l’Allemagne.

Le nucléaire ne contribue plus à l’approvisionnement électrique depuis  2024.

Figure 3 : évolution de la production nette des différentes filières depuis 2015

Le tableau 1 détaille la production brute en 2024 et 2025 pour chaque filière du secteur de l’électricité, y compris le solde des échanges transfrontaliers et la consommation intérieure brute hors STEP (AGEB  2025b).

Tableau 1 : production et consommation d’électricité 2024 et 2025

* production brute hors STEP : la production brute est la quantité d’électricité mesurée aux bornes des alternateurs d’une centrale, elle inclut donc la consommation d’électricité par les auxiliaires de la centrale et les transformateurs ;

** Consommation intérieure brute hors STEP : la production brute plus le solde des échanges transfrontaliers d’électricité 

La production des centrales conventionnelles a légèrement augmenté par rapport à 2024. Les conditions météorologiques défavorables à la production éolienne au cours des premiers mois de 2025 ont entraîné une production accrue des centrales à houille et à gaz. Les centrales au lignite ont en revanche enregistré un recul de production de 4,6% à la suite de l’arrêt des unités et en raison d’un prix moyen de la tonne de CO2 environ 11% plus élevé qu’en 2024.

La production à partir des énergies renouvelables a été marquée par les conditions météorologiques moins favorables, à savoir un premier trimestre peu venteux et une mauvaise pluviométrie prolongée qui a réduit la production hydraulique.

L’augmentation de la production de 2,1% au total est exclusivement due à la hausse de la production solaire d’environ 19%.

La consommation d’électricité (consommation intérieure brute d’électricité) se situe au niveau de l’année précédente.

Sous l’hypothèse que l’électricité produite à partir des énergies renouvelables serait entièrement consommée en Allemagne, leur part dans la consommation intérieure brute atteint largement 55% en 2025 (AGEB 2025b). Conformément aux prescriptions du gouvernement fédéral, il s’agit du taux déterminant pour la réalisation des objectifs en matière d’énergies renouvelables.

Exemple des épisodes pratiquement sans vent ni ensoleillement en 2025

Bien que la production des énergies renouvelables variables donne de bons résultats lissés sur l’année, il est difficile de prévoir quelle sera leur contribution à chaque instant à la couverture de la demande d’électricité. En effet, l’équilibre entre la production et la consommation d’électricité doit être assuré en permanence.

Le photovoltaïque n’est pas une source d’énergie fiable en raison des variations saisonnières : en moyenne le solaire n’a atteint entre novembre et février qu’environ un quart de la production enregistrée entre mai et août (UBA 2026a).

De plus, il faut s’attendre, principalement en hiver, à une production éolienne inférieure à la moyenne lors des situations de haute pression (ou anticyclonique) en Europe centrale.

Selon une étude du Service Météorologique Allemand DWD (Deutscher Wetterdienst) publiée en décembre 2024 (DWD 2024), le « nombre moyen » de jours avec une telle situation anticyclonique, observée depuis 1950/51, était exactement de 8,19 par an. Le nombre maximal s’est produit durant l’hiver 2011/2012 avec 23 jours. Une absence de situation anticyclonique en Europe centrale ne s’est produite que pendant 6 hivers. Il s’agit donc d’un évènement probable et pour lequel le système électrique doit être préparé.

La figure 4 montre la situation typique de production des énergies renouvelables variables en automne et hiver à l’exemple de février et novembre 2025 (Fraunhofer 2025a). La charge résiduelle (courbe noire) représente l’écart entre le niveau de consommation et celui de la production des énergies renouvelables variables.

Figure 4 : production des énergies renouvelables et charge résiduelle (courbe noire) en février et novembre 2025

La charge résiduelle doit être couverte par des moyens pilotables tels que les STEP, les centrales thermiques à flamme et/ou par l’importation  pour satisfaire à chaque instant la consommation d’électricité. Le stockage par batterie peut aussi contribuer à l’équilibrage du réseau mais la capacité est actuellement encore limitée, cf. tableau 4.

Comme illustré dans la figure 4, la charge résiduelle a dépassé à plusieurs reprises les 60 GW. Grace au parc de moyens pilotables en backup et aux importations la situation a pu être maitrisée.

Compte tenu du fait que le parc de moyens pilotables se compose essentiellement de centrales thermiques à flamme, les moyennes mensuelles de l’intensité carbone du mix électrique étaient par conséquent assez élevées : ~ 447 g CO2éq/kWh en février et ~ 389 g CO2éq/kWh novembre 2025 (voir aussi figure 17).

Échanges transfrontaliers d’électricité 

En 2025, selon les données provisoires, le solde importateur net s’élève à 18,8 TWh contre 26,3 TWh en 2024, soit une réduction de plus de 28%, cf. figure 5 (AGEB 2025b). 

Figure 5 : solde des échanges transfrontaliers d’électricité en TWh

L’Allemagne est ainsi pour la troisième fois consécutive importatrice nette d’électricité. Le Danemark a été le plus grand fournisseur d’électricité, suivi de la France et des Pays-Bas.

Le régulateur allemand a souligné que le fait d’être importateur ne permet pas de conclure à un déficit de production d’électricité. De nombreux pays européens voisins produisent leur électricité à un prix inférieur à celui qui aurait été disponible en Allemagne. C’est pour cela qu’il peut être plus avantageux d’importer de l’électricité non en raison du manque de moyens de production, mais pour des raisons économiques.

Bien entendu, une fois l’électricité injectée dans le réseau, il n’est plus possible de l’attribuer à une source d’électricité particulière. Les données disponibles pour chaque quart d’heure sur le mix de production électrique et les échanges commerciaux pour tous les pays du marché intérieur européen permettent néanmoins de calculer approximativement la part des différentes sources d’électricité dans les exportations et importations d’électricité.

Selon le régulateur, les énergies renouvelables (éolien, hydraulique, solaire, biomasse) ont représenté, avec environ 51%, la part la plus importante des importations d’électricité suivi de l’électronucléaire avec environ 22% (BNetzA 2026a).

Le recours aux importations d’électricité bas carbone (énergies renouvelables et électronucléaire) a en partie remplacé la production d’électricité à partir des combustibles fossiles en Allemagne. Les importations d’électricité ont ainsi contribué à la réduction des émissions de CO2 en Allemagne.

Parc de production 

L’Allemagne exploite deux parcs de production en parallèle : un parc composé d’énergies renouvelables et un parc composé principalement de centrales thermiques à flamme (BDEW 2025a, UBA 2026a).

La puissance du parc d’énergies renouvelables a augmenté de 11,6% par rapport à 2024 notamment grâce au fort développement du solaire, cf. tableau 2. En revanche, le parc éolien maritime n’a augmenté que 460 MW et l’ajout de puissance de l’éolien terrestre reste environ 8 GW en deçà de l’objectif fixé par le gouvernement (EEG § 4).

Tableau 2 : Puissance nette de production 2025 vs 2024 (hors les systèmes de stockage : Stations de transfert d’énergie par pompage – STEP, batteries etc.)

Suite à la mise hors service définitive d’unités de production, le parc de centrales conventionnelles est en léger recul par rapport à 2024. Parmi les 74 GW environ 13 GW sont en réserve stratégique ou provisoirement arrêtés. Les centrales en réserve ne peuvent injecter d’électricité que sur demande des gestionnaires de réseau.

Besoin de moyens pilotables à l’horizon de 2030 

Pour atteindre l’objectif d’une production d’électricité de presque 100% à partir des énergies renouvelables à l’horizon de 2035 et pouvoir pallier la défaillance des énergies renouvelables variables quand c’est nécessaire, il faut, en l’absence de systèmes de stockage d’énergie suffisants, conserver un parc de moyens pilotables moins émetteur en carbone.

Pour remplacer des centrales à charbon, le nouveau gouvernement avait prévu de lancer rapidement des appels d’offres, ouverts sur le plan technologique, pour la construction de 20 GW de moyens pilotables à l’horizon 2030 (Allemagne Energies 2025c).

Le projet initialement prévu dans l’accord de coalition a désormais fait place à un compromis nettement plus modeste : selon le Ministère Fédéral de l’Économie et de l’Énergie (BMWE 2026a), le gouvernement allemand est parvenu mi-janvier 2026, dans le cadre des règles européennes sur les aides d’État, à « un accord de principe » avec la Commission Européenne sur le développement de 12 GW de puissance pilotable supplémentaire.

L’accord final de la Commission Européenne au regard du droit des aides d’État sera donné plus tard après présentation du projet de loi national sur la stratégie en matière de moyens pilotables supplémentaires.

Un premier appel d’offres sera lancé en 2026 pour une mise en service « au plus tard » d’ici 2031 pour une puissance de 10 GW avec le présupposé de pouvoir assurer la production d’électricité « pendant une longue période d’affilée ». Il peut s’agir, mais pas exclusivement, de centrales à gaz.

De plus des appels d’offres pour 2 GW de moyens pilotables supplémentaires sont prévus en 2027 et en 2029/30 pour une mise en service en 2031, ouverts à toutes les technologies y compris aux installations existantes. Des batteries de grande capacité de stockage pourront également bénéficier d’une attribution.

Toutes les centrales électriques construites dans le cadre de la stratégie gouvernementale en matière de moyens pilotables en backup doivent être compatibles avec l’hydrogène et entièrement décarbonées d’ici 2045 au plus tard.

De plus, la conversion à l’hydrogène sera prévue par paliers de sorte que 2 GW de puissance soient déjà convertis à l’hydrogène en 2040 et 2 GW supplémentaires en 2043.

La stratégie relative aux moyens pilotables en backup s’inscrit dans une stratégie globale. Au cours de l’année 2027 il est prévu de mettre en place un mécanisme de capacité dont l’objectif est de favoriser l’investissement dans de nouveaux moyens de production pilotables et ainsi de garantir durablement la sécurité d’approvisionnement à partir de 2032.

La couverture de la charge résiduelle (voir définition plus haut) est déterminante pour la sécurité d’approvisionnement du système électrique.

Le parc de production de moyens pilotables est passé pour la première fois sous la barre des 90 GW en 2024 (Allemagne Energies 2025a) et continuera de baisser considérablement au cours des prochaines années dans le cadre de la sortie des centrales à charbon.

Les différentes analyses concernant la sécurité de l’approvisionnement aboutissent à des résultats parfois très divergents. C’est pour cela que, dans son dernier rapport de monitoring de la transition énergétique allemande (BMWE 2025a), la commission d’experts a particulièrement souligné la nécessité de clarifier rapidement la question de la garantie de la sécurité d’approvisionnement.

Stockage de l’énergie

Le stockage de l’électricité est une solution pertinente pour mieux intégrer les énergies renouvelables variables, répondre aux besoins d’équilibrage du système électrique ou traiter les congestions locales des réseaux.

L’Allemagne dispose de STEP (Stations de Transfert d’Énergie par Pompage) qui injectent de l’électricité directement dans le réseau allemand. Elles ont une puissance de turbinage de près de 10 GW et une capacité de stockage de plus de 1,1 TWh par cycle de charge y compris les STEP en Autriche et au Luxembourg connectées au réseau allemand (Fraunhofer 2025b).

Tableau 3 : puissances et capacités des STEP connectées au réseau allemand fin 2025

En 2025, le pompage s’élevait à 9,4TWh, contre un turbinage de 7,1 TWh (AGEB 2025b), soit un rendement d’environ 76% (ratio turbinage – pompage).

Bien que le parc des batteries stationnaires augmente continuellement, leur usage est encore limité. Fin 2025, une puissance de stockage d’environ 16,4 GW est répertoriée en Allemagne. Leur capacité totale s’élève à 24,4 GWh. La plus grande part revient aux batteries d’une capacité de stockage inférieure à 1 MWh (RWTH Aachen University 2026).

Tableau 4 : stockage stationnaire sur batterie en Allemagne

Outre la puissance de stockage (GW), la capacité de stockage (GWh) est un paramètre important. Il convient de faire la distinction entre la capacité de stockage théorique et réelle. En effet, de nombreux systèmes de stockage par batterie ne sont pas entièrement déchargeables en mode de fonctionnement normal. Le rapport entre la capacité de stockage (en kWh) et la puissance de stockage (en kW) est actuellement d’environ 1,5. Une batterie peut donc fournir sa puissance nominale pendant 1,5 heure en moyenne.

Réseaux d’électricité 

Un approvisionnement électrique basé sur des sources d’énergies renouvelables recèle de nouveaux défis pour les réseaux de transport et de distribution. En effet, la croissance record des énergies renouvelables variables – solaire et éolien – a révélé que les réseaux constituent désormais un goulot d’étranglement stratégique. Leur développement rapide est crucial pour la transition énergétique.

Dorénavant, une grande partie de l’électricité sera injectée de manière décentralisée dans les réseaux électriques et transportée en partie sur de longues distances. Les gisements de vent, dans le nord du pays, étant géographiquement distants des grands centres de consommation dans l’ouest et sud industriels, l’épine dorsale est constituée par plusieurs tracés nord – sud en courant continu afin de limiter les congestions (Allemagne Energies 1).

Selon une étude de l’Institut d’Économie de l’Énergie de l’Université de Cologne (EWI Köln) les coûts liés au développement des réseaux électriques s’élèveront à 732 Md€ d’ici 2045, dont 302 Md€ pour le réseau de transport et 430 Md€ pour les réseaux de distribution (EWI 2024).

Réseaux de transport 

Au total 128 projets à terre (nouvelles lignes, renforcement des lignes existantes) sont projetés soit 16.783 km dont environ 5.800 km en courant continu. À la fin du 3e trimestre 2025 au total 22,6% des projets à terre étaient réalisés, soit 3790 km (BNetzA 2025a).

En avril 2025 le régulateur a donné son accord au projet de plan de développement du réseau 2037/2045 (version 2025) proposé par les quatre GRT : 50Hertz, Amprion, TenneT et TransnetBW (Allemagne Energies 1).

Le plan de développement comporte des scénarios pour 2037 et pour 2045. Les scénarios prennent en compte les objectifs à moyen et long terme du gouvernement fédéral en matière de politique climatique et énergétique.

Par rapport à la version 2023, la version 2025 reflète les changements intervenus dans les conditions cadres pour atteindre la neutralité carbone en 2045.

Raccordement des parcs éoliens maritimes 

Selon la Loi sur l’éolien en mer (Windenergie-auf-See-Gesetz – WindSeeG), il est prévu que la capacité totale soit portée à au moins 30 GW d’ici 2030 (Allemagne Energies 2).

Les lignes de raccordement depuis la mer du Nord et la mer Baltique relient en partie les parcs éoliens maritimes à certains points de connexion avec le réseau de transport situés loin à l’intérieur des terres.

Les besoins en lignes de raccordement sont déterminés dans le plan de développement du réseau de transport sur la base de la stratégie des sites éoliens maritimes de l’Office Fédéral de la Navigation Maritime et de l’Hydrographie (BSH). Il y a actuellement 32 projets de lignes de raccordement d’une longueur totale d’environ 10.740 km (BMWE 2025d).

À la fin du 3e trimestre 2025, l’avancement était le suivant :

  • En mer du Nord, 13 lignes de raccordement (1.745 km) d’une puissance de transmission totale d’environ 8 GW ont été réalisées. Quatre autres lignes d’une puissance de transmission de 3,6 GW et d’une longueur totale de 1.562 km sont en cours de construction ou en préparation. En outre, 11 autres lignes sont en cours d’autorisation ou en attente d’autorisation (2.194 km). La mise en service est prévue entre 2027 et 2032 ;
  • En mer Baltique, huit lignes de raccordement (760 km) d’une puissance de transmission totale d’environ 1,8 GW ont été réalisées. Une ligne (~ 206 km) est en construction et une autre de 109 km en projet. 

Réseaux de distribution

Non seulement le réseau de transport, mais aussi les réseaux de distribution doivent être adaptés à la transition énergétique.

Avec les plans de développement du réseau de 2024, les 82 plus grands gestionnaires de réseau de distribution ont évalué les besoins de l’extension et de la modernisation à venir (BNetzA 2025g).

En termes de kilomètres, il faudra construire ou renforcer d’ici 2045 : 38 600 km de lignes de haute tension, 218 400 km de lignes de moyenne tension et 245 300 km de lignes de basse tension.

Équilibrage du système électrique 

Les gestionnaires des réseaux doivent assurer à tout instant l’équilibre entre la production et la consommation d’électricité et résoudre les congestions sur les réseaux.

Les coûts des services système, supportés par le consommateur par le biais du tarif d’utilisation des réseaux, se composent essentiellement des coûts liés à la mise à disposition de la puissance de réglage en réserve, la compensation de la perte en ligne et la gestion de la congestion des réseaux (Allemagne Energies 1).

Le fort développement des énergies renouvelables et la lente modernisation des réseaux obligent les gestionnaires des réseaux à recourir régulièrement à un management accru non seulement du réseau de transport mais aussi des réseaux de distribution.

Un autre problème concerne l’emplacement géographique des moyens pilotables. La fermeture des centrales nucléaires situées en Allemagne du sud a augmenté le risque d’un déséquilibre du réseau. Pour débloquer la situation en attendant le renforcement des réseaux et la mise en service de nouveaux moyens pilotables, l’Agence Fédérale des Réseaux a fait construire des turbines à combustion (4 sites dans le sud du pays d’une puissance totale de 1200 MW).

Selon le régulateur, les coûts des services système se sont élevés à environ 5,3 Md€ en 2024 (BNetzA 2025b), plus du quadruple des coûts en 2014 (~ 1,2 Md€).

La figure 6 montre depuis 2014 l’évolution des coûts des services système.

Figure 6 : évolution des coûts des services système

L’augmentation la plus significative a été enregistrée pour la gestion de la congestion des réseaux (redispatching, countertrading) afin d’intégrer les énergies intermittentes.

Après un record enregistré en 2022 avec plus de 4 Md€, ces coûts ont baissé à environ 3,3 Md€ en 2023, principalement en raison de la baisse du prix de gros (Allemagne Energies 3).

En 2024, selon les données provisoires du régulateur (BNetzA 2025b), les coûts de gestion de la congestion des réseaux ont baissé de 13% par rapport à 2023 pour atteindre environ 2,9 Md€, cf. figure 6. Raison principale : baisse du prix des combustibles et recul des besoins de redispatching.

Au total, environ 6% de la production brute de l’Allemagne, soit un volume d’électricité de 30,3 TWh, ont été écrêtés en 2024, dont environ 31% (~ 9,4 TWh) relèvent de la production renouvelable. Les éoliennes maritimes et terrestres ont été la source de production renouvelable la plus écrêtée.

Prix de l’électricité 

Evolution des prix sur le marché de gros de l’électricité 

Suite à la crise énergétique née de la guerre en Ukraine, le prix de gros de l’électricité en Allemagne avait flambé en 2022, cf. figure 9. À partir de 2023 les prix de gros ont de nouveau nettement baissé.

En 2025, le prix de gros moyen s’est élevé à 89,32 €/MWh. Par rapport au prix en 2024 de 78,51 €/MWh, cela représente une augmentation de 13,8%. La raison est l’accroissement du nombre d’heures au-dessus de 100 €/MWh (voir plus loin).

La figure 7 montre les moyennes annuelles de 2019 à 2025 des prix journaliers (dit « Day – Ahead ») sur le marché de gros pour la zone Allemagne/Luxembourg (BNetzA 2026a).

Figure 7 : moyennes annuelles de 2019 à 2025 des prix journaliers (Day – Ahead) sur le marché de gros de l´électricité pour la zone Allemagne/Luxembourg

Le tableau 5 montre, pour la période de 2019 à 2025, les prix de gros moyens et extrêmes pour la zone Allemagne/Luxembourg.

Tableau 5 : moyennes annuelles des prix de gros (day-ahead) de l´électricité pour la zone Allemagne/Luxembourg

Les prix de gros ont fluctué plus fortement en 2025 qu’en 2024. Le prix de gros le plus élevé a été enregistré le lundi 20 janvier entre 17h et 18h avec 583,40 €/MWh. Dans cette plage horaire, une consommation d’électricité d’environ 71 GW a coïncidé avec une très faible production des énergies renouvelables variables (~ 4,6 GW).

Si le pic de prix a été avec 936,28 €/MWh nettement plus élevé en 2024, les prix de gros ont toutefois été beaucoup plus souvent supérieurs à 100 euros/MWh en 2025, soit 3.494 heures contre 2.296 heures en 2024.

L’augmentation du nombre d’heures supérieures à 100 €/MWh a finalement conduit à la hausse du prix de gros moyen en 2025 par rapport à 2024.

Episodes de prix négatifs au marché de spot journalier 

Depuis plusieurs années le marché de gros de l’électricité en Allemagne est confronté à une hausse des épisodes de prix négatifs. Les prix spot de l’électricité sont négatifs lorsqu’il y a un excès de production par rapport à la consommation. Ces prix signalent la nécessité de réduire la production et/ou d’augmenter la consommation. Les prix négatifs se produisent lorsque la quantité d’énergies renouvelables injectées est élevée, que la consommation est faible et que la production thermique à flamme inflexible est importante (epexspot 2024).

Les régimes de soutien aux énergies renouvelables ont également un impact sur l’apparition des épisodes de prix négatifs (voir plus loin).

Les exploitants de réseaux sont tenus par la loi sur les énergies renouvelables d’absorber les kilowattheures sans valeur et de les vendre sur le marché de l’électricité. Dans ces situations, les acheteurs reçoivent effectivement des paiements et de l’électricité de la part des vendeurs.

Il faut toutefois concéder que, malgré leur hausse, les prix négatifs sont un phénomène encore relativement rare. Au cours de l’année 2024, l’Allemagne avait connu un record de 457 heures de production électrique à prix négatif. En 2025, ce record a été à nouveau battu. Au total 573 pas horaires à prix négatif ont été atteints, cf. figure 8. Cela signifie que 6,5% des heures en 2025 étaient négatives contre 5,2% en 2024.

Figure 8 : nombre de pas horaires à prix négatifs par trimestre sur le marché journalier (Day – Ahead) entre 2019 et 2025 (BNetzA 2026a)

Le gouvernement allemand a pris des mesures contre la surproduction des grands parcs éoliens et solaires. La loi sur les énergies renouvelables (EEG 2023) prévoit, depuis 2024, une suspension de la rémunération pour des installations ≥ 400 kW à partir de 3 heures de prix négatifs sans interruption. Le nombre d’heures sera progressivement réduit jusqu’à 2027 de sorte que les heures de prix négatifs ne seront plus rémunérées, hors installations préexistantes, petites installations < 400 kW et éoliennes pilotes.

Mais ce sont surtout les petites installations photovoltaïques qui sont responsables des prix négatifs au marché de gros.

Environ la moitié de la capacité photovoltaïque consiste en installations inférieures à 100 kWc. Ces installations bénéficient encore de l’obligation d’achat et elles injectent leur électricité quoi qu’il en coûte, accentuant la surproduction.

C’est pour cela que le parlement allemand a adopté début 2025 un avenant à la loi sur les énergies renouvelables (EEG 2023), appelé « Solarspitzengesetz » (Loi sur les pics de solaire).

Les installations photovoltaïques produisent généralement avec une forte simultanéité, ce qui peut provoquer des surproductions qui sollicitent le réseau et entraînent des prix négatifs sur le marché.

Ces modifications législatives visent à inciter des installations photovoltaïques à participer au mécanisme d’ajustement de la production. Sont exemptées des nouvelles règles pour l’instant les installations d’une puissance inférieure à 2 kWc et une grande partie des installations déjà existantes.

Pour plus d’information, cf. (Allemagne Energies 2).

Prix de l’électricité pour les clients résidentiels 

En 2025, le prix de l’électricité pour les clients résidentiels a baissé de 3,7% par rapport à l’année précédente, pour atteindre en moyenne 40,05 ct€/kWh (BNetzA 2025f).

La réduction de 2,26 ct€/kWh du prix de l’approvisionnement et de la distribution a largement contribué à la baisse des tarifs des clients résidentiels.

Les tarifs d’utilisation du réseau ont également légèrement diminué. Ils sont passés en moyenne de 11,62 ct€/kWh à 11,51 ct€/kWh. Au 1er  janvier 2026, ils continueront de baisser en raison de la subvention de l’État accordée en 2026 (voir plus loin).

Ces réductions ont été quelque peu contrecarrées par une augmentation des taxes et redevances de 11,87 ct€/kWh à 12,70 ct€/kWh en 2025. Leur part dans le prix de l’électricité des clients résidentiels s’élève désormais à presque 32%.

Figure 9 : évolution et décomposition des prix de l’électricité pour les clients résidentiels (2500kWh ≤ consommation < 5000 kWh)

Malgré une légère baisse par rapport à l’année précédente, le prix du kWh payé par les clients résidentiels en Allemagne était au 1er semestre 2025 le plus élevé d´Europe selon la base de données Eurostat (Allemagne Energies 3).

Economie de l’hydrogène « vert » 

L’hydrogène « vert » est pour l’instant quasiment absent du marché allemand, même si des projets pilotes ont été lancés.

La majeure partie de l’hydrogène produit en 2025 (BDEW 2025a) provient de sources fossiles, principalement par le reformage du gaz naturel à la vapeur d’eau et la gazéification à partir de charbon. Environ 6% de la production totale de l’hydrogène « gris » sont générés comme sous-produit dans l’industrie chimique (ammoniaque, méthanol). Seulement 0,5% de l’hydrogène « vert » ont été produits par électrolyse, cf. figure 10.

Figure 10 : production d’hydrogène en 2024 et développement estimé des électrolyseurs à l’horizon de 2030/31

Conscient de l’importance de l’hydrogène pour la réussite de la transition énergétique, le gouvernement allemand avait adopté en 2023 une stratégie nationale actualisée (Allemagne Energies 1). Les principaux objectifs : une capacité nationale d’électrolyseurs d’au moins 10 GW d’ici 2030, le déploiement des infrastructures de transport d’hydrogène et le développement d’une stratégie d’importation d’hydrogène « vert ».

En 2025 environ 0,2 GW d’électrolyseurs sont en service en Allemagne. D’autres projets d’une capacité totale de 1,1 GW sont en cours de construction (dena 2025).

Si les prévisions actuelles tablent sur une mise en service d’une capacité d’électrolyseurs d’environ 8,8 GW d’ici 2030, une analyse différenciée révèle toutefois une situation de marché marquée par de nombreuses incertitudes.

Selon l’institut dena, seule une puissance d’électrolyseurs comprise entre 2,4 et 6,6 GW serait vraisemblablement mise en œuvre d’ici 2030. Le facteur décisif pour une probabilité de réalisation élevée est un financement garanti au moins pour une partie importante des coûts (par exemple par une décision finale d’investissement).

En 2030, la demande totale en hydrogène et ses dérivés est estimée entre 95 et 130 TWh par an (Allemagne Energies 1). Le gouvernement prévoit d’en importer entre 50% et 70% (45 à 90 TWh). La pierre angulaire du futur approvisionnement en hydrogène est donc le développement renforcé de partenariats internationaux.

Pour réaliser les importations, il faut que des infrastructures en Allemagne et dans les pays exportateurs potentiels soient disponibles.

En octobre 2024 l’Agence Fédérale des Réseaux (Bundesnetzagentur) a autorisé la mise en place du « réseau de démarrage » d’hydrogène d’une longueur de 9.040 km (Allemagne Energie 1). Il doit relier entre eux les principaux centres industriels du pays, les sites de stockage et les centrales électriques. De plus des points de connexion sont prévus aux frontières.

Le réseau de démarrage consisterait pour environ 60% en gazoducs existants reconvertis pour transporter de l’hydrogène et pour 40% en canalisations nouvellement construites. Les coûts d’investissement sont estimés à environ 19 Md€, l’achèvement du réseau est prévu pour 2032.

Secteur du chaud et du froid 

Le secteur du chaud et du froid représente plus de la moitié de la consommation finale d’énergie. Répondre à ces besoins grâce aux énergies renouvelables constitue un enjeu essentiel pour la réussite de la transition énergétique. D’ici 2030, le gouvernement vise une part de 30% d’énergies renouvelables dans la consommation finale du secteur.

La consommation de chaleur liée au bâtiment (chauffage et eau chaude) représente plus de 30% de la consommation finale d’énergie du pays. De plus, le secteur du bâtiment (résidentiel et tertiaire) représente environ 15% des émissions de gaz à effet de serre en Allemagne, soit environ 100 Mt CO2éq par an.

Rénover massivement le parc immobilier existant pour le rendre plus sobre en énergie est un enjeu crucial pour réduire les émissions du secteur. Mais il faudra aussi verdir les sources d’énergie utilisées. Près de trois quarts des chauffages existants fonctionnent encore au gaz ou au fioul.

Le gouvernement sortant souhaitait faire progresser le passage aux énergies renouvelables pour le chauffage des bâtiments (par exemple installation de 6 millions pompes à chaleur d’ici 2030). Après le feu vert du parlement, la loi sur la rénovation énergétique des bâtiments (Gebäudeenergiegesetz) est entrée en vigueur en janvier 2024.

La nouvelle coalition gouvernementale a l’intention d’abolir la loi actuelle. Une nouvelle loi, renommée loi sur la modernisation des bâtiments (Gebäudemodernisierungsgesetz), est prévue : « plus ouverte aux technologies, plus flexible et plus simple ». La réduction des émissions de CO₂ doit devenir « le paramètre central ».

La nouvelle loi devrait entrer en vigueur dans le courant de l’année 2026.

Réseaux de chaleur 

La Loi sur la gestion thermique et la décarbonisation des réseaux de chaleur (Wärmeplanungsgesetz – WPG) entrée en vigueur en 2024 et modifiée en 2025, crée la base pour un approvisionnement en chaleur climatiquement neutre à l’horizon de 2045 (BMJV 2025).

En 2025, selon des chiffres provisoires, les réseaux urbains de chaleur ont livré environ 133,1 TWh (2024 : 129,0 TWh). Cela correspond à une augmentation de 3,1 % par rapport à l’année précédente (BDEW 2025a).

Le mix énergétique de production de chaleur a changé en 2025 par rapport à l’année précédente. L’utilisation du gaz naturel, en particulier, a connu une augmentation significative au cours du premier trimestre 2025 en raison de la hausse simultanée de la demande d’électricité et du chauffage urbain dans les centrales de cogénération.

La chaleur renouvelable et de récupération (EnR & R) s’est élevée à 33,7% en 2025 contre 35,0% en 2024. cf. figure 11.

Figure 11 : Production de chaleur urbaine en 2024 et 2025

Selon la loi, les réseaux de chaleur devront être alimentés à partir de 2030 à hauteur d’au moins 50% par des énergies renouvelables et de récupération ou par une combinaison de ces deux sources.

Branche gazière 

L‘Allemagne est fortement dépendante des importations. Elle dispose seulement d’un petit nombre de gisements nationaux de gaz naturel qui ont fourni 39,5 TWh en 2025 soit environ 4,5% de la consommation totale.

De ce fait, l’Allemagne a été fortement marquée par les conséquences de la crise énergétique née de la guerre en Ukraine. L’Allemagne, sevrée du gaz russe dont elle était fortement dépendante, s’est trouvée confrontée à une envolée des prix de l’énergie, générant un problème de compétitivité globale de l’industrie.

Alors qu’en 2021 plus de 60% du gaz naturel consommé en Allemagne provenaient encore de la Russie, la quantité de gaz russe livrée par gazoduc vers l’Allemagne était de zéro TWh en 2023.

Entre-temps, la Norvège est devenue de loin le plus grand fournisseur de gaz naturel avec une part d’environ 45%.

En outre, l’infrastructure gazière a été complétée par des terminaux méthaniers destinés à accueillir le gaz naturel liquéfié (GNL). En 2025, quatre terminaux étaient en service : Wilhelmshaven, Brunsbüttel, Lubmin et Mukran. 

Les importations dans les terminaux allemands ont augmenté d’un tiers par rapport à 2024 pour atteindre environ 93 TWh. Les États-Unis dominent avec une part de 95% du volume de GNL livré.

Production et consommation de gaz naturel 

Selon les premières données de 2025 (BDEW 2025a), la consommation de gaz naturel a augmenté de 3,6% par rapport à 2024 pour atteindre 874,5 TWh, cf. tableau 6.

Les températures froides enregistrées au cours des premiers mois de l’année ont entraîné une forte augmentation de la demande en gaz naturel pour le chauffage. De plus, les conditions météorologiques défavorables ont entraîné une faible production d’électricité à partir des éoliennes, qui a été compensée, entre autres, par une utilisation accrue des centrales à gaz.

Tableau 6 : Approvisionnement en gaz naturel en Allemagne de 2021 à 2024

Évolution des volumes de vente de gaz naturel par groupe de consommateur 

Selon les premiers chiffres, la vente de gaz naturel aux consommateurs finaux a augmenté de près de 3,3% en 2025 par rapport à 2024 (voir tableau 7). A part le secteur des transports tous les groupes de consommateurs ont enregistré des hausses, mais l’augmentation de la consommation a été la plus marquée par le chauffage urbain (BDEW 2025a).

Tableau 7 : évolution des volumes de vente de gaz naturel par groupe de consommateurs

Prix moyen pondéré du gaz pour les clients résidentiels 

En Allemagne, il n’y a pas de régulation étatique des prix du gaz. Le prix du gaz se forme par le marché et se compose de facteurs dépendant du fournisseur, tels que les coûts d’approvisionnement en gaz, les coûts de distribution y compris la marge et de facteurs ne dépendant pas du fournisseur, comme les tarifs d’utilisation des réseaux et les prélèvements et taxes.  Plus de 1.100 fournisseurs de gaz sont chargés d’approvisionner les consommateurs finaux en gaz (BNetzA 2025e).

Le prix de vente moyen pondéré du gaz pour les clients résidentiels s’élevait à 12,13 ct€/kWh à la date de référence du 1er avril 2025, contre 12,50 ct€/kWh en 2024, cf. figure 12 (BNetzA 2025d).

Figure 12 : évolution des prix du gaz pour les clients résidentiels en Allemagne

Toutefois, par rapport à 2021, l’année de référence avant la crise énergétique, les prix du gaz pour les clients résidentiels sont en 2025 encore 81% plus élevés.

En 2025, les clients résidentiels ont pu profiter de la légère baisse des prix pour l’approvisionnement et la distribution. Mais cette baisse a été contrecarrée en grande partie par l’augmentation du tarif d’utilisation des réseaux et les taxes et redevances. Ces deux postes ont augmenté de presque 10% par rapport à 2024, en passant de 5,38 ct€/kWh à 5,91 ct€/kWh.

Secteur des transports 

Selon la Loi sur la Protection du Climat, les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur des transports devraient être réduites d’au moins 43% d’ici 2030 par rapport à 2020 (Allemagne Energies 1). Pour atteindre cet objectif, entre autres un parc de 15 millions de véhicules « 100% électrique » est prévu d’ici 2030. Il n’existe pas d’objectif correspondant pour les véhicules hybrides rechargeables (plug-in hybrid).

La subvention fédérale à l’achat des hybrides rechargeables a été supprimée début 2023. De plus, la subvention à l’achat des véhicules « 100% électrique » a été arrêtée prématurément en décembre 2023, après que la Cour constitutionnelle fédérale avait déclaré la politique budgétaire du gouvernement fédéral anticonstitutionnelle en novembre 2023.

Le cabinet ministériel de la nouvelle coalition gouvernementale a décidé en octobre 2025 de mettre en place un nouveau programme de subventionnement des voitures électriques de la catégorie M1 à partir de 2026 afin de permettre aux ménages à revenus modestes de passer aux véhicules climatiquement neutres (BMUKN 2025).

Doté d’un budget total de 3 Md€, ce programme permettra de subventionner l’achat d’environ 800 000 véhicules entre 2026 et 2029 selon un communiqué de presse du Ministère de l’Environnement du 19.01.2026 (BMUKN 2026a).

En 2025, le parc de voitures électriques a dépassé les 3 millions d’unités. Près de 2,2 millions de véhicules « 100% électrique » et presque 1,3 million de véhicules hybrides rechargeables ont été immatriculés fin 2025 (KBA 2026), cf. figure 13.

De plus, environ 199 000 bornes de recharge accessibles au public sont disponibles fin 2025 en Allemagne (BDEW 2025a ; BDEW 2026a). Cela correspond à une augmentation de plus de 21% par rapport à fin 2024.

Figure 13 : nombre de véhicules « 100% électrique » et hybrides rechargeables dans le parc de véhicules de tourisme allemand fin 2025 et l’objectif à l’horizon de 2030

Malgré augmentation d’un tiers par rapport à fin 2024, l’atteinte de l’objectif de 15 millions véhicules « 100% électrique » d’ici 2030 semble désormais inaccessible.

Émissions de gaz à effet de serre 

L’évolution des émissions en 2025 a été largement déterminée par deux effets qui ont agi dans des directions opposées : une baisse de la production de l’industrie polluante et des besoins en chauffage nettement plus élevés en raison de conditions météorologiques plus froides.

Selon les premières estimations (AGEB 2025a), les émissions auraient  baissé d’environ 6 Mt CO₂éq, soit une réduction de 1% par rapport à l’année précédente, cf. figure 14.

Bien que l’Agence Fédérale de l’Environnement fût encore convaincue en mars 2025 (UBA 2025a) que les objectifs climatiques pour 2030 pourraient être atteints, le rythme trop lent de réduction des émissions de gaz à effet de serre menace l’objectif climatique que s’est fixé le pays pour 2030.

Les émissions du secteur de l’énergie s’élèveraient à 184 Mt CO₂éq, en 2025, soit une réduction de 1 Mt CO2éq par rapport à l’année précédente (BDEW 2025a ; UBA 2025b).

La majeure partie des émissions du secteur de l’énergie provient des installations de production d’électricité. Le secteur de l’énergie comprend par exemple les émissions des centrales de chauffage urbain, des raffineries et les émissions diffuses de l’approvisionnement en gaz. Les émissions des installations de production d’électricité de l’industrie ne sont pas inclues.

Figure 14 : évolution des émissions allemandes en millions de tonnes de CO2éq par an (hors puits de carbone) et objectifs 2030

Selon les données provisoires, les émissions de l’ensemble des installations de production d’électricité s’élèvent en 2025 avec 156 Mt CO2éq, cf. figure 15. Depuis 2023 l’Allemagne est importatrice nette d’électricité (voir plus haut). Les émissions générées par les importations ne sont pas comptabilisées dans la production d’électricité en Allemagne, car elles proviennent d’autres pays.

L’intensité carbone (lissée sur l’année) de la production d’électricité est estimée à 330 g CO2éq/kWh en 2025, soit au même niveau qu’en 2024 (BDEW 2025a).

Figure 15 : émissions de CO2éq de la production d’électricité et intensité carbone du mix électrique

L’évolution de l’intensité carbone au cours de l’année montre bien que la valeur lissée sur l’année n’est pas significative à elle seule. En fin d’automne et en hiver, lorsque la production du photovoltaïque est généralement plus faible, l’intensité carbone peut dépasser les 400 g CO2eq /kWh si cela coïncide avec des épisodes de faible production éolienne comme par exemple en février et mars 2025, cf. figure 16 (Electricity Maps 2026).

Figure 16 : évolution de l’intensité carbone du mix électrique au cours de l’année 2025

Les données définitives concernant les émissions de gaz à effet de serre pour l’année 2025 seront publiées par l’Agence Fédérale de l’Environnement début 2027.

Faits marquants  

Contrat de coalition du nouveau gouvernement 

Suite à la dissolution du parlement allemand en décembre 2024 et aux élections fédérales en février 2025, l’Union chrétienne démocrate (CDU) et l’Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU) sont parvenues à former une coalition gouvernementale avec les Sociaux-démocrates (SPD). Le nouveau gouvernement a pris ses fonctions le 6 mai 2025.

La nouvelle coalition a publié le 9 avril 2025 un document posant les bases de la collaboration pour les 4 prochaines années, le traditionnel contrat de coalition (Allemagne Energies 2025c).

Le nouveau gouvernement confirme que l’atteinte des objectifs de l’accord de Paris sur le climat est une priorité.

100 Md€ du fonds spécial extrabudgétaire d’infrastructure de 500 Md€ adopté en mars 2025 iront à un fonds spécial existant, censé promouvoir les objectifs de zéro émission nette d’ici 2045.

Concernant le tournant énergétique, la nouvelle coalition gouvernementale mise en général sur la continuité de la politique énergétique du gouvernement sortant.

Les conditions-cadres seront maintenues : l’objectif de zéro émission nette d’ici 2045, le développement massif des énergies renouvelables (notamment éolienne et solaire) et la sortie progressive du charbon au cours de la prochaine décennie. Le renoncement aux centrales à fission nucléaire est également maintenu.

Tous les potentiels des renouvelables seront exploités, mais l’objectif est maintenant d’obtenir des coûts énergétiques durablement bas et prévisibles, compétitifs au niveau international.

Une baisse des prix de l’énergie est prévue afin de soulager les ménages et l’industrie.

Pour pallier la variabilité de la production des énergies renouvelables telles que l’éolien et le photovoltaïque, il était prévu de lancer rapidement des appels d’offres, ouverts sur le plan technologique, pour la construction de 20 GW de centrales à gaz à l’horizon 2030. En fin de compte le gouvernement fédéral ne projettera que 12 GW (Allemagne Energies 1).

Bien que la nouvelle coalition n’envisage pas un retour à l’utilisation du nucléaire fissile, le soutien à la recherche sur la fusion sera renforcé, avec pour objectif que « le premier réacteur de fusion au monde soit construit en Allemagne ».

La Loi sur le chauffage des bâtiments du gouvernement sortant, très controversée en Allemagne, sera abolie et remplacée par une nouvelle loi « plus ouverte à la technologie, plus flexible et plus simple ». 

Même si un « nouveau départ » de la transition énergétique a été annoncé, l’année 2025 restera au final surtout une année de transition politique, au cours de laquelle seules quelques initiatives législatives ont été menées à bien.

Rapport ministériel sur le bilan de la transition énergétique 

Le contrat de coalition du nouveau gouvernement prévoyait également un rapport sur le bilan de la transition énergétique allemande.

Le rapport a été publié mi-septembre 2025 par le Ministère Fédéral de l’Économie et de l’Énergie (BMWE 2025b). Les thèmes abordés sont la demande en électricité, les énergies renouvelables, les réseaux électriques, l’hydrogène, la sécurité d’approvisionnement et la numérisation.

Le rapport mentionne des lacunes et des contradictions de la transition énergétique jusqu’ici occultées par les gouvernements précédents.

Le rapport montre notamment qu’une meilleure interaction entre l’offre, la demande et les infrastructures peut conduire à une plus grande rentabilité. En outre la modernisation des réseaux électriques devrait suivre le développement éolien et solaire.

Dix mesures clefs sont proposées afin de favoriser l’économie et la compétitivité et corriger les erreurs du passé.

Il est entre autres prévu un mécanisme capacité et des ajustements dans le domaine du soutien des énergies renouvelables. La question de la rentabilité est également soulignée à plusieurs reprises et une planification « plus réaliste » ou « plus pragmatique » est annoncée. Pour plus d’informations, cf. (Allemagne Energies 1). 

Autorisation du captage et stockage du CO2 

Le gouvernement sortant avait approuvé en 2024 les points clés d’une stratégie de gestion du carbone. Il s’agissait d’un virage stratégique surmontant ainsi une opposition de longue date au sein des milieux politiques contre cette technologie.

Suite à la dissolution du parlement allemand en décembre 2024, la nouvelle loi n’était pas entrée en vigueur.

Le cabinet des ministres du nouveau gouvernement a adopté en août 2025 le projet d’une loi autorisant le captage, l’utilisation, le transport et le stockage du CO2. La loi est entrée en vigueur fin novembre 2025 (Allemagne Energies 1 ; BReg 2025a).

Le recours au captage et stockage du CO2 (CSC) doit notamment être rendu possible pour les émissions difficilement évitables du secteur industriel.

La construction de sites de stockage du CO2 est prévue sous la mer dans la partie allemande de la mer du Nord et la mer Baltique. Les zones marines protégées seront exclues. 

Pour plus d’informations, cf. (Allemagne Energies 1).

Subventions de l’État des prix de l’électricité à hauteur de près de 30 Md€ en 2026 

En Allemagne on commence à mesurer les conséquences d’une politique énergétique qui a fait s’envoler les prix de l’électricité. Cela pèse sur le budget des ménages et est une des causes de la morosité économique.

En comparaison européenne, les prix de l’électricité en Allemagne se maintiennent depuis des années à un niveau très élevé (Allemagne Energies 3). Cela est valable pour les prix de l’électricité payés par les ménages, les commerces, les artisans et les prestataires de services ainsi que pour les prix de l’électricité de l’industrie.

Plusieurs facteurs expliquent le niveau élevé des prix de l’électricité. Le développement des réseaux de transport et de distribution est devenu un facteur de coût important. Les gestionnaires des réseaux doivent investir plusieurs centaines de milliards d’euros dans les années à venir pour adapter les réseaux électriques à la transition énergétique (voir plus haut). Pour les consommateurs d’électricité, cela se traduit par une augmentation des tarifs d’utilisation des réseaux.

De plus, la promotion des énergies renouvelables coûte chaque année plusieurs dizaines de milliards d’euros. Parmi les mesures adoptées dans le passé pour freiner la hausse des prix d’électricité figure la prise en charge par l’État, à compter de mi-2022, du soutien aux énergies renouvelables électriques (EEG-Umlage).

Dans son accord de coalition, le nouveau gouvernement s’est fixé pour objectif de subventionner avec plusieurs milliards d’euros les prix de l’électricité et ainsi d’alléger la facture pesant sur les ménages et les entreprises (Allemagne Energies 2025c).

En 2026, l’État fédéral dépensera près de 30 Md€ pour atténuer le niveau des prix de l’électricité pour les entreprises et les ménages (BReg 2025b). 

Ce montant se compose de plusieurs éléments. Il comprend notamment :

  • 3,9 Md€ de baisse des recettes de l’État due à la réduction de la taxe sur la consommation finale d’électricité à 0,05 ct€/kWh (taux d’imposition minimum européen pour les entreprises selon la directive 2003/96/CE). Cela permettra d’alléger la charge pesant sur les entreprises manufacturières ainsi que sur l’agriculture et la sylviculture. Malgré les promesses initiales, les ménages et de nombreux prestataires de services n’en bénéficient pas ;
  • 1,5 Md€ pour la réduction du prix de l’électricité pour l’industrie ;
  • 6,5 Md€ pour la subvention des tarifs d’utilisation des réseaux. L’objectif est de limiter la hausse des coûts liés au développement du réseau de transport dans le cadre de la transition énergétique. La baisse profitera aux consommateurs et entreprises ;
  • 3 Md€ pour la compensation du prix de l’électricité, dont bénéficient actuellement quelque 340 entreprises électro-intensives. Cette mesure n’est toutefois pas nouvelle.
  • Le poste le plus important reste toutefois la prise en charge de l’ancien soutien aux énergies renouvelables électriques (EEG-Umlage) par l’État (voir plus haut). Les gestionnaires de réseaux de transport (GRT 2025) estiment le besoin financier à environ 14,6 Md€ en 2026, un montant qui dépend fortement de l’évolution des prix de gros et qui est donc sujet à des incertitudes.

Il reste à voir si les mesures du gouvernement porteront leurs fruits. Avec près de 30 Md€ de subventions en 2026, l’État gagne du temps. En revanche, les problèmes structurels des coûts du système électrique ne sont pas résolus, mais simplement reportés.

La commission d’experts indépendants chargée par le gouvernement de surveiller l’état d’avancement de la transition énergétique est du même avis (BMWE 2025a). Dans son dernier rapport, elle met en garde contre le fait de faire des subventions étatiques une solution permanente. La priorité devrait être donnée aux mesures durables qui réduisent réellement les coûts du système électrique.

Références 

AGEB (2025a) Energieverbrauch wird 2025 stagnieren. AG Energiebilanzen e.V. En ligne : https://ag-energiebilanzen.de/energieverbrauch-wird-2025-stagnieren/.

AGEB (2025b) Stromerzeugung nach Energieträgern (Strommix) von 1990 bis 2025 (in TWh) Deutschland insgesamt. (Datenstand: Dezember 2025). AG Energiebilanzen e.V. En ligne : https://ag-energiebilanzen.de/wp-content/uploads/Sterz_Abgabe_12-2025.pdf.

Allemagne Energies (1) Le tournant énergétique allemand. En ligne : https://allemagne-energies.com/tournant-energetique.

Allemagne Energies (2) Énergies renouvelables : de nombreux défis. En ligne : https://allemagne-energies.com/energies-renouvelables.

Allemagne Energies (3) Bilans énergétiques : Comparaison Allemagne et France. En ligne : https://allemagne-energies.com/bilans-energetiques.

Allemagne Energies (2022) Allemagne : les chiffres clés de l´énergie en 2021. En ligne : https://allemagne-energies.com/2022/01/16/allemagne-les-chiffres-cles-de-lenergie-en-2021/.

Allemagne Energies (2025a) Allemagne : les chiffres clés de l’énergie en 2024. En ligne : https://allemagne-energies.com/2025/01/05/__trashed/.

Allemagne Energies (2025b) Bilan 2024 de l’éolien en Allemagne. En ligne : https://allemagne-energies.com/2025/02/07/bilan-2024-de-leolien-en-allemagne/.

Allemagne Energies (2025c) La politique « énergie-climat » de la nouvelle coalition gouvernementale allemande : pas de changement fondamental de la politique énergétique du gouvernement sortant. En ligne : https://allemagne-energies.com/2025/04/12/la-politique-energie-climat-de-la-nouvelle-coalition-gouvernementale-allemande-pas-de-changement-fondamental-de-la-politique-energetique-du-gouvernement-sortant.

BDEW (2025a) Energiewende weiterhin auf Kurs – 2026 wird Schlüsseljahr für Energiepolitik. BDEW – Bundesverband der Energie- und Wasserwirtschaft e.V. En ligne : https://www.bdew.de/presse/energiewende-weiterhin-auf-kurs-2026-wird-schluesseljahr-fuer-energiepolitik/.

BDEW (2026a) Elektromobilität nimmt weiter Fahrt auf: Politik muss sich für faire Paketlösung in Europa einsetzen. Communiqué de presse du 13 01 2026. BDEW. En ligne : https://www.bdew.de/presse/elektromobilitaet-nimmt-weiter-fahrt-auf-politik-muss-sich-fuer-faire-paketloesung-in-europa-einsetzen/.

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BMUKN (2026a) Neues E-Auto-Förderprogramm mit sozialer Staffelung: Zuschüsse für Neuzulassungen ab 1.1.2026. Communiqué de presse du 19.01.2026. Bundesministerium für Umwelt, Klimaschutz, Naturschutz und nukleare Sicherheit. En ligne : https://www.bundesumweltministerium.de/pressemitteilung/neues-e-auto-foerderprogramm-mit-sozialer-staffelung-zuschuesse-fuer-neuzulassungen-ab-1-januar-2026.

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UBA (2025a) Klimaziele bis 2030 erreichbar. Communiqué de presse du 14 03 2025. Umweltbundesamt. En ligne : https://www.umweltbundesamt.de/presse/pressemitteilungen/klimaziele-bis-2030-erreichbar.

UBA (2025b) Treibhausgas-Emissionen. Umweltbundesamt. En ligne : https://www.umweltbundesamt.de/themen/klima-energie/treibhausgas-emissionen.

UBA (2026a) Monatsbericht zur Entwicklung der erneuerbaren Stromerzeugung und Leistung in Deutschland. UBA – Arbeitsgruppe Erneuerbare Energien-Statistik (AGEE-Stat), en ligne : 01-2026_AGEE-Stat_Monatsbericht_FINAL

Allemagne : les chiffres clés de l’énergie en 2023

L’édition 2024 est disponible ici

Texte mis à jour le 17.12.2024

Temps de lecture : 2 min (résumé), 30 min (article entier)

Les 10 points essentiels 

  1. La consommation énergétique en Allemagne marque un recul d’environ 8% par rapport à 2022 et atteint en 2023 un niveau historiquement bas. Les principales raisons sont le faible développement économique et les prix élevés de l’énergie ;
  1. Les énergies fossiles (pétrole, gaz naturel, houille et lignite) continuent de représenter plus de trois quarts de la consommation énergétique ;
  1. La production brute d´électricité recule de plus de 11% par rapport à 2022. Depuis mi-avril 2023 le nucléaire ne contribue plus à la production d’électricité en Allemagne ;
  1. Amplifiée par la baisse générale de la production brute d’électricité, la part des énergies renouvelables dépasse – lissée sur l´année – pour la première fois la moitié de la production d’électricité ;
  1. L’Allemagne a été en 2023 importatrice nette d’électricité pour la première fois depuis 20 ans ;
  1. La modernisation du réseau de transport n’avance que lentement. Seuls 20,2% des 14.000 km prévus à l´horizon de 2035 ont été réalisés en 2023. Le développement des énergies renouvelables, associé à des retards dans la modernisation du réseau provoque depuis 2015 une forte augmentation des coûts d’actions correctives ayant pour but d’éviter la congestion du réseau de transport ;
  1. L’approvisionnement en gaz naturel a été assuré en 2023 grâce à l’augmentation des livraisons en provenance d’Europe occidentale et à l’achat de GNL (Gaz Naturel Liquéfié) ;
  1. Actualisation en 2023 de la stratégie nationale pour l’hydrogène, adoptée en 2020. Les principaux objectifs : une capacité d’électrolyse de 10 GW d’ici 2030, le déploiement des infrastructures de transport d’hydrogène et le développement d’une stratégie d’importation d’hydrogène « vert » ;
  1. Les émissions de gaz à effet de serre ont diminué d’environ de 10%. Cependant, il ne s’agit pas d’un succès en matière de politique climatique mais plutôt du résultat de la baisse inédite de la consommation énergétique suite à l’affaiblissement de l’industrie allemande et des prix élevés de l’énergie. Les émissions moyennes de CO2 pour la production nationale dʼ1 kWh d’électricité restent toujours à un niveau élevé ;
  1. Le prix de gros moyen de l’électricité s’est situé en 2023 à moins de la moitié de celui de 2022 et a atteint à nouveau le niveau de 2021. En revanche, le prix d’électricité pour le consommateur résidentiel a encore augmenté en 2023. Il est supérieur au niveau d’avant crise énergétique et se situe parmi les plus élevés en Europe.
Anfang
Source : Bundesnetzagentur

Sommaire

Consommation énergétique

Consommation et production d´électricité

  • Parc de production
  • Relation entre puissance installée et production réalisée
  • Stockage de l’énergie

Échanges transfrontaliers d´électricité

Réseaux de transport

  • Réseaux en mer
  • Coûts d´interventions pour éviter la congestion du réseau de transport

Prix de l´électricité

  • Evolution des prix sur le marché de gros de l´électricité
  • Episodes de prix négatifs au marché journalier
  • Prix de l’électricité pour les clients résidentiels

Approvisionnement en gaz naturel

Economie de l’hydrogène en 2023

Émissions de gaz à effet de serre

  • Révision de la Loi sur la Protection du Climat        

Perspectives 2024  

Références

Consommation énergétique

La consommation énergétique en Allemagne atteint en 2023 un niveau historiquement bas. Selon AG Energiebilanzen (AGEB 2024a) la consommation d´énergie primaire s’élève à 2982 TWh (256 Mtep) en 2023, cela correspond à une baisse de 8,1% par rapport à l´année précédente (2022 : 3243 TWh ou 279 Mtep).

La principale raison est l’impact de la crise énergétique sur l’industrie allemande. En raison des coûts élevés de l’énergie, des charges administratives importantes et de la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, de nombreuses entreprises ont fortement réduit leur production en 2022.

Les températures légèrement plus chaudes par rapport à 2022 n’ont eu qu’un faible effet. Corrigée de l´aléa météorologique la consommation énergétique baisse de 7,4%.

Les énergies fossiles (pétrole, gaz naturel, houille et lignite) continuent de représenter plus de trois quarts de la consommation énergétique. Le pétrole reste l’énergie fossile la plus importante en 2023, suivi par le gaz naturel.  

La consommation des produits pétroliers a connu une baisse de 6,8% par rapport à 2022 notamment à cause de la réduction de consommation du gazole, du fioul et des livraisons d’essence « brute » à l’industrie chimique.

La consommation de gaz naturel baisse de 2,4% en 2023, principalement due à des économies réalisées par les consommateurs.

Compte tenu de la baisse de la consommation énergétique, le gaz naturel et le pétrole ont enregistré malgré tout une légère augmentation de leur part, cf. figure 1.

Le charbon (couple lignite/houille) atteint une part totale de 17,0% de la consommation d’énergie primaire contre 19,8% en 2022, cf. figure 1

La consommation du lignite baisse de 23,4% en 2023 par rapport à 2022 notamment en raison d’un recul des livraisons vers les centrales électriques.

La consommation de la houille baisse de 18,5 % en 2023 par rapport à 2022. Alors que la baisse de la consommation dans l’industrie sidérurgique est restée relativement modérée (-1,8 %), son utilisation dans les centrales électriques a baissé d’environ un tiers. 

La part du nucléaire a baissé de près de 80% en 2023, en raison de la fermeture définitive des trois dernières centrales le 15 avril 2023. Depuis, le nucléaire ne contribue plus à la production d’électricité en Allemagne. Pour plus d’informations sur le nucléaire voir aussi (Allemagne Energies 2).

Fig 1 Energie primaire 2023
Figure 1 : consommation d´énergie primaire selon AG Energiebilanzen (AGEB 2024a)

La part des énergies renouvelables à la consommation d´énergie primaire atteint 19,6% (2022 : 17,5%). Cause principale : une production d’électricité élevée des éoliennes terrestres, surtout au second semestre, grâce à une météo favorable.

La part « divers » a augmenté, principalement du fait que l’Allemagne a été importatrice nette d’électricité en 2023.

Pour une comparaison des bilans énergétiques entre l’Allemagne et la France, voir (Allemagne Energies 4).

Consommation et production d’électricité

La consommation intérieure brute d´électricité recule à 515 TWh (2022 : 545 TWh) suite aux tendances conjoncturelles au ralentissement, une hausse des prix de l´électricité et une météo légèrement plus clémente (AGEB 2024b).

Sous l’hypothèse que l’électricité produite à partir des énergies renouvelables serait entièrement consommée en Allemagne, leur part dans la consommation intérieure brute d’électricité augmente à plus de 52% contre 46% en 2022 (UBA 2024b). Conformément aux prescriptions du gouvernement fédéral, il s’agit du taux déterminant pour la réalisation des objectifs en matière d’énergies renouvelables.  La baisse générale de la consommation d’électricité amplifie statistiquement l’effet de l’augmentation de la part des énergies renouvelables.

La production brute d’électricité a enregistré un recul de plus de 11% par rapport à 2022 (cf. figure 2) et s’élève à 506 TWh (2022 : 572 TWh).

Le mix électrique en 2023 a été principalement influencé par la mise hors service des trois dernières centrales nucléaires mi-avril 2023 (Allemagne Energies 2) et une baisse de production d’électricité du couple lignite/houille.

Les filières renouvelables enregistrent une hausse de production de plus de 7%. Amplifiée par la baisse générale de la production brute de 66 TWh, leur part passe – lissée sur l’année – à presque 54% (273 TWh), contre moins de 45% en 2022 (255 TWh). Toutefois, leur production en 2023 n’a pas atteint son objectif de 287 TWh fixé par la Loi sur la promotion des énergies renouvelables. Pour plus d’informations sur les énergies renouvelables, voir aussi (Allemagne Energies 3).

Environ 55% de la production brute ont été assurés par des sources décarbonées (renouvelables et nucléaire). Toutefois, les énergies fossiles continuent à contribuer pour 45% à la production brute.

Fig 2 Stromproduktion brutto 2023
Figure 2 : Production brute d’électricité (hors STEP : Stations de Transfert d’Énergie par Pompage) en 2023

Le tableau 1 ci-dessous détaille la production brute pour chaque filière en 2023 pour l´ensemble du secteur de l´électricité, y compris la production destinée aux propres besoins de l´industrie et l´autoconsommation individuelle et collective (AGEB 2024b).

Tabelle 1 evolution production electricite 2022-2023
Tableau 1 : production et consommation d’électricité 2022 et 2023

* production brute hors STEP : la production brute est la quantité d’électricité mesurée aux bornes des alternateurs d’une centrale, elle inclut donc la consommation d’électricité par les auxiliaires de la centrale et les transformateurs ;

** production nette hors STEP : la production nette d’électricité est celle mesurée/évaluée à la sortie d’une centrale, c’est-à-dire déduction faite de la consommation des services auxiliaires et des pertes dans les transformateurs des centrales ;

*** Consommation intérieure brute hors STEP : la production brute plus le solde des échanges transfrontaliers d’électricité.

Grâce à des conditions météorologiques favorables, notamment au deuxième semestre, l’éolien terrestre a produit environ 17% de plus par rapport à 2022.

En revanche, la production des éoliennes maritimes est en baisse par rapport à 2022. Cela s’explique notamment par le manque d’interconnexions et des travaux de maintenance sur les parcs éoliens. 

Bien que le photovoltaïque ait connu en 2023 une augmentation de la puissance installée de l’ordre de 20% (cf. tableau 2), la production n’a augmenté que de 5,5% : grâce à la forte augmentation de la puissance installée en 2023, le temps moins ensoleillé après l’année record de 2022 a été donc compensé.

La production à partir de la biomasse solide, liquide et gazeuse recule légèrement par rapport à 2022. Malgré cela les sources d´énergies biogènes, en ajoutant la production des centrales à partir de déchets biogènes, ont contribué environ 18% à la production renouvelable en 2023.

La production d´hydroélectricité, qui a une importance limitée outre-Rhin, a augmenté en raison d’une pluviométrie plus importante qu’en 2022. La production hydroélectrique a ainsi pu se normaliser quelque peu.

La figure 3 montre l’évolution de la production nette des différentes filières depuis 2010 (AGEB 2024b). La production renouvelable a augmenté d’un facteur 2,6 depuis 2010. Elle a dépassé en 2018 la production du charbon (couple houille/lignite). Après une hausse en 2021 et 2022, la production du charbon a fortement diminué en 2023.

Fig 3 evolution production electricite 2010-2023
Figure 3 : évolution de la production nette des différentes filières depuis 2010

La figure 4 montre bien que la hausse célébrée de la production renouvelable ne saurait dissimuler que la production nette totale bas-carbone (énergies renouvelables et nucléaire) est en baisse depuis 2020 (AGEB 2024b).

Fig 4 Production co2frei 2023
Figure 4 : évolution de la production nette totale bas-carbone (énergies renouvelables et nucléaires)

Le bilan s´est encore s´aggravé depuis l´arrêt des trois dernières centrales nucléaires mi-avril 2023. En chiffres absolus, la production d’électricité bas-carbone est retombée à son niveau de 2015, les énergies renouvelables n’ayant pas été en mesure de compenser la perte de production des centrales nucléaires.

Parc de production

L´Allemagne exploite deux parcs de production en parallèle pour une pointe de consommation hivernale entre 80 et 83 GW.

L’augmentation de capacité du parc de production en 2023 a été tirée à la hausse notamment par la progression des filières éolienne et solaire  photovoltaïque. Au 31.12.2023, la puissance installée a atteint environ 266 nets y compris les systèmes de stockage (STEP, batteries etc.), soit une augmentation de 19 GW en un an.

Les centrales thermiques à flamme disposaient d’environ 85 GW et les installations renouvelables d’environ 172 GW, cf. tableau 2 (BNetzA 2024d).

Au 15.4.2024 une capacité de production de 245 GW était activement au réseau et 12,3 GW (gaz, fioul, houille) sont maintenus en réserve stratégique ou provisoirement arrêtés. Les centrales en réserve ne peuvent injecter de l’électricité que sur demande des gestionnaires de réseau.

Tabelle 2 Puissance installee 2022_2023
Tableau 2 : Puissance installée à fin 2022 et 2023 y compris les systèmes de stockage (STEP, batteries etc.)

Le gouvernement maintient actuellement son objectif de sortie de la production d´électricité à partir de la houille et du lignite d´ici 2030 dans « l´idéal ».

Pour pallier la variabilité des énergies renouvelables la capacité des centrales à gaz existantes est insuffisante pour se substituer au charbon. C’est pour cela que le gouvernement fédéral prévoit jusqu’à 30 GW de moyens pilotables bas carbone supplémentaires à l’horizon de 2035 en incluant des centrales à biomasse et des grandes batteries de stockage d’électricité (Allemagne Energies 2023b ; BT 2023a ; EWI 2023). Les investisseurs prêts à se lancer dans de tels projets n’ont pas encore été trouvés : les risques sont trop importants. Le gouvernement voulait présenter une « stratégie » pour leur financement. Mais aucune décision n’a été prise en 2023.

Relation entre puissance installée et production réalisée

La figure 5 montre pour chaque filière la relation entre la puissance au réseau et la production réalisée en 2022 (BDEW 2023a ; BDEW 2023b ; AGEB 2024b). Les énergies renouvelables intermittentes (éolien et photovoltaïque) représentent environ 63% de la puissance nette totale au réseau.

Cependant, leur contribution à la production nette d´électricité – lissée sur l´année – s´élève à 40% seulement. Cela correspond aux facteurs de charge moyen suivants : photovoltaïque  ~ 9%, éolien terrestre  ~ 22% et éolien maritime ~ 32% sans toutefois apporter une contribution durable à la sécurité d´approvisionnement car la production est très variable au cours de l´année.

Fig 5 Capacite_production en pourcent 2023
Figure 5 : puissance nette installée et production nette en pourcentage en 2023 (hors installations de stockage d´énergie) Le nucléaire est pris en compte au prorata temporis jusqu’au 15.04.23

A titre de comparaison, les trois dernières centrales nucléaires (puissance nette 4,055 GW) ont produit en prolongation du cycle 6,7 TWh net jusqu’au 15 avril 2023. Cela correspond à un facteur de charge moyen d’environ 66%.

Stockage d’énergie

L´Allemagne dispose fin 2023 d´une capacité de stockage totale d´environ 16,5 GW (Agora Energiewende 2024).

Les STEP (Stations de Transfert d´Énergie par Pompage) en Allemagne y compris les installations au Luxembourg et en Autriche qui injectent de l´électricité directement dans le réseau allemand ont une capacité nette totale de 9,4 GW. Leur potentiel est largement exploité.

La durée de fonctionnement à pleine charge des stations de pompage-turbinage est limitée dans le temps en fonction du niveau de remplissage lorsqu´elles sont appelées. La quantité d´énergie stockée maximale actuellement disponible des STEP connectées au réseau allemand correspond à environ 40 GWh par cycle de charge.

La capacité des batteries industrielles et domestiques s´élève à environ 7,2 GW. Outre la capacité de stockage (GW), la quantité d´électricité stockée (GWh) est un paramètre important. Il convient de faire la distinction entre la quantité de stockage théorique et la quantité réelle. En effet, de nombreux systèmes de stockage par batterie ne sont pas entièrement déchargeables en mode de fonctionnement normal. Ces données ne sont malheureusement pas suffisamment connues. La quantité de stockage des batteries est estimée en 2023 à environ 11 GWh par cycle de charge (Agora Energiewende 2024 ; ISEA und PSG RWTH Aachen University 2023).

STEP et batteries ensemble pourraient théoriquement couvrir la demande moyenne en électricité en Allemagne pendant une heure environ.

Échanges transfrontaliers d’électricité

Pour un pays donné, le solde total des échanges physiques et contractuels devrait, dans l´idéal, être le même. Il convient toutefois de noter qu´en raison de la situation centrale de l´Allemagne en Europe, une certaine partie des flux physiques transfrontaliers sont des flux de transit et des flux en boucle.

Les échanges transfrontaliers dépendent non seulement de l´offre et de la demande, mais aussi des prix de l’électricité dans les pays voisins. Les prix de gros sur le marché journalier (day-ahead) de chaque pays sont le résultat de cette interaction.

L’Allemagne a été importatrice nette d’électricité pour la première fois depuis 2002 (AGEB 2024a). Le solde des échanges s’est creusé en particulier pendant l’été.

Le régulateur allemand a souligné que le fait d’être importatrice nette d’électricité ne permet pas de conclure à un manque de capacités de production. De nombreux pays européens voisins produisent leur électricité à un prix nettement inférieur, ce qui signifie qu’il peut être plus judicieux d’importer de l’électricité non seulement en raison du manque de capacité des centrales, mais aussi pour des raisons économiques.

Néanmoins, ces données indiquent que le mix de production allemand est comparativement cher par rapport à d’autres pays européens.

Le solde de la France a été légèrement exportateur (2,4 TWh) à la frontière avec l’Allemagne et la Belgique (région Core), contrairement aux années 2021 et 2022 (RTE 2024).

Fig 6 export _ import 2023
Figure 6 : solde des échanges physiques d´électricité en TWh

Réseaux de Transport

Le développement des réseaux de transport et de distribution est crucial pour la transition énergétique. Les gisements de vent, dans le nord du pays, étant géographiquement distants des grands centres de consommation dans l´ouest et sud industriel, l´épine dorsale est constituée par plusieurs tracés nord – sud en courant continu afin de limiter les congestions (Allemagne Energies 1).

Les besoins en réseaux (nouvelles lignes, renforcement des lignes existantes) sont évalués à environ 14.000 km à l´horizon de 2035 dont environ 5.600 km en courant continu (BMWK 2023e). Seuls 2822 km (environ 20,2%) étaient réalisés en 2023, 1.846 km ont reçu l´autorisation de construction ou sont en construction (BNetzA 2023b).

Le plan de développement du réseau 2037/2045 dont la confirmation finale est prévue en 2024 décrit pour la première fois un réseau qui permet d’obtenir un système électrique climatiquement neutre d’ici 2037 et la neutralité carbone d’ici 2045. Ce plan à l’horizon de 2037/2045 nécessite un développement considérable de lignes électriques supplémentaires sur terre et en mer par rapport au plan actuel de 2035 (Allemagne Energies 1).

Réseaux en mer

Le gouvernement a fixé un objectif de développement des parcs éoliens en Mer du Nord et Mer Baltique d’ici 2050, pour atteindre 30 GW de puissance en service à l’horizon 2030, 40 GW d’ici 2035 et 70 GW à l’horizon de 2045. Les besoins en réseaux à l’horizon de 2030 sont évalués à environ 6400 km.

Coûts d´intervention pour éviter la congestion du réseau de transport 

L’injection accrue d’électricité éolienne dans le nord du pays a provoqué un net déséquilibre géographique entre la production éolienne dans le nord et les centres de consommation du sud et de l´ouest du pays. De forts flux nord – sud d´électricité apparaissent en cas d´injection importante d´électricité éolienne dans le nord de l´Allemagne et, parallèlement, d´une forte demande d´électricité et d´une très faible injection de photovoltaïque dans le sud du pays.

En raison du développement des énergies renouvelables variables loin des centres de forte consommation, associé à des retards dans la modernisation du réseau de transport, cette situation conduit fréquemment depuis 2015 à une congestion du réseau de transport et entraîne une flambée des coûts des actions correctives (i.e. redispatching, countertrading et centrales de réserve). Ces coûts sont supportés par le consommateur par le biais du tarif d´utilisation du réseau.

Fig 7 Netzengpassmassnahmen
Figure 7 : évolution des coûts de stabilisation du réseau de transport

Un record a été enregistré en 2022, soit plus de 4,2 Mds€ et deux fois plus qu’en 2021. Pour plus d’informations, cf. (Allemagne Energies 2023a).

Pour 2023, selon l’estimation du régulateur (BNetzA 2023c), le volume total des actions correctives s’élève à environ 34 TWh, soit presque 5% de plus par rapport à 2022. Malgré cela les coûts totaux de stabilisation du réseau de transport ont baissé à environ 3,1 Mds€ en 2023, principalement en raison de la baisse du prix de gros.

Les éoliennes maritimes et terrestres ont été la source de production la plus écrêtée en 2023. Les couts totaux de redispatching de la production renouvelable s’élèvent à environ 600 M€.

Deux des trois centrales nucléaires arrêtées mi-avril 2023 se situent en Allemagne du sud. A cela se rajoutera à terme la fermeture programmée des centrales à houille dans le centre et le sud.  Le manque de moyens pilotables dans le sud de l´Allemagne risque donc d´accroitre encore le volume des actions correctives à l´avenir.

Pour améliorer l’équilibrage du réseau en situation dégradée, l’Agence Fédérale des Réseaux (BNetzA 2017) a décidé la mise en service de turbines à combustion (4 sites dans le sud du pays d’une puissance totale de 1200 MW).

Prix de l’électricité

Evolution des prix sur le marché de gros de l’électricité

Suite à la crise énergétique en 2022, née de la guerre en Ukraine, le niveau des prix de gros de l´électricité en Allemagne avait plus que doublé par rapport à 2021, alors que les prix avaient déjà triplé en 2021 par rapport à 2020.

En 2023 le prix de gros moyen d’électricité s’est élevé à 95,18 €/MWh (BNetzA 2024a). Il représentait ainsi moins de la moitié de la valeur de 2022 (235,45 €/MWh) et a chuté au niveau de 2021, cf. figure 8.

La tension sur le prix de gros de l’électricité s’est résorbée en 2023 sous l’effet de deux dynamiques : d’une part le prix du gaz a sensiblement baissé avec la diversification des approvisionnements (voir figure 10) et d’autre part la réduction de la consommation d’électricité résultant des prix élevés.

Le prix reste toutefois largement supérieur à la moyenne des dix dernières années. Le remplacement du gaz russe, moins onéreux, par le GNL (Gaz Naturel Liquéfié), conduira vraisemblablement à un maintien des prix à des niveaux plus élevés que ceux observés avant la crise énergétique.

La figure 8 montre les moyennes annuelles de 2019 à 2023 des prix journaliers (dit « day-ahead ») sur le marché de gros pour la zone Allemagne/Luxembourg (BNetzA 2024a).

Fig 8 Prix spot 2019_2023
Figure 8 : moyennes annuelles de 2019 à 2023 des prix journaliers sur le marché de gros de l´électricité pour la zone Allemagne/Luxembourg

Le tableau 3 montre, pour la période de 2019 à 2023, les prix de gros extrêmes pour la zone Allemagne/Luxembourg.

Tabelle 3 prix spot 2023
Tableau 3 : Moyennes annuelles des prix de gros de l´électricité pour la zone Allemagne/Luxembourg

En 2023, le prix de gros le plus élevé de l´année a été enregistré le lundi 11 septembre entre 19h et 20h avec 524,27 €/MWh. Dans cette plage horaire, la forte consommation d´électricité a coïncidé avec une faible production des énergies renouvelables variables, rendant nécessaire une production conventionnelle accrue.

Le prix de gros le plus bas a été enregistré le dimanche 2 juillet 2023 entre 14h et 15h. Dans cette plage horaire, la production renouvelable a été supérieure à la consommation. Le prix de gros est tombé à – 500 €/MWh, soit à la valeur la plus basse autorisée par epexspot (EPEX SPOT 2023).

Bien que le niveau de prix sur le marché spot ait diminué en 2023, le prix d’électricité pour le consommateur reste supérieur au niveau d’avant crise énergétique et se situe parmi les plus élevés en Europe (Allemagne Energies 4).

Episodes de prix négatifs au marché journalier

Depuis plusieurs années le marché de gros en Allemagne est confronté à des épisodes de prix négatifs. Dans ces situations, les vendeurs payent les acheteurs, ce qui constitue une situation de marché singulière. Ces situations apparaissent en particulier en cas de forte production d´électricité d´origine renouvelable mais de faible demande, situations au cours desquelles certains moyens de production conventionnelle ne peuvent pas fonctionner en deçà d´un minimum technique.

En 2019 et 2020, l´augmentation des épisodes à prix négatifs a été un sujet majeur. En 2020 le nombre de pas horaires à prix négatif a battu un record avec 298.

Depuis 2021, le nombre de pas horaires à prix négatif a diminué en raison d´une flexibilité croissante du système électrique allemand et de la forte augmentation des prix de gros de l´électricité. Mais en 2023 une forte hausse du nombre de pas horaires à prix négatif a été observée à nouveau et le record de 2020 a été battu.

Fig 9 Nombre heures prix negatif 2019_2023
Figure 9 : pas horaires à prix négatif par trimestre sur le marché journalier entre 2019 et 2023 (BNetzA 2024a)

Alors que les exploitants d’une centrale conventionnelle doivent prendre à leur charge les frais des prix négatifs, la situation des producteurs d´énergies renouvelables dépend de la taille et de la date de mise en service des installations. 

Dans le cadre de l´avenant à la Loi sur les Énergies Renouvelables, entré en vigueur début 2021 (EEG 2021), la suspension de la rémunération des nouvelles installations d´énergies renouvelables > 500 kW (exception faite des éoliennes pilotes) intervient si le prix de gros affiche une valeur négative pendant au moins quatre heures sans interruption. Il s´agit d´un durcissement de la réglementation de 2017 qui reste toutefois en vigueur pour les installations mises en service avant 2021.

La loi EEG 2023 prévoit, dès 2024, une suspension de la rémunération pour des installations ≥ 400 kW à partir de 3 heures de prix négatifs sans interruption. A partir de 2027, les heures de prix négatifs ne seront en règle générale plus remboursées, hors petites installations < 400 kW et éoliennes pilotes.

Au total, 260 des 301 pas horaires à prix négatif sont tombés sous la « règle de 4 heures » en 2023, c’est-à-dire aucune rémunération n’a été versée et les exploitants des installations d’énergies renouvelables ont dû prendre à charge les frais des prix négatifs pour l’injection de leur électricité au réseau (FFE 2024).

Prix de l’électricité pour les clients résidentiels

Malgré la baisse du prix sur le marché de gros en 2023, le prix de l’électricité pour les clients résidentiels a augmenté de 25% par rapport à 2022 (BNetzA 2024c). Il est supérieur d’environ 40% par rapport au niveau d’avant crise énergétique et se situe parmi les plus élevés en Europe (Allemagne Energies 4).

Les composants de prix réglementés par l’Etat (taxes, redevances et tarif d’utilisation des réseaux) représentent presque la moitié, même après la suppression de la charge de soutien des énergies renouvelables en 2022.

Fig 10 Haushaltskundenpreis
Figure 10 : évolution et décomposition des prix de l’électricité pour les clients résidentiels

Approvisionnement en gaz naturel

Selon les premières données (BNetzA 2024b), la consommation de gaz naturel a diminué de 4,3% en 2023 pour atteindre 810 TWh, soit le niveau le plus bas depuis la première moitié des années 90, cf. tableau 4.

Tabelle 4 Bilanz Erdgasversorgung
Tableau 4 : Approvisionnement en gaz naturel en Allemagne en 2022 et 2023

La consommation des clients résidentiels, de l’artisanat et du secteur  tertiaires représente environ 41% et celle de l’industrie 59% en 2023.

L‘Allemagne est fortement dépendante des importations. Elle dispose seulement d’un petit nombre de gisements nationaux de gaz naturel qui ont fourni 37 TWh en 2023 (2022 : 44 TWh). A cela s’ajoute l’injection de biogaz dans le réseau.

De ce fait, l’industrie gazière a été fortement marquée par les conséquences de la crise énergétique, née de la guerre en Ukraine. Cela a provoqué une importante modification dans l’origine des importations. Alors que jusqu’à 2022 plus de 60% du gaz naturel consommé en Allemagne provenaient encore de la Russie, ces importations ont fortement diminué courant 2022 (BNetzA 2023d).

Depuis septembre 2022, l’Allemagne n’importe plus de gaz naturel de la Russie. Ces livraisons ont été compensées par une augmentation des importations notamment en provenance de Norvège, des Pays-Bas et de la Belgique, cf. figure 11.

Fig 10 Gasimporte
Figure 11 : Importations annuelles et origine des importations du gaz naturel consommé en Allemagne

En outre, l’infrastructure gazière a été complétée par des terminaux méthaniers destinés à accueillir le gaz naturel liquéfié (GNL). En décembre 2023, trois terminaux étaient en service, trois autres sont en projet.

Au total, 69,7 TWh ont été importés en 2023 via les terminaux méthaniers en Allemagne. Cela correspond à une part de 7,2% des importations totales de gaz naturel.

Parmi les 6 pays d’origine du GNL, les États-Unis dominaient avec une part de 84 %. Les 5 autres pays, à savoir la Norvège, l’Angola, l’Égypte, les Émirats Arabes Unis et Trinité-et-Tobago, représentaient chacun entre 1 et 5 % (BDEW 2023a).

Bien que l’approvisionnement en gaz naturel ait été assuré en 2023, la situation de l’approvisionnement reste soumise à des risques (facteurs de risque : hiver froid, défaillance des importations norvégiennes ou d’une partie des importations de GNL).

Economie de l’hydrogène en 2023

L’hydrogène fait l’objet d’une attention croissante ces dernières années. Conscient de l’importance de l’hydrogène, le gouvernement allemand avait adopté en 2020 la « Stratégie nationale pour l’hydrogène ». L’objectif était de faire de l’hydrogène une technologie clé dans le cadre de la transition énergétique en particulier dans les industries qui ne peuvent pas utiliser directement l´électricité.

La stratégie nationale a été actualisée en 2023 dans le but de mettre à disposition suffisamment d’hydrogène « vert » et ses dérivés à l’horizon de 2030 (Allemagne Energies 1 ; BMWK 2023a). Les principaux objectifs : une capacité d’électrolyse de 10 GW d’ici 2030, le déploiement des infrastructures de transport d’hydrogène et le développement d’une stratégie d’importation d’hydrogène « vert ».

Jusqu’à présent, l’hydrogène « vert » ne joue pratiquement aucun rôle en Allemagne. La majeure partie des environ 57 TWh d’hydrogène actuellement produits provient de sources fossiles, principalement par le reformage du gaz naturel à la vapeur d’eau et la gazéification à partir de charbon. En outre, de l’hydrogène est généré comme sous-produit dans l’industrie chimique (actuellement 9,4% de la production totale).

Pour l’année 2030, la demande totale en hydrogène et ses dérivés est estimée à 95 – 130 TWh. Le gouvernement met particulièrement l’accent sur le développement de la capacité d’électrolyse nationale.

La capacité d’électrolyse en Allemagne s’élève actuellement à environ 110 MW, selon les estimations de la Fédération des Industries de l’Énergie et de l´Eau (BDEW 2023a). Il est prévu de mettre en place au moins 10 GW d´électrolyseurs d´ici 2030 pour la production d’hydrogène « vert ». Près de 20 % de la capacité visée de 10 GW seraient déjà en construction ou en projet, avec l’objectif d’une mise en service d’ici 2030. La production nationale de l’hydrogène « vert » pourrait se situer entre 22 et 28 TWh en 2030.

Actuellement, l’importation ou l’exportation d’hydrogène vers et depuis l’Allemagne est quasiment inexistante, notamment en raison du manque d’infrastructures nécessaires à cet effet – par exemple des canalisations ou des terminaux d’importation.  Le gouvernement prévoit la mise en place d´ici 2032 d’un premier réseau d´hydrogène d’une longueur d’environ 9.700 km. Environ 60% du réseau consisteraient en canalisations reconverties et 40% de canalisations nouvellement construites (Allemagne Energies 1 ; BMWK 2023c).

L’hydrogène n’est pas une source d’énergie mais un vecteur énergétique, il doit être créé. Le processus de production d´hydrogène « vert » est électro-intensif et les pertes de transformation par électrolyse sont élevées. La production nationale étant insuffisante pour couvrir la demande en 2030, il est également prévu de mettre en place une stratégie d’importation d’hydrogène « vert ».

La question de savoir sur quelles quantités d’hydrogène « vert » les parties prenantes (producteurs, fournisseurs et acheteurs) peuvent compter et à quel prix il sera négocié à l´avenir est d´une importance fondamentale pour évaluer son rôle dans le futur mix énergétique. Selon les études actuelles, l’hydrogène serait en 2030 encore 3 à 5 fois plus cher que le gaz naturel en Allemagne (EWI 2023).

Émissions de gaz à effet de serre

Le gouvernement allemand prévoit une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 65% d’ici 2030 par rapport à 1990 (Allemagne Energies 1). Fin 2023 la réduction atteint 46% par rapport à 1990.

Selon les premières estimations de l’Agence Fédérale de l’Environnement (UBA 2024c), les émissions de gaz à effet de serre ont diminué en 2023 d’environ 10% à 674 Mt CO2éq soit une réduction de l’ordre de 76 Mt CO2éq par rapport à 2022, cf. figure 12. Cependant, il ne s’agit pas d’un succès en matière de politique climatique mais plutôt du résultat de la baisse inédite de la consommation énergétique suite à l’affaiblissement de l’industrie allemande et des prix élevés de l’énergie.

Le secteur de l’énergie atteint 205 Mt CO2éq en 2023, soit une réduction d’environ 20% (52 Mt CO2éq) par rapport à l’année précédente, en raison d’une baisse de l’utilisation de combustibles fossiles pour la production d’électricité et de chaleur.  

Dans le secteur de l’industrie, les émissions ont diminué pour la deuxième année consécutive, pour atteindre environ 155 Mt CO2éq, soit une baisse de près de 13 Mt ou de presque 8% par rapport à l’année précédente. La baisse des émissions est déterminée par la diminution de l’utilisation des combustibles fossiles, en particulier du gaz naturel et du charbon. Les principales raisons sont l’évolution conjoncturelle négative et l’augmentation des coûts de fabrication, qui ont entraîné une baisse de la production.

Dans le secteur du bâtiment, une réduction des émissions de 7,5% (8,3 Mt) a pu être obtenue pour atteindre environ 102 Mt CO2éq. Malgré cette réduction, le secteur du bâtiment manque son objectif 2023 (cf. Loi de Protection du Climat) d’environ 1,2 Mt CO2éq. Les raisons de la baisse des émissions sont les économies d’énergie dues aux conditions climatiques douces en hiver 2023 et la hausse des prix à la consommation. L’installation de pompes à chaleur a également eu un effet positif sur l’évolution des émissions dans ce secteur. En revanche  les chauffages fossiles se sont vendus environ 2,5 fois plus que les systèmes de chauffage climatiquement neutre.

Le secteur des transports a émis environ 146 Mt CO2éq, soit une baisse de 1,2% par rapport à l’année précédente. Malgré cela, le secteur dépasse de 13 Mt CO2éq son objectif 2023 (cf. Loi de Protection du Climat). La raison principale est la lenteur de l’électrification du secteur. Les voitures électriques représentent à peine 20% des nouvelles immatriculations, comme c’était déjà le cas en 2022. Pour atteindre l’objectif de 15 millions de voitures électriques en 2030, leur part aux nouvelles immatriculations devrait passer à 90% dans les prochaines années.

Fig 11 emission 2023
Figure 12 : évolution des émissions allemandes en millions de tonnes de CO2 éq par an (hors secteur des terres et forêts – UTCATF) et objectif 2030 (UBA 2024a ; UBA 2024c)

Dans le secteur de l’électricité (part du secteur de l’énergie), la reprise économique après la crise sanitaire en 2020, combinée à une baisse de la production éolienne due aux conditions météorologiques défavorables, a entraîné en 2021 un recours accru à la production d’électricité à base de charbon, cf. figure 13.

Cet effet s’est encore accéléré en 2022, en raison de la crise du gaz née de la guerre en Ukraine, mais aussi de la réduction de production nucléaire française, laquelle a entraîné une augmentation des exportations d’électricité vers la France.

En 2023, outre ces effets déjà mentionnés, l’Allemagne a été importatrice nette d’électricité pour la première fois depuis 2002 (voir plus haut) et la reprise économique a continué à faire du surplace. Cela a un effet réducteur sur les émissions de CO2. Toutefois cette baisse sous le niveau de 2019 ne peut pas être considérée comme durable.

Les émissions pour la production d’électricité représentent en 2023 autour de 26% des émissions totales en Allemagne (UBA 2024d) contre environ 5% en France (RTE 2024).

En raison de la baisse de production d’électricité (notamment à base de lignite/houille) ainsi que de l’augmentation de la part des énergies renouvelables et du surplus d’importation d’électricité dont les émissions de CO2 ne peuvent pas être attribuées à la production d’électricité nationale (cf. tableau 1 et figure 6), les émissions moyennes de CO2 pour la production nationale d’électricité dʼ1 kWh (intensité carbone) ont légèrement baissé pour s’établir à environ 380 g CO2/kWh en 2023 (2022 : 429 g CO2/kWh), cf. figure 13.

Fig 13 Emissionen Strommix
Figure 13 : Émissions de CO2 de la production d’électricité

Malgré le développement massif des énergies renouvelables, l’intensité carbone de la production d’électricité est toujours élevée et largement supérieure au niveau européen : 0,26 kg CO2/kWh en 2021 selon (MTE 2023). Bien que très variable en termes de production d’électricité et de CO2 par heure, la moyenne allemande est environ 7 fois supérieure à la moyenne française.

Révision de la Loi sur la Protection du Climat

La loi en vigueur depuis 2021 avait fixé des objectifs annuels en matière d´émissions de gaz à effet de serre pour chaque secteur entre 2020 et 2030. L’objectif est de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 65% d’ici 2030 par rapport à 1990. Si les objectifs ne sont pas atteints dans certains secteurs, les ministères compétents doivent présenter des mesures immédiates pour y remédier.

En juin 2023 le gouvernement a adopté une révision de la Loi sur la Protection du Climat (BReg 2023a). Les objectifs sectoriels ont été supprimés et remplacés par le bilan global couvrant tous les secteurs. Cela signifie qu’il sera possible de compenser entre les secteurs. Si, par exemple, le secteur des transports n’atteint pas ses objectifs, cela peut être compensé par d’autres secteurs ayant dépassé leurs objectifs. L’essentiel est que l’objectif global de réduction annuelle des émissions de gaz à effet de serre soit atteint.

La révision de la loi est critiquée par des associations de protection du climat craignant une érosion des objectifs climatiques de l’Allemagne. Le parlement a finalement donné son feu vert en avril 2024. 

En lien avec la révision de la Loi sur la Protection du Climat, un programme de protection du climat (Klimaschutzprogramm 2023) a été adopté par le gouvernement en octobre 2023 (BMWK 2023b) pour se rapprocher de l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ce programme regroupe de nombreuses nouvelles mesures notamment dans les secteurs du bâtiment et des transports. En revanche, même si toutes les mesures étaient mises en œuvre de manière conséquente, les émissions ne baisseraient pas assez vite et occasionneraient un gap d’environ 200 Mt CO2éq d´ici 2030 par rapport à la Loi sur la Protection du Climat (Allemagne Energies 1).

Perspectives 2024

En tant qu’instrument de financement, le Fonds pour le Climat et la Transformation (Klima- und Transformationsfonds) apporte une contribution essentielle à la réalisation des objectifs de l’Allemagne en matière de politique énergétique et climatique. Un total environ 212 Mds€ a été prévu entre 2024 et 2027 pour promouvoir le tournant énergétique et la protection du climat (BReg 2023c). Après la suppression, le 1er juillet 2022, de la « EEG-Umlage » payée jusqu’à cette date par le consommateur, le Fonds permet entre autres de refinancer le soutien aux énergies renouvelables (Allemagne Energies 3), ainsi que le programme fédéral pour la rénovation énergétique du bâtiment. Il est principalement alimenté par les recettes tirées des systèmes d´échanges de quotas d´émission européens (ETS) et de la taxe carbone nationale (Allemagne Energies 1).

Dans le but de soutenir les entreprises lors de la pandémie de coronavirus le Fonds de Stabilisation Economique (Wirtschaftsstabilisierungsfonds) a été créé en 2020. Ce Fonds a été réorienté en 2022 afin d’atténuer les conséquences de la crise énergétique née de la guerre en Ukraine. Il a été doté d’un nouveau crédit de 200 Mds€ notamment pour financer les boucliers tarifaires pour l’électricité et le gaz dans le but d´atténuer la hausse des coûts de l´énergie et donc de soulager les clients résidentiels et les entreprises (Allemagne Energies 2022).

Suite au jugement de la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe de novembre 2023, la réaffectation de 60 Mds€, initialement destinés à la lutte contre la pandémie de coronavirus, au Fonds Climat et Transformation est considérée comme incompatible avec la Loi Fondamentale de l’Allemagne (BVerfG 2023).

Avec le verdict de Karlsruhe, qui supprime purement et simplement une partie du budget prévu, le financement en matière d’investissements verts devient un casse tête pour 2024. Le gouvernement doit maintenant, tout en respectant l’obligation de « frein à l’endettement » inscrite dans la Constitution, faire des économies ailleurs pour trouver cette somme supplémentaire.

Etant donné que le jugement pourrait mettre en péril d’autres fonds, les boucliers tarifaires pour l’électricité et le gaz, financés par le Fonds de Stabilisation Economique, ont expiré à la fin de 2023. Initialement une prolongation a été prévue jusqu’à fin mars 2024 (BT 2023b). Dans le même contexte, la subvention de 5,5 Mds€, prévue pour la stabilisation des tarifs du réseau de transport en 2024, a été supprimée (Agora Energiewende 2024) ce qui conduit à une hausse des tarifs du réseau de transport à partir de 2024 pour les consommateurs. L’État a également décidé de mettre fin aux aides à l’achat d’une voiture électrique à partir de mi-décembre 2023.

De plus la taxe carbone nationale a été augmentée à 45 € par tonne de CO2 en 2024 ce qui renchérit pour le consommateur final les prix des produits énergétiques tels que l’essence, le gazole, le fioul et le gaz naturel (Allemagne Energies 1). Le gouvernement fédéral revient ainsi sur sa décision de 2022 de n’augmenter que modérément les prix de la tonne de CO2 à 35 € en 2024 pour atténuer les effets de la crise énergétique (BMWK 2022).

L’année 2023 a été marquée par certains progrès en matière de politique climatique, notamment dans les secteurs du bâtiment (BMWK 2023d ; Missions allemandes en France 2023) et de l’électricité.

Toutefois, le débat sur la nouvelle Loi sur les économies d’énergie dans les bâtiments a laissé des traces au sein de la population en ce qui concerne la confiance dans la mise en œuvre pratique et l’équilibre social des mesures climatiques. Le chauffage aux énergies renouvelables étant un pilier majeur de la protection du climat, le gouvernement doit donc assurer durablement le financement des mesures adoptées.

Un autre dossier brûlant est la construction de nouveaux moyens pilotables bas carbone annoncée par le gouvernement en 2023 (voir plus haut). Compte tenu du fait que ces nouvelles centrales ne fonctionneront que lors d’épisodes de production d’origine renouvelable insuffisante, leur rentabilité est loin d’être acquise. À cela s’ajoutent les incertitudes sur la disponibilité suffisante de l’hydrogène « vert » à un prix raisonnable. Pour l’instant, les investisseurs potentiels attendent que le gouvernement présente sa stratégie pour faciliter le déploiement de nouvelles centrales

Le temps presse. La stratégie pour leur financement doit être établie au plus tard au premier semestre 2024 afin de garantir la mise en place d’une capacité suffisante de moyens pilotables supplémentaires à la fin de la décennie.

Références

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AGEB (2024b) Strommix. Stromerzeugung nach Energieträgern (Strommix) von 1990 bis 2023 (in TWh) Deutschland insgesamt (Datenstand November 2024). AG Energiebilanzen e.V. En ligne : https://ag-energiebilanzen.de/wp-content/uploads/2024/11/STRERZ_09_2024.pdf.

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Allemagne Energies (3) Énergies renouvelables : de nombreux défis. Allemagne Energies. En ligne : https://allemagne-energies.com/energies-renouvelables/.

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Allemagne Energies (2022) Allemagne : presque 300 milliards d´Euros pour atténuer l´impact de la crise énergétique. Allemagne Energies. En ligne : https://allemagne-energies.com/2022/12/19/allemagne-presque-300-milliards-deuros-pour-attenuer-limpact-de-la-crise-energetique/.

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BMWK (2023d) Weg frei für eine klimafreundliche und bezahlbare Wärmeversorgung. Communiqué de presse du 17.11.2023. Bundesministerium für Wirtschaft und Klimaschutz. En ligne : https://www.bmwk.de/Redaktion/DE/Pressemitteilungen/2023/11/20231117-klimafreundliche-und-bezahlbare-waermeversorgung.html?view=renderNewsletterHtml.

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