Résultat de l´appel d´offres « Bioénergies » 2018

  • L´agence fédérale des réseaux (Bundesnetzagentur) a publié le 19.9.2018 /1/ les résultats de l´appel d´offres 2018 pour les bioénergies. Le montant moyen de l´adjudication était de 14,73 c€/kWh
  • Le volume attribué était avec 76,54 MW plus élevé qu´en 2017 (27,55 MW) mais nettement en-dessous du volume mis en adjudication de 225,8 MW

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Comme en 2017 l´appel d´offres 2018 pour les bioénergies a rencontré peu de succès auprès des soumissionnaires. Cela compromet l´extension programmée des bioénergies de 150 MW par an bien que les bioénergies soient considérées à coté de l´éolien et le photovoltaïque comme un pilier central des énergies renouvelables. Leur part à la production brute s´élevait à 7,8% (51,4 TWh) en 2017.

L´agence fédérale des réseaux a retenu 71 offres d´un volume total de 76,54 MW. Le volume offert par les soumissionnaires était nettement inférieur au volume mis en adjudication de 225,8 MW. Parmi les offres retenues, 13 concernent des installations nouvelles (29,5 MW) et les autres (47 MW)  des installations déjà existantes dont la durée de soutien restante était inférieure à 8 ans.  Le montant le plus bas de l´adjudication était de 10,0 c€/kWh, le montant moyen de 14,73 c€/kWh et le montant le plus élevé retenu de 16,73 c€/kWh. La plupart des offrants retenus reçoivent le montant le plus élevé fixé par l´agence fédérale des réseaux, c´est à dire 14,73 c€/kWh pour des nouvelles installations et 16,73 c€/kWh pour des installations existantes.

Selon la fédération allemande des entreprises de l’énergie BDEW /2/ il faudrait améliorer les conditions – cadres pour les bioénergies pour exploiter pleinement les volumes mis en adjudication.

Références

/1/ Bundesnetzagentur, communiqué de presse du 19.9.2018 : Ergebnisse der Biomasseausschreibung 2018, https://www.bundesnetzagentur.de/SharedDocs/Pressemitteilungen/DE/2018/20180919_Biomasse.html?nn=265778

/2/ BDEW : communiqué de presse du 20.9.2018 : »Stefan Kapferer zu den Ergebnissen der zweiten Ausschreibung für Biomasse », https://www.bdew.de/presse/presseinformationen/stefan-kapferer-zu-den-ergebnissen-der-zweiten-ausschreibung-fuer-biomasse/

Le baromètre 9/2018 de la transition énergétique de McKinsey : l´électromobilité constitue un défi considérable pour les réseaux de distribution

McKinsey a publié son baromètre semestriel 9/2018 de la transition énergétique, complété par une analyse spéciale de  l´électromobilité /1/.  Le cabinet évalue depuis 2012 quatorze indicateurs sous l’angle de leur progression vers les objectifs prévus pour 2020.

Par rapport au dernier baromètre de 3/2018 huit indicateurs présentent des variations. Cinq indicateurs se sont améliorés, trois se sont dégradés. Six empruntent la bonne trajectoire au regard des objectifs fixés pour 2020, en revanche certains  objectifs principaux de la transition énergétique à l´horizon 2020 ne seront toujours pas atteints.

Photo Mckinsey

Parmi les indicateurs sur la bonne trajectoire figurent la part des énergies renouvelables dans la consommation brute d´électricité (36,4% en 2017), les coupures de courant non prévues (12,8 minutes) ainsi que la marge de réserve des capacités de production électrique par rapport à la pointe (4,3%).

Egalement sur la bonne trajectoire sont les indicateurs : prix de l´électricité pour  l´industrie en baisse de 8,7% par rapport à l´année passée, entrant pour la première fois dans la catégorie « réalisation de l´objectif réaliste », ainsi que le nombre d´emplois liés aux renouvelables en hausse de 10 000 et à l´industrie électro-intensive en hausse de 32 000 par rapport à l´année précédente.

Un léger besoin d’adaptation existe toujours pour l´indicateur « capacité d´interconnexions électriques ». La capacité d’interconnexions rapportée à la capacité électrique installée a augmenté à 8,9% (7% selon le dernier baromètre).  La Commission Européenne (CE) retient un objectif de capacité d’interconnexions de 10 % pour 2020.

Toutefois, selon McKinsey la réalisation d´ici 2020 des 7 critères serait inatteignable :

  • L´objectif national de 40 % de réduction des émissions des gaz à effet de serre d’ici 2020 par rapport à 1990 : l´Allemagne est en 2017 avec 905 Mt CO2 éq. très loin de son objectif de 750 Mt CO2 éq. en 2020.
  • La réduction de la consommation d´énergie primaire : une baisse de la consommation d´énergie primaire de 20% d´ici 2020 par rapport à 2008 est prévue. L´indicateur se dégrade depuis 2014, l´objectif de 11 454 PJ (274 Mtep) en 2020 reste très éloigné avec 13550 PJ (323,6Mtep) en 2017.
  • La réduction de la consommation d´électricité : l´objectif de 553 TWh d´ici 2020 (baisse de 10% par rapport à 2008) est inatteignable (600 TWh en 2017).
  • Les coûts des interventions des gestionnaires des réseaux allemands relatifs à la stabilisation du réseau : en 2017 les coûts de stabilisation ont atteint avec 1,45 milliards d’Euros un niveau record. Cela correspond à une augmentation de plus de 60% par rapport à 2016. Le critère de McKinsey est de ne pas dépasser 1 €/MWh de l´électricité produite sur la base des énergies fatales (éolien, solaire). La valeur actuelle s´élève à 9,9 €/MWh donc très loin de l´objectif.
  • Les prix de l’électricité pour les ménages et pour l´industrie : le prix du KWh payé par le ménage allemand est le plus cher d’Europe. En 2017 le ménage allemand « moyen », avec une consommation située entre 2500 kWh et 5000 kWh, a payé 30,5 ct/kWh en 2017 contre 20,5 ct/kWh en moyenne dans le reste de l’UE. Le critère de McKinsey est de ne pas dépasser un écart de 25,5% par rapport à la moyenne de l´UE. Avec un écart actuel de presque 49% l´objectif reste très éloigné.
  • Le coût de soutien des énergies renouvelables : la subvention aux énergies renouvelables pour 2018 s´élève à 6,8 cts/kWh donc une légère baisse par rapport à 2017. La raison est l´augmentation attendue du prix de l´électricité sur le marché spot et une réserve de liquidité (Liquiditätsreserve) importante sur le compte attribué aux énergies renouvelables. Le critère de McKinsey est de ne pas dépasser 3,5 cts/kWh d´ici 2020.
  • La construction des lignes de transports d’électricité : le plan actuel de développement du réseau a déterminé 7700 km de lignes nouvelles ou renforcement des lignes existantes comme prioritaires. Le critère de McKinsey est l´objectif de construction de 3582 km d´ici 2020 : Actuellement 912 km seulement sont construits à la fin du premier trimestre 2018.

Analyse spéciale de  l´électromobilité

McKinsey a examiné comment le système énergétique allemand sera préparé au boom de l´électromobilité. Selon le cabinet, les répercussions sur la consommation d´électricité seraient faibles. La demande d´électricité pour un million de véhicules électriques serait de 2 à 3 TWh par an donc moins de 0,5% de la consommation totale. Même avec une part de 40% de véhicules électriques au parc, la consommation augmenterait  d´environ 40TWh par an, correspondant à moins de 10% de la consommation d´électricité totale.

C´est une autre chose concernant les réseaux de distribution. Les réseaux de distribution ne sont pas préparés à une demande massive de recharge des véhicules électriques et pourront vite arriver à  saturation. Le développement des réseaux de distribution est complexe et onéreux, s’élevant à plusieurs dizaines de milliards d´euros dans les 5 à 10 années prochaines.

 Référence

/1/ McKinsey,  communiqué de presse du 5.9.2018, « Energiewende: Verkehrswende wird für Verteilnetze zur großen Herausforderung », https://www.mckinsey.de/news/presse/energiewende-verkehrswende-wird-fur-verteilnetze-zur-grossen-herausforderung

Érosion des moyens de production pilotables dans l´Union Européenne

La fédération allemande des entreprises de l’énergie BDEW a publié en août 2018 une analyse sur l´évolution des moyens de production pilotables en Europe. Le motif de l´étude était l´incertitude du développement du parc thermique en Allemagne (sortie du nucléaire et du charbon) et la circonstance que l´Allemagne pourrait ne plus être en mesure d’assurer la sécurité de l´approvisionnement en électricité sans apport des pays frontaliers.

L´étude attire l´attention sur le fait qu’on observe  dans les autres pays européens la même tendance à réduire les capacités des centrales thermiques concomitamment au développement des énergies renouvelables intermittentes. La réduction des moyens de production pilotables et la montée en puissance simultanée des énergies fatales amoindrissent les possibilités de secours inter-frontaliers lors des situations de pointe en cas de vagues de froid, remettant ainsi en question la garantie de la sécurité d’approvisionnement en Allemagne.

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Figure 1 : Analyse de la fédération des entreprises de l’énergie BDEW sur les moyens de production pilotables à l´étranger susceptibles de garantir l´approvisionnement en Allemagne

Jusqu’à présent le gouvernement allemand présupposait qu´en cas de besoin – après la sortie du nucléaire et la réduction des capacités des centrales à charbon – la capacité des moyens pilotables dans les pays voisins serait suffisante pour assurer la sécurité de l’approvisionnement en Allemagne grâce aux interconnexions européennes. Une erreur de jugement selon une analyse de la fédération des entreprises de l’énergie BDEW publiée en août 2018 /1/.

L´analyse du BDEW a détecté une erreur de calcul dans les documents de stratégie du gouvernement allemand. Dans son livre vert de 2014, le Ministère Fédéral de l´Economie et de l´Energie (BMWi) part de l´hypothèse que des surcapacités de l´ordre de 60 GW de moyens pilotables seraient disponibles sur le marché de l´électricité en Europe.

Ce chiffre de 60 GW ne serait pas correct selon l´analyse du BDEW. Le ministère aurait « mal interprété » le « Mid-Term Adequacy Forecast » (MAF) /2/ du Réseau Européen des Gestionnaires de Réseau de Transport d’Electricité (en abrégé REGRT-E ; en anglais European Network of Transmission System Operators for Electricity, ENTSO-E),  association représentant les gestionnaires de réseau de transport d’électricité (GRT) à travers l’Europe.

En réalité les surcapacités de moyens pilotables en Allemagne et dans les pays limitrophes sont déjà plus basses d´un facteur 3 à 4 (15 à 23 GW).

En 2016 ENTSO-E a changé la méthodologie du rapport MAF. Les nouveaux rapports ne publient plus d´informations systématiques sur les capacités disponibles en GW mais se fondent sur les pannes d’électricité exprimées en heures („Loss Of Load Expectation“ – LOLE) et les quantités d´électricité non fournie („Energy not Supplied“ – ENS).

LOLE indique le nombre probable annuel d´heures où l´approvisionnement ne serait pas assuré par les capacités nationales ou les importations, tandis que ENS indique la quantité d´électricité en GWh probablement manquante pour assurer la demande d´électricité. Le calcul est effectué sur la base des modèles probabilistes en tenant compte des disponibilités,  de la probabilité de défaillance des unités de production et d´autres options pour maitriser l’équilibre offre-demande. Cependant il n´existe pas une valeur LOLE reconnue pour fixer un niveau de sécurité d´approvisionnement en Europe. Quelques pays considèrent même des valeurs LOLE de 3 à 4 heures comme tolérables.

Selon le rapport MAF, on note pour l´Allemagne, les Pays-Bas, la Tchéquie, la Suisse et l´Autriche pour 2020 et 2025 une valeur LOLE faible  c´est à dire que la demande d’électricité serait assurée à tout moment, à presque 100%. En revanche, pour la France, la Pologne et l´Italie les valeurs LOLE seraient plus élevées dès 2020, et après 2025 pour la Belgique (voir figure 2).

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Figure 2 : LOLE : Loss Of Load Expectation selon ENTSO-E et BDEW

Cette approche décrit bien la sécurité de l’approvisionnement probable dans chaque pays mais ne permet pas une évaluation chiffrée concrète des sur- ou sous-capacités disponibles en moyens pilotables en Europe.

Rapport du Centre commun de recherche (JRC) de la Commission Européenne sur les régions productrices de charbon de l´UE

Le service scientifique interne de la Commission Européenne, le Joint Research Centre (Centre commun de recherche) prévoit d´ici 2025 une réduction de la capacité des centrales à charbon dans l’UE-28 de 150 GW actuellement à 105 GW /3/. A l´horizon 2030, une nouvelle baisse de capacité à 55 GW est attendue. Cela correspond à une réduction de 63% par rapport à la situation actuelle.

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Figure 3 : Rapport du Centre commun de recherche (JRC) de la Commission Européenne sur les régions productrices de charbon de l´UE

Cela signifie que, outre la réduction de la part du nucléaire en Europe, manqueront prochainement aussi des capacités de centrales thermiques à flamme. L´arrêt de centrales à charbon est certainement bénéfique pour la réduction des émissions de CO2 mais en absence de solutions de stockage massif d´énergie, les moyens pilotables adéquats sont indispensables pour suppléer aux carences des énergies renouvelables intermittentes lors des épisodes prolongés de production éolienne et solaire quasi nulle, combinée à une demande d´électricité accrue de fin d´automne ou en hiver.

Les possibilités de secours inter-frontaliers en situation de pointe deviennent de plus en plus fragiles

Selon BDEW, cette tendance des pays européens à réduire les capacités des centrales à charbon et les capacités nucléaires et à développer simultanément les énergies renouvelables rend les possibilités de secours inter-frontaliers en situation de pointe de plus en plus fragiles. L´idée d´assurer la sécurité d´approvisionnement à l´aide d´ importation d´électricité produite sur la base d’énergies renouvelables n´est pas viable considérant la similitude des conditions de vent et d’ensoleillement en Europe occidentale. Pour améliorer le potentiel de foisonnement des productions d´énergies renouvelables, il faudrait en plus un super-réseau international de lignes à haute tension, très éloigné de la réalité en Europe.

Selon cette analyse, l´Allemagne devrait  d´abord assurer son propre équilibre offre-demande car il n’y a aucune certitude que l´on puisse compter sur ses voisins pour passer les pointes pendant les vagues de froid rigoureux, si on considère que lors des moments de pointe en Allemagne les pays limitrophes sont également dans une situation proche. Cela limiterait de façon significative la marge de manœuvre pour réduire davantage la capacité des moyens pilotables en Allemagne.

Selon le BDEW l´Allemagne dispose actuellement encore d´une capacité de centrales thermiques d´environ 90 GW dont environ la moitié à base de charbon et lignite /4/. En raison de l´arrêt déjà prévu ou annoncé des centrales, dont les 9,5 GW du nucléaire restant, la capacité totale des centrales thermiques pourrait diminuer à environ 75 GW d´ici 2023 pour une pointe à 82 GW début des années 2020 selon l´agence fédérale de réseau.

Une commission créée par le gouvernement en juin 2018 doit proposer d’ici la fin de l´année une date de sortie définitive de la production d’électricité à base de charbon et de lignite /5/.

En 2015 « douze voisins électriques », dont la France et l´Allemagne ont signé une déclaration /6/ entérinant des engagements à mieux coordonner les politiques nationales de l’énergie, notamment en matière de sécurité de l’approvisionnement.

C´est un premier pas, mais la mutualisation des moyens de secours entre plusieurs pays suppose une politique commune et des règles strictes sur le dimensionnement des moyens pilotables.

Références

/1/ BDEW, communiqué de presse du 22.08.2018:  « Kraftwerks-Kapazitäten in der Europäischen Union schmelzen dahin », https://www.bdew.de/presse/presseinformationen/kraftwerks-kapazitaeten-der-europaeischen-union-schmelzen-dahin/

/2/ ENTSO-E : Mid-Term Adequacy Forecast, 2017 Edition, https://docstore.entsoe.eu/Documents/SDC%20documents/MAF/20170918_MAF_2017_FOR_CONSULTATION.pdf

/3/ Alves Dias, P. et al., « EU coal regions: opportunities and challenges ahead », EUR 29292 EN, Publications Office of the European Union, Luxembourg, 2018, ISBN 978-92-79-89884-6, doi:10.2760/064809, JRC112593, https://ec.europa.eu/jrc/en/publication/eur-scientific-and-technical-research-reports/eu-coal-regions-opportunities-and-challenges-ahead

/4/ La capacité de production en pointe du parc allemand pourrait ne plus garantir la sécurité d’approvisionnement à partir de 2020 lors d’un hiver rigoureux (mise à jour du 24 avril 2018)

/5/  https://allemagne-energies.com/2018/06/12/le-gouvernement-allemand-cree-une-commission-devant-emettre-des-propositions-pour-la-sortie-progressive-de-la-production-delectricite-a-base-de-charbon-et-de-lignite/

/6/ PENTALATERAL ENERGY FORUM : Second Political Declaration of the Pentalateral Energy Forum of 8 June 2015, https://www.bmwi.de/Redaktion/DE/Downloads/P-R/pentalateral-energy-forum-second-political-declaration.pdf?__blob=publicationFile&v=1

Éolien terrestre : Retour d´expérience des appels d´offres de mai 2017 à août 2018

Depuis 2017, le montant du soutien aux énergies renouvelables n’est plus fixé comme auparavant par l’État mais par le biais d’appels d’offres. Outre la mise en place des appels d´offres, l´État a ralenti le développement des énergies renouvelables en limitant les volumes annuellement mis aux enchères pour qu´elles suivent mieux le développement du réseau. L’amendement de 2017 stipule pour l´éolien terrestre un objectif de 2,8 GW par an entre 2017 et 2019 et 2,9 GW par an à partir de 2020 /1/

L’Agence fédérale des réseaux (Bundesnetzagentur) a publié les résultats du 3ème appel d’offres 2018 pour l’éolien terrestre en août 2018 /2/. Les offres précédentes ont fait l’objet des publications sur le BLOG /3 /, /4 /.

Le tableau résume les résultats des appels d´offres de mai 2017 à août 2018. Tableau_2

Après une baisse continue du montant moyen de l’adjudication en 2017, on observe en 2018 à nouveau une augmentation importante. Selon l’Agence fédérale des réseaux cette progression est essentiellement due à l’absence d´une pression concurrentielle.

En mai 2018  les offres soumises n´ont même pas atteint le volume mis en adjudication. Avec 91 offres d´un volume total de 709 MW, l´appel d´offres d´août 2018 était légèrement souscrit mais  5 offres d´un volume de 42 MW ont été refusées pour des raisons de forme.

Brandebourg a obtenu la plupart des adjudications pour un volume de 136 MW, suivi de Rhénanie-Westphalie (100 MW9 et Schleswig-Holstein (95 MW). Néanmoins 23% des adjudications ont été accordés aux offrants situés au sud du Main.

Selon l´agence fédérale la hausse du montant de l’adjudication pourrait stimuler la concurrence pour les deux derniers appels d´offres en 2018.

Références

/1/ Énergies renouvelables : de nombreux défis

/2/ Bundesnetzagentur, communiqué de presse du 17 août 2018 : « Ergebnisse der dritten Ausschreibung für Wind an Land 2018 », https://www.bundesnetzagentur.de/SharedDocs/Pressemitteilungen/DE/2018/20180817_Onshore18-3.html?nn=265778

/3/ https://allemagne-energies.com/2018/02/22/retour-dexperience-des-appels-doffres-de-leolien-terrestre-en-2017/

/4/ https://allemagne-energies.com/2018/05/22/lagence-federale-des-reseaux-bundesnetzagentur-publie-les-resultats-du-2eme-appel-doffres-2018-pour-leolien-terrestre/

Canicule été 2018 : faut-il se rendre indépendant des centrales conventionnelles et développer les énergies renouvelables n´ayant pas besoin d´eau pour refroidir?

Pour limiter le réchauffement des cours d’eau pendant la canicule, les exploitants des centrales thermiques en circuit ouvert ont été obligés ces dernières semaines de procéder à des baisses de régime.  La situation fut particulièrement tendue pour les centrales des bords du Rhin et du Neckar.

Ainsi EdF a mis entre autres l’unité de production n° 1 de Fessenheim en arrêt temporaire début aout 2018 pour respecter les autorisations de rejets thermiques dans le Grand Canal d’Alsace, la production de l´unité n° 2 avait été réduite pour les mêmes raisons,  toutefois sans inquiétude concernant l’approvisionnement du réseau /1/.

La situation en Allemagne du Sud était nettement plus tendue. Les exploitants en Bade-Wurtemberg ont demandé une dérogation auprès du ministère responsable pour pouvoir faire fonctionner leurs centrales thermiques le cas échéant jusqu´à 0,5 °C au-delà du seuil autorisé de 28°C en aval des sites. La dérogation temporaire a été accordée le 27 juillet 2018 afin d´assurer la sécurité d´approvisionnement du Land /2/, /3/.

Le ministre de l´environnement et de l´énergie de Bade-Wurtemberg, M. Untersteller (Les Verts) explique dans le communiqué de presse du 27 juillet 2018 la nécessité de cette mesure mais ajoute que le photovoltaïque assure presque 40% de la consommation d´électricité en journée en Bade-Wurtemberg et souligne « … la canicule actuelle fournit une preuve supplémentaire qu’il est important de se rendre indépendant des centrales conventionnelles et de développer les énergies renouvelables. Après tout les éoliennes et le photovoltaïque n´ont pas besoin d´eau pour le refroidissement ».

A première vue certes un argument plausible. Cependant d’après les chiffres de production et consommation d´électricité en Allemagne dans la période du 20 au 27 juillet 2018 /4/ on peut avoir quelques doutes. Le photovoltaïque a fourni en effet jusqu´à presque 30 GW en journée, mais on note une défaillance de la production éolienne (voir figure 1)

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Figure 1 : Production et consommation d’électricité par filière dans la période du 20 au 27 juillet 2018 selon Agorameter /4/ [en vert : bioénergies, en bleu clair : hydroélectricité, en bleu foncé : éolien, en jaune : photovoltaïque, en gris : centrales conventionnelles, ligne rouge : consommation d´électricité]
A titre d´exemple, le 24 juillet vers 5 heures, l’éolien et le photovoltaïque, totalisant une capacité installée de plus de 100 GW, ont fourni seulement 1,4 GW. La demande d´électricité étant de 54 GW à ce moment, les filières fatales n´ont assuré que 2,6% de la demande.

Bien que les résultats lissés sur le premier semestre 2018 des énergies renouvelables intermittentes soient remarquables /5/, c’est l´instant T qui compte pour sécuriser l´approvisionnement en électricité et non pas la production lissée sur une période donnée.

Les défaillances répétitives des éoliennes par manque de vent pendant plusieurs jours en juillet 2018 démontrent une fois de plus qu´en l´absence de solutions de stockage massif d´énergie, la variabilité des éoliennes et du solaire nécessite le maintien en backup des centrales conventionnelles pour suppléer aux carences de ces énergies renouvelables intermittentes. Notamment les centrales à lignite n´ont eu aucune restriction de régime lors de la canicule car leur refroidissement est assuré en majeure partie par les eaux d’infiltration des mines à ciel ouvert /6/.

La France elle aussi a connu une défaillance de la production éolienne par manque de vent fin juillet et début aout 2018 /7/ donc même l´interconnexion avec les pays voisins n´aurait pas beaucoup amélioré la situation en Allemagne du Sud.

Éolien et photovoltaïque n´ont certes pas besoin d´eau pour le refroidissement, mais contrairement aux aspirations de certains politiciens, les énergies renouvelables intermittentes ne sont pas  en mesure d´assurer à elles seules la sécurité d´approvisionnement. Une technologie complémentaire, soit centrales conventionnelles backup soit accumulateurs d’énergie, reste indispensable (voir aussi :  Énergies renouvelables : de nombreux défis ).

Références

/1/ EdF – Centrale de Fessenheim,  communiqué de presse du 11 août 2018 : « L’unité de production n°1 reconnectée au réseau électrique national », https://www.edf.fr/groupe-edf/nos-energies/carte-de-nos-implantations-industrielles-en-france/centrale-nucleaire-de-fessenheim/actualites/l-unite-de-production-ndeg1-reconnectee-au-reseau-electrique-national

/2/ Ministerium für Umwelt, Klima und Energiewirtschaft, Baden- Württemberg, communiqué de presse du 27 juillet 2018 :  « Auswirkungen der Hitze auf die Stromversorgung », https://um.baden-wuerttemberg.de/de/service/presse/pressemitteilung/pid/auswirkungen-der-hitze-auf-die-stromversorgung/

/3/ Ministerium für Umwelt, Klima und Energiewirtschaft, Baden- Württemberg, communiqué de presse du 6 août 2018 :  « Hitze und Sauerstoffknappheit belasten Fische – Entspannung ab Donnerstag erwartet », https://um.baden-wuerttemberg.de/de/service/presse/pressemitteilung/pid/hitze-und-sauerstoffknappheit-belasten-fische-entspannung-ab-donnerstag-erwartet/

/4/ AGORA Energiewende, Aktuelle Stromdaten Agorameter, https://www.agora-energiewende.de/

/5/ Allemagne : Nouveau record de production d´électricité à base d’énergies renouvelables au premier semestre 2018

/6/ Bundesverband Braunkohle (DEBRIV), communiqué de presse du 14 août 2018 : « Braunkohlenkraftwerke stellen Zuverlässigkeit unter Beweis », https://braunkohle.de/index.php?article_id=98&fileName=pm_06_18.pdf

/7/ RTE, Production d’électricité par filière, https://www.rte-france.com/fr/eco2mix/eco2mix-mix-energetique

Allemagne : Nouveau record de production d´électricité à base d’énergies renouvelables au premier semestre 2018

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Selon les estimations préliminaires de l´agence fédérale des réseaux /1/, 105,5 TWh  d´électricité ont été produits par des sources d´énergies renouvelables (éolien, solaire, bioénergies, hydroélectricité et divers) au premier semestre 2018 (premier semestre 2017 : 95,5 TWh)

La production nette à base d’énergies renouvelables a dépassé pour la première fois la barre de 100 TWh en 6 mois /2/ et atteint une part de 40% à la production totale nette d´électricité.

La production à base d’énergies renouvelables a augmenté de presque 10% par rapport au premier semestre 2017 tandis que la production des centrales conventionnelles a baissé de 6,5% à 155,8 TWh hors STEP.

Les éoliennes ont réalisé la plus grande part avec 54,9 TWh (éoliennes terrestres : 45,86 TWh, éoliennes en mer : 9,06 TWh) grâce à des conditions météorologiques très favorables en janvier 2018.

La production photovoltaïque a légèrement augmenté à 21,4 TWh (premier semestre 2017: 19,9 TWh). Les bioénergies ont contribué 20,2 TWh donc légèrement au-dessous de la valeur du premier semestre 2017. Les centrales hydroélectriques ont fourni 8,4 TWh, en hausse de 1,3 TWh sur la même période de l’année précédente.

L´agence fédérale des réseaux rapporte aussi de fortes fluctuations de la production d´énergies renouvelables. La production éolienne la plus élevée jamais observée était le 3 janvier 2018 avec 42,8 GW /6/, /7/ à l´occasion du passage de la tempête « Burglind ».

La production maximale d´énergies renouvelables était observée le 30 avril 2018 entre 12h et 14 h avec 55,3 GWh par heure /5/.

Lors des jours fériés du 1er mai et de Pentecôte, particulièrement venteux et très ensoleillés, la production des énergies renouvelables a entièrement couvert la consommation du pays sur une brève période. Des situations semblables ont été déjà observées 3 fois dans le passé : le 8 mai 2016, le 30 avril 2017 et le 1er janvier 2018.

Le 6 mai 2018 vers 13h, les installations photovoltaïques ont atteint un nouveau record de presque 32 GW /7/.

Contre-exemples. Le 11 janvier 2018, l´ensemble des énergies renouvelables n´a fourni que 223 GWh , soit 15% de la production nette totale dont 2,4% pour la contribution éolienne et 1,4% pour le solaire. Le 27 mars 2018 entre 5h et 6h, les énergies renouvelables ont produit environ 12% de la production nette totale /4/. La contribution éolienne était inferieure à 2%, celle du solaire 0%.

Les centrales conventionnelles ont, comme dans chaque situation de faible production d´énergies fatales, dû assurer l´approvisionnement en électricité.

Références

/1/ Bundesnetzagentur : „SMARD – Strommarktdaten“, https://www.smard.de/home

/2/ E.ON, communiqué de presse du 2 juillet 2018 : „Ökostrom-Rekord: Erneuerbare erzeugten erstmals mehr als 100 Milliarden Kilowattstunden Strom im ersten Halbjahr“, https://www.eon.de/de/pk/unternehmen/presse/pressemitteilungen/2018/2018-07-02-oekostrom-rekord-erneuerbare-erzeugten-erstmals-mehr.html

/3/ Bundesnetzagentur : „Die Stromerzeugung im Dezember 2017 und Januar 2018“, 27.2.2018,  https://www.smard.de/home/topic-article/444/7358

/4/ Bundesnetzagentur : „Die Stromerzeugung im Februar und März 2018“, 18.4.2018, https://www.smard.de/home/topic-article/498/8510

/5/ Bundesnetzagentur : „Die Stromerzeugung im April und Mai“ , 15.6.2018, https://www.smard.de/home/topic-article/426/9118

/6/ Internationales Wirtschaftsforum Regenerative Energien (IWR®), Neuer Ökostrom-Rekord im ersten Halbjahr 2018, 2.7.2018, https://www.iwr.de/news.php?id=35351

/7/ Agora Energiewende : « Aktuelle Stromdaten/Agorameter »,  https://www.agora-energiewende.de/service/aktuelle-stromdatenagorameter/chart/power_generation/06.05.2018/06.05.2018/

 

Le gouvernement allemand publie le 6ème rapport de suivi « transition énergétique » (mise à jour du 17 août 2018)

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Avec 6 mois de retard, le gouvernement allemand a publié le 27 juin 2018 /1/ le sixième rapport de suivi « transition énergétique ». Ce rapport analyse les objectifs quantitatifs de la transition énergétique en  2016 /2/.

Les messages clés du sixième rapport de suivi sont /1/:

  • Avec 31,6%, les énergies renouvelables constituent en Allemagne en 2016 la principale source d’électricité. Un kWh sur trois est produit par des énergies renouvelables. L´objectif 2020 d´une part des énergies renouvelables dans la consommation d’électricité d´au moins 35% sera très vraisemblablement dépassé
  • l´objectif 2020 d´une part des énergies renouvelables de 18% dans la consommation brute d´énergie finale sera vraisemblablement atteint compte tenu des parts importantes déjà réalisées dans la consommation d´électricité et de chaleur
  • Malgré un développement massif des énergies renouvelables intermittentes, l´Allemagne fait partie du groupe de tête en matière de sécurité d´approvisionnement. Le gouvernement allemand s´engage sur un développement rapide du réseau électrique et une meilleure synchronisation avec le rythme auquel se développent les énergies renouvelables.
  • La consommation d´énergie primaire augmente en 2016 de 1,5 % par rapport à 2015. L´augmentation est notamment due à la tendance positive de la conjoncture et une météo moins clémente. La tendance de hausse se poursuit en 2017. L´objectif d´une réduction de la consommation d´énergie primaire de 20% d´ici 2020 par rapport à 2008 nécessite encore des progrès considérables à cet égard. Du point de vue actuel, l’objectif ne serait pas atteint
  • le secteur des transports n´attiendra pratiquement aucun objectif. Au lieu de baisser, la consommation d´énergie finale a même augmenté de 4,2% dans ce secteur par rapport à 2005, une tendance qui se poursuivra d´ici 2020
  • Les émissions totales de gaz à effet de serre ont augmenté légèrement en 2016. Le gouvernement fait actuellement étudier des mesures pour réduire l´écart par rapport à l´objectif 2020. Mais l´objectif est d’ores et déjà hors de portée, l’éventail s’étend de – 30,3% à – 33,6% selon une étude commandée par le ministère fédéral de l´économie et de l´énergie /6/

Le tableau résume la situation en 2016 par rapport aux objectifs quantitatifs de la transition énergétique

Tabelau F*) Le contrat du gouvernement de grande coalition entre les chrétiens – démocrates (CDU/CSU) et les sociaux – démocrates (SPD), signé en mars 2018, vise une part de 65% d´énergies renouvelables à la consommation brute d´électricité d´ici 2030

**) Objectif de l’Union Européenne (UE)

Une commission d’experts indépendants accompagne le processus de surveillance et émet ses observations sur les différents rapports de suivi sur une base scientifique. Elle publie entre autres un système de feux verts, jaunes et rouges (traffic lights) pour les différents objectifs de la transition énergétique. Le tableau montre les « traffic lights » pour le sixième rapport de suivi /3/.

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Synthèse de l’évaluation de la commission d´experts pour chaque objectif de la transition énergétique à l´horizon 2020/2022

La fédération des entreprises de l’énergie (BDEW) pointe le doigt sur le secteur des transports /4/ dont les émissions de gaz à effet de serre stagnent. En revanche le secteur énergétique continue à baisser ses émissions CO2. Le contenu CO2 moyen de l’électricité s´élève en 2017 à environ 489 g CO2/kWh, contre 528 g CO2/kWh en 2015. Le secteur énergétique – responsable pour 38% des émissions totales – réduira ses émissions de presque 40% d´ici 2020 par rapport à 1990 et remplira son objectif.

Le BDEW critique aussi le retard pris dans le développement du réseau. Selon le plan actuel de développement du réseau de transport, la priorité était l´achèvement de 1435 km de lignes nouvelles ou de renforcement des lignes existantes fin 2017. A la fin du premier trimestre 2018, seuls 150 km étaient réalisés.

L´institut de l´économie allemande (iwd) dresse un bilan assez négatif de l´avancement de la transition énergétique /5/. L´institut a comparé les objectifs fixés en 2011 avec les valeurs actuellement obtenues  en supposant un  progrès linéaire. Le résultat est décevant. Seuls 30% du niveau cible ont été atteints en 2017 et l´avancement de la transition énergétique s´est ralenti significativement depuis 4 ans (voir figure 1). Le degré de réalisation dans l´ensemble était en 2014 encore un peu meilleur avec 48%.

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Figure 1 : Degré de réalisation des objectifs de la transition énergétique selon /5/

On observe un dépassement des objectifs concernant le développement des énergies renouvelables dans le secteur électrique, et le rythme auquel se développent les énergies renouvelables dépasse le corridor envisagé par la transition énergétique.

En revanche la baisse des émissions de gaz à effet de serre, le développement du réseau de transport et la baisse de la consommation d´énergie avancent deux fois moins rapidement que prévu pour atteindre les objectifs à l´horizon 2020.

La situation est encore pire concernant la rentabilité économique et la compétitivité. Bien que le gouvernement ait créé un élément de concurrence importante par le biais d’appels d’offres pour fixer le montant du soutien des énergies renouvelables, on ne peut observer aucun progrès mesurable concernant les objectifs importants de la transition énergétique. Au contraire le retard par rapport aux objectifs annoncés a été accru ces dernières années.

En 2011, le gouvernement allemand avait fixé un seuil de 35 €/MWh pour le soutien des énergies renouvelables. En 2017 le montant s´élève à 69 €/MWh.

Concernant la compétitivité il était prévu que le désavantage de l´industrie allemande en raison du prix de l´électricité par rapport à la moyenne européenne n´augmenterait plus par rapport à 2010.  Cet objectif est loin d’être atteint. Les coûts supplémentaires étaient de l´ordre de 12% en moyenne en 2010, 25% en 2014 et 30% en 2017.

Références

/1/ BMWi, communiqué de presse du 27 juin 2018 : « Bundeskabinett beschließt sechsten Monitoring-Bericht zur Energiewende », https://www.bmwi.de/Redaktion/DE/Pressemitteilungen/2018/20180627-bundeskabinett-beschliesst-sechsten-monitoring-bericht-zur-energiewende.html

/2/ Sechster Monitoring-Bericht « Energie der Zukunft » (Kurzfassung) , 27 juin 2018, https://www.bmwi.de/Redaktion/DE/Publikationen/Energie/sechster-monitoring-bericht-zur-energiewende-kurzfassung.html

/3/ Expertenkommission zum Monitoring-Prozess „Energie der Zukunft“, Stellungnahme zum sechsten Monitoring-Bericht der Bundesregierung für das Berichtsjahr 2016, https://www.bmwi.de/Redaktion/DE/Downloads/S-T/stellungnahme-der-expertenkommission-zum-sechsten-monitoring-bericht-zusammenfassung.pdf?__blob=publicationFile&v=6

/4/ BDEW, communiqué de presse du 27 juin 2018 : « Stefan Kapferer zum 6. Monitoringbericht zum Stand der Energiewende » , https://www.bdew.de/presse/presseinformationen/stefan-kapferer-zum-6-monitoringbericht-zum-stand-der-energiewende/

/5/ Institut der deutschen Wirtschaft (iwd) : « Die Energiewende – eine Zwischenbilanz der Legislaturperiode 2014-2017 », IW-Kurzbericht 41/2018, https://www.iwkoeln.de/fileadmin/user_upload/Studien/Kurzberichte/PDF/2018/IW-Kurzbericht_2018_41_Energiewende.pdf

/6/ Bundesministerium für Wirtschaft und Energie (BMWi) : « Wirkung der Maßnahmen der Bundesregierung innerhalb der Zielarchitektur zum Umbau der Energieversorgung », Studie im Auftrag des Bundesministeriums für Wirtschaft und Energie », 13 juillet 2018, https://www.bmwi.de/Redaktion/DE/Publikationen/Studien/wirkung-der-massnahmen-der-bundesregierung-innerhalb-der-zielarchitektur-zum-umbau-der-energieversorgung.pdf?__blob=publicationFile&v=4

 

Allemagne : 1,4 milliards d’Euros pour stabiliser le réseau électrique en 2017

(dernière mise à jour de l´article le 19.07.2018)

Le réseau de transport d’électricité constitue la colonne vertébrale du système électrique. La pénétration rapide et massive des énergies renouvelables – principalement éolien et photovoltaïque – et le retard pris dans le développement du réseau ont entraîné  une hausse des coûts pour stabiliser le réseau électrique outre-Rhin. Selon l’agence fédérale des réseaux, les coûts de stabilisation ont atteint un niveau record en 2017 et dépassé 1,4 milliards d’Euros.

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Dans un rapport publié le 18 juin 2018 /1/, /2/ l’agence fédérale des réseaux  (« Bundesnetzagentur ») annonce une forte hausse des coûts de stabilisation du réseau en 2017.

Cette hausse provient pour l’essentiel du retard pris dans le développement du réseau, lequel n’arrive pas à suivre le rythme auquel se développent les énergies renouvelables fatales.

Ce problème de congestion observé dans les zones où les actifs de production sont éloignés des zones de consommation (fermes éoliennes off-shore du nord de l’Allemagne pour des centres de consommation industrielle au sud) oblige les gestionnaires  (GRT) à recourir régulièrement à un management accru du réseau.

Tandis que le Brandebourg produit un excédent annuel de plus de 33 000 GWh, le Palatinat (- 9399 GWh) , le Bade-Wurtemberg (- 10908 GWh) et la Hesse (- 21511 GWh) se retrouvent en queue de peloton (voir figure 1)

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Figure 1 : Solde de production et de consommation d´électricité dans les Länder en 2015 selon iwd /6/

C’est d’abord la conduite des centrales conventionnelles qui est touchée par les interventions des GRT telles que :

  • Redispatching, consistant à modifier le plan de production et/ou de charge de manière à modifier les flux physiques sur le réseau de transport
  • Countertrading, qui est un échange réalisé entre deux GRT dans le sens inverse du flux contraignant

Si ces mesures ne suffisent plus à stabiliser le réseau, la loi sur l’énergie autorise l´écrêtement de la production d´énergies renouvelables intermittentes (éoliennes principalement).

Les coûts relatifs à la stabilisation du réseau ont atteint un nouveau record en 2017. Ils sont avec 1 448 M€ largement supérieurs aux coûts de l´année 2016 (893 M€) qui a connu des conditions météorologiques défavorables notamment pour l´éolien terrestre.

Deux effets ont joué. Au premier trimestre 2017 on a observé une augmentation  des activités de redispatch conséquence d’une pointe de consommation historiquement haute lors d’une vague de froid en Europe combinée avec une production éolienne faible. Au quatrième trimestre une production record des énergies renouvelables et notamment une forte hausse de la production éolienne nécessitait l´écrêtement d´éolien parce le réseau saturait.  Dans ce cas la loi allemande prévoit d’indemniser financièrement les producteurs d’énergies renouvelables.

La figure 2 montre l´évolution des coûts pour stabiliser le réseau électrique et la part de l’éolien et photovoltaïque à la production brute de l´électricité depuis 2011. On peut observer une certaine corrélation avec l´augmentation de la part de la production renouvelable fatale (éolien et photovoltaïque).

Les coûts sont composés de trois éléments : les coûts pour une capacité conventionnelle de réserve ( ~ 415 M€ en 2017), le redispatch et countertrading (~ 423 M€ en 2017) et l´indemnisation des producteurs d’énergies renouvelables qui pèse lourd dans la facture (~ 610 M€ en 2017).

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Figure 2 : Evolution des coûts de stabilisation du réseau et de la part des énergies renouvelables fatales à la production brute d´électricité /1/, /3/

Le total de ces coûts -1448 M€- est répercuté au consommateur via le tarif d’utilisation du réseau.

La lente modernisation du réseau électrique

Le plan actuel de développement du réseau de transport /4/, /5/ estime que 7700 km sont prioritaires (lignes nouvelles ou renforcement des lignes existantes). L´épine dorsale est constituée par les tracés nord – sud en courant continu d´environ 2100 km de longueur et d´une capacité totale de 10 GW.

Or la construction des lignes est lente. Outre les contraintes administratives, l’installation de nouvelles lignes se heurte aux refus des riverains et aux associations de protection de la nature. Les autorités ont pris la décision de la mise en souterrain du réseau électrique pour une grande partie, sans parvenir à calmer toutes les résistances. A la fin du premier trimestre 2018 environ 12% (900 Km) des 7700 km ont été réalisés /5/.

Dans l’état actuel des choses, les lignes à courant continu ne seront pas opérationnelles avant 2025. La situation devrait donc s´améliorer après 2025 selon l´analyse des GRT.

Références

/1/ Bundesnetzagentur : Communiqué de presse du 18 juin 2018 « Bundesnetzagentur veröffentlicht Zahlen zu Redispatch und Einspeisemanagement für 2017 », https://www.bundesnetzagentur.de/SharedDocs/Pressemitteilungen/DE/2018/20180618_NetzSystemSicherheit.html;jsessionid=594EC42BE117414BCB4C2B81E5C736E7?nn=265778

/2/ Bundesnetzagentur : « Quartalsbericht zu Netz- und Systemsicherheitsmaßnahmen »  Gesamtjahr und Viertes Quartal 2017, 18 juin 2018, https://www.bundesnetzagentur.de/SharedDocs/Downloads/DE/Allgemeines/Bundesnetzagentur/Publikationen/Berichte/2018/Quartalsbericht_Q4_Gesamt_2017.pdf;jsessionid=6A56822655FB8C5ED5CD1253E1921F7D?__blob=publicationFile&v=2

/3/ AG Energiebilanzen (AGEB) : « Stromerzeugung nach Energieträgern 1990 – 2017 (Stand Februar 2018) », https://www.ag-energiebilanzen.de/

/4/ Énergies renouvelables : de nombreux défis

/5/ Bundesnetzagentur : « Leitungsvorhaben » Stand 1. Quartal 2018, https://www.netzausbau.de/leitungsvorhaben/de.html?cms_map=2

/6/ Institut der deutschen Wirtschaft (iwd) : « Teure Engpässe im Stromnetz », 17.7.2018, https://www.iwd.de/artikel/teure-engpaesse-im-stromnetz-397063/

Chiffres clés du climat 2017 en Allemagne

  • L´ objectif 2020 de réduction de gaz à effet de serre (GES) est actuellement hors de portée selon le rapport 2017 /1/ des « Chiffres clés du climat »  (Klimaschutzbericht 2017) adopté par le gouvernement allemand le 13 juin 2018
  • Seule une réduction de 32% au lieu de 40 % sera atteinte d´ici 2020 par rapport à 1990. Le secteur énergétique par contre réduira ses émissions de presque 40%.

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Rappel de l´objectif 2020 en matière de climat

Selon les mesures phares de la transition énergétique, l’Allemagne prévoit de réduire ses émissions de GES de 40 % d’ici 2020 par rapport à 1990. Il s´agit  d´un objectif national  fixé en 2007. Cela correspond à une réduction des émissions d´environ 500 Mt CO2éq à 750 Mt CO2éq en 2020. Selon les données provisoires de l´agence fédérale de l´environnement (UBA), les émissions totales de gaz à effet de serre sont avec 905 Mt CO2éq en 2017 en léger recul par rapport à 2016 (909 Mt CO2éq) ce qui correspond à une réduction de 28% par rapport à 1990.

Selon le rapport 2017 une réduction de 32% serait atteinte d´ici 2020

Le gouvernement allemand a adopté le 13 juin 2018 le rapport 2017 des « Chiffres clés du climat » (Klimaschutzbericht 2017) /1/. Le rapport porte sur les objectifs 2020 de réduction des GES et donne des orientations  pour la commission « Croissance, reconversion structurelle et emploi » créée récemment /2/ et qui doit proposer d’ici début décembre 2018 des mesures pour réduire l´écart par rapport à l´objectif 2020.

Selon le rapport 2017, l´Allemagne est à la traine concernant l´objectif 2020 de réduction des GES et manquerait son objectif de 8 points de pourcentage, donc – 32% au lieu de – 40% d´ici 2020 par rapport à 1990. Cela signifie un écart d´environ 100 Mt CO2éq pour atteindre l´objectif visé. Sans le programme d´action décidé par le gouvernement en 2014 l´écart par rapport à l´objectif 2020 serait encore plus grand (12 points de pourcentage).

Les raisons fournies par le gouvernement pour l´écart sont :

  • la surestimation de l´efficacité des mesures engagées pour réduire les émissions de GES, notamment dans le secteur du transport
  • le bon développement conjoncturel des dernières années, au-delà des pronostics
  • la forte croissance démographique inattendue

Les tendances actuelles du développement conjoncturel et du volume de trafic font craindre que l´écart dépasse même 8 points de pourcentage.

Les mesures complémentaire décidées en 2014 n´ont pas produit le résultat souhaité

Déjà en 2014, pour rectifier le tir, le gouvernement d’Angela Merkel avait adopté une série de mesures visant à atteindre l’objectif de réduction de 40 % des émissions de CO2éq d’ici à 2020 /3/. Le rapport 2017 « Chiffres clés du climat »  montre maintenant que les mesures adoptées en 2014 n’économisent que 52 Mt CO2éq, deux tiers seulement de la réduction des émissions initialement envisagée. Cela concerne notamment les secteurs du transport et du bâtiment.

Le secteur énergétique réduira ses émissions de presque 40% d´ici 2020

Le rapport montre que le secteur énergétique – responsable pour 38% des émissions totales – réduira ses émissions de presque 40% par rapport à 1990 et remplit son objectif /4/. Cela concerne notamment les émissions CO2éq de la production d´électricité à base de lignite qui ont déjà baissé de 50% depuis 1990.

De plus, il est prévu d´arrêter en 2019 une capacité de 2,7 GW de centrales au lignite dans le but d´économiser 12,5 Mt CO2éq supplémentaires d´ici 2020.

Toutefois le rapport constate un retard considérable quant au secteur du transport. Les émissions du secteur du transport stagnent pratiquement et une réduction de seulement 3% à 4% est attendue d´ici 2020 par rapport à 1990. Des mesures comme la prime pour l’achat d’un véhicule électrique sont restées sans effet significatif jusqu´à maintenant. Avec environ 54 000 véhicules début 2018, l´Allemagne est loin de son objectif d´un million de véhicules électriques à l’horizon 2020.

 Références

/1/ BMU , communiqué de presse du 13 juin 2018 : « Kabinett beschließt dritten Klimaschutzbericht – Schätzung geht von etwa 32 Prozent Minderung bis 2020 aus », https://www.bmu.de/pressemitteilung/kabinett-beschliesst-dritten-klimaschutzbericht/

/2/ Le gouvernement allemand crée une commission devant émettre des propositions pour la sortie progressive de la production d’électricité à base de charbon et de lignite

/3/ SFEN :  « Climat : pour combler son retard, l’Allemagne prend de nouvelles mesures », 9 décembre 2014, http://www.sfen.org/rgn/climat-combler-retard-allemagne-prend-nouvelles-mesures

/4/ BDEW : communiqué de presse du 13 juin 2018 : « Energiewirtschaft Spitzenreiter bei CO2-Einsparungen in Deutschland « , https://www.bdew.de/presse/presseinformationen/energiewirtschaft-spitzenreiter-bei-co2-einsparungen-deutschland/

 

Le gouvernement allemand crée une commission devant émettre des propositions pour la sortie progressive de la production d’électricité à base de charbon et de lignite

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Centrale à lignite de Neurath (source RWE)

Conformément au contrat de coalition,  le gouvernement allemand a nommé  le 6 juin 2018 une commission devant proposer des mesures pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre du plan de protection du climat (Klimaschutzplan 2050) dans le secteur énergétique (/1/, /2/, /3/). Pour ce secteur qui représente en 2016 environ 38% des émissions totales de l´Allemagne, le plan vise une réduction de 61% à 62% des émissions d´ici 2030 par rapport à 1990. Le secteur électrique fournit avec presque 90% la plus grande part des émissions du secteur énergétique.

Cette commission ouvre la possibilité d´apaiser le débat sociétal concernant la production d’électricité à base de charbon et de lignite et de donner en même temps la sécurité en termes de planification pour les énergéticiens, l´emploi et les régions en reconversion. A côté des propositions de mesures compensatoires d’aide à la restructuration des régions concernées et d´un calendrier de sortie progressive du charbon, la commission doit aussi évaluer les conséquences pour la sécurité d´approvisionnement et le prix de l´électricité /4/, /5/.

Objectifs de la commission

La commission aura pour mission d’élaborer une stratégie, un calendrier et une date de sortie du charbon et lignite pour que l’Allemagne respecte ses objectifs du plan de protection du climat sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais les membres de la commission devront se préoccuper au même titre de l’emploi dans les régions en reconversion. Plusieurs dizaines de milliers de jobs sont concernés, principalement en Rhénanie et en Lusace, en tenant compte des sous-traitants de l’industrie charbonnière.

De plus, la commission doit proposer des mesures pour réduire l´écart par rapport à l´objectif 2020 (- 40 % d’émissions par rapport à 1990), actuellement hors de portée.

Planning

La commission baptisée « Croissance, reconversion structurelle et emploi » a commencé son travail en juin. Le planning est très ambitieux.

La proposition des mesures compensatoires d’aide à la restructuration des régions concernées est prévue pour octobre. La proposition des mesures supplémentaires pour réduire l´écart par rapport à l´objectif national 2020 de réduction des émissions (- 40% par rapport à 1990) doit être présentée début décembre, juste avant la prochaine conférence internationale sur le climat (COP) en Pologne. Le rapport final est attendu fin 2018.

Composition de la commission

La commission est composée de 24 membres. Il s’agit d’acteurs politiques et économiques, de responsables syndicaux, de membres d’associations de défense de l’environnement et de représentants des régions concernées par la reconversion.

A cela s’ajoutent les 4 présidents de la commission et 3 députés du parlement fédéral. Le ministère fédéral de l´économie et de l´énergie est responsable de la commission du point de vue organisationnel.

Donc des profils divers pour trouver un équilibre entre les nécessités écologiques, économiques et les contraintes sociales sans oublier la sécurité d´approvisionnement.

Un chantier difficile

La tache est difficile, alors que l´Allemagne perd déjà presque 12% de sa production d´électricité d´ici fin 2022 avec la sortie du nucléaire. En 2017  la part des centrales à charbon et lignite dans la production d´électricité était supérieure à 36%.

L´Allemagne prévoit de quasiment doubler la part actuelle des énergies renouvelables d´ici 2030 à 65% et vise notamment sur l’éolien et le photovoltaïque. Mais ces énergies fatales ne sont pas en mesure d´assurer à elles seules la sécurité d´approvisionnement. En l´absence de solutions de stockage massif d´énergie, la variabilité des énergies renouvelables éolienne et solaire nécessite le maintien en backup des centrales conventionnelles. Il faudrait donc remplacer à terme les centrales à charbon et lignite par des centrales à gaz moins émettrices en CO2 bien que les conditions financières pour la construction de nouvelles centrales ne soient pas réunies actuellement /4/, /5/.

Références

/1/ Bundesregierung : « Kabinett setzt Kommission ein, Strukturwandel aktiv gestalten », 6 juin 2018, https://www.bundesregierung.de/Content/DE/Artikel/2018/06/2018-06-06-kommission-wachstum-strukturwandel-beschaeftigung.html

/2/ Allemagne Diplomatie : « La sortie du charbon, c’est pour quand ? « , 7 juin 2018, https://allemagne.diplo.de/frdz-fr/aktuelles/03-Economie/-/2103394

/3/ BMWi, communiqué de presse du 6 juin 2018 : Bundeskabinett setzt Kommission „Wachstum, Strukturwandel und Beschäftigung“ ein,

https://www.bmwi.de/Redaktion/DE/Pressemitteilungen/2018/20180606-bundeskabinett-setzt-kommission-wachstum-strukturwandel-und-beschaeftigung-ein.html

/4/ BDEW, communiqué de presse du 6 juin 2018 : Stefan Kapferer zur Einsetzung der Kommission « Wachstum, Strukturwandel und Beschäftigung » , https://www.bdew.de/presse/presseinformationen/stefan-kapferer-zur-einsetzung-der-kommission-wachstum-strukturwandel-und-beschaeftigung/

/5/ dena (deutsche Energie-Agentur) 6 juin 2018, « Es geht um mehr als Kohleverstromung, es geht um die Zukunft der Energiewende », https://www.dena.de/newsroom/meldungen/es-geht-um-mehr-als-kohleverstromung-es-geht-um-die-zukunft-der-energiewende/