Chiffres clés du climat 2018 : l´Allemagne atteindrait son objectif 2020 à seulement 80%

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  • Le rapport 2018 des « Chiffres clés du climat »  (Klimaschutzbericht 2018) confirme que seule une réduction de 32% de gaz à effet de serre (GES) au lieu de 40 % sera atteinte d´ici 2020 par rapport à 1990
  • L´ objectif 2020 de réduction de gaz à effet de serre, mesure phare du tournant énergétique, est donc hors de portée et serait atteint à seulement 80%

Le 6 février 2019, le gouvernement allemand a adopté le rapport 2018 des « Chiffres clés du climat » (Klimaschutzbericht 2018) /1/, /2/. Ce  rapport confirme la prévision du rapport précédent /3/ selon lequel l´Allemagne manquera son objectif de réduire ses émissions de GES de 40%  d’ici 2020 par rapport à 1990. Seule une réduction de 32% sera atteinte.

En 2017 la réduction réalisée était de 27,5% par rapport à 1990.  Des progrès sont encore prévus dans le secteur d´énergie grâce, entre autres, à la reforme du système d’échange de quotas d’émission de l’UE. Cependant  la hausse des émissions dans les secteurs du transport et du bâtiment annule cet effet.

Les mesures complémentaires décidées en 2014 /3/ n´ont pas produit le résultat souhaité. Les mesures adoptées à l´époque  n’économisent que 43 à 56 Mt CO2éq au lieu de 62 à 78 Mt CO2éq  initialement envisagés.

Le gouvernement vise maintenant une réduction des émissions de 55% par rapport à 1990 d´ici 2030. Il est prévu que le gouvernement mette tout en œuvre pour réduire encore l´écart par rapport à l´objectif 2020 et pour assurer que l’objectif 2030 soit atteint.

La « Commission Charbon » a émis récemment son rapport avec des propositions pour atteindre les objectifs en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre d´ici 2030 / 4/.

Références

/1/ BMU , communiqué de presse du 6 février 2019 : « Kabinett billigt Klimaschutzbericht 2018 », https://www.bmu.de/pressemitteilung/kabinett-billigt-klimaschutzbericht-2018/

/2/ BMU : « Klimaschutzbericht 2018 zum Aktionsprogramm Klimaschutz 2020 der Bundesregierung », 2019, https://www.bmu.de/download/klimaschutzbericht-2018/

/3/ Allemagne-Energies : « Chiffres clés du climat 2017 en Allemagne », 2018, https://allemagne-energies.com/2018/06/14/chiffres-cles-du-climat-2017-en-allemagne/

/4/ Allemagne-Energies : Allemagne : Une sortie du charbon préconisée d’ici 2038, 2019, https://allemagne-energies.com/2019/01/27/allemagne-une-sortie-du-charbon-preconisee-dici-2038/

Allemagne : Une sortie du charbon préconisée d’ici 2038

Temps de lecture 3 – 4 min

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Après des mois d’âpres négociations et une dernière séance marathon jusqu’à samedi 26.1.2019, la « Commission Charbon » préconise la sortie progressive des centrales au charbon et au lignite d´ici 2038 au plus tard pour atteindre les objectifs en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. La décision finale sur la suite à donner sera prise par le gouvernement allemand très vraisemblablement courant 2019

La « Commission Croissance, Changement structurel et Emploi », également appelée « Commission Charbon » a été créée par le gouvernement allemand en juin 2018,  pour émettre des propositions sur la sortie progressive de la production d’électricité à base de charbon et de lignite (Allemagne-Energies 2018b).

Censés initialement rendre leurs conclusions en décembre 2018, les membres de cette Commission composée d’experts, de représentants des employeurs et salariés du secteur, et d’ONG de défense de l’environnement, sont finalement parvenus à un accord le 26.1.2019 après une dernière séance marathon.

En résumé, la Commission préconise  (BMWi 2019) :

  • Sortie progressive du charbon et du lignite pour produire de l’électricité d´ici 2038 (la date butée sera avancée à 2035 si les conditions le permettent, décision en 2032)
  • D’ici 2022 une capacité de 12,5 GW doit être fermée dont plusieurs centrales au lignite.
  • Jusqu’en 2030 suivront d’autres centrales et seule une capacité de 17 GW restera au réseau.

La Commission préconise d´évaluer régulièrement l’efficacité de la mise en œuvre des mesures et propose 2023, 2026 et 2029 comme échéances pour le réexamen. Une adaptation des mesures serait le cas échéant nécessaire en fonction des résultats de l’évaluation.

Le rapport de la Commission sera maintenant examiné par les « Länder » et le gouvernement allemand. La décision finale sur la suite à donner sera prise par le gouvernement allemand et aboutira à une loi. On s’attend à ce que le gouvernement se prononce courant 2019.

La sortie du charbon coutera des dizaines de milliards d´Euros

Compte tenu des dizaines de milliers d’emplois directement ou indirectement liés à la production de lignite et de charbon, la commission propose des aides fédérales aux régions charbonnières pour un montant total de 40 milliards d’euros au cours des 20 prochaines années.

La sortie accélérée du charbon conduirait à une augmentation significative du prix du kWh pour tous les consommateurs. A partir de 2023, une aide évaluée à 2 milliards d’Euros par an serait destinée à l´industrie et aux consommateurs affectés par la hausse des prix du kWh. Une réduction du tarif d´acheminement ou une mesure adéquate est envisagée.

De plus, les énergéticiens peuvent compter sur une indemnisation pour un arrêt prématuré de leurs centrales.

La sortie du charbon aggrave le désavantage de l´Allemagne pour l’industrie électro-intensive. Elle est actuellement protégée sous la forme d´un dégrèvement partiel du soutien aux énergies renouvelables et conserve un tarif compétitif ayant pour but de préserver la compétitivité internationale. La disposition arrive à échéance en 2020. Selon la Commission Charbon, le gouvernement devrait intervenir pour obtenir une prolongation auprès de la Commission européenne.

Impact sur le climat en Europe

Le grand nombre de quotas d’émission disponibles suite à la sortie prématurée de la production à base de charbon/lignite en Allemagne peut conduire à une distorsion du système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne (EU ETS). Pour obtenir une réduction des émissions de CO2 en Europe il faudrait empêcher l´achat des quotas libérés par d´autres entités opérant sur le marché du carbone. Une possibilité serait de retirer ces quotas d’émission du marché. Bien que cela conduise à une perte de recettes pour l´Allemagne, la proposition de la Commission charbon va dans ce sens.

Le casse-tête de la sécurité de l´approvisionnement

Fin 2018, l´Allemagne disposait d´une capacité de 45 GW de centrales au charbon et lignite ayant produit 229 TWh (35% de la production totale) et d´une capacité de 9,5 GW nucléaire ayant produit 76 TWh (12 % de la production totale ) en 2018 (Allemagne-Energies 2019).

Avec la sortie définitive du nucléaire programmée pour fin 2022 et la décision  d´arrêter en même temps une capacité de 12,5 GW de capacité charbon/lignite, l´Allemagne perd d´un coup 22 GW de moyens pilotables et d’ici 2030 encore 16 GW supplémentaires.

Le gouvernement vise une part de 65% d´énergies renouvelables à la consommation d´ici 2030 en s´appuyant notamment sur les énergies fatales. Mais en l’absence de moyens de stockage d´énergie appropriés, il ne s´agit pas d´un remplacement qualitativement comparable compte tenu de la volatilité de production des énergies fatales.

La fédération des entreprises de l’énergie BDEW salue les propositions de la Commission car elles offrent ainsi une sécurité de planification à long terme pour l´industrie (BDEW 2019).

Mais la fédération pointe le doigt sur le fait que la réduction des moyens pilotables d´ici 2022 nécessite des investissements rapides pour garantir la sécurité d´approvisionnement. Il faudrait remplacer en cas de nécessité les centrales à charbon et lignite par des centrales CCG et/ou la cogénération moins émettrices en CO2. Mais cela suppose la mise en place d’incitations efficaces en faveur d´investissements dans des nouvelles centrales.

Les quatre GRT allemands ont publié le 24.1.2019 les bilans prévisionnels de l’équilibre offre-demande 2017 – 2021 (GRT 2019). Ils utilisent une approche déterministe conservative et accordent une disponibilité  de 0% au photovoltaïque et de 1% à l´éolien pour la gestion des périodes de pointe pouvant atteindre une demande de ~ 82 GW en 2021. Avec cette hypothèse le pays pourrait déjà faire face à un déficit d’approvisionnement en électricité de 5,5 GW en 2021, hors importation. Le bilan des GRT ne tient pas encore compte des propositions de la Commission Charbon.

Certes, le bilan prévisionnel des GRT est une démarche théorique et suppose la simultanéité d’événements relativement improbables d´une situation de pointe combinée avec une production extrêmement faible d’énergies renouvelables et ne tient pas compte des importations possibles dans une situation difficile.  Mais dans de nombreux pays européens on constate actuellement une tendance identique à réduire les capacités des centrales thermiques concomitamment au développement massif des énergies renouvelables intermittentes.

A titre d´exemple, la France compte fermer d´ici 2022 les quatre centrales à charbon encore en fonctionnement (3 GW), selon le projet de la programmation pluriannuelle (MTES 2019). La feuille de route prévoit ensuite la fermeture de 14 réacteurs nucléaires (sur 58) d’ici 2035.

Ce n’est donc pas sans raison que 10 associations professionnelles du secteur de l’électricité ont lancé en octobre 2018 un appel commun pour assurer la sécurité d´approvisionnement en Europe (Allemagne-Energies 2018a). Si les gouvernements n’apportent pas de corrections, la solidarité actuelle entre les pays pour se secourir en situation de pointe extrême serait en péril d’ici quelques années.

Selon la Commission, la sortie de la production à base du charbon doit être menée en continuant à garantir le niveau de sécurité d’approvisionnement sans recours aux importations. En effet, malgré les possibilités de secours inter-frontaliers, la responsabilité pour la sécurité de l´approvisionnement est avant tout l´affaire de chaque pays. La politique énergétique des autres pays européens peut changer et l´évolution des capacités de production des pays voisin est difficile à apprécier.

Le dispositif des « capacités de réserve » est considéré comme approprié pour le maintien de la stabilité du système électrique. Pour mémoire ces centrales de réserve ne sont pas autorisées à participer au marché de production mais seront uniquement employées à la demande des gestionnaires de réseaux (Allemagne-Energies 2018c).

De plus, la Commission préconise le développement de la cogénération et l´accélération des procédures pour la construction des nouvelles centrales CCG.

Bibliographie

Allemagne-Energies (2018a) Dix associations professionnelles du secteur de l’électricité signent un appel commun pour assurer la sécurité d´approvisionnement en Europe. En ligne : https://allemagne-energies.com/2018/10/10/dix-associations-professionnelles-du-secteur-de-lelectricite-signent-un-appel-commun-pour-assurer-la-securite-dapprovisionnement-en-europe/.

Allemagne-Energies (2018b) Le gouvernement allemand crée une commission devant émettre des propositions pour la sortie progressive de la production d’électricité à base de charbon et de lignite. En ligne : https://allemagne-energies.com/2018/06/12/le-gouvernement-allemand-cree-une-commission-devant-emettre-des-propositions-pour-la-sortie-progressive-de-la-production-delectricite-a-base-de-charbon-et-de-lignite/.

Allemagne-Energies (2018c) Pour les hivers 2018-2019 et 2019-2020, l´agence fédérale des réseaux évalue à 6,6 GW la capacité de réserve des centrales thermiques à flamme. En ligne : https://allemagne-energies.com/2018/05/17/pour-les-hivers-2018-2019-et-2019-2020-lagence-federale-des-reseaux-evalue-a-66-gw-la-capacite-de-reserve-des-centrales-thermiques-a-flamme/.

Allemagne-Energies (2019) Le paysage énergétique allemand en 2018. En ligne : https://allemagne-energies.com/2019/01/07/le-paysage-energetique-allemand-en-2018/.

BDEW (2019) Abschluss der Kommission „Wachstum, Strukturwandel und Beschäftigung. Kommission schafft Planungssicherheit für Energiewirtschaft. Bundesverband der Energie- und Wasserwirtschaft. En ligne : https://www.bdew.de/presse/presseinformationen/kommission-schafft-planungssicherheit-fuer-energiewirtschaft/.

BMWi (2019) Abschlussbericht. Kommission „Wachstum, Strukturwandel und Beschäftigung“. Bundesministerium für Wirtschaft und Energie. En ligne : https://www.kommission-wsb.de/WSB/Redaktion/DE/Downloads/abschlussbericht-kommission-wachstum-strukturwandel-und-beschaeftigung.pdf?__blob=publicationFile&v=4.

GRT (2019) Leistungsbilanzbericht. Bericht der deutschen Übertragungsnetzbetreiber zur Leistungsbilanz 2017-2021. Gestionnaires de réseau de transport allemand. En ligne : https://www.netztransparenz.de/Weitere-Veroeffentlichungen/Leistungsbilanzbericht.

MTES (2019) Synthèse : Stratégie française pour l´énergie et le climat. Programmation pluriannuelle de l´énergie 2019-2023 et 2024-2028. Ministère de la Transition écologique et solidaire. En ligne : https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/Synth%C3%A8se%20finale%20Projet%20de%20PPE.pdf.

 

 

Le paysage énergétique allemand en 2018

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Temps de lecture 5 – 6 min

Selon les statistiques provisoires /1/,/2/,/3/ et /5/, l’évolution énergétique en Allemagne sur 2018 se caractérise comme suit :

  • La consommation énergétique (énergie primaire) a baissé de 5% par rapport à 2017.
  • la production brute d´électricité s´élève à ~ 649 TWh, légèrement inférieure par rapport à 2017 (~ 654 TWh), la consommation d´électricité se maintient au niveau de 2017 (~ 599 TWh)
  • la part des filières renouvelables augmente de deux points à 35% de la production brute, leur capacité installée atteint 120 GW
  • la part de production à base des énergies fossiles (fioul, gaz, charbon et lignite) est en recul, la production du nucléaire se maintient au niveau de 2017 (~ 76 TWh )
  • Le solde exportateur est avec 50 TWh en léger recul par rapport à 2017 (55 TWh)
  • Les émissions de gaz à effet de serre sont en recul d´au moins 6%

Bien que les données citées en référence soient encore provisoires, elles permettent de faire une première constatation du paysage énergétique allemand en 2018

Consommation énergétique

Selon les calculs préliminaires /1/, la consommation d´énergie primaire a baissé de 5 % par rapport à l´année précédente à 308,1 Mtep (2017 : 324,3 Mtep) grâce à une réduction de la consommation d´énergies fossiles (fioul, gaz, charbon et lignite).

La baisse de la consommation d´énergie primaire s’explique par la hausse des prix des produits pétroliers, les températures particulièrement douces observées durant toute l’année et une amélioration de l’efficacité énergétique. De plus, les effets haussiers de la consommation énergétique tels que l´économie et la croissance démographique ont été négligeables.

Malgré le recul des énergies fossiles, elles couvrent presque 80 % de la consommation d´énergie primaire du pays, l’énergie nucléaire représente 6,4 % et les énergies renouvelables 14,0 % (voir figure 1).

fig 1energie primaire
Figure 1 : Consommation d´énergie primaire

Néanmoins, l´objectif de la transition énergétique de réduire la consommation d´énergie primaire à 271 Mtep d´ici 2020 (- 20% par rapport à 2008) ne sera très vraisemblablement pas atteint. Selon /6/ une réduction d´environ 11% d´ici 2020 parait vraisemblable.

Production et consommation d´électricité

Selon /2/, la production brute d’électricité allemande est avec 648,9 TWh en léger recul par rapport à 2017 (653,7 TWh). La consommation brute intérieure se maintient avec 598,9 TWh pratiquement au même niveau qu´en 2017 (598,7 TWh)

Les filières renouvelables progressent de presque 6 % à 228,7 TWh (2017 : 216,3 TWh) pour représenter 35,2 % (2017 : 33,1 %) de la production brute (voir figure 2) dont une très forte part de sources intermittentes (éolien et photovoltaïque).

Sous l´hypothèse que l´électricité produite à base d´énergies renouvelables est entièrement affectée à la consommation brute (599 TWh), leur part dépasse les 38% (2017 : 36,1%).

En citant une communication de Fraunhofer ISE /13/, la presse allemande affirme que la part des énergies renouvelables aurait été 40,4 % en 2018. En effet, si l´on utilise comme base de calcul la production nette injectée dans le réseau public (542,5 TWh) tout en supprimant l´autoproduction de l´industrie (environ 10 % de la production totale) et les pertes de réseau, on arrive à ce résultat. Cela revient à surévaluer systématiquement la part des énergies renouvelables en mettant leur production en rapport avec seulement une partie de la production totale /14/.

Le gouvernement allemand ne s´appuie pas sur les calculs de Fraunhofer ISE mais utilise comme objectif la part des énergies renouvelables à la consommation brute nationale.

Ce faisant, on utilise l´hypothèse que l´électricité produite à base d´énergies renouvelables est entièrement consommée en Allemagne et seule l´électricité produite à base de centrales conventionnelles est exportée. De facto, cela ne correspond pas à la réalité et donne l’impression d´une part des énergies renouvelables supérieure à la réalité.

L´objectif 2020 du gouvernement d´une part de 35% à la consommation brute étant déjà dépassé, le nouvel objectif est maintenant une part de 65 % d´ici 2030 nécessiterait encore une accélération du développement des énergies renouvelables /5/ .

fig 2 production electricite 2018
Figure 2 : Production brute d´électricité en 2018 /1/

L´éolien terrestre apporte la plus grande contribution à la production brute avec 93,9 TWh,  représentant soit une augmentation d’environ 6,8 % par rapport à 2017 (87,9 TWh). Les bioénergies (biomasse, déchets) venant en second lieu avec 52 TWh (2017 : 51 TWh). Le photovoltaïque arrive à 46,3 TWh (2017 : 39,4 TWh) et connait avec 17,5% la croissance la plus forte. L´éolien offshore augmente de 9,6 % à 19,4 TWh (2017 : 17,7 TWh). Seule l´hydroélectricité, 16,9 TWh (2017 : 20,2 TWh), est en baisse de 16% pour cause de sécheresse persistante en 2018.

Le lignite se maintient avec 146,0 TWh presque au même niveau qu´en 2017 (148,4 TWh), en revanche la production à base de charbon marque une forte baisse (-11,3%) à 83 TWh ( 2017 : 93,6 TWh) notamment à cause de la hausse du prix du CO2 européen (prix 2018 : 15 €/t CO2 en moyen). La récente réforme du système d’échange de quotas d’émissions (ETS) semble montrer le premier effet.

L’électricité allemande reste très dépendante des combustibles fossiles (lignite, charbon, gaz et fioul) qui produisent pas loin de la moitié de l´électricité (voir tableau).

tabeau 2017_2018_1
Tableau : Production brute d´électricité [TWh] selon AG Energiebilanzen /2/
Mais contrairement aux idées reçues, la production à base de charbon et lignite est en baisse continue depuis plusieurs années et rattrapée par les énergies renouvelables en 2018 (voir figure 3).

fig 3 evolution production electricite 2009-2018
Figure 3 : Evolution de la production brute des différentes filières depuis 2009 /1/

Le nucléaire se maintient avec ∼ 76 TWh au même niveau qu´en 2017 grâce à une disponibilité accrue ayant compensé l´arrêt définitif de la tranche B (1344 MWe) de la centrale nucléaire de Gundremmingen fin 2017. La production à base de gaz est avec 83 TWh en léger recul  (2017 : 87 TWh) notamment à cause d´une augmentation du prix d´importation du gaz.

Selon l’objectif de la transition énergétique, les allemands devraient réduire leur consommation d’électricité de 10 % d’ici 2020 par rapport à 2008. Après une baisse considérable lors de la crise économique en 2008/2009, la consommation a dépassé à nouveau les 600 TWh  et stagne depuis autour de cette valeur. Avec seulement – 3 % réalisé fin 2018, l’objectif de 2020 est bien loin (voir figure 4). Selon /6/, une réduction autour de 5% d´ici 2020 pourrait être atteinte.

fig 4 evolution conso electricite 2009-2018
Figure 4 : Evolution de la consommation brute d´électricité depuis 2008

Puissance installée

Selon /3/, la puissance installée des énergies renouvelables a augmenté de plus de 7 GW à 120 GW en 2018, dont 3,8 GW éolien et 3,4 GW photovoltaïque. Le parc d´énergies renouvelables fatales dépasse maintenant les 105 GW

Le parc conventionnel est en léger recul d´environ 2 GW notamment en raison de  l´arrêt définitif de la tranche B (1344 MWe) de la centrale nucléaire de Gundremmingen fin 2017 (voir figure 5)

fig 5 puissance installee 2017_2018_1
Figure 5: Puissance installée en 2017 et 2018

Échanges transfrontaliers d’électricité

En 2018, le solde exportateur est avec 50 TWh en légère baisse (2017 : 55 TWh). Au total l´Allemagne a exporté 81 TWh et importé 31 TWh. Il s´agit des échanges physiques. Le solde est calculé par la différence entre l’énergie exportée et l’énergie importée aux frontières entre le réseau allemand et les pays frontaliers.

fig 6 solde echanges
Figure 6 : Export et import (échanges physiques) en TWh selon /1/

Evolution des prix spot et des prix négatifs

La hausse du prix du CO2 européen et l´augmentation du coût de combustible ont conduit en 2018 à une augmentation significative d´environ 30%  du prix spot sur le marché par rapport à 2017 /3/.

fig 7 prix spot 2011_2018
Figure 7 : Evolution des prix sur le marché spot (EEX) selon /7/ (2011-2017) et /3/ (2018)

Malgré l´augmentation du prix du CO2, les centrales à lignite restent de loin la forme la plus avantageuse de production d´électricité à base de combustible fossile (~ 22 €/MWh contre ~ 37 €/MWh pour une centrale à cycle combiné Gaz récente).

Les prix négatifs ont été introduits pour la première fois en 2008 à la bourse EPEX Spot pour inciter  la «flexibilisation » du système électrique identifiée comme un vecteur majeur de la réussite de la transition énergétique, notamment pour prendre en compte le caractère intermittent des énergies renouvelables. Les prix négatifs sont encore des épisodes relativement rares car il faut la survenue concomitante de  plusieurs facteurs. On observe principalement des prix négatifs lorsque les productions renouvelables fatales (éolien et solaire) couvrent une part importante de la consommation pendant les creux de consommation (nuit, jour férié, week-end…) en raison de capacités de production conventionnelles difficilement modulables.

Depuis 2015 le nombre de pas horaires avec des prix négatifs a fortement augmenté et reste élevé en 2018 (voir figure 8).

fig 8 prix negatif
Figure 8 : nombre de pas horaires (marché Day Ahead) et quarts d´heures (marché Intraday) à la bourse EPEX spot selon /3/

Émissions de gaz à effet de serre

Selon les estimations /1/,/3/ et /11/, les émissions de gaz à effet de serre en 2018 sont  en recul d´au moins 6% (environ 50 Mt CO2éq) par rapport à 2017 principalement grâce à la baisse de la consommation énergétique (voir plus haut). Les émissions pourraient donc à nouveau augmenter en 2019 si la météo est moins clémente qu´en 2018.

Les émissions de la production d´électricité ont baissé d´environ 11 Mt CO2éq. La raison principale est la baisse de la production à base de charbon déjà mentionnée plus haut.

fig 9 emission 2018
Figure 9 : Évolution des émissions allemandes en millions de tonnes de CO2 éq par an (données 1990 à 2017 selon /9/, estimation pour 2018 selon /1/, /3/ et /11/)

Néanmoins le mix électrique est encore très carboné, les émissions de CO2 du secteur électrique allemand atteignaient environ 490 gCO2 /kWh en 2017 /9/ soit une production électrique 9 fois plus émettrice qu’en France (53 gCO2/kWh produits selon /10/).

Selon les mesures phares de la transition énergétique, l’Allemagne prévoit de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici 2020 par rapport à 1990. Cet objectif est hors de portée. Au mieux, une réduction entre 30% et 34 % pourrait être atteinte d´ici 2020 selon /5/. Le problème est notamment que les émissions des secteurs bâtiment, chaleur et refroidissement ainsi que le transport ne baissent pas suffisamment.

Partant de la constatation qu’il n´est plus possible d’atteindre l´objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre, il est prévu de combler l´écart au mieux. Une commission a été mise en place en juin 2018 /8/ qui devait entre autres proposer en décembre 2018 des mesures pour réduire l´écart par rapport à l´objectif 2020, mais leur rapport a pris du retard.

Les émissions du secteur de l´électricité correspondent à un peu moins d´un tiers des émissions totales. La décarbonation du mix électrique nécessiterait la réduction et à terme l’abandon du charbon et lignite pour la production d’électricité.

La tache est difficile, alors que l´Allemagne perd déjà presque 12% de sa production d´électricité bas carbone d´ici fin 2022 avec la sortie du nucléaire. Malgré la baisse continue depuis plusieurs années de sa production, le couple charbon/lignite représente toujours une part de plus de 35%.

L´Allemagne prévoit de presque doubler la part actuelle des énergies renouvelables d´ici 2030 à 65% et mise notamment sur l´éolien et le photovoltaïque. Mais ces énergies fatales ne sont pas en mesure d´assurer à elles seules la sécurité de l´approvisionnement. En l´absence de solutions de stockage massif d´énergie, la variabilité de ces énergies fatales nécessite le maintien en backup des moyens pilotables adaptés aux variations rapides de la production comme les centrales à cycles combinés au gaz et des turbines à combustion et/ou l´ importation accrue d´électricité des pays voisins.  La mutualisation des moyens de secours entre plusieurs pays suppose une politique commune et des règles strictes sur le dimensionnement des moyens pilotables. Mais en dépit d’objectifs communs, chaque État continue de déterminer son propre mix /12/.

La commission citée plus haut a pour mission principale d’élaborer une stratégie, un calendrier et une date de sortie du charbon et lignite. Le rapport final est attendu pour février 2019.

Références

/1/        Arbeitsgemeinschaft Energiebilanzen, communiqué de presse N° 5/2018 du 19.12.2018 : « Energieverbrauch 2018 deutlich gesunken », http://www.ag-energiebilanzen.de/

/2/        Arbeitsgemeinschaft Energiebilanzen (14.12.2018) . « Bruttostromerzeugung in Deutschland ab 1990 nach Energieträgern », http://www.ag-energiebilanzen.de/

/3/        Agora Energiewende (2019) : « Die Energiewende im Stromsektor: Stand der Dinge 2018. Rückblick auf die wesentlichen Entwicklungen sowie Ausblick auf 2019. https://www.agora-energiewende.de/fileadmin2/Projekte/2018/Jahresauswertung_2018/125_Agora-JAW-2018_WEB.pdf

/4/        BMWi : « Zeitreihen zur Entwicklung der erneuerbaren Energien in Deutschland », 12/2018, https://www.erneuerbare-energien.de/EE/Navigation/DE/Service/Erneuerbare_Energien_in_Zahlen/Zeitreihen/zeitreihen.html

/5/        BDEW , communiqué de presse du 13.12.2018: „Rekord: Erneuerbare decken 38 Prozent des Stromverbrauchs“, https://www.bdew.de/presse/presseinformationen/rekord-erneuerbare-decken-38-prozent-des-stromverbrauchs/

/6/        Bundesministerium für Wirtschaft und Energie (BMWi) : « Wirkung der Maßnahmen der Bundesregierung innerhalb der Zielarchitektur zum Umbau der Energieversorgung » , Studie im Auftrag des Bundesministeriums für Wirtschaft und Energie, 13 juillet 2018, https://www.bmwi.de/Redaktion/DE/Publikationen/Studien/wirkung-der-massnahmen-der-bundesregierung-innerhalb-der-zielarchitektur-zum-umbau-der-energieversorgung.pdf?__blob=publicationFile&v=4

/7/        Bundesnetzagentur : Rapport Monitoring 2018, 21.11.2018, https://www.bundesnetzagentur.de/SharedDocs/Downloads/DE/Allgemeines/Bundesnetzagentur/Publikationen/Berichte/2018/Monitoringbericht_Energie2018.pdf?__blob=publicationFile&v=3

/8/        Le gouvernement allemand crée une commission devant émettre des propositions pour la sortie progressive de la production d’électricité à base de charbon et de lignite, https://allemagne-energies.com/2018/06/12/le-gouvernement-allemand-cree-une-commission-devant-emettre-des-propositions-pour-la-sortie-progressive-de-la-production-delectricite-a-base-de-charbon-et-de-lignite/

/9/        Umweltbundesamt  (UBA), Treibhausgas-Emissionen, https://www.umweltbundesamt.de/themen/klima-energie/treibhausgas-emissionen

/10/      RTE : Bilan électrique français 2017,  bilan-electrique-2017.rte-france.com

/11/      BDEW communiqué de presse du 19.12.2018, « CO2-Emission der Energiewirtschaft sinken 2018 um 11 Millionen Tonnen », https://www.bdew.de/presse/presseinformationen/co2-emissionen-der-energiewirtschaft-sinken-2018-um-11-millionen-tonnen/

/12/      Dix associations professionnelles du secteur de l’électricité signent un appel commun pour assurer la sécurité d´approvisionnement en Europe, https://allemagne-energies.com/2018/10/10/dix-associations-professionnelles-du-secteur-de-lelectricite-signent-un-appel-commun-pour-assurer-la-securite-dapprovisionnement-en-europe/

/13/      Fraunhofer ISE .  » Öffentliche Nettostromerzeugung in Deutschland 2018: Erneuerbare Energiequellen erreichen über 40 Prozent, 2.1.2019, https://www.ise.fraunhofer.de/de/presse-und-medien/news/2018/nettostromerzeugung-2018.html

/14/      Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ)  : « Deutscher Ökostromanteil wird systematisch überschätzt » 3.1.2019, https://www.faz.net/aktuell/wirtschaft/deutscher-oekostromanteil-wird-systematisch-ueberschaetzt-15971115.html?service=printPreview