La sortie du charbon coûtera 50 Mrds d´Euros – le Conseil des ministres allemand approuve le projet de loi (Kohleausstiegsgesetz) le 29 janvier 2020

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Suite aux recommandations de la « Commission Charbon » de janvier 2019 /1/, le Conseil des ministres a adopté le 29 janvier 2020 le projet de loi (environ 200 pages) de sortie progressive des centrales à houille et à lignite et la modification d´autres lois associées /2/, /3/.

L’Allemagne vise un abandon de ces centrales au plus tard en 2038. Pour les centrales à lignite, le projet de loi contient un calendrier détaillé de fermeture (voir plus loin). Les exploitants reçoivent une indemnité de 4,35 milliards d’Euros pour les centrales mises hors service avant 2030.

Pour les centrales à houille et les centrales à lignite inférieures à 150 MW ne figurant pas dans le calendrier de fermeture, le projet de loi prévoit que les réductions de capacité seront mises en œuvre à l’aide d’enchères organisées entre 2020 et 2026. Le montant maximal de l´indemnité par MW est plafonné et dégressif pour inciter la soumission précoce des offres. À partir de 2027 il n’y aura plus d’appels d’offres, la capacité des centrales sera réduite par l´ordonnance sans compensation.

Les quotas d’émission disponibles suite à la sortie de la production à base de houille/lignite seront retirés du marché pour empêcher l´achat des quotas libérés par d´autres entités.

Selon le gouvernement allemand, les centrales de cogénération au gaz, moins émettrices en CO2, constitueront un élément important de la transition énergétique dans le secteur de l’électricité et de la chaleur. La loi sur la cogénération sera modifiée afin que leur contribution soit assurée et renforcée.

Pour les régions touchées par la fermeture des centrales et mines de lignite, le gouvernement  prévoit l’instauration d’un fonds d’indemnités pour les employés âgés d’au moins 58 ans qui perdent leur emploi. Les coûts de ce fond sont estimés à environ 5 milliards d´Euros.

Le Conseil des ministres avait déjà adopté fin août 2019 le projet de loi concernant les aides fédérales de 40 milliards d’Euros jusqu’en 2038 pour le soutien structurel des régions lignitifères /4/.

A quatre reprises  (2022 – 2026 – 2029 et 2032), le gouvernement fédéral examinera les effets de la fermeture des centrales à houille/lignite sur la sécurité d’approvisionnement et les prix de l’électricité. En 2026, 2029 et 2032, il sera également examiné si l´échéance pour la sortie finale pourrait être avancée de trois ans à fin 2035.

L’Agence fédérale des réseaux sera chargée de surveiller en continu à partir de 2021 que la sécurité de l’approvisionnement soit garantie.

L´entrée en vigueur de la loi est visée au premier semestre 2020. Comme toujours, la décision finale appartiendra au parlement (Bundestag) et à la chambre haute (Bundesrat). De plus la loi nécessite le feu vert de la Commission Européenne.

Mise en œuvre de la sortie progressive du charbon/lignite

Conformément aux préconisations de la commission charbon de janvier 2019, le projet de loi prévoit une sortie progressive des centrales à houille et à lignite d´ici 2038, avec deux étapes intermédiaires : réduction d´ici 2022 de la capacité des centrales au réseau à 30 GW (15 GW de lignite et 15 GW de houille), à 17 GW en 2030 (9 GW de lignite et 8 GW de houille) et à zéro GW au plus tard à la fin 2038 (voir figure 1)

Fig 1 Abschaltungszeitplan
Figure 1 Sortie progressive des centrales à houille et à lignite

Cela correspond à une mise hors service de presque 14 GW d´ici fin 2022 en plus du nucléaire. Il faut toutefois noter que seulement 38,5 GW opèrent actuellement sur le marché de l’électricité /5/. Environ 5,4 GW constituent soit une « réserve de sécurité » soit une « réserve de soutien du réseau » donc ne fonctionnent qu´en situation exceptionnelle ou sont provisoirement fermés. Donc la baisse de capacité du couple houille/lignite sur le marché de l’électricité serait en réalité de 8,5 GW.

Centrales à lignite

La base du calendrier de fermeture des centrales à lignite est un accord politique trouvé le 14 janvier 2020 avec les Länder les plus concernés (Brandebourg, Saxe, Saxe Anhalt et Rhénanie du Nord – Westphalie) et les principaux acteurs du secteur /6/.

La figure 2 montre le calendrier de fermeture des centrales annexé au projet de loi.

Fig 2 Tabelle Stillegungspfad BK_1
Figure 2 : calendrier de fermeture des centrales à lignite

Plus précisément, le calendrier prévoit d’abord l’arrêt de centrales en Rhénanie du Nord -Westphalie qui débutera fin 2020 avec la tranche Niederaußem D (~ 300 MWe) à proximité de la mine de lignite de Garzweiler, suivi de l´arrêt de 3 tranches (~ 910 MWe) fin 2021.  Les premières tranches en Allemagne de l’Est seront fermées à la fin de l’année 2028.

Centrales à houille

Entre 2020 et 2026, des appels d’offres seront lancés par l’Agence fédérale des Réseaux (BNetzA) pour des fermetures de centrales à houille. Pour 2020 un volume d´appel d’offres de 4 GW et pour 2021 de 1,5 GW de puissance nette est prévu. En contrepartie du déclassement, les exploitants recevront une compensation laquelle sera dégressive. Pour l’appel d’offres de 2020, le montant de soumission maximum est fixé à 165 T€/MW et à 155 T€/MW en 2021. D’ici 2026, le montant maximum tombera à 49 T€/MW. Avec un montant de compensation dégressif le gouvernement veut ainsi augmenter la pression sur les exploitants pour participer aux premiers tours.

Les appels d’offres prennent  également en compte les émissions de CO2 des centrales dans le but de déclasser dans un premier temps les centrales les plus polluantes.

Jusqu’en 2023, la participation aux appels d’offres est volontaire. Si le volume offert n´est pas atteint en raison de l´insuffisance des candidatures, les centrales à houille seront fermées par ordonnance à partir de 2024 avec la compensation en vigueur dans le but d´assurer la réduction de puissance selon l´objectif défini. A partir de 2027 la mise en arrêt aura lieu uniquement par ordonnance sans compensation.

Le règlement n’exclut pas que l’exploitant d´une centrale à houille utilise à l’avenir l’installation ou des parties de l’installation pour produire de l’électricité à partir d’autres sources d’énergie telles que la biomasse ou le gaz.

Malgré la gageure en termes de communication, la centrale à houille Datteln 4 (1100 MWe) au nord de Dortmund en Rhénanie du Nord-Westphalie sera mise en service /7/.

La  « Commission charbon » avait préconisé qu’une solution soit trouvée avec les exploitants afin que les centrales à houille en construction et n´étant pas encore en service ne puissent plus être raccordées au réseau.

Étant donné que l’autorisation de mise en service de Datteln 4 était déjà accordée en 2017 une décision contraire n’aurait été possible que moyennant le paiement d’énormes indemnités par l´État. Environ 1,5 milliards d’Euros ont été déjà investis par Uniper dans cette centrale.

Selon le ministère fédéral de l’économie et de l´énergie il semble donc plus logique de mettre d’abord hors service des centrales à houille plus anciennes et plus polluantes au lieu de la centrale de Datteln 4, une de centrales à houille les plus modernes et les plus efficaces en Europe.  Aucune émission supplémentaire de CO2 ne serait à prévoir selon le ministère fédéral. Pour compenser les émissions de Datteln 4 des appels d’offres spécifiques d´un volume d’un GW chacun seront lancés en 2023, 2024 et 2025 pour la mise hors service des centrales à houille plus anciennes.

Financement de la sortie des centrales à houille/lignite

La sortie du charbon coûtera environ 50 milliards d´Euros mais la facture pourrait encore gonfler.

Aides fédérales des régions touchées par la fermeture des centrales et mines de lignite

Selon /8/ l´emploi direct et indirect dans le secteur du lignite s’élève à 56 000 personnes dans toute l’Allemagne, dont près de 32 000 travaillent dans les régions lignifères.

Adopté par le Conseil des ministres fin août 2019/ 4 /, le projet de loi sur les aides fédérales vise un soutien structurel (Strukturstärkungsgesetz) de 40 milliards d’euros jusqu’en 2038 aux régions lignitifères de la Rhénanie du Nord -Westphalie, du Brandebourg, de la Saxe et de la Saxe-Anhalt en vue de la fermeture de leurs centrales et mines au lignite.

Un accord entre le gouvernement fédéral et les Länder réglementant la mise en œuvre est prévu en printemps 2020.

Instauration d’un fond d’indemnités par l´État pour les employés du secteur

Les employés âgés d’au moins 58 ans perdant leur emploi dans une centrale ou une mine à ciel ouvert à la suite de la fermeture peuvent recevoir une indemnité d’adaptation. Elle est versée à titre d’allocation de transition pendant cinq ans au maximum jusqu’à la retraite. Sous l´hypothèse d´une utilisation maximale, le coût ainsi que les prestations de retraite complémentaire pourraient s’élever jusqu’à 5 milliards d’Euros sur la période de 2020 à 2048.

Indemnités aux exploitants de centrales à houille/lignite

Pour la fermeture définitive avant 2030 des centrales au lignite de la figure 2, et après la conclusion d’un contrat de droit public ou la prise d’un décret, les exploitants percevraient une indemnité de 4,35 milliards d’Euros. Pour les centrales du bassin rhénan, une indemnité de 2,6 milliards d´Euros serait attribuée à RWE, exploitant de ces centrales. Une indemnité de 1,75 milliard d’Euros reviendrait aux centrales à lignite de Lusace (Allemagne de l’est). Ces centrales sont opérées par LEAG (Lausitz Energie AG) avec siège à Prague.

Les indemnités seraient payées sur 15 ans, à montant constant à compter de la date de la mise hors service ou fermeture définitive de la première tranche de l´exploitant.

Comme déjà mentionné plus haut les centrales à lignite inférieures à 150 MW ne figurant pas dans la liste (figure 2) sont exclues de l´indemnité de fermeture.

Les exploitants des petites centrales de lignite ont une possibilité de recevoir une compensation pour la fermeture définitive de leurs installations s’ils participent aux enchères organisées pour les centrales à houille.

Divers allègements financiers

La loi veut garantir que les prix de l’électricité restent abordables, même dans le contexte de l’abandon progressif de la production d’électricité à partir de houille et lignite. C’est pourquoi l´approvisionnement en électricité à un prix raisonnable est régulièrement contrôlé au moyen d’indicateurs.

Le cas échéant, des mesures appropriées seront prises et, si nécessaire, les appels d’offres pour la mise hors service des centrales à houille seront suspendus.

Une subvention des consommateurs au tarif d´utilisation du réseau serait possible à partir de 2023.

Les entreprises électro-intensives qui sont dans une situation de concurrence internationale peuvent recevoir une subvention annuelle appropriée à partir de 2023 pour les soulager de l’accroissement des coûts.

De plus le gouvernement avait déjà promis dans le cadre du programme de protection du climat 2030 / 9/ une baisse de la taxe de soutien aux énergies renouvelables (EEG-Umlage) payée par les consommateurs. Le principe : si les recettes provenant du prix carbone augmentent, le prix de l’électricité sera davantage réduit.

Impact sur le climat

Pour que la mesure de sortie prématurée de la production à base de houille/lignite en Allemagne ait également un effet positif sur l’Europe, la loi contient une disposition qui permet de retirer les quotas d’émission « libérés » du marché.  En effet, pour obtenir une réduction des émissions de CO2 en Europe il faudrait empêcher l´achat des quotas libérés par d´autres entités. La décision sur la suppression des certificats sera prise dès que possible après l´arrêt définitif de chaque centrale.

Quid de la sécurité d´approvisionnement ?

Deux piliers de la production d’électricité conventionnelle seront supprimés dans les années à venir avec l’abandon progressif de la production d’électricité à base de houille/lignite et du nucléaire.

L´Allemagne perd donc d´un coup plus de 20 GW de moyens pilotables d´ici fin 2022 y compris le nucléaire. A l´horizon 2038, donc en moins de 20 ans, il faudrait même remplacer plus de 50 GW des moyens pilotables par rapport à 2019, c´est-à-dire la moitié de la capacité conventionnelle actuelle.

Au cours de cette transformation, des défis majeurs se manifesteront pour le maintien de la sécurité d’approvisionnement en Allemagne et en Europe. La question est de savoir si l’Allemagne doit être en mesure de satisfaire ses besoins d´électricité dans toutes les situations qui se présentent et dans quelle mesure les importations en provenance de l’étranger peuvent être considérées comme sûres dans des situations critiques (par exemple, un épisode prolongé de production éolienne et solaire quasi nulle, combinée à une demande d´électricité accrue de fin d´automne ou en hiver).

L’Agence fédérale des réseaux sera chargée de surveiller en continu à partir de 2021 que la sécurité de l’approvisionnement soit garantie.

Si lors des 4 examens prévus par le gouvernement la réduction des capacités démontrait une incidence sur la sécurité d’approvisionnement, des mesures appropriées seraient immédiatement prises.

Une mesure pourrait, par exemple, être l’accroissement des réserves en immobilisant une capacité  supplémentaire de « réserve de sécurité » ou de « réserve de soutien du réseau ».

En outre, avant chaque appel d´offres, un contrôle sera effectué pour déterminer si le volume d´appel d’offres destiné à la fermeture est compatible avec la sécurité d’approvisionnement.

En dernier recours, la fermeture de centrales à houille pourrait être suspendue et partiellement ou totalement reportée.

Plusieurs centrales à houille produisent non seulement de l´électricité mais aussi de l´énergie pour le chauffage urbain des zones résidentielles avoisinantes. C´est pourquoi le gouvernement allemand veut modifier la loi sur la cogénération afin que leur contribution soit assurée et renforcée dans le secteur de l’électricité et de la chaleur.  Dans son communiqué de presse du 29.01.2020 /10/, la fédération allemande du secteur de l’énergie et de l’eau (BDEW) attire  l´attention sur le fait qu´il faudrait construire environ 17 GW de centrales à cogénération au gaz d´ici 2030 pour garantir la sécurité d´approvisionnement dans le secteur de l’électricité et de la chaleur.

Dans le projet révisé du plan de développement des réseaux de transport à l´horizon de 2030,  /11/, les gestionnaires des réseaux de transport (GRT) partent de l’hypothèse que la consommation d’électricité pourrait augmenter d’environ 100 TWh par rapport à 2019 et que la puissance de pointe pourrait passer de 82 actuellement à environ 100 GW en raison de nouveaux consommateurs tels que les véhicules électriques, les pompes à chaleur ou des installations « power-to-gas ».

Les GRT ont également identifié, suite à l´arrêt prévu des grandes unités de centrales conventionnelles, une demande de puissance réactive de 38 à 74 GVar d’ici 2030 /12/. Selon les  GRT il faudrait couvrir cette demande en construisant de nouveaux équipements tels que des condensateurs,  des FACTS et des compensateurs synchrones.

Selon le dernier rapport de 2019 du ministère de l´économie et de l´énergie  /13/, la sécurité d´approvisionnement ne serait pas en péril à l´horizon 2030.  L´Allemagne continuerait de bénéficier d’un très haut niveau de sécurité d’approvisionnement au niveau international. L´expertise tient compte de divers scénarios, tels que les différentes conditions météorologiques ou les effets des arrêts imprévus de centrales électriques, y compris la sortie progressive des centrales à charbon/lignite.

Malgré une réduction significative des moyens pilotables conventionnels (environ 80 à 90 GW) dans les pays voisins, le marché européen de l’électricité continuerait à garantir jusqu´à 2030 un degré élevé de sécurité d’approvisionnement et les consommateurs allemands seraient approvisionnés de manière fiable à tout moment.

Références

/1/ Allemagne-Energies (2019) : Allemagne : Une sortie du charbon préconisée d’ici 2038, En ligne : https://allemagne-energies.com/2019/01/27/allemagne-une-sortie-du-charbon-preconisee-dici-2038/

 /2/ BMWi (2020), Kabinett beschließt Kohleausstiegsgesetz, communiqué de presse du 29.1.2020, En ligne : https://www.bmwi.de/Redaktion/DE/Pressemitteilungen/2020/20200129-kabinett-beschliesst-kohleausstiegsgesetz.html

/3/ BMWi (2020) Kohleausstieg und Strukturwandel, En ligne :https://www.bmwi.de/Redaktion/DE/Artikel/Wirtschaft/kohleausstieg-und-strukturwandel.html

/4/ Allemagne-Energies (2019) : Le Conseil des ministres allemand approuve le projet de loi sur les aides fédérales pour accompagner la sortie du charbon, En ligne : https://allemagne-energies.com/2019/09/01/le-conseil-des-ministres-allemand-approuve-le-projet-de-loi-sur-les-aides-federales-pour-accompagner-la-sortie-du-charbon/

/5/ BNetzA (2019) : Kraftwerksliste, En ligne : https://www.bundesnetzagentur.de/DE/Sachgebiete/ElektrizitaetundGas/Unternehmen_Institutionen/Versorgungssicherheit/Erzeugungskapazitaeten/Kraftwerksliste/kraftwerksliste-node.html

/6/ BMWi (2020) communiqué de presse du 16. 01. 2020 , Bund-/Länder-Einigung zum Kohleausstieg, En ligne : https://www.bmwi.de/Redaktion/DE/Downloads/B/bund-laender-einigung-zum-kohleausstieg.pdf?__blob=publicationFile&v=8

/7/ Allemagne-Energies (2019) La mise en service éventuelle d´une nouvelle centrale à charbon en Rhénanie-Westphalie est une pierre d’achoppement, En ligne : https://allemagne-energies.com/2019/11/08/la-mise-en-service-eventuelle-dune-nouvelle-centrale-a-charbon-en-rhenanie-westphalie-est-une-pierre-dachoppement/

 /8/ RWI (2018) : Leibniz-Institut für Wirtschaftsforschung, Strukturdaten für die Kommission „Wachstum, Strukturwandel und Beschäftigung“, Projektbericht für das Bundesministerium für Wirtschaft und Energie (BMWi), Projektnummer 21/18, En ligne : https://www.bmwi.de/Redaktion/DE/Publikationen/Studien/strukturdaten-der-kommission-wachstum-strukturwandel-und-beschaeftigung.pdf?__blob=publicationFile&v=4

/9/ Allemagne-Energies (2019) : Le parlement allemand adopte le programme de protection du climat 2030, En ligne : https://allemagne-energies.com/2019/12/29/le-parlement-allemand-adopte-le-programme-de-protection-du-climat-2030

/10/ BDEW (2020), communiqué de presse du 29.1.2020 : BDEW zum Kohleausstiegsgesetz im Bundeskabinett: Geplante Regelungen zum Steinkohle-Ausstieg wären schwerer Schlag für Stadtwerke und Kommunen. Geplante Ausschreibungsmodalitäten würden insbesondere Stadtwerke in finanzielle Schieflage bringen / Bezahlbare und sichere Wärmeversorgung darf nicht gefährdet werden, En ligne : https://www.bdew.de/presse/presseinformationen/geplante-regelungen-zum-steinkohle-ausstieg-schwerer-schlag-fuer-stadtwerke-und-kommunen/

/11/ BnetzA (2020), communiqué de presse du 17. 01. 2020, Bundesnetzagentur beteiligt Öffentlichkeit am Szenariorahmen Strom 2021-2035, En ligne : https://www.bundesnetzagentur.de/SharedDocs/Downloads/DE/Allgemeines/Presse/Pressemitteilungen/2020/20200117_Szenariorahmen.pdf?__blob=publicationFile&v=2

/12/ Netzentwicklungsplan Strom (2019), Bewertung der Systemstabilität, Begleitdokument zum Netzentwicklungsplan Strom 2030,Version 2019, zweiter Entwurf, En ligne : https://www.netzentwicklungsplan.de/sites/default/files/paragraphs-files/NEP_2030_V2019_2Entwurf_Systemstabilitaet_1.pdf

/13/ BMWi (2019) : Definition and monitoring of security of supply on the European electricity markets, Project No. 047/16, En ligne : https://www.bmwi.de/Redaktion/EN/Publikationen/Studien/definition-and-monitoring-of-security-of-supply-on-the-european-electricity-markets-from-2017-to-2019.html

La mise en service éventuelle d´une nouvelle centrale à charbon en Rhénanie-Westphalie est une pierre d’achoppement

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L´intention de Uniper de mettre en service une nouvelle centrale à charbon en 2020 serait techniquement raisonnable mais représente une gageure en termes de communication. Le Ministre Président de Rhénanie-Westphalie plaide en faveur de la mise en service de la centrale mais aucune décision n´est encore prise par le gouvernement fédéral.

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Centrale à charbon Datteln 4 (source Uniper)

Le site de Datteln en Rhénanie-Westphalie

Le site de Datteln en Rhénanie-Westphalie se compose de 4 centrales à charbon. Les centrales à charbon Datteln, tranches 1 à 3, représentaient une puissance nette totale d´environ 303 MW. Ces centrales n´ont pas seulement fourni de l´électricité mais aussi l´énergie électrique pour le chemin de fer et l´énergie pour le chauffage urbain. Les trois tranches mises en service dans les années soixante ont été déclassées en 2014.

La tranche Datteln 4 a été construite pour remplacer ces trois centrales arrêtées. C’est l’une des centrales au charbon les plus modernes et les plus efficaces en Europe avec un rendement électrique de plus de 45 % et un rendement global allant jusqu’à 60 % grâce à la cogénération /1/.

Sur la puissance de 2400 MWth et de 1100 MWe brute, 413 MW (~ 40%) seront mis à disposition pour l´alimentation électrique des chemins de fer (16,7 Hz) et 642 MW (~ 60%) seront injectés dans le réseau public. En outre, jusqu’à 380 MWth seront utilisés pour la cogénération pour le chauffage urbain ce qui porterait le taux d’utilisation du combustible à 60%.

La centrale Datteln 4, qui aurait dû démarrer en 2011, a pris beaucoup de retard à cause des interminables litiges juridiques et de pannes techniques.

Environ 1,5 milliard d’Euros ont été investis dans cette centrale à charbon. La date de mise en service est maintenant programmée pour courant 2020.

Quels sont les intérêts d’Uniper ?

La nouvelle centrale fournira l´électricité non seulement pour le réseau public mais aussi pour le chemin de fer allemand (Deutsche Bahn) et en outre l´énergie pour le chauffage urbain des zones résidentielles avoisinantes.

Une centrale au charbon moderne comme Datteln 4 consomme un bon cinquième de charbon en moins et émet grâce à son rendement supérieur environ 20% de CO2 en moins qu´une vieille centrale à charbon.  Comme la consommation d’électricité en Allemagne stagne, Datteln 4 écartera du marché spot (merit order) d´autres centrales à charbon ayant un rendement inférieur. Ainsi, les émissions de CO2 diminueraient compte tenu de l´éviction des centrales au charbon plus polluantes et moins compétitives.

La mise en service de la nouvelle centrale en 2020 ne modifierait pas la date de sortie du charbon, soit 2038, mais Uniper pourrait s´assurer un revenu pendant au moins quelques années.

Où est le problème ?

Il existe actuellement 18,9 GW de centrales au lignite et 21,4 GW de centrales au charbon sur le réseau. En outre, 2,3 GW de centrales au charbon sont en réserve et 1,9 GW de centrales au lignite sont en réserve sécurité. Une centrale au charbon de 1,1 GW (Datteln 4) est actuellement en construction. Donc au total 45,6 GW disponibles en 2020 si Datteln 4 était connectée au réseau.

Une Commission gouvernementale, aussi appelée « Commission Charbon », a préconisé début 2019 que la production d’électricité à partir du lignite et de la houille soit progressivement réduite, de sorte que la capacité des centrales sur le réseau en 2022 sera d’environ 30 GW (15 GW de lignite et 15 GW de houille), 17 en 2030 (9 GW de lignite et 8 GW de houille) et zéro GW au plus tard à la fin 2038 /2/.

De plus la « Commission charbon » avait recommandé qu’une solution soit trouvée avec les exploitants afin que les centrales à charbon en construction ne puissent plus être raccordées au réseau. Cela ne s’appliquerait en fait qu’à une seule centrale : Datteln 4.

La « Commission Charbon » a ainsi répondu en particulier aux préoccupations exprimées par les groupes environnementaux. Ces groupes sont bien entendu contre une mise en service considérée comme une « attaque » contre le compromis laborieusement négocié par la « Commission Charbon ».

Dans le débat actuel sur le climat et compte tenu des recommandations de la commission charbon, toute nouvelle mise en service d´une centrale à charbon représente une gageure en communication pour le gouvernement. Si la nouvelle centrale à charbon d´Uniper devait être raccordée au réseau, ce serait exactement le contraire de ce que la « Commission Charbon » avait recommandé.

Aucune prise de position officielle du gouvernement fédéral pour l´instant

Cette tranche pouvant fonctionner pendant très longtemps, le gouvernement allemand devrait payer une compensation élevée pour empêcher la mise au réseau de Datteln 4. Au lieu de cela, l´autorisation d´une mise service de cette centrale pourrait même être présentée comme raisonnable en termes de politique climatique sans toucher à la date de sortie du charbon, soit 2038 : une centrale au charbon moderne est comparativement plus propre (-20% d´émissions CO2) qu’une vieille centrale au charbon. Bien sûr, à condition que les vieilles centrales soient déclassées à un rythme accéléré.

Actuellement, côté du ministre fédéral de l´Économie et de l´Énergie aucune décision n´est prise concernant la mise en service de la nouvelle tranche. Le gouvernement fédéral n’a pas non plus présenté le projet de loi sur la sortie progressive du charbon promis pour fin 2019 au plus tard.

Référence

/1/ Uniper (2019) Kraftwerk Datteln 4, https://www.uniper.energy/de/datteln-4

/2/ Allemagne-Energies (2019) Allemagne : Une sortie du charbon préconisée d’ici 2038. En ligne : https://allemagne-energies.com/2019/01/27/allemagne-une-sortie-du-charbon-preconisee-dici-2038/.

Le Conseil des ministres allemand approuve le projet de loi sur les aides fédérales pour accompagner la sortie du charbon

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Mine à ciel ouvert de lignite à Hambach en Rhénanie-Westphalie (source RWE)

Temps de lecture : 4 min

Adopté par le Conseil des ministres le 28.8.2019, le projet de loi sur les aides fédérales vise un soutien structurel avec 40 milliards d’euros jusqu’en 2038 aux régions lignitifères de la Rhénanie-Westphalie, du Brandebourg, de la Saxe et de la Saxe-Anhalt en vue de la fermeture de leurs centrales au lignite. 

Le projet de loi /1/ met en œuvre les recommandations de janvier 2019 /2/ de la Commission « Croissance, Changement structurel et Emploi », également appelée « Commission Charbon ». L’objectif de la loi est de préserver et d’étendre les emplois, de garantir durablement la qualité de vie des habitants de ces régions et, dans le même temps, d’apporter une contribution importante à la protection du climat en supprimant progressivement la production d’électricité à base de charbon/lignite.

Pour accompagner les restructurations des régions touchées, elles bénéficieront d’une aide financière pouvant atteindre 14 milliards d’euros d’ici 2038 pour des investissements particulièrement importants. Les régions pourront utiliser cette aide financière pour stimuler l’économie dans un large éventail de domaines, tels que les infrastructures liées aux entreprises, à l’amélioration des transports publics et de la mobilité, à l’internet haut débit, à la protection de l’environnement et des paysages.

D’autre part, le gouvernement fédéral soutiendra les régions à hauteur de 26 milliards d’euros par d’autres mesures relevant de sa propre responsabilité, telles que l’extension des programmes de recherche et de financement ou la création d’institutions fédérales. En outre, le gouvernement fédéral souhaite développer plus rapidement les infrastructures de transport des régions.

Des sites de centrales à charbon (houille) dans différentes régions structurellement faibles ainsi que l´ancien bassin minier de lignite d’Helmstedt en Basse-Saxe seront également soutenus par des fonds fédéraux avec 1,09 milliards d´Euros jusqu’en 2038.

Cependant, rien n’a encore été décidé. La loi doit encore être adoptée par le Parlement et le Conseil Fédéral des Länder, où  critiques et  souhaits d’élargissement ne manqueront pas. En outre, la loi sur les aides fédérales est liée à une autre loi. Ce n’est que lorsque cette loi sur la sortie du charbon/lignite en tant que telle aura été décidée que la loi sur les aides fédérales entrera en vigueur.

Le Ministère Fédéral de l´Économie et de l´Énergie a publié début juillet 2019 le cadre et les prochaines étapes de la législation sur la sortie du charbon et du lignite /3/. On s’attend à ce que le gouvernement établisse un projet de loi d’ici fin 2019.

Le gouvernement négocie à présent avec les exploitants de centrales à lignite sur les conditions de fermeture. Les énergéticiens attendent des compensations financières pour la fermeture prématurée de leurs centrales.

La sortie des centrales à charbon (houille) suivra un autre processus avec appels d’offres dans un premier temps/3/. Les exploitants de centrales à charbon peuvent proposer un prix pour l´arrêt définitif de leurs centrales. L’adjudication sera attribuée à ceux qui soumissionnent au coût le plus bas par émission de CO2. Cela permettra d’économiser les émissions de CO2 à moindre coût.

Références

/1/ BMWi (2019), Communiqué de presse du 28.08.2019 : Altmaier: „Mit Sturkturstärkungsgesetz sichern wir Strukturförderung von Kohleregionen bis 2038“, https://www.bmwi.de/Redaktion/DE/Pressemitteilungen/2019/2019-08-28-altmaier-mit-sturkturstaerkungsgesetz-sichern-wir-strukturfoerderung-von-kohleregionen-bis-2038.html

/2/ Allemagne-Énergies (2019) : « Allemagne : Une sortie du charbon préconisée d’ici 2038″, https://allemagne-energies.com/2019/01/27/allemagne-une-sortie-du-charbon-preconisee-dici-2038/

/3/ BMWi (2019) : « Rahmen und nächste Schritte für die Kohleausstiegsgesetzgebung », https://www.bmwi.de/Redaktion/DE/Downloads/P-R/rahmen-und-naechste-schritte-kohleausstiegsgesetzgebung.pdf?__blob=publicationFile&v=10