Allemagne : les chiffres clés de l’énergie en 2025

Texte mis à jour le 24.01.2026

Temps de lecture : 2 min (résumé), 40 min (article entier)

Les 10 points essentiels  

  1. La consommation énergétique stagne au niveau de 2024. Corrigée des aléas météorologiques, elle aurait baissé d’environ 1,2% ; 
  1. Les énergies fossiles (pétrole, gaz naturel, houille et lignite) continuent de représenter plus de trois quarts de la consommation énergétique ; 
  1. La production nationale brute d’électricité augmente légèrement de 1,5% par rapport à 2024 et celle des énergies renouvelables de 2,1% grâce à l’augmentation significative de la production photovoltaïque ; 
  1. Comme en 2024, les énergies renouvelables atteignent – lissées sur l’année – environ 58% de la production brute d’électricité et environ 55% de la consommation intérieure brute ; 
  1. Le fort développement des énergies renouvelables variables et la lente modernisation des réseaux ont fait exploser les coûts des services système. Ils ont quadruplé en 10 ans et dépassent les cinq milliards d’Euros par an. Le principal facteur de hausse des coûts est la gestion des congestions de réseaux ; 
  1. L’Allemagne a été en 2025, pour la troisième année consécutive, importatrice nette d’électricité. Le Danemark a été le plus grand fournisseur d’électricité, suivi de la France et des Pays-Bas. Toutefois, le solde importateur a diminué de presque 29% par rapport à 2024; 
  1. L’approvisionnement en gaz a été assuré en 2025. La Norvège est de loin le principal fournisseur de gaz naturel par gazoduc. Le volume d’importation de GNL (Gaz Naturel Liquéfié) représente environ 10% des importations totales. Les États-Unis dominent avec une part de 95% du volume de GNL livré ;
  1. Le parc de véhicules « 100% électrique » atteint fin 2025 presque les 2,2 millions, soit une augmentation d’un tiers par rapport à fin 2024. Malgré cela, l’objectif du gouvernement de 15 millions de véhicules « 100% électrique » d’ici 2030 semble désormais inaccessible ; 
  1. Malgré l’augmentation de presque 14% des prix sur le marché de gros d’électricité, les prix pour le consommateur résidentiel ont baissé de 3,7% par rapport à 2024. Mais ils se situent toujours parmi les prix les plus élevés d’Europe ; 
  1. Selon les données provisoires du cabinet AG Energiebilanzen, les émissions de gaz à effet de serre ont baissé d’environ 6 Mt CO2éq, soit une réduction de 1% par rapport à l’année précédente.
Pembroke Battery Grand Bretagne : 350 MW / 700 MWh, mise en service 2028, coûts 20 millions £, Source : RWE

Sommaire

Consommation énergétique 

Secteur électrique

  • Production et consommation d’électricité
    • Exemple des épisodes pratiquement sans vent ni ensoleillement en 2025 
  • Échanges transfrontaliers d’électricité  
  • Parc de production
    • Besoin de moyens pilotables à l’horizon de 2030 
  • Stockage de l’énergie 
  • Réseaux d’électricité
    • Réseaux de transport 
    • Réseaux de distribution 
    • Équilibrage du système électrique 
  • Prix de l’électricité
    • Evolution des prix sur le marché de gros de l´électricité 
    • Episodes de prix négatifs au marché de spot journalier 
    • Prix de l’électricité pour les clients résidentiels 

Économie de l’hydrogène « vert »

Secteur du chaud et du froid

  • Réseaux de chaleur 
  • Branche gazière
    • Production et consommation de gaz naturel 
    • Evolution des volumes de vente de gaz naturel par groupe de consommateurs 
    • Prix moyen pondéré du gaz pour les clients résidentiels 

Secteur des transports      

Émissions de gaz à effet de serre

Faits marquants

  • Contrat de coalition du nouveau gouvernement 
  • Rapport ministériel sur le bilan de la transition énergétique 
  • Autorisation du captage et stockage du CO2 
  • Subventions de l’État des prix de l’électricité à hauteur de près de 30 Md€ en 2026 

Références 

Consommation énergétique 

Selon des estimations provisoires, la consommation d’énergie primaire stagne en 2025 très probablement au niveau de 2024.

Bien que la consommation énergétique se situe presque 27% sous le niveau de l’année 2008, il faudrait encore la réduire de presque 2,5% par an pour atteindre l’objectif 2030.

Pour mémoire : selon la nouvelle directive européenne relative à l’efficacité énergétique, l’Allemagne s’est engagée à réduire sa consommation d’énergie primaire d’au moins 39,3% d’ici 2030 par rapport à 2008 (Allemagne Energies 1).

Selon le cabinet AG Energiebilanzen (AGEB 2025a) la consommation d’énergie primaire s’élève à 2931 TWh ou 252 Mtep (2024 : 2933 TWh ou 252 Mtep).

Les températures plus fraîches par rapport à l’année précédente ont généré des besoins supplémentaires de chauffage dans le secteur résidentiel. Sans cet effet la consommation énergétique aurait baissé environ de 1,2%.

L’évolution conjoncturelle légèrement positive n’a probablement eu qu’une faible influence sur la consommation énergétique, compte tenu de la morosité des grands consommateurs industriels.

La baisse des prix à la consommation des carburants et du mazout, ainsi que le léger recul des prix du gaz naturel, pourraient avoir eu un effet stimulant sur la consommation. Dans l’ensemble, les facteurs négatifs ont eu une influence plus forte sur l’évolution de la consommation d’énergie primaire que les facteurs positifs.

Les énergies fossiles (pétrole, gaz naturel, houille et lignite) continuent de représenter plus de trois quarts de la consommation énergétique. Malgré une légère baisse, le pétrole reste l’énergie fossile la plus importante en 2025, suivi par le gaz naturel, cf. figure 1.

La consommation de gaz naturel a augmenté de 3,6% en 2025 par rapport à 2024 principalement en raison de la hausse de consommation de chaleur et de l’accroissement de la production d’électricité des centrales à gaz (production éolienne inférieure aux attentes par suite des conditions météorologiques défavorables au cours des premiers mois de 2025).

La consommation du charbon (couple lignite/houille) est en légère baisse et atteint une part totale de 14,3% à la consommation d’énergie primaire. La demande de la houille a diminué de plus de 2%. La consommation dans les centrales électriques a augmenté, mais les volumes consommés dans l’industrie sidérurgique ont baissé. La consommation de lignite a enregistré une réduction de plus de 6% notamment en raison d’une baisse de la consommation dans les centrales électriques.

Figure 1 : consommation d´énergie primaire selon AG Energiebilanzen

La part des énergies renouvelables à la consommation énergétique a augmenté de 3,6%. Les températures plus froides ont entraîné une augmentation de leur consommation notamment dans le secteur de chaleur.

La part « divers » a légèrement diminué, principalement du fait que l’Allemagne a importé moins d’électricité qu’en 2024.

La part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique  par usage (électricité, chaleur et froid, transports) et l’objectif de 2030 sont illustrés sur la figure 2 du texte « Énergies renouvelables : de nombreux défis » (Allemagne Energies 2).

Pour une comparaison des bilans énergétiques entre l’Allemagne et la France, voir (Allemagne Energies 3).

Secteur électrique 

Production et consommation d’électricité 

Selon le cabinet AG Energiebilanzen (AGEB 2025b) le volume total d’électricité produit en Allemagne en 2025 atteint 502 TWh bruts (hors STEP) soit une légère augmentation de 1,5% par rapport à 2024 (495 TWh).

La production a été marquée par une production éolienne historiquement faible au cours des premiers mois de 2025 et par une augmentation significative de la production photovoltaïque grâce au temps globalement ensoleillé et à la forte croissance de leur puissance en 2025.

Selon les chiffres provisoires, 292 TWh (2024 : 286 TWh) ont été produits à partir d’énergies renouvelables, soit, lissés sur l’année, environ 58 % de la production brute totale d’électricité, cf. figure 2.

Malgré une légère hausse de production par rapport à 2024, le volume de production réalisé par les filières renouvelables reste 18,5% en-dessous du volume cible de 346 TWh, fixé par la Loi EEG pour 2025.

Figure 2 : Production brute d’électricité (hors STEP : Stations de Transfert d’Énergie par Pompage) en 2025 (données provisoires)

La production nette (hors STEP) mesurée/évaluée à la sortie d’une centrale, c’est-à-dire déduction faite de la consommation des services auxiliaires et des pertes dans les transformateurs des centrales, s’élève à 480 TWh en 2025 (AGEB 2025b).

La figure 3 montre l’évolution de la production nette des différentes filières depuis 2015 (AGEB 2025b). En 2018 la production renouvelable a dépassé la production du charbon (couple houille/lignite) et constitue depuis la principale source de production dans le mix électrique allemand.

Les dix dernières années, la production renouvelable a augmenté continuellement à l’exception de 2021 : en cause, la forte baisse de la production éolienne en raison des conditions météorologiques très défavorables et un faible ajout de nouvelles installations en 2019 et 2020 (Allemagne Energies 2022).

La production du couple houille/lignite a diminué de presque 62% entre 2015 et 2025 et a atteint en 2025 son niveau le plus bas depuis la réunification de l’Allemagne.

Le nucléaire ne contribue plus à l’approvisionnement électrique depuis  2024.

Figure 3 : évolution de la production nette des différentes filières depuis 2015

Le tableau 1 détaille la production brute en 2024 et 2025 pour chaque filière du secteur de l’électricité, y compris le solde des échanges transfrontaliers et la consommation intérieure brute hors STEP (AGEB  2025b).

Tableau 1 : production et consommation d’électricité 2024 et 2025

* production brute hors STEP : la production brute est la quantité d’électricité mesurée aux bornes des alternateurs d’une centrale, elle inclut donc la consommation d’électricité par les auxiliaires de la centrale et les transformateurs ;

** Consommation intérieure brute hors STEP : la production brute plus le solde des échanges transfrontaliers d’électricité 

La production des centrales conventionnelles a légèrement augmenté par rapport à 2024. Les conditions météorologiques défavorables à la production éolienne au cours des premiers mois de 2025 ont entraîné une production accrue des centrales à houille et à gaz. Les centrales au lignite ont en revanche enregistré un recul de production de 4,6% à la suite de l’arrêt des unités et en raison d’un prix moyen de la tonne de CO2 environ 11% plus élevé qu’en 2024.

La production à partir des énergies renouvelables a été marquée par les conditions météorologiques moins favorables, à savoir un premier trimestre peu venteux et une mauvaise pluviométrie prolongée qui a réduit la production hydraulique.

L’augmentation de la production de 2,1% au total est exclusivement due à la hausse de la production solaire d’environ 19%.

La consommation d’électricité (consommation intérieure brute d’électricité) se situe au niveau de l’année précédente.

Sous l’hypothèse que l’électricité produite à partir des énergies renouvelables serait entièrement consommée en Allemagne, leur part dans la consommation intérieure brute atteint largement 55% en 2025 (AGEB 2025b). Conformément aux prescriptions du gouvernement fédéral, il s’agit du taux déterminant pour la réalisation des objectifs en matière d’énergies renouvelables.

Exemple des épisodes pratiquement sans vent ni ensoleillement en 2025

Bien que la production des énergies renouvelables variables donne de bons résultats lissés sur l’année, il est difficile de prévoir quelle sera leur contribution à chaque instant à la couverture de la demande d’électricité. En effet, l’équilibre entre la production et la consommation d’électricité doit être assuré en permanence.

Le photovoltaïque n’est pas une source d’énergie fiable en raison des variations saisonnières : en moyenne le solaire n’a atteint entre novembre et février qu’environ un quart de la production enregistrée entre mai et août (UBA 2026a).

De plus, il faut s’attendre, principalement en hiver, à une production éolienne inférieure à la moyenne lors des situations de haute pression (ou anticyclonique) en Europe centrale.

Selon une étude du Service Météorologique Allemand DWD (Deutscher Wetterdienst) publiée en décembre 2024 (DWD 2024), le « nombre moyen » de jours avec une telle situation anticyclonique, observée depuis 1950/51, était exactement de 8,19 par an. Le nombre maximal s’est produit durant l’hiver 2011/2012 avec 23 jours. Une absence de situation anticyclonique en Europe centrale ne s’est produite que pendant 6 hivers. Il s’agit donc d’un évènement probable et pour lequel le système électrique doit être préparé.

La figure 4 montre la situation typique de production des énergies renouvelables variables en automne et hiver à l’exemple de février et novembre 2025 (Fraunhofer 2025a). La charge résiduelle (courbe noire) représente l’écart entre le niveau de consommation et celui de la production des énergies renouvelables variables.

Figure 4 : production des énergies renouvelables et charge résiduelle (courbe noire) en février et novembre 2025

La charge résiduelle doit être couverte par des moyens pilotables tels que les STEP, les centrales thermiques à flamme et/ou par l’importation  pour satisfaire à chaque instant la consommation d’électricité. Le stockage par batterie peut aussi contribuer à l’équilibrage du réseau mais la capacité est actuellement encore limitée, cf. tableau 4.

Comme illustré dans la figure 4, la charge résiduelle a dépassé à plusieurs reprises les 60 GW. Grace au parc de moyens pilotables en backup et aux importations la situation a pu être maitrisée.

Compte tenu du fait que le parc de moyens pilotables se compose essentiellement de centrales thermiques à flamme, les moyennes mensuelles de l’intensité carbone du mix électrique étaient par conséquent assez élevées : ~ 447 g CO2éq/kWh en février et ~ 389 g CO2éq/kWh novembre 2025 (voir aussi figure 17).

Échanges transfrontaliers d’électricité 

En 2025, selon les données provisoires, le solde importateur net s’élève à 18,8 TWh contre 26,3 TWh en 2024, soit une réduction de plus de 28%, cf. figure 5 (AGEB 2025b). 

Figure 5 : solde des échanges transfrontaliers d’électricité en TWh

L’Allemagne est ainsi pour la troisième fois consécutive importatrice nette d’électricité. Le Danemark a été le plus grand fournisseur d’électricité, suivi de la France et des Pays-Bas.

Le régulateur allemand a souligné que le fait d’être importateur ne permet pas de conclure à un déficit de production d’électricité. De nombreux pays européens voisins produisent leur électricité à un prix inférieur à celui qui aurait été disponible en Allemagne. C’est pour cela qu’il peut être plus avantageux d’importer de l’électricité non en raison du manque de moyens de production, mais pour des raisons économiques.

Bien entendu, une fois l’électricité injectée dans le réseau, il n’est plus possible de l’attribuer à une source d’électricité particulière. Les données disponibles pour chaque quart d’heure sur le mix de production électrique et les échanges commerciaux pour tous les pays du marché intérieur européen permettent néanmoins de calculer approximativement la part des différentes sources d’électricité dans les exportations et importations d’électricité.

Selon le régulateur, les énergies renouvelables (éolien, hydraulique, solaire, biomasse) ont représenté, avec environ 51%, la part la plus importante des importations d’électricité suivi de l’électronucléaire avec environ 22% (BNetzA 2026a).

Le recours aux importations d’électricité bas carbone (énergies renouvelables et électronucléaire) a en partie remplacé la production d’électricité à partir des combustibles fossiles en Allemagne. Les importations d’électricité ont ainsi contribué à la réduction des émissions de CO2 en Allemagne.

Parc de production 

L’Allemagne exploite deux parcs de production en parallèle : un parc composé d’énergies renouvelables et un parc composé principalement de centrales thermiques à flamme (BDEW 2025a, UBA 2026a).

La puissance du parc d’énergies renouvelables a augmenté de 11,6% par rapport à 2024 notamment grâce au fort développement du solaire, cf. tableau 2. En revanche, le parc éolien maritime n’a augmenté que 460 MW et l’ajout de puissance de l’éolien terrestre reste environ 8 GW en deçà de l’objectif fixé par le gouvernement (EEG § 4).

Tableau 2 : Puissance nette de production 2025 vs 2024 (hors les systèmes de stockage : Stations de transfert d’énergie par pompage – STEP, batteries etc.)

Suite à la mise hors service définitive d’unités de production, le parc de centrales conventionnelles est en léger recul par rapport à 2024. Parmi les 74 GW environ 13 GW sont en réserve stratégique ou provisoirement arrêtés. Les centrales en réserve ne peuvent injecter d’électricité que sur demande des gestionnaires de réseau.

Besoin de moyens pilotables à l’horizon de 2030 

Pour atteindre l’objectif d’une production d’électricité de presque 100% à partir des énergies renouvelables à l’horizon de 2035 et pouvoir pallier la défaillance des énergies renouvelables variables quand c’est nécessaire, il faut, en l’absence de systèmes de stockage d’énergie suffisants, conserver un parc de moyens pilotables moins émetteur en carbone.

Pour remplacer des centrales à charbon, le nouveau gouvernement avait prévu de lancer rapidement des appels d’offres, ouverts sur le plan technologique, pour la construction de 20 GW de moyens pilotables à l’horizon 2030 (Allemagne Energies 2025c).

Le projet initialement prévu dans l’accord de coalition a désormais fait place à un compromis nettement plus modeste : selon le Ministère Fédéral de l’Économie et de l’Énergie (BMWE 2026a), le gouvernement allemand est parvenu mi-janvier 2026, dans le cadre des règles européennes sur les aides d’État, à « un accord de principe » avec la Commission Européenne sur le développement de 12 GW de puissance pilotable supplémentaire.

L’accord final de la Commission Européenne au regard du droit des aides d’État sera donné plus tard après présentation du projet de loi national sur la stratégie en matière de moyens pilotables supplémentaires.

Un premier appel d’offres sera lancé en 2026 pour une mise en service « au plus tard » d’ici 2031 pour une puissance de 10 GW avec le présupposé de pouvoir assurer la production d’électricité « pendant une longue période d’affilée ». Il peut s’agir, mais pas exclusivement, de centrales à gaz.

De plus des appels d’offres pour 2 GW de moyens pilotables supplémentaires sont prévus en 2027 et en 2029/30 pour une mise en service en 2031, ouverts à toutes les technologies y compris aux installations existantes. Des batteries de grande capacité de stockage pourront également bénéficier d’une attribution.

Toutes les centrales électriques construites dans le cadre de la stratégie gouvernementale en matière de moyens pilotables en backup doivent être compatibles avec l’hydrogène et entièrement décarbonées d’ici 2045 au plus tard.

De plus, la conversion à l’hydrogène sera prévue par paliers de sorte que 2 GW de puissance soient déjà convertis à l’hydrogène en 2040 et 2 GW supplémentaires en 2043.

La stratégie relative aux moyens pilotables en backup s’inscrit dans une stratégie globale. Au cours de l’année 2027 il est prévu de mettre en place un mécanisme de capacité dont l’objectif est de favoriser l’investissement dans de nouveaux moyens de production pilotables et ainsi de garantir durablement la sécurité d’approvisionnement à partir de 2032.

La couverture de la charge résiduelle (voir définition plus haut) est déterminante pour la sécurité d’approvisionnement du système électrique.

Le parc de production de moyens pilotables est passé pour la première fois sous la barre des 90 GW en 2024 (Allemagne Energies 2025a) et continuera de baisser considérablement au cours des prochaines années dans le cadre de la sortie des centrales à charbon.

Les différentes analyses concernant la sécurité de l’approvisionnement aboutissent à des résultats parfois très divergents. C’est pour cela que, dans son dernier rapport de monitoring de la transition énergétique allemande (BMWE 2025a), la commission d’experts a particulièrement souligné la nécessité de clarifier rapidement la question de la garantie de la sécurité d’approvisionnement.

Stockage de l’énergie

Le stockage de l’électricité est une solution pertinente pour mieux intégrer les énergies renouvelables variables, répondre aux besoins d’équilibrage du système électrique ou traiter les congestions locales des réseaux.

L’Allemagne dispose de STEP (Stations de Transfert d’Énergie par Pompage) qui injectent de l’électricité directement dans le réseau allemand. Elles ont une puissance de turbinage de près de 10 GW et une capacité de stockage de plus de 1,1 TWh par cycle de charge y compris les STEP en Autriche et au Luxembourg connectées au réseau allemand (Fraunhofer 2025b).

Tableau 3 : puissances et capacités des STEP connectées au réseau allemand fin 2025

En 2025, le pompage s’élevait à 9,4TWh, contre un turbinage de 7,1 TWh (AGEB 2025b), soit un rendement d’environ 76% (ratio turbinage – pompage).

Bien que le parc des batteries stationnaires augmente continuellement, leur usage est encore limité. Fin 2025, une puissance de stockage d’environ 16,4 GW est répertoriée en Allemagne. Leur capacité totale s’élève à 24,4 GWh. La plus grande part revient aux batteries d’une capacité de stockage inférieure à 1 MWh (RWTH Aachen University 2026).

Tableau 4 : stockage stationnaire sur batterie en Allemagne

Outre la puissance de stockage (GW), la capacité de stockage (GWh) est un paramètre important. Il convient de faire la distinction entre la capacité de stockage théorique et réelle. En effet, de nombreux systèmes de stockage par batterie ne sont pas entièrement déchargeables en mode de fonctionnement normal. Le rapport entre la capacité de stockage (en kWh) et la puissance de stockage (en kW) est actuellement d’environ 1,5. Une batterie peut donc fournir sa puissance nominale pendant 1,5 heure en moyenne.

Réseaux d’électricité 

Un approvisionnement électrique basé sur des sources d’énergies renouvelables recèle de nouveaux défis pour les réseaux de transport et de distribution. En effet, la croissance record des énergies renouvelables variables – solaire et éolien – a révélé que les réseaux constituent désormais un goulot d’étranglement stratégique. Leur développement rapide est crucial pour la transition énergétique.

Dorénavant, une grande partie de l’électricité sera injectée de manière décentralisée dans les réseaux électriques et transportée en partie sur de longues distances. Les gisements de vent, dans le nord du pays, étant géographiquement distants des grands centres de consommation dans l’ouest et sud industriels, l’épine dorsale est constituée par plusieurs tracés nord – sud en courant continu afin de limiter les congestions (Allemagne Energies 1).

Selon une étude de l’Institut d’Économie de l’Énergie de l’Université de Cologne (EWI Köln) les coûts liés au développement des réseaux électriques s’élèveront à 732 Md€ d’ici 2045, dont 302 Md€ pour le réseau de transport et 430 Md€ pour les réseaux de distribution (EWI 2024).

Réseaux de transport 

Au total 128 projets à terre (nouvelles lignes, renforcement des lignes existantes) sont projetés soit 16.783 km dont environ 5.800 km en courant continu. À la fin du 3e trimestre 2025 au total 22,6% des projets à terre étaient réalisés, soit 3790 km (BNetzA 2025a).

En avril 2025 le régulateur a donné son accord au projet de plan de développement du réseau 2037/2045 (version 2025) proposé par les quatre GRT : 50Hertz, Amprion, TenneT et TransnetBW (Allemagne Energies 1).

Le plan de développement comporte des scénarios pour 2037 et pour 2045. Les scénarios prennent en compte les objectifs à moyen et long terme du gouvernement fédéral en matière de politique climatique et énergétique.

Par rapport à la version 2023, la version 2025 reflète les changements intervenus dans les conditions cadres pour atteindre la neutralité carbone en 2045.

Raccordement des parcs éoliens maritimes 

Selon la Loi sur l’éolien en mer (Windenergie-auf-See-Gesetz – WindSeeG), il est prévu que la capacité totale soit portée à au moins 30 GW d’ici 2030 (Allemagne Energies 2).

Les lignes de raccordement depuis la mer du Nord et la mer Baltique relient en partie les parcs éoliens maritimes à certains points de connexion avec le réseau de transport situés loin à l’intérieur des terres.

Les besoins en lignes de raccordement sont déterminés dans le plan de développement du réseau de transport sur la base de la stratégie des sites éoliens maritimes de l’Office Fédéral de la Navigation Maritime et de l’Hydrographie (BSH). Il y a actuellement 32 projets de lignes de raccordement d’une longueur totale d’environ 10.740 km (BMWE 2025d).

À la fin du 3e trimestre 2025, l’avancement était le suivant :

  • En mer du Nord, 13 lignes de raccordement (1.745 km) d’une puissance de transmission totale d’environ 8 GW ont été réalisées. Quatre autres lignes d’une puissance de transmission de 3,6 GW et d’une longueur totale de 1.562 km sont en cours de construction ou en préparation. En outre, 11 autres lignes sont en cours d’autorisation ou en attente d’autorisation (2.194 km). La mise en service est prévue entre 2027 et 2032 ;
  • En mer Baltique, huit lignes de raccordement (760 km) d’une puissance de transmission totale d’environ 1,8 GW ont été réalisées. Une ligne (~ 206 km) est en construction et une autre de 109 km en projet. 

Réseaux de distribution

Non seulement le réseau de transport, mais aussi les réseaux de distribution doivent être adaptés à la transition énergétique.

Avec les plans de développement du réseau de 2024, les 82 plus grands gestionnaires de réseau de distribution ont évalué les besoins de l’extension et de la modernisation à venir (BNetzA 2025g).

En termes de kilomètres, il faudra construire ou renforcer d’ici 2045 : 38 600 km de lignes de haute tension, 218 400 km de lignes de moyenne tension et 245 300 km de lignes de basse tension.

Équilibrage du système électrique 

Les gestionnaires des réseaux doivent assurer à tout instant l’équilibre entre la production et la consommation d’électricité et résoudre les congestions sur les réseaux.

Les coûts des services système, supportés par le consommateur par le biais du tarif d’utilisation des réseaux, se composent essentiellement des coûts liés à la mise à disposition de la puissance de réglage en réserve, la compensation de la perte en ligne et la gestion de la congestion des réseaux (Allemagne Energies 1).

Le fort développement des énergies renouvelables et la lente modernisation des réseaux obligent les gestionnaires des réseaux à recourir régulièrement à un management accru non seulement du réseau de transport mais aussi des réseaux de distribution.

Un autre problème concerne l’emplacement géographique des moyens pilotables. La fermeture des centrales nucléaires situées en Allemagne du sud a augmenté le risque d’un déséquilibre du réseau. Pour débloquer la situation en attendant le renforcement des réseaux et la mise en service de nouveaux moyens pilotables, l’Agence Fédérale des Réseaux a fait construire des turbines à combustion (4 sites dans le sud du pays d’une puissance totale de 1200 MW).

Selon le régulateur, les coûts des services système se sont élevés à environ 5,3 Md€ en 2024 (BNetzA 2025b), plus du quadruple des coûts en 2014 (~ 1,2 Md€).

La figure 6 montre depuis 2014 l’évolution des coûts des services système.

Figure 6 : évolution des coûts des services système

L’augmentation la plus significative a été enregistrée pour la gestion de la congestion des réseaux (redispatching, countertrading) afin d’intégrer les énergies intermittentes.

Après un record enregistré en 2022 avec plus de 4 Md€, ces coûts ont baissé à environ 3,3 Md€ en 2023, principalement en raison de la baisse du prix de gros (Allemagne Energies 3).

En 2024, selon les données provisoires du régulateur (BNetzA 2025b), les coûts de gestion de la congestion des réseaux ont baissé de 13% par rapport à 2023 pour atteindre environ 2,9 Md€, cf. figure 6. Raison principale : baisse du prix des combustibles et recul des besoins de redispatching.

Au total, environ 6% de la production brute de l’Allemagne, soit un volume d’électricité de 30,3 TWh, ont été écrêtés en 2024, dont environ 31% (~ 9,4 TWh) relèvent de la production renouvelable. Les éoliennes maritimes et terrestres ont été la source de production renouvelable la plus écrêtée.

Prix de l’électricité 

Evolution des prix sur le marché de gros de l’électricité 

Suite à la crise énergétique née de la guerre en Ukraine, le prix de gros de l’électricité en Allemagne avait flambé en 2022, cf. figure 9. À partir de 2023 les prix de gros ont de nouveau nettement baissé.

En 2025, le prix de gros moyen s’est élevé à 89,32 €/MWh. Par rapport au prix en 2024 de 78,51 €/MWh, cela représente une augmentation de 13,8%. La raison est l’accroissement du nombre d’heures au-dessus de 100 €/MWh (voir plus loin).

La figure 7 montre les moyennes annuelles de 2019 à 2025 des prix journaliers (dit « Day – Ahead ») sur le marché de gros pour la zone Allemagne/Luxembourg (BNetzA 2026a).

Figure 7 : moyennes annuelles de 2019 à 2025 des prix journaliers (Day – Ahead) sur le marché de gros de l´électricité pour la zone Allemagne/Luxembourg

Le tableau 5 montre, pour la période de 2019 à 2025, les prix de gros moyens et extrêmes pour la zone Allemagne/Luxembourg.

Tableau 5 : moyennes annuelles des prix de gros (day-ahead) de l´électricité pour la zone Allemagne/Luxembourg

Les prix de gros ont fluctué plus fortement en 2025 qu’en 2024. Le prix de gros le plus élevé a été enregistré le lundi 20 janvier entre 17h et 18h avec 583,40 €/MWh. Dans cette plage horaire, une consommation d’électricité d’environ 71 GW a coïncidé avec une très faible production des énergies renouvelables variables (~ 4,6 GW).

Si le pic de prix a été avec 936,28 €/MWh nettement plus élevé en 2024, les prix de gros ont toutefois été beaucoup plus souvent supérieurs à 100 euros/MWh en 2025, soit 3.494 heures contre 2.296 heures en 2024.

L’augmentation du nombre d’heures supérieures à 100 €/MWh a finalement conduit à la hausse du prix de gros moyen en 2025 par rapport à 2024.

Episodes de prix négatifs au marché de spot journalier 

Depuis plusieurs années le marché de gros de l’électricité en Allemagne est confronté à une hausse des épisodes de prix négatifs. Les prix spot de l’électricité sont négatifs lorsqu’il y a un excès de production par rapport à la consommation. Ces prix signalent la nécessité de réduire la production et/ou d’augmenter la consommation. Les prix négatifs se produisent lorsque la quantité d’énergies renouvelables injectées est élevée, que la consommation est faible et que la production thermique à flamme inflexible est importante (epexspot 2024).

Les régimes de soutien aux énergies renouvelables ont également un impact sur l’apparition des épisodes de prix négatifs (voir plus loin).

Les exploitants de réseaux sont tenus par la loi sur les énergies renouvelables d’absorber les kilowattheures sans valeur et de les vendre sur le marché de l’électricité. Dans ces situations, les acheteurs reçoivent effectivement des paiements et de l’électricité de la part des vendeurs.

Il faut toutefois concéder que, malgré leur hausse, les prix négatifs sont un phénomène encore relativement rare. Au cours de l’année 2024, l’Allemagne avait connu un record de 457 heures de production électrique à prix négatif. En 2025, ce record a été à nouveau battu. Au total 573 pas horaires à prix négatif ont été atteints, cf. figure 8. Cela signifie que 6,5% des heures en 2025 étaient négatives contre 5,2% en 2024.

Figure 8 : nombre de pas horaires à prix négatifs par trimestre sur le marché journalier (Day – Ahead) entre 2019 et 2025 (BNetzA 2026a)

Le gouvernement allemand a pris des mesures contre la surproduction des grands parcs éoliens et solaires. La loi sur les énergies renouvelables (EEG 2023) prévoit, depuis 2024, une suspension de la rémunération pour des installations ≥ 400 kW à partir de 3 heures de prix négatifs sans interruption. Le nombre d’heures sera progressivement réduit jusqu’à 2027 de sorte que les heures de prix négatifs ne seront plus rémunérées, hors installations préexistantes, petites installations < 400 kW et éoliennes pilotes.

Mais ce sont surtout les petites installations photovoltaïques qui sont responsables des prix négatifs au marché de gros.

Environ la moitié de la capacité photovoltaïque consiste en installations inférieures à 100 kWc. Ces installations bénéficient encore de l’obligation d’achat et elles injectent leur électricité quoi qu’il en coûte, accentuant la surproduction.

C’est pour cela que le parlement allemand a adopté début 2025 un avenant à la loi sur les énergies renouvelables (EEG 2023), appelé « Solarspitzengesetz » (Loi sur les pics de solaire).

Les installations photovoltaïques produisent généralement avec une forte simultanéité, ce qui peut provoquer des surproductions qui sollicitent le réseau et entraînent des prix négatifs sur le marché.

Ces modifications législatives visent à inciter des installations photovoltaïques à participer au mécanisme d’ajustement de la production. Sont exemptées des nouvelles règles pour l’instant les installations d’une puissance inférieure à 2 kWc et une grande partie des installations déjà existantes.

Pour plus d’information, cf. (Allemagne Energies 2).

Prix de l’électricité pour les clients résidentiels 

En 2025, le prix de l’électricité pour les clients résidentiels a baissé de 3,7% par rapport à l’année précédente, pour atteindre en moyenne 40,05 ct€/kWh (BNetzA 2025f).

La réduction de 2,26 ct€/kWh du prix de l’approvisionnement et de la distribution a largement contribué à la baisse des tarifs des clients résidentiels.

Les tarifs d’utilisation du réseau ont également légèrement diminué. Ils sont passés en moyenne de 11,62 ct€/kWh à 11,51 ct€/kWh. Au 1er  janvier 2026, ils continueront de baisser en raison de la subvention de l’État accordée en 2026 (voir plus loin).

Ces réductions ont été quelque peu contrecarrées par une augmentation des taxes et redevances de 11,87 ct€/kWh à 12,70 ct€/kWh en 2025. Leur part dans le prix de l’électricité des clients résidentiels s’élève désormais à presque 32%.

Figure 9 : évolution et décomposition des prix de l’électricité pour les clients résidentiels (2500kWh ≤ consommation < 5000 kWh)

Malgré une légère baisse par rapport à l’année précédente, le prix du kWh payé par les clients résidentiels en Allemagne était au 1er semestre 2025 le plus élevé d´Europe selon la base de données Eurostat (Allemagne Energies 3).

Economie de l’hydrogène « vert » 

L’hydrogène « vert » est pour l’instant quasiment absent du marché allemand, même si des projets pilotes ont été lancés.

La majeure partie de l’hydrogène produit en 2025 (BDEW 2025a) provient de sources fossiles, principalement par le reformage du gaz naturel à la vapeur d’eau et la gazéification à partir de charbon. Environ 6% de la production totale de l’hydrogène « gris » sont générés comme sous-produit dans l’industrie chimique (ammoniaque, méthanol). Seulement 0,5% de l’hydrogène « vert » ont été produits par électrolyse, cf. figure 10.

Figure 10 : production d’hydrogène en 2024 et développement estimé des électrolyseurs à l’horizon de 2030/31

Conscient de l’importance de l’hydrogène pour la réussite de la transition énergétique, le gouvernement allemand avait adopté en 2023 une stratégie nationale actualisée (Allemagne Energies 1). Les principaux objectifs : une capacité nationale d’électrolyseurs d’au moins 10 GW d’ici 2030, le déploiement des infrastructures de transport d’hydrogène et le développement d’une stratégie d’importation d’hydrogène « vert ».

En 2025 environ 0,2 GW d’électrolyseurs sont en service en Allemagne. D’autres projets d’une capacité totale de 1,1 GW sont en cours de construction (dena 2025).

Si les prévisions actuelles tablent sur une mise en service d’une capacité d’électrolyseurs d’environ 8,8 GW d’ici 2030, une analyse différenciée révèle toutefois une situation de marché marquée par de nombreuses incertitudes.

Selon l’institut dena, seule une puissance d’électrolyseurs comprise entre 2,4 et 6,6 GW serait vraisemblablement mise en œuvre d’ici 2030. Le facteur décisif pour une probabilité de réalisation élevée est un financement garanti au moins pour une partie importante des coûts (par exemple par une décision finale d’investissement).

En 2030, la demande totale en hydrogène et ses dérivés est estimée entre 95 et 130 TWh par an (Allemagne Energies 1). Le gouvernement prévoit d’en importer entre 50% et 70% (45 à 90 TWh). La pierre angulaire du futur approvisionnement en hydrogène est donc le développement renforcé de partenariats internationaux.

Pour réaliser les importations, il faut que des infrastructures en Allemagne et dans les pays exportateurs potentiels soient disponibles.

En octobre 2024 l’Agence Fédérale des Réseaux (Bundesnetzagentur) a autorisé la mise en place du « réseau de démarrage » d’hydrogène d’une longueur de 9.040 km (Allemagne Energie 1). Il doit relier entre eux les principaux centres industriels du pays, les sites de stockage et les centrales électriques. De plus des points de connexion sont prévus aux frontières.

Le réseau de démarrage consisterait pour environ 60% en gazoducs existants reconvertis pour transporter de l’hydrogène et pour 40% en canalisations nouvellement construites. Les coûts d’investissement sont estimés à environ 19 Md€, l’achèvement du réseau est prévu pour 2032.

Secteur du chaud et du froid 

Le secteur du chaud et du froid représente plus de la moitié de la consommation finale d’énergie. Répondre à ces besoins grâce aux énergies renouvelables constitue un enjeu essentiel pour la réussite de la transition énergétique. D’ici 2030, le gouvernement vise une part de 30% d’énergies renouvelables dans la consommation finale du secteur.

La consommation de chaleur liée au bâtiment (chauffage et eau chaude) représente plus de 30% de la consommation finale d’énergie du pays. De plus, le secteur du bâtiment (résidentiel et tertiaire) représente environ 15% des émissions de gaz à effet de serre en Allemagne, soit environ 100 Mt CO2éq par an.

Rénover massivement le parc immobilier existant pour le rendre plus sobre en énergie est un enjeu crucial pour réduire les émissions du secteur. Mais il faudra aussi verdir les sources d’énergie utilisées. Près de trois quarts des chauffages existants fonctionnent encore au gaz ou au fioul.

Le gouvernement sortant souhaitait faire progresser le passage aux énergies renouvelables pour le chauffage des bâtiments (par exemple installation de 6 millions pompes à chaleur d’ici 2030). Après le feu vert du parlement, la loi sur la rénovation énergétique des bâtiments (Gebäudeenergiegesetz) est entrée en vigueur en janvier 2024.

La nouvelle coalition gouvernementale a l’intention d’abolir la loi actuelle. Une nouvelle loi, renommée loi sur la modernisation des bâtiments (Gebäudemodernisierungsgesetz), est prévue : « plus ouverte aux technologies, plus flexible et plus simple ». La réduction des émissions de CO₂ doit devenir « le paramètre central ».

La nouvelle loi devrait entrer en vigueur dans le courant de l’année 2026.

Réseaux de chaleur 

La Loi sur la gestion thermique et la décarbonisation des réseaux de chaleur (Wärmeplanungsgesetz – WPG) entrée en vigueur en 2024 et modifiée en 2025, crée la base pour un approvisionnement en chaleur climatiquement neutre à l’horizon de 2045 (BMJV 2025).

En 2025, selon des chiffres provisoires, les réseaux urbains de chaleur ont livré environ 133,1 TWh (2024 : 129,0 TWh). Cela correspond à une augmentation de 3,1 % par rapport à l’année précédente (BDEW 2025a).

Le mix énergétique de production de chaleur a changé en 2025 par rapport à l’année précédente. L’utilisation du gaz naturel, en particulier, a connu une augmentation significative au cours du premier trimestre 2025 en raison de la hausse simultanée de la demande d’électricité et du chauffage urbain dans les centrales de cogénération.

La chaleur renouvelable et de récupération (EnR & R) s’est élevée à 33,7% en 2025 contre 35,0% en 2024. cf. figure 11.

Figure 11 : Production de chaleur urbaine en 2024 et 2025

Selon la loi, les réseaux de chaleur devront être alimentés à partir de 2030 à hauteur d’au moins 50% par des énergies renouvelables et de récupération ou par une combinaison de ces deux sources.

Branche gazière 

L‘Allemagne est fortement dépendante des importations. Elle dispose seulement d’un petit nombre de gisements nationaux de gaz naturel qui ont fourni 39,5 TWh en 2025 soit environ 4,5% de la consommation totale.

De ce fait, l’Allemagne a été fortement marquée par les conséquences de la crise énergétique née de la guerre en Ukraine. L’Allemagne, sevrée du gaz russe dont elle était fortement dépendante, s’est trouvée confrontée à une envolée des prix de l’énergie, générant un problème de compétitivité globale de l’industrie.

Alors qu’en 2021 plus de 60% du gaz naturel consommé en Allemagne provenaient encore de la Russie, la quantité de gaz russe livrée par gazoduc vers l’Allemagne était de zéro TWh en 2023.

Entre-temps, la Norvège est devenue de loin le plus grand fournisseur de gaz naturel avec une part d’environ 45%.

En outre, l’infrastructure gazière a été complétée par des terminaux méthaniers destinés à accueillir le gaz naturel liquéfié (GNL). En 2025, quatre terminaux étaient en service : Wilhelmshaven, Brunsbüttel, Lubmin et Mukran. 

Les importations dans les terminaux allemands ont augmenté d’un tiers par rapport à 2024 pour atteindre environ 93 TWh. Les États-Unis dominent avec une part de 95% du volume de GNL livré.

Production et consommation de gaz naturel 

Selon les premières données de 2025 (BDEW 2025a), la consommation de gaz naturel a augmenté de 3,6% par rapport à 2024 pour atteindre 874,5 TWh, cf. tableau 6.

Les températures froides enregistrées au cours des premiers mois de l’année ont entraîné une forte augmentation de la demande en gaz naturel pour le chauffage. De plus, les conditions météorologiques défavorables ont entraîné une faible production d’électricité à partir des éoliennes, qui a été compensée, entre autres, par une utilisation accrue des centrales à gaz.

Tableau 6 : Approvisionnement en gaz naturel en Allemagne de 2021 à 2024

Évolution des volumes de vente de gaz naturel par groupe de consommateur 

Selon les premiers chiffres, la vente de gaz naturel aux consommateurs finaux a augmenté de près de 3,3% en 2025 par rapport à 2024 (voir tableau 7). A part le secteur des transports tous les groupes de consommateurs ont enregistré des hausses, mais l’augmentation de la consommation a été la plus marquée par le chauffage urbain (BDEW 2025a).

Tableau 7 : évolution des volumes de vente de gaz naturel par groupe de consommateurs

Prix moyen pondéré du gaz pour les clients résidentiels 

En Allemagne, il n’y a pas de régulation étatique des prix du gaz. Le prix du gaz se forme par le marché et se compose de facteurs dépendant du fournisseur, tels que les coûts d’approvisionnement en gaz, les coûts de distribution y compris la marge et de facteurs ne dépendant pas du fournisseur, comme les tarifs d’utilisation des réseaux et les prélèvements et taxes.  Plus de 1.100 fournisseurs de gaz sont chargés d’approvisionner les consommateurs finaux en gaz (BNetzA 2025e).

Le prix de vente moyen pondéré du gaz pour les clients résidentiels s’élevait à 12,13 ct€/kWh à la date de référence du 1er avril 2025, contre 12,50 ct€/kWh en 2024, cf. figure 12 (BNetzA 2025d).

Figure 12 : évolution des prix du gaz pour les clients résidentiels en Allemagne

Toutefois, par rapport à 2021, l’année de référence avant la crise énergétique, les prix du gaz pour les clients résidentiels sont en 2025 encore 81% plus élevés.

En 2025, les clients résidentiels ont pu profiter de la légère baisse des prix pour l’approvisionnement et la distribution. Mais cette baisse a été contrecarrée en grande partie par l’augmentation du tarif d’utilisation des réseaux et les taxes et redevances. Ces deux postes ont augmenté de presque 10% par rapport à 2024, en passant de 5,38 ct€/kWh à 5,91 ct€/kWh.

Secteur des transports 

Selon la Loi sur la Protection du Climat, les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur des transports devraient être réduites d’au moins 43% d’ici 2030 par rapport à 2020 (Allemagne Energies 1). Pour atteindre cet objectif, entre autres un parc de 15 millions de véhicules « 100% électrique » est prévu d’ici 2030. Il n’existe pas d’objectif correspondant pour les véhicules hybrides rechargeables (plug-in hybrid).

La subvention fédérale à l’achat des hybrides rechargeables a été supprimée début 2023. De plus, la subvention à l’achat des véhicules « 100% électrique » a été arrêtée prématurément en décembre 2023, après que la Cour constitutionnelle fédérale avait déclaré la politique budgétaire du gouvernement fédéral anticonstitutionnelle en novembre 2023.

Le cabinet ministériel de la nouvelle coalition gouvernementale a décidé en octobre 2025 de mettre en place un nouveau programme de subventionnement des voitures électriques de la catégorie M1 à partir de 2026 afin de permettre aux ménages à revenus modestes de passer aux véhicules climatiquement neutres (BMUKN 2025).

Doté d’un budget total de 3 Md€, ce programme permettra de subventionner l’achat d’environ 800 000 véhicules entre 2026 et 2029 selon un communiqué de presse du Ministère de l’Environnement du 19.01.2026 (BMUKN 2026a).

En 2025, le parc de voitures électriques a dépassé les 3 millions d’unités. Près de 2,2 millions de véhicules « 100% électrique » et presque 1,3 million de véhicules hybrides rechargeables ont été immatriculés fin 2025 (KBA 2026), cf. figure 13.

De plus, environ 199 000 bornes de recharge accessibles au public sont disponibles fin 2025 en Allemagne (BDEW 2025a ; BDEW 2026a). Cela correspond à une augmentation de plus de 21% par rapport à fin 2024.

Figure 13 : nombre de véhicules « 100% électrique » et hybrides rechargeables dans le parc de véhicules de tourisme allemand fin 2025 et l’objectif à l’horizon de 2030

Malgré augmentation d’un tiers par rapport à fin 2024, l’atteinte de l’objectif de 15 millions véhicules « 100% électrique » d’ici 2030 semble désormais inaccessible.

Émissions de gaz à effet de serre 

L’évolution des émissions en 2025 a été largement déterminée par deux effets qui ont agi dans des directions opposées : une baisse de la production de l’industrie polluante et des besoins en chauffage nettement plus élevés en raison de conditions météorologiques plus froides.

Selon les premières estimations (AGEB 2025a), les émissions auraient  baissé d’environ 6 Mt CO₂éq, soit une réduction de 1% par rapport à l’année précédente, cf. figure 14.

Bien que l’Agence Fédérale de l’Environnement fût encore convaincue en mars 2025 (UBA 2025a) que les objectifs climatiques pour 2030 pourraient être atteints, le rythme trop lent de réduction des émissions de gaz à effet de serre menace l’objectif climatique que s’est fixé le pays pour 2030.

Les émissions du secteur de l’énergie s’élèveraient à 184 Mt CO₂éq, en 2025, soit une réduction de 1 Mt CO2éq par rapport à l’année précédente (BDEW 2025a ; UBA 2025b).

La majeure partie des émissions du secteur de l’énergie provient des installations de production d’électricité. Le secteur de l’énergie comprend par exemple les émissions des centrales de chauffage urbain, des raffineries et les émissions diffuses de l’approvisionnement en gaz. Les émissions des installations de production d’électricité de l’industrie ne sont pas inclues.

Figure 14 : évolution des émissions allemandes en millions de tonnes de CO2éq par an (hors puits de carbone) et objectifs 2030

Selon les données provisoires, les émissions de l’ensemble des installations de production d’électricité s’élèvent en 2025 avec 156 Mt CO2éq, cf. figure 15. Depuis 2023 l’Allemagne est importatrice nette d’électricité (voir plus haut). Les émissions générées par les importations ne sont pas comptabilisées dans la production d’électricité en Allemagne, car elles proviennent d’autres pays.

L’intensité carbone (lissée sur l’année) de la production d’électricité est estimée à 330 g CO2éq/kWh en 2025, soit au même niveau qu’en 2024 (BDEW 2025a).

Figure 15 : émissions de CO2éq de la production d’électricité et intensité carbone du mix électrique

L’évolution de l’intensité carbone au cours de l’année montre bien que la valeur lissée sur l’année n’est pas significative à elle seule. En fin d’automne et en hiver, lorsque la production du photovoltaïque est généralement plus faible, l’intensité carbone peut dépasser les 400 g CO2eq /kWh si cela coïncide avec des épisodes de faible production éolienne comme par exemple en février et mars 2025, cf. figure 16 (Electricity Maps 2026).

Figure 16 : évolution de l’intensité carbone du mix électrique au cours de l’année 2025

Les données définitives concernant les émissions de gaz à effet de serre pour l’année 2025 seront publiées par l’Agence Fédérale de l’Environnement début 2027.

Faits marquants  

Contrat de coalition du nouveau gouvernement 

Suite à la dissolution du parlement allemand en décembre 2024 et aux élections fédérales en février 2025, l’Union chrétienne démocrate (CDU) et l’Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU) sont parvenues à former une coalition gouvernementale avec les Sociaux-démocrates (SPD). Le nouveau gouvernement a pris ses fonctions le 6 mai 2025.

La nouvelle coalition a publié le 9 avril 2025 un document posant les bases de la collaboration pour les 4 prochaines années, le traditionnel contrat de coalition (Allemagne Energies 2025c).

Le nouveau gouvernement confirme que l’atteinte des objectifs de l’accord de Paris sur le climat est une priorité.

100 Md€ du fonds spécial extrabudgétaire d’infrastructure de 500 Md€ adopté en mars 2025 iront à un fonds spécial existant, censé promouvoir les objectifs de zéro émission nette d’ici 2045.

Concernant le tournant énergétique, la nouvelle coalition gouvernementale mise en général sur la continuité de la politique énergétique du gouvernement sortant.

Les conditions-cadres seront maintenues : l’objectif de zéro émission nette d’ici 2045, le développement massif des énergies renouvelables (notamment éolienne et solaire) et la sortie progressive du charbon au cours de la prochaine décennie. Le renoncement aux centrales à fission nucléaire est également maintenu.

Tous les potentiels des renouvelables seront exploités, mais l’objectif est maintenant d’obtenir des coûts énergétiques durablement bas et prévisibles, compétitifs au niveau international.

Une baisse des prix de l’énergie est prévue afin de soulager les ménages et l’industrie.

Pour pallier la variabilité de la production des énergies renouvelables telles que l’éolien et le photovoltaïque, il était prévu de lancer rapidement des appels d’offres, ouverts sur le plan technologique, pour la construction de 20 GW de centrales à gaz à l’horizon 2030. En fin de compte le gouvernement fédéral ne projettera que 12 GW (Allemagne Energies 1).

Bien que la nouvelle coalition n’envisage pas un retour à l’utilisation du nucléaire fissile, le soutien à la recherche sur la fusion sera renforcé, avec pour objectif que « le premier réacteur de fusion au monde soit construit en Allemagne ».

La Loi sur le chauffage des bâtiments du gouvernement sortant, très controversée en Allemagne, sera abolie et remplacée par une nouvelle loi « plus ouverte à la technologie, plus flexible et plus simple ». 

Même si un « nouveau départ » de la transition énergétique a été annoncé, l’année 2025 restera au final surtout une année de transition politique, au cours de laquelle seules quelques initiatives législatives ont été menées à bien.

Rapport ministériel sur le bilan de la transition énergétique 

Le contrat de coalition du nouveau gouvernement prévoyait également un rapport sur le bilan de la transition énergétique allemande.

Le rapport a été publié mi-septembre 2025 par le Ministère Fédéral de l’Économie et de l’Énergie (BMWE 2025b). Les thèmes abordés sont la demande en électricité, les énergies renouvelables, les réseaux électriques, l’hydrogène, la sécurité d’approvisionnement et la numérisation.

Le rapport mentionne des lacunes et des contradictions de la transition énergétique jusqu’ici occultées par les gouvernements précédents.

Le rapport montre notamment qu’une meilleure interaction entre l’offre, la demande et les infrastructures peut conduire à une plus grande rentabilité. En outre la modernisation des réseaux électriques devrait suivre le développement éolien et solaire.

Dix mesures clefs sont proposées afin de favoriser l’économie et la compétitivité et corriger les erreurs du passé.

Il est entre autres prévu un mécanisme capacité et des ajustements dans le domaine du soutien des énergies renouvelables. La question de la rentabilité est également soulignée à plusieurs reprises et une planification « plus réaliste » ou « plus pragmatique » est annoncée. Pour plus d’informations, cf. (Allemagne Energies 1). 

Autorisation du captage et stockage du CO2 

Le gouvernement sortant avait approuvé en 2024 les points clés d’une stratégie de gestion du carbone. Il s’agissait d’un virage stratégique surmontant ainsi une opposition de longue date au sein des milieux politiques contre cette technologie.

Suite à la dissolution du parlement allemand en décembre 2024, la nouvelle loi n’était pas entrée en vigueur.

Le cabinet des ministres du nouveau gouvernement a adopté en août 2025 le projet d’une loi autorisant le captage, l’utilisation, le transport et le stockage du CO2. La loi est entrée en vigueur fin novembre 2025 (Allemagne Energies 1 ; BReg 2025a).

Le recours au captage et stockage du CO2 (CSC) doit notamment être rendu possible pour les émissions difficilement évitables du secteur industriel.

La construction de sites de stockage du CO2 est prévue sous la mer dans la partie allemande de la mer du Nord et la mer Baltique. Les zones marines protégées seront exclues. 

Pour plus d’informations, cf. (Allemagne Energies 1).

Subventions de l’État des prix de l’électricité à hauteur de près de 30 Md€ en 2026 

En Allemagne on commence à mesurer les conséquences d’une politique énergétique qui a fait s’envoler les prix de l’électricité. Cela pèse sur le budget des ménages et est une des causes de la morosité économique.

En comparaison européenne, les prix de l’électricité en Allemagne se maintiennent depuis des années à un niveau très élevé (Allemagne Energies 3). Cela est valable pour les prix de l’électricité payés par les ménages, les commerces, les artisans et les prestataires de services ainsi que pour les prix de l’électricité de l’industrie.

Plusieurs facteurs expliquent le niveau élevé des prix de l’électricité. Le développement des réseaux de transport et de distribution est devenu un facteur de coût important. Les gestionnaires des réseaux doivent investir plusieurs centaines de milliards d’euros dans les années à venir pour adapter les réseaux électriques à la transition énergétique (voir plus haut). Pour les consommateurs d’électricité, cela se traduit par une augmentation des tarifs d’utilisation des réseaux.

De plus, la promotion des énergies renouvelables coûte chaque année plusieurs dizaines de milliards d’euros. Parmi les mesures adoptées dans le passé pour freiner la hausse des prix d’électricité figure la prise en charge par l’État, à compter de mi-2022, du soutien aux énergies renouvelables électriques (EEG-Umlage).

Dans son accord de coalition, le nouveau gouvernement s’est fixé pour objectif de subventionner avec plusieurs milliards d’euros les prix de l’électricité et ainsi d’alléger la facture pesant sur les ménages et les entreprises (Allemagne Energies 2025c).

En 2026, l’État fédéral dépensera près de 30 Md€ pour atténuer le niveau des prix de l’électricité pour les entreprises et les ménages (BReg 2025b). 

Ce montant se compose de plusieurs éléments. Il comprend notamment :

  • 3,9 Md€ de baisse des recettes de l’État due à la réduction de la taxe sur la consommation finale d’électricité à 0,05 ct€/kWh (taux d’imposition minimum européen pour les entreprises selon la directive 2003/96/CE). Cela permettra d’alléger la charge pesant sur les entreprises manufacturières ainsi que sur l’agriculture et la sylviculture. Malgré les promesses initiales, les ménages et de nombreux prestataires de services n’en bénéficient pas ;
  • 1,5 Md€ pour la réduction du prix de l’électricité pour l’industrie ;
  • 6,5 Md€ pour la subvention des tarifs d’utilisation des réseaux. L’objectif est de limiter la hausse des coûts liés au développement du réseau de transport dans le cadre de la transition énergétique. La baisse profitera aux consommateurs et entreprises ;
  • 3 Md€ pour la compensation du prix de l’électricité, dont bénéficient actuellement quelque 340 entreprises électro-intensives. Cette mesure n’est toutefois pas nouvelle.
  • Le poste le plus important reste toutefois la prise en charge de l’ancien soutien aux énergies renouvelables électriques (EEG-Umlage) par l’État (voir plus haut). Les gestionnaires de réseaux de transport (GRT 2025) estiment le besoin financier à environ 14,6 Md€ en 2026, un montant qui dépend fortement de l’évolution des prix de gros et qui est donc sujet à des incertitudes.

Il reste à voir si les mesures du gouvernement porteront leurs fruits. Avec près de 30 Md€ de subventions en 2026, l’État gagne du temps. En revanche, les problèmes structurels des coûts du système électrique ne sont pas résolus, mais simplement reportés.

La commission d’experts indépendants chargée par le gouvernement de surveiller l’état d’avancement de la transition énergétique est du même avis (BMWE 2025a). Dans son dernier rapport, elle met en garde contre le fait de faire des subventions étatiques une solution permanente. La priorité devrait être donnée aux mesures durables qui réduisent réellement les coûts du système électrique.

Références 

AGEB (2025a) Energieverbrauch wird 2025 stagnieren. AG Energiebilanzen e.V. En ligne : https://ag-energiebilanzen.de/energieverbrauch-wird-2025-stagnieren/.

AGEB (2025b) Stromerzeugung nach Energieträgern (Strommix) von 1990 bis 2025 (in TWh) Deutschland insgesamt. (Datenstand: Dezember 2025). AG Energiebilanzen e.V. En ligne : https://ag-energiebilanzen.de/wp-content/uploads/Sterz_Abgabe_12-2025.pdf.

Allemagne Energies (1) Le tournant énergétique allemand. En ligne : https://allemagne-energies.com/tournant-energetique.

Allemagne Energies (2) Énergies renouvelables : de nombreux défis. En ligne : https://allemagne-energies.com/energies-renouvelables.

Allemagne Energies (3) Bilans énergétiques : Comparaison Allemagne et France. En ligne : https://allemagne-energies.com/bilans-energetiques.

Allemagne Energies (2022) Allemagne : les chiffres clés de l´énergie en 2021. En ligne : https://allemagne-energies.com/2022/01/16/allemagne-les-chiffres-cles-de-lenergie-en-2021/.

Allemagne Energies (2025a) Allemagne : les chiffres clés de l’énergie en 2024. En ligne : https://allemagne-energies.com/2025/01/05/__trashed/.

Allemagne Energies (2025b) Bilan 2024 de l’éolien en Allemagne. En ligne : https://allemagne-energies.com/2025/02/07/bilan-2024-de-leolien-en-allemagne/.

Allemagne Energies (2025c) La politique « énergie-climat » de la nouvelle coalition gouvernementale allemande : pas de changement fondamental de la politique énergétique du gouvernement sortant. En ligne : https://allemagne-energies.com/2025/04/12/la-politique-energie-climat-de-la-nouvelle-coalition-gouvernementale-allemande-pas-de-changement-fondamental-de-la-politique-energetique-du-gouvernement-sortant.

BDEW (2025a) Energiewende weiterhin auf Kurs – 2026 wird Schlüsseljahr für Energiepolitik. BDEW – Bundesverband der Energie- und Wasserwirtschaft e.V. En ligne : https://www.bdew.de/presse/energiewende-weiterhin-auf-kurs-2026-wird-schluesseljahr-fuer-energiepolitik/.

BDEW (2026a) Elektromobilität nimmt weiter Fahrt auf: Politik muss sich für faire Paketlösung in Europa einsetzen. Communiqué de presse du 13 01 2026. BDEW. En ligne : https://www.bdew.de/presse/elektromobilitaet-nimmt-weiter-fahrt-auf-politik-muss-sich-fuer-faire-paketloesung-in-europa-einsetzen/.

BMUKN (2025) Carsten Schneider: « Die Zukunft der Mobilität ist elektrisch ». Communiqué de presse du 15.10.2025. Bundesministerium für Umwelt, Klimaschutz, Naturschutz und nukleare Sicherheit. En ligne : https://www.bundesumweltministerium.de/meldung/carsten-schneider-die-zukunft-der-mobilitaet-ist-elektrisch.

BMUKN (2026a) Neues E-Auto-Förderprogramm mit sozialer Staffelung: Zuschüsse für Neuzulassungen ab 1.1.2026. Communiqué de presse du 19.01.2026. Bundesministerium für Umwelt, Klimaschutz, Naturschutz und nukleare Sicherheit. En ligne : https://www.bundesumweltministerium.de/pressemitteilung/neues-e-auto-foerderprogramm-mit-sozialer-staffelung-zuschuesse-fuer-neuzulassungen-ab-1-januar-2026.

BMWE (2025a) Expertenkommission zum Energiewende-Monitoring 2025. Monitoringbericht 2025. Bundesministerium für Wirtschaft und Energie (BMWE). En ligne : https://www.bundeswirtschaftsministerium.de/Redaktion/DE/Publikationen/Energie/monitoringbericht-der-expertenkommission-zum-energiewende.html.

BMWE (2025b) Monitoringbericht zur Energiewende vorgelegt – Bundesministerin Katherina Reiche schlägt zehn Schlüsselmaßnahmen vor. Communiqué de presse du 15.09.2025. Bundesministerium für Wirtschaft und Energie (BMWE). En ligne : https://www.bundeswirtschaftsministerium.de/Redaktion/DE/Pressemitteilungen/2025/09/20250915-monitoringbericht-zur-energiewende-vorgelegt-bundesministerin-katherina-reiche-schlaegt-zehn-schluesselmassnahmen-vor.html.

BMWE (2025d) Aktueller Stand des Netzausbaus (Übertragungsnetz). Arbeitsstand des BMWE zum 16. Mai 2025. Bundesministerium für Wirtschaft und Energie (BMWE). En ligne : https://www.bundeswirtschaftsministerium.de/Redaktion/DE/Downloads/M-O/netzausbau-schreitet-voran.pdf?__blob=publicationFile&v=5.

BMWE (2026a) Grundsatzeinigung mit der Europäischen Kommission über Eckpunkte der Kraftwerksstrategie. Communiqué de presse du 15.01.2026. Bundesministerium für Wirtschaft und Energie (BMWE). En ligne : https://www.bundeswirtschaftsministerium.de/Redaktion/DE/Pressemitteilungen/2026/01/20260115-grundsatzeinigung-mit-europaeischen-kommission-ueber-eckpunkte-der-kraftwerksstrategie.html.

BMJV (2025) Gesetz für die Wärmeplanung und zur Dekarbonisierung der Wärmenetze. Bundesministerium der Justiz und für Verbraucherschutz. En ligne : https://www.gesetze-im-internet.de/wpg/WPG.pdf.

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BNetzA (2025g) Verteilernetze bis 2045. Bundesnetzagentur – SMARD. En ligne : https://www.smard.de/page/home/topic-article/444/215544.

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BReg (2025b) Energiepreise. Entlastungen für alle. Gouvernement fédéral allemand (Bundesregierung). En ligne : https://www.bundesregierung.de/breg-de/aktuelles/senkung-energiepreise-haushalt-2358526.

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EWI (2024) Abschätzung der Netzausbaukosten und die resultierenden Netzentgelte für Baden-Württemberg und Deutschland zum Jahr 2045. ef.Ruhr et Energiewirtschaftliches Institut an der Universität zu Köln gGmbH (EWI). En ligne : https://www.ewi.uni-koeln.de/cms/wp-content/uploads/2024/04/2024_04_Abschlussbericht_Netzentgelte_BW_DE.pdf#:~:text=Kapitel%200)%20zur%20Absch%C3%A4t%2D%20zung%20des%20Netzausbaubedarfs,2045.%20Die%20Kostenbasis%20entspricht%20dem%20Jahr%202024.

Fraunhofer (2025a) Energy-Charts. Fraunhofer-Institut für Solare Energiesysteme ISE. En ligne : https://www.energy-charts.info/index.html?l=de&c=DE.

Fraunhofer (2025b) Puissance installée, capacité de stockage en Allemagne. Energy-Charts.info – dernière actualisation : 21.12.2025. Fraunhofer-Institut für Solare Energiesysteme ISE. En ligne : https://energy-charts.info/charts/installed_power/chart.htm?l=fr&c=DE&expansion=p_inst_storage.

GRT (2025) Ermittlung des EEG-Finanzierungsbedarfs 2026 nach § 4 EnFG. Prognose und Berechnung der Übertragungsnetzbetreiber. 50hertz, amprion, TENNET, TRANSNET BW. En ligne : https://www.netztransparenz.de/xspproxy/api/staticfiles/ntp-relaunch/dokumente/erneuerbare%20energien%20und%20umlagen/eeg/eeg%20finanzierung/eeg-finanzierungsbedarf/20251024%20ver%C3%B6ffentlichung%20eeg-finanzierungsbedarf%202026.pdf.

KBA (2026) Fahrzeugzulassungen im Dezember 2025 – Jahresbilanz. Communiqué de presse 01/2026 du 06 01 2026. KBA – Kraftfahrt-Bundesamt. En ligne : https://www.kba.de/SharedDocs/Downloads/DE/Pressemitteilungen/2026/pm_01_2026_fahrzeugzulassungen_12_2025.pdf?__blob=publicationFile&v=4.

RWTH Aachen University (2026) Battery Charts. ISEA; E.ON Energy Research Center; CARL; RWTH Aachen University. En ligne : https://battery-charts.de/de/home-de/.

UBA (2025a) Klimaziele bis 2030 erreichbar. Communiqué de presse du 14 03 2025. Umweltbundesamt. En ligne : https://www.umweltbundesamt.de/presse/pressemitteilungen/klimaziele-bis-2030-erreichbar.

UBA (2025b) Treibhausgas-Emissionen. Umweltbundesamt. En ligne : https://www.umweltbundesamt.de/themen/klima-energie/treibhausgas-emissionen.

UBA (2026a) Monatsbericht zur Entwicklung der erneuerbaren Stromerzeugung und Leistung in Deutschland. UBA – Arbeitsgruppe Erneuerbare Energien-Statistik (AGEE-Stat), en ligne : 01-2026_AGEE-Stat_Monatsbericht_FINAL

Le gouvernement allemand annonce la construction de presque 24 GW de centrales à hydrogène

Temps de lecture : 4 minutes

Par communiqué de presse du 1er août 2023 /1/, le Ministre de l’Énergie et la Protection du Climat, Robert Habeck, a annoncé qu’un accord de principe a été trouvé avec la Commission européenne sur les conditions-cadres relatives aux aides d’État pour la construction de centrales climatiquement neutres.

L’accord avec la Commission européenne concerne les subventions du gouvernement allemand pour une capacité de moyens pilotables de 23.800 MW. Il s’agit d’assurer l’approvisionnement en électricité lorsque la production éolienne et photovoltaïque est insuffisante. C’est pour cela que le gouvernement fédéral veut lancer des appels d’offres pour 15.000 MW de centrales à gaz « prêtes pour l´hydrogène ». Il s’agit de centrales à gaz, nouvelles ou existantes, qui fonctionneraient d’abord au gaz naturel et seraient converties à l’hydrogène au plus tard en 2035. S’y ajouteraient d’ici 2035 des centrales d’une puissance totale de 8.800 MW utilisant dès le départ l’hydrogène.

La prochaine étape sera une phase de consultation qui débutera à la fin de l’été ayant pour principal objectif de permettre aux acteurs concernés de donner leur avis notamment sur la nécessité, l’éligibilité et l’adéquation des mesures. Durant cette phase de consultation, la procédure d’aide d’État se poursuivra auprès de la Commission européenne.

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Projet d’une centrale à gaz (prête pour l´hydrogène) de 800 MW sur le site de Weisweiler en Rhénanie du Nord Westphalie / source RWE /6/

Le gouvernement allemand vise à l´horizon de 2035 une production d´électricité presque climatiquement neutre.

En plus de moyens de stockage et de flexibilité de la demande, un parc de production pilotable en support restera indispensable pour suppléer l´intermittence de la production de l´éolien et du photovoltaïque.

Après l´abandon du nucléaire mi-avril 2023 et l´intention de la coalition gouvernementale d´avancer à 2030 « dans l´idéal » la sortie de la production d´électricité à partir du charbon, le parc thermique se réduirait à terme aux centrales à gaz. La capacité des centrales à gaz existantes étant insuffisante pour se substituer au nucléaire et au charbon, la construction de nouveaux moyens pilotables bas carbone est nécessaire pour garantir la sécurité d´approvisionnement.

Une stratégie pour faciliter le déploiement de nouvelles centrales fonctionnant à l´hydrogène a déjà été annoncée en février 2023 /2/. Le communiqué de presse du 1er aout 2023 /1/ précise les mesures envisagées.

Concrètement, il est prévu de lancer à partir de 2024 des appels d’offres pour 8,8 GW de nouvelles centrales électriques qui fonctionneraient dès le départ à l’hydrogène.

De plus il est prévu de mettre en adjudication jusqu’à 15 GW de centrales à gaz, nouvelles ou existantes, convertibles au plus tard en 2035 à une production à base d´hydrogène. Sur ces 15 GW une capacité de 10 GW fera l’objet d’appels d’offres entre 2024 et 2026. Jusqu’à 6 GW sont réservés pour des nouvelles centrales à gaz « prêtes pour l´hydrogène », les 4 GW restants sont dédiés à la conversion à l’hydrogène (fuel switching) des centrales existantes.

Après une phase d’évaluation les 5 GW restants seront adjudiqués après 2026.

La question de la forme concrète des subventions n’a pas encore été réglée.

BDEW (Association Fédérale de l´Économie Énergétique et des Eaux) fait remarquer dans son communiqué /3/ que les décisions finales d’investissement ne pourront être prises que lorsque les connexions au réseau d’hydrogène seront assurées et qu’une exploitation économique des centrales sera rendue possible par des conditions-cadres appropriées.

Les experts sont partagés sur la capacité nécessaire de nouvelles centrales

Dans le rapport « monitoring de la sécurité d´approvisionnement en électricité » du régulateur, publié en février 2023 /2/, /5/, il est prévu, selon le modèle de calcul, un ajout de nouvelles centrales à gaz « prêtes pour l´hydrogène » de l’ordre de 17 à 21 GW d’ici 2031. En outre, il est prévu de construire environ 9 GW qui fonctionneront dès le départ à l’hydrogène.

Toutefois, l´opinion des experts diverge sur la capacité de nouvelles centrales bas carbone à construire à l’horizon de 2030.

Boston Consulting Group (BCG) évalue l’ajout à 43 GW de centrales à gaz « prêtes pour l´hydrogène » d’ici 2030 pour pallier l´intermittence des énergies renouvelables et respecter les objectifs climatiques /2/.

McKinsey estime le manque de moyens pilotables à au moins 30 GW à l’horizon de 2030. De plus McKinsey /4/ met en doute le fait que les conditions pour la construction des nouvelles centrales seront remplies en temps voulu et dans leur intégralité. De plus, la bascule vers l’hydrogène vert, du fait de la disponibilité d’un hydrogène à un prix raisonnable, reste elle-même très incertaine.

L´économie de l´hydrogène vert n´en est encore qu´à ses débuts. La production, l´approvisionnement (y compris par le biais d´importations) et le transport de l´hydrogène vert sont un défi majeur pour la mise en œuvre de la transition énergétique.

Références

/1/ BMWK (2023) Rahmen für die Kraftwerksstrategie steht – wichtige Fortschritte in Gesprächen mit EU-Kommission zu Wasserstoff-kraftwerken erzielt. Konsultationsphase und förmliches Beihilfeverfahren folgen als nächste Verfahrensschritte. Communiqué de presse du 1er août 2023, Ministère de l´Economie et de la Protection du Climat, en ligne :  https://www.bmwk.de/Redaktion/DE/Pressemitteilungen/2023/08/20230801-rahmen-fuer-die-kraftwerksstrategie-steht.html?view=renderNewsletterHtml

/2/ Allemagne Energies (2023) La sortie du charbon nécessite la construction préalable de nouvelles centrales à gaz, en ligne : https://allemagne-energies.com/2023/01/05/la-sortie-du-charbon-necessite-la-construction-prealable-de-nouvelles-centrales-a-gaz/

/3/ BDEW (2023) BDEW zu Wasserstoffkraftwerken / Gespräche BMWK mit der EU-Kommission, Communiqué de presse du 1er août 2023, Association Fédérale de l´Économie Énergétique et des Eaux, en ligne : https://www.bdew.de/presse/presseinformationen/bdew-zu-wasserstoffkraftwerken-gespraeche-bmwk-mit-der-eu-kommission/

/4/ PNC (2023) La fin de l’électronucléaire en Allemagne, et après ? Patrimoine, Nucléaire et Climat (PNC-France). En ligne : https://www.pnc-france.org/la-fin-de-lelectronucleaire-en-allemagne-et-apres/.

/5/ BMWK (2023) Sichere Versorgung mit Strom bis Ende des Jahrzehnts gewährleistet, Communiqué de presse du 01.02.2023, Ministère de l´Economie et de la Protection du Climat,  en ligne : https://www.bmwk.de/Redaktion/DE/Pressemitteilungen/2023/02/20230201-sichere-versorgung-mit-strom-bis-ende-des-jahrzehnts-gewahrleistet.html?view=renderNewsletterHtml

/6/ RWE (2023) RWE schafft Voraussetzungen für Errichtung eines wasserstofffähigen Gaskraftwerks in Weisweiler, ¨Communiqué de presse du 28.07.2023, en ligne : https://www.rwe.com/presse/rwe-generation/2023-07-28-rwe-schafft-voraussetzungen-fuer-errichtung-eines-wasserstofffaehigen-gaskraftwerks/

Le développement de l´éolien terrestre ne décolle pas

Texte mis à jour le 29.12.2022

Temps de lecture : 7 minutes

Le Ministère Fédéral de l´Économie et de la Protection du Climat (BMWK) a publié fin octobre le rapport 2022 du Comité de Coopération entre l´État fédéral et les régions (Länder) sur le développement des énergies renouvelables /1/. Ce rapport met en évidence des problèmes flagrants notamment pour le développement de l´éolien terrestre.

Le gouvernement veut doubler la puissance actuellement installée pour atteindre 115 GW à l´horizon de 2030. Mais malgré la crise énergétique, le développement ne décolle pas. Compte tenu de la lourdeur des démarches administratives et de la détérioration des conditions financières, due à la flambée des prix des matières premières et la hausse des taux d´intérêt, de nombreux investisseurs hésitent à s´engager sur la construction d´un parc éolien.

Selon le président de la Fédération de l´Énergie Éolienne (BWE) /2/, le rapport devrait servir de rappel à l´ordre. Les résultats sont inquiétants : le développement avance si lentement que les objectifs fixés par le gouvernement sont en danger.  

Les trois premiers trimestres ont vu l´installation d´environ 1,4 GW. L´ajout net devrait atteindre 2 GW en 2022. Mais le double aurait été nécessaire pour se rapprocher de l´objectif d´une puissance installée de 69 GW fin 2024. De plus, l´attribution du volume mis aux enchères étant loin d´être atteinte en 2022, trois des quatre appels d´offres ont été sous-souscrits. La nervosité s´est installée au sein du gouvernement fédéral, qui voulait pourtant accélérer le développement de l´éolien terrestre.

C´est pour cela que le gouvernement a fait passer au Parlement mi-décembre 2022 une augmentation de la rémunération de l´électricité verte dans le sillage de la loi sur le plafonnement du prix de l´électricité. Résultat : la rémunération de référence pour l´éolien terrestre, qui n´avait cessé de baisser jusqu´à présent, sera augmentée de 25% à 73,50 €/MWh à partir de 2023.

Malgré cela il est de moins en moins probable que le gouvernement atteigne ses objectifs en matière de développement éolien terrestre à l´horizon de 2030. L´Allemagne devrait désormais construire six éoliennes par jour jusqu´en 2029.

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Parc éolien de Krusemark-Ellingen en Saxe-Anhalt : mis en service en avril 2022 après remplacement de 15 éoliennes (puissance totale 15,7 MW) par 6 éoliennes (puissance totale 19,8 MW) dans le cadre du repowering /source RWE

Le développement des énergies renouvelables présente des dynamiques différentes. Alors que jusqu´à maintenant le développement du photovoltaïque suit à peu près le rythme voulu /3/, le développement des éoliennes terrestres reste à un niveau toujours faible.

Le parc éolien terrestre s´élève à environ 56,1 GW fin 2021. Pour atteindre l´objectif du gouvernement de 115 GW d´ici 2030 il faudrait, après une phase de démarrage, un ajout annuel de 10 GW à partir de 2025, cf. figure 1.

Fig 1 Zubau 2030 Wind Land
Figure 1 : développement de la puissance nette installée de l´éolien terrestre depuis 2015 et ajout annuel moyen entre 2022 et 2030 (scénario pour 600 TWh d´électricité produite à partir des énergies renouvelables en 2030)

Fin 2024, une puissance installée de 69 GW est visée selon la dernière modification de la Loi sur les énergies renouvelables (EEG 2023). Cela signifie, en partant du parc installé fin 2021, un ajout moyen net entre 2022 et 2024 de près de 4 GW par an.

Au cours des trois premiers trimestres 1 430 MW ont été installés /4/. L´ajout net devrait atteindre environ 2 GW en 2022, soit une légère augmentation par rapport à 2021, où le volume ajouté avait également été faible.

Au premier octobre 2022, le parc éolien terrestre comptait une puissance totale installée de 57,5 GW.  L´objectif de 69 GW fin 2024 nécessiterait un ajout net d´au moins 5 GW en 2023, un objectif qui ne sera vraisemblablement pas atteint car plusieurs séries d´appels d´offres ont été sous-souscrites dans le passé.

Seulement environ 70% du volume mis aux enchères ont été attribués en 2022

L´Agence Fédérale des Réseaux a effectué quatre appels d´offres d´éolien terrestre en 2022 /5/.  Les résultats confirment le développement préoccupant concernant les volumes offerts et attribués. En effet, l´attribution du volume mis aux enchères est loin d´être atteinte. Trois des quatre appels d´offres ont été sous-souscrits (voir figure 2).

Comme il fallait s´attendre à une sous-souscription lors du 4e d´appel d´offres en décembre 2022, l´Agence Fédérale des Réseaux avait préalablement réduit le volume appelé de 1 190 MW à 604 MW /6/.

Au total 16 offres ont été soumises pour un volume d´environ 203 MW soit un tiers du volume appelé. Seuls 189 MW ont finalement pu être adjudiqués.

En conclusion, en 2022, faute de soumissionnaires seuls 3 225 MW des 4 572 MW mis aux enchères, soit 70,5% ont été attribués. En outre l´écart entre le nord et le sud de l´Allemagne s´accentue de plus en plus. La Bavière et le Bade-Wurtemberg sont aux derniers rangs quant au développement de l´éolien terrestre.

AO Eolien
Figure 2 : volumes (en MW) des appels d´offres d´éolien terrestre en 2022

C´est un coup dur pour les objectifs de la transition énergétique du gouvernement. Dans la crise énergétique actuelle, où « chaque kilowattheure compte » selon le Ministre Fédéral de l´Économie et de la Protection du Climat, le développement de l´éolien terrestre ne décolle pas.

Il est de moins en moins probable que l´Allemagne atteigne ses objectifs en matière de développement éolien terrestre à l´horizon de 2030. Selon une évaluation d´EWI – Institut d´économie de l´énergie de l´Université de Cologne – pour le compte du journal Handelsblatt, publiée fin décembre 2022 /9/, il faudrait ajouter 5,8 éoliennes par jour entre début 2023 et fin 2029 d´une puissance nominale moyenne de 4,2 MW. L´éventuel déclassement d´anciennes installations est pris en compte. Une comparaison historique montre l´ampleur de la tâche : en moyenne, entre 2010 et 2021, environ 3,5 éoliennes ont été construites par jour, avec une puissance nominale moyenne de 2,8 MW.

Raisons du manque de dynamisme

Inquiétude des investisseurs

La flambée des prix des matières premières suite à la guerre en Ukraine ainsi que l´ augmentation des coûts de financement due à la hausse des taux d´intérêt ont un impact sensible sur le développement des énergies renouvelables.

Les investisseurs sont si peu rassurés qu´ils ne s´inscrivent même pas aux procédures d´enchères. La raison de cette réticence : celui qui obtient une adjudication doit mettre le parc éolien en service dans un délai de 2 ans. Une pénalité est due en cas de dépassement.

Comme il s´écoule souvent plus de 2 ans entre l´attribution du marché par l´Agence Fédérale des Réseaux et la mise en service du parc éolien, les investisseurs craignent que les coûts de construction explosent entre-temps et qu´ils ne soient plus couverts par la rémunération attribuée. Ils risquent alors de réaliser une opération déficitaire.

Pour la Fédération de l´Énergie Éolienne (BWE) les modalités de l´appel d´offres sont responsables de cette situation insatisfaisante. En effet, les soumissionnaires aux appels d´offres doivent respecter la limite maximale de la rémunération de référence de 58,80 €/MWh actuellement imposée par l´Agence Fédérale des Réseaux. Cette limite date toutefois d´une époque où les prix des matières premières étaient encore relativement stables.

C´est pour cela que le gouvernement fédéral a fait passer au Parlement mi-décembre 2022 une augmentation de la rémunération de l´électricité verte dans le sillage de la loi sur le plafonnement du prix de l´électricité /7/. Résultat : la limite maximale de la rémunération de référence pour l´éolien terrestre pourra être augmentée jusqu`à 25% l´année prochaine.

En conséquence, l´Agence Fédérale des Réseaux a fixé, à partir de 2023, la rémunération de référence à 73,50 €/MWh au lieu de 58,80 €/MWh dans le but de renforcer la participation des investisseurs aux enchères /8/.

Pendant les derniers 20 ans la rémunération pour la production de l´électricité verte a été en baisse. Elle augmentera pour la première fois en 2023, c´est une sorte de revirement pour l´histoire de la transition énergétique.

Lourdeur des procédures administratives

Depuis 2017, environ 15,2 GW ont été attribués dans le cadre des appels d´offres. A la fin du premier semestre 2022, environ un tiers (5,4 GW) a pu être réalisé /4/.

Si l´on définit la durée de la procédure d´autorisation à partir du dépôt initial de la demande auprès de l´organisme chargé de délivrer les autorisations, la durée moyenne de la procédure est supérieure à deux ans /1/. En Hesse, les procédures atteignent même une moyenne de presque 57 mois. Environ 17 % des installations autorisées ont fait l´objet d´une plainte, et même 48 % en Mecklembourg-Poméranie occidentale et en Hesse.

La nouvelle législation adoptée mi-2022 intervient trop tard

Le paquet législatif final visant à accélérer le développement des énergies renouvelables a été adopté mi-2022 /3/. La mesure phare est la modification de la Loi sur les Énergies Renouvelables du secteur électrique (EEG 2023), validant un approvisionnement en électricité de 80% en énergies renouvelables en 2030 et quasi climatiquement neutre en 2035. Comme étape intermédiaire une puissance totale installée de 360 GW (éolien et photovoltaïque) est prévue d´ici 2030.

Pour y arriver une simplification des démarches administratives et l´attribution de superficies supplémentaires pour le développement éolien ont été nécessaires. C´est pour cela qu´un paquet de mesures a été adopté /3/. Dans ce cadre, la loi sur l´Éolien Terrestre (Wind-an-Land-Gesetz, WaLG) et des modifications de la Loi Fédérale sur la Protection de la Nature ont été adoptées.

Le développement des énergies renouvelables est maintenant « d´intérêt public prépondérant et sert la sécurité publique ». Des dérogations relatives à la protection de la biodiversité et aux espèces protégées ont été adoptées. A l´avenir, la construction des éoliennes sera aussi autorisée dans des zones protégées. Seuls les territoires bénéficiant du plus haut niveau de protection ne pourront pas être aménagés.

Actuellement une superficie du territoire d´environ 0,8% est réservée aux éoliennes terrestres. Pour pouvoir installer une puissance de 160 GW (objectif 2040), la superficie réservée sera augmentée à 2% du territoire allemand à l´horizon de fin 2032 avec un objectif intermédiaire de 1,4% fin 2027.

Selon l´Association Fédérale de l´Économie Énergétique et des Eaux (BDEW) /6/ les lois adoptées l´été 2022 doivent être révisées, afin de parvenir à une réelle accélération des procédures administratives et une attribution plus rapide des superficies supplémentaires.

Cela concerne notamment la Loi sur l´Éolien Terrestre /3/. Le premier objectif contraignant de l´augmentation de la superficie du territoire à 1,4% d´ici fin 2027 intervient beaucoup trop tard pour soutenir l´objectif de développement de 2030.

Références

/1/ BMWK (2022) Zweiter Bericht des Bund-Länder- Kooperationsausschusses zum Stand des Ausbaus der erneuerbaren Energien veröffentlicht, Communiqué de presse du 28.10.2022, Bundesministerium für Wirtschaft und Klimaschutz (BMWK), en ligne : https://www.bmwk.de/Redaktion/DE/Pressemitteilungen/2022/10/20221028-zweiter-bericht-des-bund-lander-kooperationsausschusses-zum-stand-des-ausbaus-der-erneuerbaren-energien-veroffentlicht.html?view=renderNewsletterHtml

/2/ BWE (2022) Alarmstufe gelb für den Ausbau der Windenergie, Communiqué de presse du 28.10.2022, Bundesverband WindEnergie (BWE), en ligne : https://www.wind-energie.de/presse/pressemitteilungen/detail/alarmstufe-gelb-fuer-den-ausbau-der-windenergie/

/3/ Allemagne-Energies (2022) Énergies renouvelables : de nombreux défis, en ligne : https://allemagne-energies.com/energies-renouvelables/

/4/ UBA (2022) Monatsbericht PLUS mit Informationen zur quartalsweisen Entwicklung der erneuerbaren Energien in den Sektoren Strom, Wärme und Verkehr, Umweltbundesamt – Arbeitsgruppe Erneuerbare Energien Statistik (AGEE Stat), 4. Quartal 2022, en ligne :agee-stat_monatsbericht_plus_2022-q4_final

/5/ BNetzA (2022) Ausschreibungen für EE- und KWK-Anlagen, Ausschreibungen 2022, en ligne : https://www.bundesnetzagentur.de/DE/Fachthemen/ElektrizitaetundGas/Ausschreibungen/start.html

/6/ BNetzA (2022) Ergebnisse der Ausschreibungen für Windenergieanlagen an Land, Solaranlagen auf Gebäuden und Lärmschutzwänden und innovative Anlagenkonzepte, Communiqué de Presse du 20.12.2022, en ligne : https://www.bundesnetzagentur.de/SharedDocs/Pressemitteilungen/DE/2022/20221220-EE-Ausschreibungen.html?nn=265778

/7/ Allemagne-Energies (2022) Allemagne : presque 300 milliards d´Euros pour atténuer l´impact de la crise énergétique, en ligne : https://allemagne-energies.com/2022/12/19/allemagne-presque-300-milliards-deuros-pour-attenuer-limpact-de-la-crise-energetique/

/8/ BNetzA (2022) Festlegung der Höchstwerte für Ausschreibungen für Wind an Land und Aufdach-Solaranlagen für 2023, Communiqué de Presse du 27.12.2022, en ligne : https://www.bundesnetzagentur.de/SharedDocs/Pressemitteilungen/DE/2022/20221227_Hoechstwerte.html?nn=265778

/9/ Handelsblatt (2022) Deutschland muss bis 2029 täglich sechs neue Windräder bauen, 29.12.2022, en ligne : https://www.handelsblatt.com/unternehmen/energie/erneuerbare-energien-deutschland-muss-bis-2029-taeglich-sechs-neue-windraeder-bauen/28881822.html

Allemagne : arrêt définitif de trois centrales nucléaires le 31 décembre 2021

Temps de lecture : 8 minutes

Conformément à la loi de sortie du nucléaire de 2011 trois centrales nucléaires ont été arrêtées définitivement le 31 décembre 2021. Il s´agit des centrales de Gundremmingen unité C, Grohnde et Brokdorf. D´un point de vue technique, ces centrales nucléaires auraient pu être exploitées plus longtemps. Mais le nouveau gouvernement, en fonction depuis le 8 décembre 2021, poursuit, comme on pouvait s´y attendre, la politique hostile au nucléaire du gouvernement sortant.

L´Allemagne perd ainsi 4058 MW nets de moyens pilotables bas carbone dans le sillage des revers de la politique climatique. Mi-décembre, l´Agence Fédérale de l´Environnement (UBA) a annoncé que la production d´électricité à partir des renouvelables accuse en 2021 une baisse d´environ 5% par rapport à 2020 /1/ malgré une augmentation de la puissance installée. En outre, les émissions de CO2 liées à l´énergie ont augmenté d´au moins 4 % par rapport à 2020, selon les premières estimations d´AG Energiebilanzen /2/ dont celles du secteur électrique de 13% /3/.

Les trois dernières centrales nucléaires (Emsland, Neckarwestheim unité 2 et Isar unité 2) d´une puissance totale nette de 4055 MW seront arrêtées fin 2022. Sans qu´une seule tonne de CO2 supplémentaire soit économisée, une augmentation d´au moins un quart de la production renouvelable serait nécessaire d´ici fin 2022 pour pallier les 65 TWh nets produits par le nucléaire en 2021.

Fig 1Geo KKWs
Figure 1 : Situation géographique des sites nucléaires allemands y compris les dates butoirs de fonctionnement (les centrales en rouge ont été définitivement arrêtées en 2011), source BDEW

Néanmoins, Steffi Lemke, la nouvelle Ministre Fédérale de l´Environnement, de la Protection de la nature, de la Sûreté nucléaire et de la protection des consommateurs, se réjouit dans le communiqué de presse du 28 décembre 2021 /4/ de l´arrêt définitif des trois centrales nucléaires. « La sortie du nucléaire rend notre pays plus sûr et permet d´éviter des déchets radioactifs ». Elle remercie les employés des centrales nucléaires pour leur « comportement responsable lors de l´exploitation et du démantèlement » mais félicite principalement « les milliers de personnes qui se sont mobilisées sans relâche pour la sortie du nucléaire et le tournant énergétique ».

Selon les Verts Steffi Lemke et Robert Habeck, codirigeant du parti des Verts et vice-chancelier en charge du nouveau super ministère de l´Economie, de l´Energie et du Climat, la sécurité de l´approvisionnement en électricité en Allemagne ne serait pas en danger.

Ils s´appuient sur la faible valeur de l´indice SAIDI (System Average Interruption Duration Index) qui donne la durée moyenne d´interruption de l´approvisionnement d´un consommateur final et sur le rapport publié sur la sécurité d´approvisionnement par le gouvernement sortant /5/ lequel arrive au résultat que les consommateurs peuvent être approvisionnés de manière fiable à tout moment à l´horizon de 2030.

Il convient toutefois de noter que l´indice SAIDI ne peut être déterminé que rétrospectivement et ne permet pas de se prononcer sur la sécurité de l´approvisionnement dans le futur /6/ et que la Cour des Comptes avait critiqué le rapport du gouvernement sortant compte tenu des hypothèses trop optimistes et peu plausibles /7/ . Ce rapport part notamment d´une consommation d´électricité de 630 TWh en 2030 soit environ 100 TWh en dessous de la nouvelle estimation d´une consommation brute allant jusqu´à 750 TWh d´ici 2030 /8/ .

Centrales nucléaires arrêtées définitivement fin 2021

Gundremmingen unité C

Trois réacteurs nucléaires ont été construits dans la commune de Gundremmingen située au bord du Danube en Bavière à 40 km au nord-ouest d´Augsbourg.

La centrale Gundremmingen appartient depuis octobre 2019 à RWE Nuclear GmbH. Dans le cadre de l´échange d´actifs avec RWE, E.ON a concédé sa part de la centrale de Gundremmingen dont il détenait 25% via sa filiale PreussenElektra GmbH /9/.

Photo 1-kernkraftwerk-gundremmingen
Photo 1 : Site nucléaire Gundremmingen (Bavière), source RWE Power

L´unité A (à gauche sur la photo 1), un réacteur à eau bouillante d´une puissance électrique nette de 237 MW a été arrêtée en 1977. Le démantèlement du réacteur est bien avancé. En 2006, l´unité A a été transformée en centre de technologie utilisé notamment pour le démantèlement des unités B et C.

L´unité B, un réacteur à eau bouillante d´une puissance électrique nette de 1288 MW, a été arrêtée définitivement fin 2017 /10/ .

L´unité C (à droite sur la photo) est dotée d´un réacteur à eau bouillante d´une puissance électrique nette de 1288 MW et de construction identique à l´unité B. C´était le dernier réacteur à eau bouillante encore en service en Allemagne. L´unité C a été raccordée au réseau en novembre 1984, la mise en service industrielle a eu lieu en janvier 1985.

Au cours des 37 années de fonctionnement, l´unité C a produit presque 362 TWh (bruts) et a affiché un coefficient de disponibilité moyen d´environ 90%. Avec une disponibilité de près de 100 % et une production d´électricité d´environ 11,4 TWh, 2021 a été l´année la plus performante de la centrale /11/.

Au niveau de la production annuelle, elle était aussi dans le Top Ten mondial. En outre, la centrale a économisé au total environ 360 millions de tonnes de CO2 par rapport à une centrale à charbon1).

Les trois réacteurs du site de Gundremmingen ont produit ensemble environ 709 TWh. Cela permettrait de couvrir largement la consommation annuelle d´électricité en Allemagne (inférieure à 600 TWh/an).

Brokdorf

La centrale appartenant à PreussenElektra GmbH (83,3%) et à Stadtwerke Bielefeld (16,7%) est située au bord de l´Elbe dans le Schleswig-Holstein près de la commune du même nom, à environ 60 km au nord-ouest de Hambourg.

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Photo 2 : Centrale nucléaire Brokdorf (Schleswig-Holstein), source PreussenElektra GmbH

La centrale dotée d´un réacteur à eau pressurisée d´une puissance électrique nette de 1410 MW a été raccordée au réseau en octobre 1986. La mise en service industrielle a eu lieu en décembre 1986.

Au cours des 35 années de fonctionnement, la centrale a produit plus de 380 TWh (bruts) et a affiché un coefficient de disponibilité moyen d´environ 90%. Au niveau de la production annuelle elle a été 21 fois au Top Ten mondial dont deux fois sur la première position /12/.

En outre, la centrale nucléaire de Brokdorf a permis d´économiser au total environ 380 millions de tonnes de CO2 /13/ par rapport à une centrale à charbon1).

Grohnde

La centrale appartenant à PreussenElektra GmbH (80%) et Vattenfall Europe Nuclear Energy GmbH (20%) est située au bord de la Visurge (Weser en allemand) dans la commune d´Emmerthal en Basse-Saxe environ 40 km au sud-ouest de Hanovre.

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Photo 3 : Centrale nucléaire Grohnde (Basse-Saxe), source PreussenElektra GmbH

La centrale dotée d´un réacteur à eau pressurisée d´une puissance électrique nette de 1360 MW a été raccordée au réseau en septembre 1984. La mise en service industrielle a eu lieu en février 1985.

Pendant presque 37 années la centrale a produit environ 410 TWh (bruts) et a affiché un coefficient de disponibilité moyen proche de 92% ce qui constitue une valeur record en comparaison internationale /12/. Au niveau de la production annuelle elle a été huit fois sur la première position des Top Ten et a établi deux records du monde en termes de quantité annuelle d´électricité produite. Un autre record a été établi le 7 février 2021 avec l´atteinte d´une production totale brute de 400 TWh /14/. A ce jour, il n´existe aucune autre centrale nucléaire au monde qui ait produit autant d´électricité.

La centrale a permis d´économiser au total plus de 400 millions de tonnes de CO2 par rapport à une centrale à charbon1).

1) Émissions moyennes d´environ 1000g CO2/kWh

Références

/1/ UBA (2021) Deutlich weniger erneuerbarer Strom im Jahr 2021, Communiqué de presse n° 50/21 du 15 décembre 2021, en ligne : https://www.umweltbundesamt.de/presse/pressemitteilungen/deutlich-weniger-erneuerbarer-strom-im-jahr-2021

/2/ AGEB (2021) Energieverbrauch zieht wieder an, Communiqué de presse du 21 décembre 2021, en ligne :  https://ag-energiebilanzen.de/energieverbrauch-zieht-wieder-an/

/3/ BDEW (2021) Die Energieversorgung 2021 – die Zahlen des Jahres 2021, Communiqué de presse du 21 décembre 2021, en ligne : https://www.bdew.de/service/anwendungshilfen/die-energieversorgung-2021/

/4/ BMU (2021), Lemke und Habeck: Atomausstieg macht unser Land sicherer, AKW Brokdorf, Grohnde und Gundremmingen C gehen vom Netz, Communiqué de presse N° 296/21 du 28 décembre 2021, en ligne : https://www.bmu.de/pressemitteilung/lemke-und-habeck-atomausstieg-macht-unser-land-sicherer

/5/ BMWi (2021) Monitoring der Angemessenheit der Ressourcen an den europäischen Strommärkten, en ligne : https://www.bmwi.de/Redaktion/DE/Publikationen/Studien/angemessenheit-der-ressourcen-an-den-europaeischen-strommaerkten.html

/6/ Allemagne-Energies (2021) Gestion d´une pénurie d´électricité en perspective à l´horizon de 2023 ? En ligne : https://allemagne-energies.com/2021/09/05/gestion-dune-penurie-delectricite-en-perspective-a-lhorizon-de-2023/

/7/ Allemagne-Energies (2021) La Cour des Comptes allemande critique à nouveau la transition énergétique du gouvernement fédéral, en ligne : https://allemagne-energies.com/2021/04/06/la-cour-des-comptes-allemande-critique-a-nouveau-la-transition-energetique-du-gouvernement-federal/

/8/ Allemagne-Energies (2021) Le nouveau gouvernement allemand veut accélérer la transition énergétique, en ligne : https://allemagne-energies.com/2021/12/08/le-nouveau-gouvernement-allemand-veut-accelerer-la-transition-energetique/

/9/ Sénat (2021) Étude de législation comparée n° 292 – novembre 2020 – Recueil des notes de synthèse de mars à octobre 2020. Les entreprises du secteur de l´énergie en Europe, en ligne : http://www.senat.fr/lc/lc292/lc2927.html

/10/ Allemagne-Energies (2018) Arrêt définitif de la tranche B de la centrale nucléaire de Gundremmingen après 33 ans, en ligne : https://allemagne-energies.com/2018/01/08/arret-definitif-de-la-tranche-b-de-la-centrale-nucleaire-de-gundremmingen-apres-33-ans/

/11/ RWE Nuclear GmbH (2021) Ende einer Ära: Kernkraftwerk Gundremmingen beendet nach 37 Jahren Stromerzeugung, Communiqué de presse du 31 décembre 2021, en ligne : https://www.rwe.com/presse/rwe-nuclear/2021-12-31-kernkraftwerk-gundremmingen-beendet-nach-37-jahren-stromerzeugung

/12/ PreussenElektra (2021) Kernkraftwerke Brokdorf und Grohnde haben Leistungsbetrieb beendet, Communiqué de presse du 1er janvier 2022, en ligne : https://www.preussenelektra.de/de/unser-unternehmen/newsroom/pressemitteilungen/2021/pel-ende-leistungsbetrieb-kbr-und-kwg.html

/13/ PreussenElektra (2021) Kurz vor endgültiger Abschaltung: Kernkraftwerk Brokdorf verabschiedet sich als bedeutender Stromerzeuger Communiqué de presse du 20 décembre 2021, en ligne : https://www.preussenelektra.de/de/unser-unternehmen/newsroom/pressemitteilungen/2021/kbr-kurz-vor-abschaltung.html

/14/ PreussenElektra (2021) Kernkraftwerk Grohnde liefert neuen Rekord in der Stromerzeugung, Communiqué de presse du 8 février 2021, en ligne : https://www.preussenelektra.de/de/unser-unternehmen/newsroom/pressemitteilungen/2021/kwg-liefert-neuen-rekord-in-stromerzeugung.html

Allemagne – l´essentiel des résultats énergétiques 2020 sous l´influence de la crise sanitaire

L´édition 2021 est disponible ici

Texte mis à jour le 20.01.2022

Temps de lecture 20 min (résumé 3 min)

La crise sanitaire liée au Coronavirus a fortement influencé les résultats énergétiques de l´Allemagne en 2020. Toutefois, la réduction drastique de la consommation énergétique et des émissions de gaz à effet de serre n’a été possible que par une restriction tout aussi drastique de la vie socio-économique. Le PIB a baissé de 5% en 2020 selon le ministère fédéral de l´économie et de l´énergie /23/. Compte tenu de la poursuite de la crise sanitaire, il est peu probable que l’année 2021 connaisse une reprise complète. La consommation d’énergie et d’électricité pourrait augmenter en 2021 par rapport à 2020, mais rester inférieure au niveau de 2019.

Selon les données statistiques provisoires, les résultats énergétiques 2020 se résument comme suit :

  • La consommation énergie primaire baisse à un niveau historique, soit de 8% par rapport à 2019. L´objectif du tournant énergétique d´une réduction de 20 % de la consommation d’énergie primaire par rapport à 2008 a néanmoins été manqué
  • La consommation intérieure brute d´électricité recule de 4% à ~ 545 TWh (2019 : ~568 TWh) ce qui permet à l´Allemagne d´atteindre son objectif de 2020, soit une réduction de 10% par rapport à 2008
  • La production brute d´électricité s´élève à ~ 566 TWh, une baisse de 6 % par rapport à 2019 (~ 603 TWh)
  • La part des filières renouvelables passe à presque 44,5 % (~ 252 TWh) de la production brute (2019 : 242 TWh) et à presque 46 % de la consommation intérieure brute. Leur capacité totale installée atteint les 131 GW.
  • En revanche, les résultats excellents des énergies renouvelables lissés sur l´année ne sont pas synonyme d´un approvisionnement fiable. C’est ce que montre une évaluation détaillée des quelques situations de production d’électricité au cours de l´année 2020.
  • La part des énergies fossiles dans la production brute s´élève à ~ 44 % (~ 250 TWh) contre plus de 47% en 2019 (~ 286 TWh), la part de la production à partir de la houille et du lignite s´élève à environ 24% (~ 135 TWh) contre plus de 28% en 2019 (~ 172 TWh)
  • a production du nucléaire (~ 64 TWh) a baissé de plus de 14 % par rapport à 2019 suite à l´arrêt définitif de la centrale nucléaire de Philippsburg 2 le 31 décembre 2019.
  • Le solde exportateur est avec ∼ 20 TWh en recul par rapport à 2019 (∼ 33 TWh)
  • les émissions de gaz à effet de serre ont baissé à un niveau historique de 729 Mt CO2éq et permettent à l´Allemagne d´atteindre son objectif de 2020 (- 40% par rapport à 1990)

Plusieurs projets-phares du tournant énergétique allemand seront mis en œuvre en 2021 :

  • Instauration d´une taxe carbone (droits d´émission sous forme de certificats à prix fixe) sur les émissions des produits combustibles non couverts par le système européen d’échange de quotas d’émissions
  • Mise hors service des premières centrales à houille et lignite conformément à la loi de sortie du charbon
  • Entrée en vigueur de la nouvelle loi EEG 2021 qui remplace la loi actuelle de 2017 par une version fondamentalement modifiée fixant des objectifs ambitieux de développement des énergies renouvelables à l´horizon de 2030 (une part de 65% à la consommation brute d´électricité)
  • Début d´un contrôle rigoureux des émissions de gaz à effet de serre de chaque secteur économique afin d´atteindre en toute sécurité l’objectif de réduction de 55 % d’ici 2030 par rapport à 1990 selon la loi fédérale de protection du climat 2030 (Bundes – Klimaschutzgesetz), entrée en vigueur en décembre 2019
  • Fin décembre 2021 : arrêt de trois (~ 4 GW) des six centrales nucléaires encore en service conformément à la loi de sortie du nucléaire de 2011

Electrical towers and power lines in the morning fog, Bochum-Werne, Bochum, North Rhine-Westphalia, Germany

Consommation énergétique

Selon AG Energiebilanzen /1/, la consommation d´énergie primaire baisse à un niveau historique depuis la réunification de l´Allemagne, soit à 11.784 PJ (281 Mtep), moins 8,0 % par rapport à l´année précédente (2019 : 12.805 PJ).

La tendance à long terme montre que la consommation d´énergie primaire a diminué de 18,7% par rapport à 2008 (cf. figure 1). L´objectif d´une réduction de 20 % de la consommation d’énergie primaire par rapport à 2008 a néanmoins été manqué.

Ce niveau historiquement bas est principalement dû à la crise sanitaire. La baisse a été renforcée par l’amélioration de l’efficacité énergétique notamment dans les secteurs de l´industrie et du bâtiment et les conditions météorologiques favorables. Le fioul domestique, en revanche, a vu une augmentation de la demande car de nombreux consommateurs ont profité des prix bas pour reconstituer leurs stocks.

La part des sources d’énergie a également évolué. Alors que le fioul et le gaz naturel ont pu maintenir leurs positions au cours des dernières années, la houille et le lignite ont enregistré une forte baisse de leur part. Mais plus de trois quarts de la consommation d’énergie primaire sont toujours couverts par des combustibles fossiles.

Les énergies renouvelables ont augmenté leur contribution à 16,6 %. Néanmoins, leur part reste modeste en raison de leur faible croissance dans les secteurs du bâtiment et des transports.

Fig 1 Energie primaire
Figure 1 : Consommation d´énergie primaire /1/

Consommation et production d´électricité

Le secteur électrique a également été fortement influencé par la crise sanitaire /2/, /3/, /4/, /5/.

Les restrictions dans la vie économique et publique ont fait reculer la consommation intérieure brute d’électricité de presque 23 TWh à 545 TWh selon BDEW /3/, ce qui correspond à une baisse de 4% par rapport à 2019 (568 TWh). L´objectif de 2020 du tournant énergétique, soit une réduction de 10% par rapport à 2008 (613 TWh) a donc été atteint.

En conséquence, la production brute d’électricité a également enregistré avec 566 TWh une réduction d´environ 6 % par rapport à 2019 (~ 603 TWh).

Les énergies renouvelables ont fourni presque 252 TWh, plus que jamais auparavant. Leur part dans la production brute d´électricité s´élève à 44,5 % en 2020. Toutefois, l’augmentation de 10 TWh, soit d´environ 4% par rapport à 2019, est, en raison du faible développement de l´éolien terrestre, inférieure de la moitié par rapport à l´augmentation observée entre 2018 et 2019.

Sous l´hypothèse que l´électricité produite à partir des énergies renouvelables serait entièrement consommée en Allemagne, les énergies renouvelables ont participé à hauteur de presque 46% à la couverture de la consommation intérieure brute d´électricité /3/.

Cette augmentation est principalement due à leur injection prioritaire au réseau et la baisse marquée de la production totale du fait de la crise sanitaire. De plus, le premier trimestre 2020 a été très venteux et le nombre d´heures d’ensoleillement supérieur à la moyenne en 2020.

Fig 2 Production brute d´électricité en 2020
Figure 2 : Production brute d´électricité en 2020 /3/ (données entre parenthèses pour 2019)

Le tableau ci-dessous détaille la production brute pour chaque filière en 2020 par rapport à 2019 pour l’ensemble du secteur de l’électricité y compris la production destinée à l’autoconsommation de l´industrie et à l´autoconsommation individuelle et collective.

Conformément aux prescriptions du gouvernement fédéral, la production brute et la consommation intérieure brute sont utilisées comme base de calcul pour évaluer la part des énergies renouvelables.

Certains sites utilisent comme base de calcul la part de production nette injectée dans le réseau public sans tenir compte de l´autoconsommation de l´industrie, ce qui se traduit par une part apparemment plus importante d´énergies renouvelables à la production et consommation.

Tableau Production et consommation d´électricité 2019 et 2020
Tableau 1 : Production et consommation d´électricité 2019 et 2020 selon /3/ (les chiffres de 2020 sont provisoires)

La production d´électricité à partir du lignite et de la houille est caractérisée par des baisses importantes : la production à partir de houille a diminué de plus d´un quart et celle à partir de lignite de près d’un cinquième. Leur part à la production brute s´élève à 24%, contre 28% en 2019.

L´énergie nucléaire connaît également une réduction significative, notamment en raison du déclassement de la centrale nucléaire de Philippsburg 2 le 31 décembre 2019 /7/.

La production à partir du gaz a légèrement augmenté. En particulier, la baisse significative des prix du gaz sur le marché spot au cours de l´année et le prix toujours élevé de la tonne de CO2 dans le système européen d´échange de quotas d’émissions ont renforcé leur position par rapport aux centrales à la houille et au lignite.

Le photovoltaïque a enregistré une augmentation de presque 12 %. Cette quantité d’électricité comprend non seulement l´injection au réseau public mais aussi l´autoconsommation individuelle et collective. Sur le seul mois d’avril, le plus ensoleillé depuis l’enregistrement des données météorologiques, environ 7 TWh ont été produits.

Avec une production de 132,6 TWh, l´énergie éolienne (terrestre et en mer) est aujourd’hui de loin la source d´énergie la plus importante dans le mix électrique allemand. Les éoliennes maritimes ont enregistré une augmentation de 10,5 %. Toutefois, des taux de croissance de cette grandeur ne sont plus à prévoir dans les prochaines années, car une augmentation substantielle de leur puissance installée n´est pas prévue avant les années 2023 à 2025.

Au cours de la dernière décennie, la part des énergies renouvelables dans la production brute d´électricité a été multipliée par un facteur de 2,4 (cf. figure 3), tandis que la part de la houille et du lignite a reculé de presque la moitié à environ 24% (~ 135 TWh) en 2020. Suite à la décision de sortie du nucléaire d´ici 2022 sa part a diminué de 55% depuis 2010.

L´année 2020 est caractérisée par la crise sanitaire qui se poursuit en 2021. Il est peu probable que l´année 2021 connaisse une reprise complète. La consommation d’énergie et d´électricité en 2021 pourrait augmenter par rapport à 2020, tout en restant inférieure aux niveaux de 2019.

Fig 3 Evolution de la production brute des différentes filières depuis 2010
Figure 3 : Evolution de la production brute des différentes filières depuis 2010 /3/

L´augmentation de la production des énergies renouvelables en 2020 ne cache toutefois pas le fait que la production brute totale bas carbone (énergies renouvelables et nucléaire) stagne depuis l´année dernière. Avec l´augmentation de la production de 10 TWh en 2020 les énergies renouvelables n´arrivent pas à suppléer la perte de production résultant de l´arrêt de la centrale nucléaire de Philippsburg 2. Déjà dans le passé l´arrêt de centrales nucléaires a eu un impact négatif sur l´évolution de la production bas carbone (figure 4).

Fig 4 Production co2frei
Figure 4 : Evolution de la production totale brute bas carbone (énergies renouvelables et nucléaire) selon /3/

Sans qu´une seule tonne de CO2 supplémentaire soit économisée, une augmentation de 25% de la production renouvelable d´ici fin 2022 serait nécessaire pour pallier les 64 TWh nucléaires produits en 2020 suite à la fermeture programmée des six centrales nucléaires (8,1 GW nets) toujours en activité.

Puissance installée

Actuellement l´Allemagne exploite deux parcs de production en parallèle pour une pointe de consommation autour de 82 GW.

Le pays disposait fin 2020 d´un parc de production d´environ 233 GW nets y compris les systèmes de stockage (STEP, batteries) dont ~ 102 GW de moyens conventionnels et ~131 GW d´énergies renouvelables selon /2/, /25/ et /27/. Seulement ~ 77 GW de centrales conventionnelles (hors systèmes de stockage) sont activement au réseau début 2021. Une capacité d´environ 15 GW se trouve hors marché de l´électricité et sera arrêtée ou mise en réserve stratégique.

Le tableau ci-dessous détaille l´évolution de la puissance totale nette installée du secteur électrique, y compris les centrales d´industrie pour chaque filière en 2020 par rapport à 2019.

Tableau Puissance installée
Tableau 2 : Puissance installée en 2019 et 2020 selon /2/, /24/, /25/ et /27/ (les chiffres de 2020 sont provisoires)

Centrales nucléaires

La baisse de puissance à 8,1 GW en 2020 est due à l´arrêt de la tranche 2 de Philippsburg (1,4 GW) le 31.12.2019.

Centrales à houille

Fin 2020, la puissance installée des centrales à houille s´élevait à 23,8 GW.  L´augmentation de la puissance installée est due à la mise en service de la centrale de Datteln 4 (1,1 GW) en mai 2020 /8/.

Dans le cadre d´un appel d´offres, plusieurs centrales à houille (~ 4,8 GW) ont obtenu l´adjudication pour une fermeture prématurée contre le versement d´une prime d’arrêt. Les exploitants ne seront plus autorisés à commercialiser sur le marché la production générée par l´utilisation du charbon à partir du 1er janvier 2021 /9/.

Leurs centrales ont été mises en réserve en attendant que les gestionnaires de réseau de transport vérifient leur importance systémique. Si le résultat est négatif, le § 51 de la loi sur la sortie du charbon interdit de brûler de la houille ou du lignite dans la centrale 7 mois après l´adjudication (mi-2021). Si le résultat est positif, les centrales concernées resteront en réserve stratégique. Cela signifie que l´exploitant ne pourra plus vendre d’électricité sur le marché, mais sera rémunéré afin que la centrale reste disponible pour la stabilisation du réseau en cas de besoin.

De plus environ 2,7 GW sont actuellement en « réserve d´équilibrage du réseau ». Ces centrales se sont pas en fonctionnement mais sont pertinentes pour le système électrique et pourrait être activées en cas de besoin pour des mesures de redispatching permettant de réduire les congestions du réseau. L´électricité produite ne peut pas être vendue sur le marché de l´électricité.

Donc en ce début de 2021 seule une puissance de ~ 16,2 GW est activement disponible sur le marché de l´électricité /25/.

Centrales à lignite

La puissance installée s´élève à 20,6 GW fin 2020. La centrale au lignite Niederaußem tranche D (environ 18 km à l’ouest de Cologne) d´une puissance de 297 MW a été déclassée le 31.12.2020 conformément au calendrier de fermeture annexé à la loi de sortie progressive des centrales à houille et à lignite / 10 /.

De plus 2,4 GW constituent une « réserve de sécurité » assurant une réserve ultime pour des situations extrêmes et ne sont donc plus sur le marché. En cas de besoin, ces centrales doivent être opérationnelles dans un délai de 10 jours. Au début de 2021 seuls ~ 17,8 GW sont donc activement disponibles sur le marché de l´électricité /25/.

Centrales à gaz

La puissance nette installée a légèrement augmenté par rapport à 2019 pour atteindre presque 30,5 GW dont ~ 1,5 GW sont en « réserve d´équilibrage du réseau » et ~ 1,7 GW mis sous cocon. Au début de 2021 seuls ~ 27,2 GW sont activement disponibles sur le marché de l´électricité /25/.

Centrales au fioul

Environ 1,6  GW sont actuellement en « réserve d´équilibrage du réseau » et 0,2 GW mis sous cocon, donc au début de 2021 seuls ~ 2,6 GW sont activement disponibles sur le marché de l´électricité /25/.

Stockage d´énergie

L´Allemagne dispose de STEP  (Stations de Transfert d´Énergie par Pompage) d´une puissance nette totale de 9,8 GW y compris les installations au Luxembourg et en Autriche /11/ qui injectent de l’électricité directement dans le réseau allemand.

En outre, il existe un grand nombre de systèmes de stockage à batteries. La capacité cumulée des batteries est estimée fin 2020 à environ 0,3 GW selon /25/.

Energies renouvelables

En 2020, 420 éoliennes terrestres d’une capacité totale de 1431 MW ont été ajoutées et le démantèlement de 203 éoliennes d’une capacité totale de 222 MW enregistré, selon /24/. L’augmentation nette de la capacité en 2020 s´élève donc à 1 208 MW. Le nombre cumulé d´éoliennes terrestres passe ainsi à 29 608. La capacité totale installée augmente d’environ 2,3 % pour atteindre 54,4 GW.

Fin 2020, 1 501 éoliennes maritimes d’une capacité totale d´environ 7,7 GW ont été en service selon /24/. Une puissance de 219 MW a été raccordée au réseau et la capacité des installations existantes augmentée de 26 MW.

Aucun nouveau projet d’éolien maritime n’est en cours de construction, donc aucune augmentation de capacité prévue en 2021.

En 2020, environ 4,8 GWc (~10%) de puissance photovoltaïque ont été ajoutés, portant la puissance nette totale installée à 53,8 GWc.

La rubrique « déchets biogènes/divers » comprend les déchets biogènes (50% de la totalité des déchets sont par définition considérés comme renouvelables), le gaz de décharge, le gaz de station d´épuration et la géothermie.

Relation entre puissance installée et production réalisée

La puissance nette installée des énergies renouvelables intermittentes (éolien et photovoltaïque) représente plus de la moitié de la puissance totale installée en Allemagne fin 2020. Cependant, éolien et photovoltaïque n´ont produit – lissé sur l´année – qu´environ un tiers du courant en 2020 (voir figure 5). Cela correspond à un facteur de charge moyen [1] d´environ 18%, sans toutefois apporter une contribution durable à la sécurité d´approvisionnement car la production est très fluctuante au cours de l´année (voir plus loin).

Fig 5 puisance et production en pourcentage
Figure 5 : puissance nette installée et production nette en pourcentage en 2020 (hors STEP) selon /2/, /3/ et /25/

A titre de comparaison, le nucléaire allemand, qui,  avec 8,1 GW nets, représente environ 3,6% de la puissance installée en 2020, a produit 11,3 % du courant. Cela correspond à un facteur de charge moyen d´environ 86%.

Faits marquants des énergies renouvelables intermittentes en 2020

Les résultats excellents des énergies renouvelables lissés sur l´année ne sont pas synonyme d´un approvisionnement fiable et démontrent les limites de la conversion aux sources renouvelables intermittentes. C’est ce que montre une évaluation détaillée de quelques situations représentatives de production d’électricité au cours de l´année 2020.

Pour rappel : une étude de l´association européenne des producteurs d’électricité et de chaleur VGB PowerTech e.V. /13/ sur la fréquence des épisodes de production quasi nulle éolienne et  photovoltaïque montre, entre 2010 et 2016, environ 160 épisodes de 5 jours avec une production éolienne inférieure à 5 GW et pour chaque année un épisode de 10 à 14 jours de vents faibles.

Les figures  6 à 9, générées à partir du site SMARD – site officiel de l´agence fédérale des réseaux /6/, illustrent à titre d´exemple les variations auxquelles des énergies renouvelables intermittentes peuvent être soumises.

Le mois d’avril a vu une production photovoltaïque élevée (voir plus haut). Le dimanche 5 avril, les énergies renouvelables ont couvert la consommation d’électricité en Allemagne pendant 6 heures entre 11h et 17h. Du 19 au 22 avril (cf. figure 6), une production d´énergies renouvelables élevée a également été observée pendant plusieurs jours, même en semaine où la consommation tend à être plus élevée par rapport au week-end. Pendant ces quatre jours, les énergies renouvelables ont couvert plus de 80 % de la consommation d’électricité en Allemagne.

Fig 6 Production max avril 2020
Figure 6 : Exemple d´une forte production photovoltaïque et éolien terrestre pendant plusieurs jours (source smard)

La figure 7 montre un exemple en juillet 2020 où la production aléatoire a temporairement excédé 93% de la demande trois jours de suite.

Fig 6 EnR production max
Figure 7 : Exemple d´une forte production d´énergies renouvelables excédant la demande pendant plusieurs heures (source smard)

Le premier weekend de juillet la production d´énergies renouvelables a dépassé la demande d´électricité généralement plus faible que dans la semaine, soit de 9h45 à 17h15 le samedi 4 juillet et de 7h15 à 17h le dimanche 5 juillet 2020.

Le mardi 6 juillet, les énergies renouvelables ont produit 60,5 GW entre 13 et 14 heures, soit près de 93,5 % de la demande  d’électricité.

La figure 8 montre la situation vendredi le 27 novembre entre 6 et 7 heures et jeudi le 10 décembre entre 15 et 16 h. La disponibilité des énergies renouvelables est de moins de 12% et celle du photovoltaïque et de l´éolien de 1,3 % (0,82 GW) le 27 novembre et de 2,5% (1,7 GW) le 10 décembre. Pour mémoire : le photovoltaïque et l´éolien (terrestre et en mer) totalisent une puissance nette de 116 GW en 2020.

Cette conjonction de très peu de soleil, très peu de vent et une demande d´électricité élevée conforte l´approche conservative des gestionnaires des réseaux de transport allemands qui dans leur bilan prévisionnel accordent une disponibilité de 0% au photovoltaïque et de 1% à l´éolien (terrestre et en mer) dans la gestion des périodes de pointe.

Fig 7 EnR production min
Figure 8 : Exemple d´une faible production d´énergies renouvelables plusieurs jours de suite (source smard)

Normalement l´automne et l´hiver sont les périodes les plus venteuses. Mais une production éolienne faible sur plusieurs jours en septembre est une situation intéressante (cf. figure 9) qui se produit normalement en hiver en cas d´anticyclone froid (voir plus haut).

Fig 8 Wind min_1
Figure 9 : Production éolien terrestre et maritime (mer du Nord et mer Baltique) du 21 au 23 septembre 2020 (source smard)

La production d´éolien (sur terre et en mer) a été inférieure à 1 GW pendant deux jours consécutifs, et inférieure à 90 MW pendant 2 heures (le 22 septembre, 10h à 12h), soit une disponibilité de 0,14% de la puissance totale installée. La contribution de la production éolienne maritime a été zéro pendant 6 heures l´après-midi du 21 septembre et inférieure à 10 MW pendant 7 heures le matin du 22 septembre.

L´année 2020 a également mis en évidence une forte variabilité inter-saisonnière de la production éolienne au cours de l’année ainsi qu´une grande variabilité interannuelle par rapport à 2019 (figure 10)

Fig 9 Fluctuation eolien_1
Figure 10 : Fluctuation mensuelle de la production éolienne en 2020 et variation en pourcentage par rapport à 2019 /2/

L´augmentation de la production éolienne terrestre en 2020 par rapport à 2019 est presque entièrement concentrée sur les trois premiers mois avec plus de 40 % de la production annuelle /12/.

Dans l’analyse mois par mois, le mois de février est celui où l’apport éolien (sur terre et en mer), a été le plus élevé avec 20,6 TWh. La raison en est la tempête « Sabine », qui a fourni un apport éolien particulièrement élevé. En revanche, en mars, septembre et décembre, les éoliennes ont produit nettement moins par rapport à 2019. C’est en septembre que la production a été la plus faible en un mois avec 6,4 TWh.

Ces résultats montrent une fois encore qu´un développement massif du photovoltaïque et de l´éolien ne garantira pas, à lui seul, la sécurité d’approvisionnement après l’abandon progressif des moyens pilotables (centrales nucléaires et centrales à houille et lignite).

Échanges transfrontaliers d´électricité

Avec deux nouvelles interconnexions mises en service au quatrième trimestre, l´Allemagne/Luxembourg est reliée désormais à 10 pays : Autriche, Danemark, France, Pays-Bas, Pologne, Suède, Suisse, Tchéquie, et maintenant  Belgique et Norvège.

ALEGrO, la première interconnexion directe entre l’Allemagne et la Belgique a été mise en service en octobre 2020. Le câble souterrain de 90 km offre une capacité de transmission de 1000 MW.

NordLink, une interconnexion de 623 km entre l’Allemagne et la Norvège, a été provisoirement mise en service en décembre 2020. La mise en service définitive est prévue en février 2021. L´interconnexion offre une capacité de transmission de 1400 MW et est notamment destinée à la transmission d’électricité produite par des énergies renouvelables.

Le solde des exportations d’électricité de l´Allemagne a fortement baissé au cours des deux dernières années /1/ et s´élève à environ 20 TWh en 2020 (figure 11). Pour un pays donné, le solde total des échanges physiques et contractuels devrait, dans l’idéal, être le même.

L’élément déclencheur pour l´importation ou l´exportation dépend non seulement de l´offre et de la demande, mais aussi des prix de l’électricité dans les pays voisins. L´augmentation de la production à partir d’énergies renouvelables dans les pays voisins et un prix bas du gaz, associés à un prix de la tonne de CO2 relativement stable à un niveau élevé ont provoqué un changement dans l’ordre de mérite en faveur des énergies renouvelables et des centrales à gaz à l´étranger et ont donc entraîné en Allemagne une plus grande propension à l´importation notamment du Danemark, Suède et Pays-Bas. Entre avril et juillet, l´Allemagne a importé plus d’électricité qu’elle n’en a exportée.

Fig 11 export import
Figure 11 : Solde des échanges commerciaux en TWh selon /1/ (les chiffres de 2020 sont provisoires)

Au niveau des échanges physiques, en 2020, le solde exportateur est avec environ 10,2 TWh en faveur de la France selon /1/.  Toutefois, une certaine proportion des flux physiques sont des volumes de transit. A titre d´exemple, une partie de l´électricité exportée par la France vers la Suisse et l´Italie transite par l´Allemagne.

Les échanges commerciaux ont été presque équilibrés entre les deux pays. La France a importé 12,7 TWh et exporté 11,1 TWh, soit un solde exportateur d´environ 1,6 TWh en légère faveur de l´Allemagne selon /5/ et /6/.

Modernisation des réseaux de transport

Un approvisionnement en électricité basé sur des sources d’énergies renouvelables recèle de nouveaux défis au niveau des réseaux. Dorénavant, une grande partie de l’électricité sera injectée de manière décentralisée dans les réseaux de distribution et transportée en partie sur de longues distances. En outre, la forte progression de l’éolien, concentré dans le Nord du pays, nécessite le renforcement des lignes nord-sud pour que l’électricité soit amenée à des centres de consommation dans le sud et dans l’ouest de l’Allemagne. L´épine dorsale est constituée par des tracés nord – sud en courant continu.

Selon la programmation actuelle de l´Agence fédérale des réseaux, environ 7700 km du réseau de transport (lignes nouvelles ou de renforcement des lignes existantes) sont prioritaires. Suite au nouvel objectif d´une part de 65% d´énergies renouvelables à la consommation d´électricité d´ici 2030, les besoins d’extension du réseau de transport seront encore plus importants.

Or, le développement du réseau de transport ne suit pas le rythme de développement des énergies renouvelables. A la fin du troisième trimestre 2020, environ 4700 km étaient en cours d´examen et environ 1500 km (19,5%) réalisés /14/.

Émissions de gaz à effet de serre

Les émissions s´élèvent à 729 Mt CO2éq en 2020 selon le bilan final de l´Agence Fédérale pour l´Environnement /30/ ce qui correspond à une réduction de 41,3% par rapport à 1990. L´objectif de l´Allemagne de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40% d’ici 2020 par rapport à 1990 a donc été atteint.

Les émissions de gaz à effet de serre ont diminué de 71 Mt CO2éq, soit une baisse de 8,9% par rapport à l´année précédente. Plus d´un tiers des réductions est dû aux conséquences de la crise sanitaire, principalement dans les secteurs des transports et de l´énergie.

Pour la réalisation des objectifs climatiques de l’Allemagne le secteur de l’énergie est déterminant / 15 /. Il comprend non seulement les émissions CO2 du secteur de l´électricité mais aussi d’autres émissions issues par exemple des installations de chauffage urbain, des raffineries de pétrole ou les émissions fugitives de l´approvisionnement en gaz.

Dans le secteur de l´énergie les émissions ont diminué en 2020 de 39 Mt CO2éq, soit une baisse de 15,2% par rapport à l´année précédente. Avec 220 Mt CO2éq, ce secteur a réussi à réduire ses émissions de CO2 de 52,8% par rapport à 1990 selon /21/.  La majeure partie de cette évolution positive en 2020 est attribuable à la baisse des émissions liées à la production d´électricité à partir de lignite. Les émissions provenant de la production d´électricité à partir de houille ont diminué malgré la mise en service de la centrale à houille Datteln 4.

En revanche les énergies renouvelables ont très peu contribué, car la production bas carbone (énergies renouvelable et nucléaire) n´a presque pas évolué par rapport à 2019, cf. figure 4.

Avec les émissions de 187 Mt CO2éq on obtient un contenu carbone moyen du secteur électrique allemand d´environ 0,37 kg CO2/kWh en 2020 selon Agence Fédérale pour l´Environnement /29/.

Pour la première fois, les données sur les émissions sont présentées dans le contexte de la nouvelle loi fédérale sur la protection du climat /15/, qui fixe à partir de 2020 des objectifs juridiquement contraignants en matière d’émissions de gaz à effet de serre pour chaque année et pour chaque secteur économique à l´horizon de 2030.

Il y a des efforts à faire dans le secteur bâtiment. En 2020, les émissions ont atteint 119 Mt CO2éq, soit une baisse de 2 Mt CO2éq par rapport à l´année précédente. Mais malgré cette réduction, le secteur bâtiment dépasse de justesse la limite fixée par la loi sur la protection du climat à 118 Mt CO2éq pour 2020.

La figure 12 montre l´objectif de 2030 et l´évolution des émissions allemandes de gaz à effet de serre contenus dans le « panier de Kyoto » en millions de tonnes de CO2éq par an de 2010 à 2020 selon /30/.

Fig 12 emission 2020
Figure 12 : Évolution des émissions allemandes en millions de tonnes de CO2 éq par an (hors secteur des terres et forêts – UTCATF) et l´objectif de 2030

Evolution des prix de l´électricité 

Prix au marché spot en 2020

Bien que le volume d´électricité négocié sur les bourses ne représente qu´une fraction du volume total des échanges commerciaux, les marchés électriques Day-Ahead de l´EPEX SPOT pour une livraison d’électricité le jour suivant sont considérés comme un indicateur des prix de gros. Une fourchette de prix de -500 €/MWh à 3 000 €/MWh est définie pour le négoce Day-Ahead /16/.

La figure 13 montre la moyenne par mois calculée à partir des 24 prix horaires d’une journée pour la zone de marché Allemagne/Luxembourg pour 2019 et 2020.

Fig 12 prix spot 2020
Figure 13 : Prix Day-Ahead de l´EPEX SPOT (moyenne par mois en 2019 et 2020) pour la zone de marché Allemagne/Luxembourg

Le prix de gros moyen de l’électricité en 2020 était de 30,47 €/MWh contre 37,67 €/MWh en 2019 : /4/, / 6 /.

Le prix le plus bas a été de 17,09 €/MWh en avril. Cela s’explique notamment par la très faible consommation d´électricité due à la crise sanitaire et un recours très important aux énergies renouvelables. En outre, le nombre élevé de prix de gros négatifs (40 heures) a contribué à une réduction du prix de gros moyen.

Le prix le plus bas de l’année a été atteint le mardi 21 avril entre 14h00 et 15h00, soit  – 83,94 Euro/MWh. Le prix le plus élevé a été observé le lundi 21 septembre entre 19h et 20h avec 200,04 Euro/MWh. Pendant cette période, la forte consommation d´électricité a coïncidé avec une faible production d´énergies renouvelables.

Episodes de prix négatifs au marché spot

En 2020, le nombre de pas horaires avec des prix négatifs a atteint son plus haut niveau, soit 298 des 8784 pas horaires négociés au marché spot. Bien que le nombre de pas horaires négatifs ait une importance plutôt mineure  (~ 3,4%) par rapport au total d´heures négocié par an, il s´agit d´une augmentation de plus de 40% par rapport à 2019 (211 pas horaires avec des prix négatifs). Cela s´explique par l´augmentation du recours aux énergies renouvelables et la baisse de consommation d´électricité suite à la crise sanitaire.

La figure 14 montre les pas horaires mensuels avec des prix négatifs négociés sur le marché Day-Ahead.

Fig 13 Prix negatifs 2020
Figure 14 : Pas horaires par mois avec des prix spot négatifs /4/

En février 2020, par rapport au même mois 2019, le nombre de pas horaires de prix négatifs de l’électricité est passé de 9 à 84 sur les 696 pas horaires totaux échangés, ce qui s´explique par la forte production éolienne pendant ce mois tempétueux. Le plus grand nombre de pas horaires de prix négatifs a été enregistré le dimanche 16 février, avec 22 heures consécutives.

En 2020, le prix négatif moyen était de -15,50 €/MWh contre -17,27 €/MWh en 2019, le prix négatif record a atteint -84 €/MWh (2019 : -90 €/MWh).

La valeur du marché des prix négatifs – prix négatif moyen par heure multiplié par la quantité d’électricité négociée – est estimée à 150 M€ en 2020 selon /26/. Malgré une forte augmentation du nombre de pas horaires de prix négatifs, leur valeur du marché n´a pas subi une hausse importante par rapport à 2019 (~ 134 M€). Cela est dû à la fois au plus faible volume d´électricité négocié pendant ces heures et au prix moyen moins négatif qu´en 2019.

EPEX Spot pratique en Allemagne aussi le négoce des contrats de 15 minutes sur le marché infra-journalier et la vente aux enchères de contrats de 15 minutes. En 2020, le marché infra-journalier a enregistré 1783 quarts d´heure avec des prix négatifs, et les enchères infra-journalières 2041 quarts d´heure. En revanche, le volume négocié est nettement plus faible et en conséquence la valeur négative comparativement moins pertinente.

Alors que le producteur d´une centrale conventionnelle doit prendre à sa charge les frais des prix négatifs, la situation des producteurs d´énergies renouvelables dépend de la taille et de la date de mise en service des installations.  La réglementation en vigueur depuis 2017 prévoit la suspension de la rémunération si le prix de l´électricité au marché spot affiche une valeur négative pendant au moins six heures sans interruption pour les éoliennes > 3 MW et les autres installations d´énergies renouvelables > 500 kW mises en service à partir de 2016. Si cela se produit, les exploitants ne recevront plus le complément de rémunération rétroactivement à partir de la première heure du prix négatif.

La règle des 6 heures s´est appliquée pour 192 des 298 pas horaires avec des prix négatifs en 2020.

Dans le cadre de la loi EEG 2021, entrée en vigueur début 2021 (voir plus bas), la suspension de la rémunération des nouvelles installations d´énergies renouvelables > 500 kW est prévue si le prix au marché spot affiche une valeur négative pendant au moins quatre heures sans interruption. Il s´agit d´un durcissement de la réglementation actuelle qui reste toutefois en vigueur pour les installations existantes.

Projets phares du tournant énergétique mis en œuvre en 2021 

Plusieurs projets phares du tournant énergétique allemand seront mis en œuvre en 2021 suite aux objectifs énoncés dans le programme de protection du climat 2030 /22/ : une baisse de 55% des émissions de gaz à effet de serre d´ici 2030 par rapport à 1990 et une part de production d´énergies renouvelables de 65% :   

  • Instauration de la « taxe carbone » à partir de 2021 sur les émissions des produits combustibles non couverts par le système européen d’échange de quotas d’émissions /17/. Le prix initial des droits d´émissions sous forme de certificats a été fixé à 25 Euros par tonne de CO2. Le prix augmentera ensuite régulièrement, incitant à réduire l´usage des énergies fossiles, de 5 Euros par an en 2022 et 2023 puis de 10 Euros par an et passera à 55 Euros en 2025. En 2026, les certificats seront mis aux enchères dans une fourchette de 55 Euros à 65 Euros par tonne de CO2.

Cela enchérira à partir de 2021 les carburants et combustibles fossiles tels que le fioul, le gazole, l’essence et le gaz naturel.

Pour soulager la facture d´électricité des consommateurs, la charge de soutien aux énergies renouvelables électriques (EEG-Umlage) a été plafonnée à 65 €/MWh en 2021 et à 60 €/MWh en 2022 /18/ grâce à la subvention de l´Etat alimentée principalement par les recettes supplémentaires provenant de la « taxe carbone »

  • Loi sur la sortie des centrales à houille et à lignite (Kohleausstiegsgesetz) /10/. L’Allemagne vise un abandon de ces centrales au plus tard en 2038 avec deux étapes intermédiaires : réduction d´ici fin 2022 de la puissance nette des centrales au réseau à 30 GW (15 GW de lignite et 15 GW de houille) et à 17 GW au 1er avril 2030 (9 GW de lignite et 8 GW de houille). Des indemnités de plusieurs milliards d´Euros sont prévues pour les exploitants en compensation de l´arrêt de leurs centrales. Les régions minières reçoivent des aides fédérales de 40 milliards d’Euros pour le soutien structurel.

Dans ce contexte, la première centrale à lignite d´une puissance d´environ 300 MW a été déclassée le 31.12.2020 conformément au calendrier de fermeture. De plus, presque 4,8 GW de centrales à houille ont été retirés du marché de l´électricité fin 2020 ayant obtenu l´adjudication pour une fermeture prématurée contre le versement d´une prime d’arrêt /9/

  • Nouvelle loi sur les énergies renouvelables de 2021 (EEG 2021), entrée en vigueur le 1.1.2021 /19/. Son objectif est de créer les conditions juridiques permettant de garantir que toute l´électricité produite en Allemagne soit neutre en carbone à partir de 2050. L´objectif intermédiaire est une part des énergies renouvelables de 65 % à la consommation brute d´électricité en Allemagne en 2030. La loi prévoit une trajectoire de développement de la puissance installée jusqu’en 2030, soit 71 GW pour l’éolien terrestre, 20 GW pour l’éolien maritime, 100 GW pour le photovoltaïque et 8,4 GW pour la biomasse. Dans ce contexte, la loi fixe, de manière contraignante, la feuille de route pour y parvenir.
  • Début d´un contrôle rigoureux des émissions de gaz à effet de serre de chaque secteur économique afin d´atteindre en toute sécurité l’objectif de réduction de 55 % d’ici 2030 par rapport à 1990 selon la loi fédérale de protection du climat 2030 (Bundes – Klimaschutzgesetz), entrée en vigueur en décembre 2019. La loi fixe en effet des objectifs juridiquement contraignants en matière d’émissions de gaz à effet de serre pour chaque année et pour chaque secteur économique /15/. Si à partir de 2021 les émissions annuelles dans un ou plusieurs secteurs sont dépassées, des mesures supplémentaires seront mises en œuvre.
  • Fin décembre 2021 : arrêt de trois centrales nucléaires : Gundremmingen tranche C (1288 MW de puissance électrique nette), Grohnde (1360 MW de puissance électrique nette) et Brokdorf (1410 MW de puissance électrique nette), soit plus de 4 GW de puissance nette à production bas carbone, seront déclassées conformément à la loi de sortie du nucléaire de 2011 /20/. Les trois dernières centrales nucléaires seront mises hors service fin 2022.

[1] Le  facteur de charge est le rapport entre l’énergie électrique effectivement produite par une unité de production sur une période donnée et l’énergie qu’elle aurait produite si elle avait fonctionné à sa puissance maximale durant la même période

Références 

/1/ AG Energiebilanzen (2021) Energieverbrauch in Deutschland im Jahr 2020, en ligne : https://www.ag-energiebilanzen.de/

/2/ BDEW (2021) Die Energieversorgung 2020 – neuer Jahresbericht. Die wichtigsten Entwicklungen des Jahres, en ligne : https://www.bdew.de/energie/die-energieversorgung-2020-neuer-jahresbericht/

/3/ BDEW (2021) Stromerzeugung und – verbrauch in Deutschland, en ligne : https://www.bdew.de/energie/stromerzeugung-und-verbrauch-deutschland/

/4/ BNetzA (2021), Bundesnetzagentur veröffentlicht Daten zum Strommarkt 2020, communiqué de presse du 2 janvier 2021, en ligne : https://www.bundesnetzagentur.de/SharedDocs/Pressemitteilungen/DE/2021/20210102_smard.html?nn=265778

 /5/ AGORA-Energiewende (2021) Die Energiewende im Corona-Jahr : Stand der Dinge 2020. Rückblick auf die wesentlichen Entwicklungen sowie Ausblick auf 2021, en ligne : https://static.agora-energiewende.de/fileadmin2/Projekte/2021/2020_01_Jahresauswertung_2020/200_A-EW_Jahresauswertung_2020_WEB.pdf

/6/ SMARD Strommarktdaten. Bundesnetzagentur. En ligne : https://www.smard.de/blueprint/servlet/page/home/46.

/ 7 / Allemagne-Energies (2019) : Arrêt définitif de la tranche 2 de la centrale nucléaire de Philippsburg après 35 ans, en ligne : https://allemagne-energies.com/2019/12/29/arret-definitif-de-la-tranche-2-de-la-centrale-nucleaire-de-philippsburg-apres-35-ans/

/8/Allemagne-Energies (2020), La mise en service de la nouvelle centrale à charbon « Datteln 4 » en Rhénanie-du-Nord-Westphalie est une pierre d’achoppement (mise à jour le 09. 06. 2020), en ligne : https://allemagne-energies.com/2019/11/08/la-mise-en-service-eventuelle-dune-nouvelle-centrale-a-charbon-en-rhenanie-westphalie-est-une-pierre-dachoppement/

/9/Allemagne-Energies (2020), Résultat du premier appel d´offres sur la sortie des centrales à houille et petites centrales à lignite inférieures à 150 MW – presque 4,8 GW de centrales à charbon seront arrêtées fin 2020, en ligne : https://allemagne-energies.com/2020/12/03/resultat-du-premier-appel-doffres-sur-la-sortie-des-centrales-a-houille-et-petites-centrales-a-lignite-inferieures-a-150-mw-presque-48-gw-de-centrales-a-charbon-seront-arretees-fin-2020/

/10 / Allemagne-Energies (2020) La sortie du charbon coûtera 50 Mrds d´Euros – le Conseil des ministres allemand approuve le projet de loi (Kohleausstiegsgesetz) le 29 janvier 2020, en ligne : https://allemagne-energies.com/2020/02/03/la-sortie-du-charbon-coutera-50-milliards-deuros-le-conseil-des-ministres-allemand-approuve-le-projet-de-loi-kohleausstiegsgesetz-le-29-janvier-2020/

/11/ BNetzA (2020) Kraftwerksliste, En ligne : https://www.bundesnetzagentur.de/DE/Sachgebiete/ElektrizitaetundGas/Unternehmen_Institutionen/Versorgungssicherheit/Erzeugungskapazitaeten/Kraftwerksliste/kraftwerksliste-node.html

/12/ ET Redaktion (2020) Viel Arbeit ist noch keine sichere Versorgung – Beitrag der Windenergie zur aktuellen Stromversorgung, Energiewirtschaftliche Tagesfragen, 70. Jg. (2020) Heft 12, en ligne : https://emagazin.et-magazin.de/de/profiles/cb1a7fd451c4/editions/759c134a78b147cad8d4/preview_pages

/13/Allemagne-Energie (2020), Énergies renouvelables : de nombreux défis, annexe 7 – Dispositifs de soutien EEG 2021, en ligne https://allemagne-energies.com/energies-renouvelables/

/14/ BNetzA (2020), Fortschritte beim Stromnetzausbau, communiqué de presse du 28 décembre 2020, en ligne : https://www.bundesnetzagentur.de/SharedDocs/Pressemitteilungen/DE/2020/20201228_Netzausbau.html?nn=265778

/15/ Allemagne-Energies (2019) Le parlement allemand adopte la loi de protection du climat (Bundes – Klimaschutzgesetz), en ligne : https://allemagne-energies.com/2019/12/29/le-parlement-allemand-adopte-le-programme-de-protection-du-climat-2030/

/16/ EPEX SPOT (2021) Trading at EPEX SPOT 2021. EPEX SPOT. En ligne : https://www.epexspot.com/en/downloads#trading-products

 /17 /Allemagne-Energies (2020)  L’Allemagne instaure la « taxe carbone » à partir de 2021 dans les secteurs non couverts par le système européen d’échange de quotas d’émission, en ligne https://allemagne-energies.com/2020/10/10/lallemagne-instaure-la-taxe-carbone-a-partir-de-2021-dans-les-secteurs-non-couverts-par-le-systeme-europeen-dechange-de-quotas-demission/

/18/ Allemagne-Energies (2020) Allemagne : Le plafonnement de la charge de soutien aux énergies renouvelables électriques à 65 €/MWh en 2021 nécessite une subvention de l´État de 10,8 milliards d’Euros, en ligne : https://allemagne-energies.com/2020/11/12/allemagne-le-plafonnement-de-la-charge-de-soutien-aux-energies-renouvelables-electriques-a-65-e-mwh-en-2021-necessite-une-subvention-de-letat-de-108-milliards-deuros/

/19/ Allemagne-Energies (2020) Amendement à la loi EEG (Erneuerbare Energien Gesetz) – le coup de pouce espéré pour les énergies renouvelables ? En ligne : https://allemagne-energies.com/2020/09/24/amendement-a-la-loi-eeg-erneuerbare-energien-gesetz-le-coup-de-pouce-espere-pour-les-energies-renouvelables/

/20/ Allemagne-Energie (2020) Historique de la sortie du nucléaire, en ligne : https://allemagne-energies.com/sortie-du-nucleaire/

/ 21/ UBA (2021) Treibhausgasemissionen sinken 2020 um 8,7 Prozent, Umweltbundesamt, Communiqué de presse N° 07/21 du 15.3.2021, en ligne : https://www.umweltbundesamt.de/presse/pressemitteilungen/treibhausgasemissionen-sinken-2020-um-87-prozent

/22/ Allemagne-Energies (2019) Le parlement allemand adopte le programme de protection du climat 2030. En ligne : https://allemagne-energies.com/2019/12/29/le-parlement-allemand-adopte-le-programme-de-protection-du-climat-2030

/23/ BMWi (2021) Die wirtschaftliche Lage in Deutschland im Januar 2021, communiqué de presse du 14 janvier 2021, en ligne : https://www.bmwi.de/Redaktion/DE/Pressemitteilungen/Wirtschaftliche-Lage/2021/20210114-die-wirtschaftliche-lage-in-deutschland-im-januar-2021.html

/24/ Deutsche WindGuard (2021), Windenergie-Statistik: Jahr 2020, en ligne : https://www.windguard.de/jahr-2020.html

/25/ BNetzA (2021), Kraftwerksliste, Stand 19.01.2021, en ligne : https://www.bundesnetzagentur.de/DE/Sachgebiete/ElektrizitaetundGas/Unternehmen_Institutionen/Versorgungssicherheit/Erzeugungskapazitaeten/Kraftwerksliste/kraftwerksliste-node.html

/26/ FfE (2021), Deutsche Strompreise an der Börse EPEX Spot in 2020, Forschungsgesellschaft für Energiewirtschaft mbH, en ligne : https://www.ffegmbh.de/kompetenzen/wissenschaftliche-analysen-system-und-energiemaerkte/strommarkt/1040-deutsche-strompreise-an-der-boerse-epex-spot-in-2020

/27/ BMWi (2021) Zeitreihen zur Entwicklung der erneuerbaren Energien in Deutschland. Informationsportal Erneuerbare Energien. Bundesministerium für Wirtschaft und Energie. En ligne : https://www.erneuerbare-energien.de/EE/Navigation/DE/Service/Erneuerbare_Energien_in_Zahlen/Zeitreihen/zeitreihen.html.

/28/ BDEW (2021) Installierte Leistung und Erzeugung 2020, en ligne : https://www.bdew.de/service/daten-und-grafiken/installierte-leistung-und-erzeugung/

/29/ UBA (2021) Entwicklung der spezifischen Kohlendioxid-Emissionen des deutschen Strommix in den Jahren 1990 – 2020, Climate Change 45/2021, en ligne : https://www.umweltbundesamt.de/sites/default/files/medien/5750/publikationen/2021-05-26_cc-45-2021_strommix_2021_0.pdf

/30/ UBA (2022) Finale Klimabilanz 2020: Emissionen sanken um 41 Prozent gegenüber 1990, Communiqué de presse n° 5/2022 du 20 janvier 2022, en ligne : https://www.umweltbundesamt.de/presse/pressemitteilungen/finale-klimabilanz-2020-emissionen-sanken-um-41

Sortie du nucléaire : la Cour Constitutionnelle allemande demande au gouvernement de modifier la loi Atomique dans les plus brefs délais afin d’éliminer les entorses aux droits fondamentaux

Texte mis à jour : 12.03.2021

Temps de lecture : 7 minutes

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Centrale de Mülheim-Kärlich (source RWE), réacteur à eau pressurisée, 1300 MWe, en arrêt provisoire depuis 1988 après seulement 13 mois de fonctionnement en raison des contentieux juridiques. Un quota d´électricité de 107 TWh a été accordé à RWE dans le cadre de la loi Atomique de 2002 pour report vers d´autres centrales nucléaires. En contrepartie, RWE s’est engagée à fermer définitivement la centrale.

La Cour Constitutionnelle allemande de Karlsruhe a publié en novembre 2020 son jugement de fin septembre 2020 /1/ selon lequel le 16e amendement à la loi Atomique de juillet 2018 est inapplicable et entaché d’irrégularités formelles.

Selon la Cour Constitutionnelle, le 16e amendement n’est jamais entré en vigueur car une condition préalable n´a pas été remplie, à savoir la procédure de contrôle des aides d´État de la Commission européenne ne s’est pas déroulée correctement.

De plus le mécanisme de compensation des électriciens a été jugé insuffisant. Le groupe suédois Vattenfall s’estimait en effet lésé par ce mécanisme de compensation et avait porté l’affaire en justice.

Par conséquent, la Cour Constitutionnelle demande au législateur de modifier la loi Atomique dans les plus brefs délais afin d’éliminer les entorses aux droits fondamentaux déjà identifiées lors du jugement de décembre 2016 au sujet du 13e amendement à la loi Atomique de 2011.

Update : Le gouvernement allemand a conclu un accord avec les exploitants nucléaires sur le mécanisme d´indemnisation en mars 2021, voir ici.

Le gouvernement allemand doit revoir son mécanisme d’indemnisation pour les pertes d´exploitation suite à l’arrêt immédiat des 8 réacteurs en 2011 (13e amendement à a loi Atomique de 2011) par rapport aux quotas d’énergie accordés dans le cadre de la loi Atomique de 2002. Le mécanisme d´indemnisation s’applique aux exploitants nucléaires Vattenfall (centrales de Krümmel et Brunsbüttel) et RWE (centrale de Mülheim-Kärlich). E.ON est dans un cas différent, disposant de la possibilité de consommer son quota dans ses centrales nucléaires encore en service.

Le jugement de la Cour Constitutionnelle a des conséquences de grande portée.

Pour l’État, la résolution de la haute juridiction de Karlsruhe est très embarrassante. Après tout, cela montre l’incapacité du gouvernement fédéral à rendre la sortie du nucléaire parfaitement sûre sur le plan juridique.

Dans un communiqué de presse Mme Svenja Schulze,  Ministre fédérale de l’Environnement, de la Protection de la nature et de la Sécurité nucléaire fait savoir /2/ que le gouvernement fédéral respecte bien sûr le jugement et modifiera « dans un délai convenable » la loi Atomique dans le sens du jugement de la Cour Constitutionnelle.

La ministre souligne que le jugement ne concerne pas la sortie du nucléaire d´ici 2022  qui n´a pas été remise en question par la Cour Constitutionnelle en 2016. Il s’agit seulement « d’une question marginale : la réglementation de certaines demandes d’indemnisation éventuelles par les exploitants de centrales nucléaires ».

En revanche, les retombées économiques du jugement sont limitées. Selon les estimations du Ministère fédéral de l’environnement, les pertes de recettes des exploitants nucléaires RWE et Vattenfall représentent un montant inférieur à un milliard d´Euros. Les montants définitifs d’indemnisation doivent être calculés après 2022, lorsque tous les réacteurs auront été mis à l’arrêt car les quotas non consommés ne seront connus qu´à ce moment-là.

Néanmoins, cette décision est une bonne nouvelle pour les énergéticiens. Seul le groupe suédois Vattenfall s’estimait lésé par ce mécanisme de compensation et avait porté l’affaire en justice. Mais RWE a également salué la décision de la Cour de Karlsruhe et espère maintenant avoir son droit renforcé à une indemnisation de l’État ou pouvoir vendre ses quotas résiduels d´électricité à un prix équitable.

Information de fond

Le 13e amendement d´août 2011 à la loi Atomique a entériné la fermeture immédiate et définitive de huit réacteurs (capacité nette de ~ 8 400 MW). Les neuf réacteurs restants seront arrêtés progressivement (introduction des dates butoirs de fermeture). Les trois derniers réacteurs seront arrêtés fin 2022 /3/.

Le 13e  amendement ne prévoit aucune compensation pour les pertes de recettes par rapport aux quotas d’énergie accordés dans le cadre de la loi Atomique de 2002. RWE, E.ON et Vattenfall ont déposérecours auprès de la Cour Constitutionnelle pour inconstitutionnalité du 13e amendement à la loi Atomique.

En décembre 2016, la Cour Constitutionnelle a rendu un jugement selon lequel les électriciens sont en droit d’exiger une indemnisation pour les pertes d´exploitation par rapport aux quotas d’énergie accordés dans le cadre de la Loi Atomique de 2002. Celle-ci attribuait un quota (en térawattheure) à produire par réacteur. La loi Atomique de 2011 a rendu impossible la production de ces quotas, notamment ceux accordés aux centrales nucléaires de Vattenfall (Krümmel et Brunsbüttel) et de RWE (Mülheim-Kärlich)

En revanche la Cour Constitutionnelle ne remet pas en question la sortie du nucléaire d’ici 2022.

Pour la mise en œuvre du jugement, le législateur a adopté le 16e amendement à la loi Atomique en juillet 2018.  Cependant, le 16e amendement à la loi Atomique n’était pas conforme à cet objectif, comme l’a déterminé la plus haute instance constitutionnelle /1/.

Selon la Cour Constitutionnelle, le 16e amendement n’est jamais entré en vigueur car une condition préalable n´a pas été remplie, à savoir la procédure de contrôle des aides d´État de la Commission européenne ne s’est pas déroulée correctement. Il n’y a pas eu de notification juridiquement contraignante de la Commission européenne sur cette question, mais seulement une évaluation non contraignante (« Comfort Letter »), qui, contrairement à l’avis du gouvernement, ne remplit pas les conditions de modalité d’entrée en vigueur de l´amendement.

Le 16e amendement était apparemment imprécis. La Direction générale de la concurrence de la Commission européenne a fait savoir que ses services ont supposé qu’aucune notification formelle au titre de l’article 108 (3) du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne n’était nécessaire en ce qui concerne le 16e amendement à la loi Atomique.

De plus le mécanisme de compensation des électriciens a été jugé insuffisant par la haute juridiction de Karlsruhe. Le groupe suédois Vattenfall s’estimait en effet lésé par ce mécanisme de compensation et avait porté l’affaire en justice.

Vattenfall et RWE ont été soumis à des contraintes. Le gouvernement a exigé que les énergéticiens fassent tous les efforts nécessaires pour vendre la quantité d’électricité résiduelle à leurs concurrents. Ce n’est que s’ils n’y parviennent pas qu’ils auront droit à une indemnisation de l´État. En fait, seule PreussenElektra GmbH, une filiale d´E.ON, aurait pu être considérée comme un acheteur potentiel qui aurait probablement essayé de baisser le prix de vente. Si les entreprises Vattenfall et RWE rejetaient l’offre, l’État pourrait les accuser de ne pas faire suffisamment d’efforts pour vendre leur quantité d’électricité résiduelle – et refuser l´indemnisation par l´État.

La haute juridiction de Karlsruhe a jugé ceci anticonstitutionnel. Au moment de l’action, les électriciens concernés ne peuvent pas savoir quelles conditions de transfert ils doivent accepter, et les modalités d’indemnisation actuelles leur imposent soit d’accepter des conditions de vente de leur quota résiduel potentiellement inacceptables, soit de prendre le risque de se retrouver sans indemnisation de l´État. Ainsi, le 16e amendement ne prévoyait pas de modalités d’indemnisation adéquates au sens du jugement de la Cour Constitutionnelle de décembre 2016.

Par conséquent, la Cour Constitutionnelle demande au législateur de revoir la loi Atomique dans les plus brefs délais afin d’éliminer les entorses aux droits fondamentaux déjà identifiées lors du jugement de 2016 au sujet du 13e amendement de 2011.  Pour l’instant, il n’y a pas de date butoir pour la modification de la loi.

Outre la procédure juridique engagée en Allemagne, le groupe suédois Vattenfall réclame plus de 6 milliards d’Euros intérêts compris à l’Etat allemandpour l’arrêt de Krümmel et Brunsbüttel devant le CIRDI (Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements), tribunal d’arbitrage de la Banque Mondiale situé à Washington /3/.

Le jugement du CIRDI était initialement attendu en 2018 mais, suite aux tentatives infructueuses du gouvernement allemand de disqualifier les 3 juges du CIRDI pour partialité, la procédure a été retardée.

Références

/1/ BverfG (2020) 16. Atomgesetz-Novelle vom 10. Juli 2018 nicht in Kraft getreten; Gesetzgeber bleibt zur Neuregelung verpflichtet. Communiqué de presse n° 98/2020 du 12.11.2020. Bundesverfassungsgericht. En ligne : https://www.bundesverfassungsgericht.de/SharedDocs/Pressemitteilungen/DE/2020/bvg20-098.html.

/2/ BMU (2020) Beschluss des Bundesverfassungsgerichts zum Sechzehnten Gesetz zur Änderung des Atomgesetzes, Communiqué de presse n° 202/20 du 12.11.2020, BMU – Bundesministerium für Umwelt, Naturschutz und nukleare Sicherheit. En ligne : https://www.bmu.de/pressemitteilung/beschluss-des-bundesverfassungsgerichts-zum-sechzehnten-gesetz-zur-aenderung-des-atomgesetzes/

/3/ Allemagne-Energies (2020) Rapide historique de la sortie du nucléaire en Allemagne, en ligne : https://allemagne-energies.com/sortie-du-nucleaire/

Le baromètre 9/2020 de McKinsey – COVID – 19 : Frein ou accélérateur de la transition énergétique ?

Temps de lecture : 9 minutes hors annexe

Bien que le confinement au premier semestre 2020 ait donné un bref répit au changement climatique, la transition énergétique allemande (Energiewende) est néanmoins ralentie par la lutte contre la pandémie. Le développement de l´éolien terrestre et du réseau de transport ne progresse pas, et le nombre d’emplois dans les énergies renouvelables est en baisse. Le baromètre actuel (septembre 2020) de McKinsey de la transition énergétique montre que 8 des 15 indicateurs sont encore réalisables bien que pour 3 indices la réalisation semble incertaine. Pour 2 indicateurs il y a un besoin d’ajustement et pour 5 indicateurs, la réalisation des objectifs est « irréaliste ».

Photo Energiewende-Index Mc Kinsey

Depuis 2012 McKinsey publie un baromètre semestriel pour analyser la progression de la transition énergétique allemande. Le cabinet s’appuie sur les trois critères du triangle énergétique : la sécurité d’approvisionnement, l’économie et la protection de l’environnement et du climat. Le cabinet évalue en permanence jusqu’à maintenant 15 indicateurs sous l’angle de leur progression vers les objectifs prévus pour la transition énergétique /1/, /2/. L´avancement des indicateurs est décrit en détail dans l´annexe.

COVID-19 – Amplificateur de freinage pour la transition énergétique

Même avant la pandémie, la transition énergétique était déjà en perte de vitesse, par exemple en ce qui concerne le développement des énergies renouvelables ou les investissements dans les technologies durables. La crise sanitaire a renforcé cette tendance négative : au premier semestre 2020, une capacité éolienne de seulement 810 MW a été installée, dont 591 MW d´éolien terrestre et 219 MW d´éolien maritime. Bien que cela représente 50 % de plus que le niveau historiquement bas des nouvelles constructions à la même période l’année dernière, ce n’est que la moitié de la capacité ajoutée au cours du premier semestre 2018. De plus, les nouvelles implantations d´éolien terrestre sont contrebalancées par le démantèlement d’une capacité de 84 MW au cours du premier semestre 2020 /3/, /4/.

Malgré le fait que la part des énergies renouvelables à la consommation brute d’électricité a atteint 50% au premier semestre de 2020 /5/, la faiblesse des cours sur les marchés internationaux de l’énergie suite à la crise sanitaire a rendu l’utilisation des énergies conventionnelles plus attrayante et a ralenti la transition énergétique.

Fin mars, les prix du gaz étaient inférieurs d’un quart et de la tonne CO2 d’un tiers à ceux du début de l’année.

Au cours du premier semestre 2020 la consommation brute d’électricité a baissé de 5,7 % par rapport à la même période de 2019. Entre février et mai 2020, le prix spot de l’électricité s´est effondré /6/. Toutefois, à partir de septembre 2020 un redressement du prix spot moyen est observé, le prix étant plus élevé qu´en septembre 2019 (voir figure 1).

Fig 1 _prix spot 2019_2020
Figure 1 : Evolution des prix spot moyens de l´électricité selon /6/

Une réduction des émissions de gaz à effet de serre d´environ 30% nécessaire d´ici 2030

L´objectif de l’Allemagne est une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40 % d´ici 2020 et de 55 % à l’horizon de 2030 par rapport à 1990.

Conformément aux objectifs, le gouvernement allemand prévoit une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40% d´ici fin 2020 et de 55% d’ici 2030 par rapport à 1990.

Dans l’état actuel des choses, cela signifie qu’il faudrait encore économiser 30 % de gaz à effet de serre et passer de 805 Mt CO2éq en 2019 à 563 Mt CO2éq en dix ans.

Selon les premières estimations, entre la mi-mars et la fin avril, les émissions quotidiennes en Allemagne ont été temporairement jusqu’à 26 % inférieures à celles de l’année précédente ; 15 à 20 Mt CO2éq ont été économisées /2/. Si les émissions devaient rester à ce niveau en permanence, les objectifs climatiques seraient presque atteints d’ici 2030.  C´est irréaliste et serait associé à l´arrêt d´une très grande partie de l’économie. La réduction drastique des émissions au printemps suite à la pandémie n’a été possible que par une restriction tout aussi drastique de la vie socio-économique.

Cette baisse des émissions devrait donc rester temporaire et sera nettement inférieure sur l’année entière. Si l’économie se redresse rapidement, l’effet de la crise sanitaire pourrait même disparaître complètement.

Les « stimulations vertes » du plan de relance de l´économie sont positives mais insuffisantes

Une reprise économique rapide est une condition préalable essentielle pour surmonter les conséquences économiques de la pandémie. Pour soutenir ce processus, le gouvernement allemand a lancé un vaste plan de relance économique de 130 milliards d’euros en juin 2020.

Afin que la protection du climat ne soit pas mise de côté, le plan de relance contient également des « stimulations vertes » ainsi que des mesures visant à promouvoir l’innovation.

L’éventail des mesures concrètes va du développement de l’énergie solaire et éolienne à l’électrification des secteurs des transports et du chauffage & refroidissement, en passant par la promotion des technologies de l’hydrogène vert.

Selon M. McKinsey, les stimulations vertes du plan de relance soutiennent la protection du climat mais elles ne sont pas suffisantes pour accélérer suffisamment la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans tous les secteurs.

Secteur énergétique

Jusqu’à présent, le secteur énergétique est le principal contributeur à la réduction des émissions des gaz à effet de serre.  D’ici 2030, le secteur doit économiser de l´ordre de 7 Mt CO2eq par an pour atteindre l’objectif sectoriel (175 Mt CO2éq). Si l’on considère l’évolution depuis 2010, les entreprises ont atteint et dépassé depuis longtemps ce taux de réduction. La sortie progressive du charbon contribuera à elle seule de manière significative à la réduction des émissions d’ici 2030. En outre, le cadre du plan de relance économique ouvre désormais la voie à un développement accru de l’énergie solaire et de l´éolien maritime. Toutefois, pour l´éolien terrestre – filière de production renouvelable la plus importante –  des efforts supplémentaires sont nécessaires pour atteindre l’objectif de 2030.

Secteur industriel

Les émissions du secteur industriel devraient être réduites de plus de 4 Mt CO2éq par an pour atteindre l´objectif de 140 Mt CO2éq en 2030. L’effort réel nécessaire est encore plus important si l’on considère que la croissance économique future augmentera encore les émissions. Depuis 2010 les émissions de l´industrie n’ont diminué que de 188,2 Mt (2010) à 187,6 Mt CO2éq (2019), voir figure 2 /7/.

En dehors de la promotion des technologies de l’hydrogène vert, le plan de relance économique ne prévoit pas encore d’incitations suffisantes pour la réduction des émissions dans le secteur industriel.

Secteur des transports

Le secteur des transports doit économiser plus de 6 Mt par an pour atteindre l´objectif de 95 Mt CO2éq en 2030. Jusqu’à présent, cependant, peu de progrès ont été observés. Au contraire : au cours de la dernière décennie, les émissions sont en fait passées de 153 Mt en 2010 à 163 Mt CO2éq en 2019. C’est là que le plan de relance économique du gouvernement pourrait faire accélérer  la mise en place de véhicules électriques et la création d’infrastructures de recharge.

Secteur bâtiment, chaleur & refroidissement

Par rapport au secteur des transports, l’objectif 2030 du secteur bâtiment, chaleur & refroidissement est avec 70 Mt CO2éq bien inférieur, ce qui conduit à un taux de réduction de 5 Mt CO2éq par an. Cependant, entre 2010 et 2019 la réduction d’émissions n´a même pas atteint les 27 Mt CO2éq. Il y a encore beaucoup de rattrapage à faire. Malgré les subventions gouvernementales, la grande percée en termes de rénovation de bâtiments n’a pas encore eu lieu. Le taux de rénovation stagne à environ 1 % par an, alors qu’il faudrait au moins 1,5 % pour atteindre les objectifs climatiques de 2030. Dans ce secteur en particulier, l’Allemagne a perdu un temps précieux au cours de la dernière décennie.

Fig 2_Emissions par secteur 2010_2030

Annexe : Baromètre semestriel de septembre 2020 : vue d’ensemble des indicateurs

Augmentation de la part des énergies renouvelables, diminution des émissions de gaz à effet de serre : à première vue, le bilan actuel de la transition énergétique est assez positif. Mais, à y regarder de près, il faudrait agir dans de nombreux domaines. Le baromètre actuel (septembre 2020) de McKinsey de la transition énergétique montre que 8 des 15 indicateurs sont encore réalisables bien que pour 3 indices la réalisation semble incertaine. Pour 2 indicateurs il y a un besoin d’ajustement et pour 5 indicateurs, la réalisation des objectifs est « irréaliste ».

Annexe Indicateurs realise_1
Tableau 1 : Indicateurs dont la réalisation semble réaliste

Annexe Indicateurs realise_11
Tableau 1 suite

Annexe Indicateurs realise_2
Tableau 2 : Indicateurs dont la réalisation est incertaine

Annexe Indicateurs realise_3
Tableau 3 : Indicateurs demandant un ajustement

Annexe Indicateurs realise 4
Tableau 4 : Indicateurs dont la réalisation semble irréaliste

Annexe Indicateurs realise 41
Tableau 4 suite

Références

/1/ McKinsey (2020), Energiewende-Index, Septembre 2020, en ligne : https://www.mckinsey.de/branchen/chemie-energie-rohstoffe/energiewende-index

/2/ McKinsey (2020), T. Vahlenkamp et al., COVID-19: Bremser oder Beschleuniger der Energiewende? Energiewirtschaftliche Tagesfragen 70. Jg. (2020) Heft 9, en ligne : https://www.mckinsey.de/~/media/mckinsey/locations/europe%20and%20middle%20east/deutschland/news/presse/2020/2020-09-03%20energiewende-index/et_ewi_september%202020.pdf

/3/ Deutsche Windguard (2020), Status des Offshore-Windenergieausbaus in Deutschland, Erstes Halbjahr 2020, en ligne : https://www.windguard.de/id-1-halbjahr-2020.html

/4/ Deutsche Windguard (2020), Status des Windenergieausbaus an Land in Deutschland, Erstes Halbjahr 2020, en ligne :  https://www.windguard.de/id-1-halbjahr-2020.html

/5/ Allemagne-Energies (2020), Allemagne : la part des énergies renouvelables à la consommation brute d’électricité atteint 50% au premier semestre de 2020, en ligne : https://allemagne-energies.com/2020/07/05/allemagne-la-part-des-energies-renouvelables-a-la-consommation-brute-delectricite-atteint-presque-50-au-premier-semestre-de-2020/

/6/ Bundesnetzagentur (2020), SMARD, Strommarktdaten, en ligne : https://www.smard.de/home/strommarkt-aktuell/strommarkt

/7/ Umweltbundesamt (2020), Gemeinsame Pressemitteilung von Umweltbundesamt und Bundesministerium für Umwelt, Naturschutz und nukleare Sicherheit, Treibhausgasemissionen gingen 2019 um 6,3 Prozent zurück, Große Minderungen im Energiesektor, Anstieg im Gebäudesektor und Verkehr, en ligne : https://www.umweltbundesamt.de/presse/pressemitteilungen/treibhausgasemissionen-gingen-2019-um-63-prozent

/8/ Bundesnetzagentur (2020), Versorgungsunterbrechungen Strom 2019, communiqué de presse du 22.10.2020, en ligne : https://www.bundesnetzagentur.de/SharedDocs/Pressemitteilungen/DE/2020/20201022_SAIDIStrom.html?nn=265778

Le développement de l´éolien maritime dans la partie allemande de la Mer du Nord tributaire de l´effet de sillage

Temps de lecture : 7 min

Le développement des parcs éoliens maritimes constitue l’une des priorités en Allemagne pour promouvoir les énergies renouvelables. Fin 2019, la puissance installée s´élève à environ 7,5 GW (Mer du Nord et Mer Baltique) selon /1/.  L’objectif de développement des éoliennes maritimes a été porté de 15 à 20 GW en 2030 avec l´adoption du programme de protection du climat 2030 (Klimaschutzprogramm 2030) en octobre 2019.

Les différents scénarios prévoient une puissance nominale de 45 à 70 GW dans la partie allemande (Baie Allemande) de la Mer du Nord d’ici 2050. Avec une production d’électricité de 180 à 280 TWh, cela devrait permettre de couvrir entre un tiers et la moitié de la consommation actuelle d’électricité.

Une étude publiée par le think tank Agora Energiewende en mars 2020 /2/ conclut que les parcs éoliens allemands devraient être construits non seulement dans la Baie Allemande mais aussi dans des zones plus éloignées, autrement le facteur de charge pourrait baisser de 15 % à 20 % à cause de l’effet de sillage.

Fig 1 Wake effect_1
Figure 1 : Effets de sillages sur un parc éolien en Mer du Nord /3/

A l’arrière d’une éolienne, un sillage se développe (voir figure 1) et la vitesse moyenne du vent est diminuée entrainant notamment une baisse de production des éoliennes environnantes.

L’effet de sillage est plus important pour les éoliennes maritimes que sur terre suite à la densité de puissance nominale prospectée beaucoup plus élevée (la densité de puissance prospectée est de l’ordre de 10 MW par km² en mer contre moins de 0,5 MW par km2 en moyenne en 2018 sur terre) et des turbulences atmosphériques plus fortes sur terre entraînent une meilleure récupération de l’énergie qu´en mer /2/.

Le développement des parcs éoliens terrestres et maritimes constitue l’une des priorités

Les objectifs de l´Allemagne de réduction de gaz à effet de serre nécessitent un développement massif des énergies renouvelables dont le développement des parcs éoliens terrestres et maritimes constitue l’une des priorités.

Selon les différentes hypothèses /2/, notamment en tenant compte des besoins futurs en hydrogène, la production annuelle totale d’électricité à partir de l’énergie éolienne en 2050 pourrait se situer entre 470 et 750 TWh. Cela signifie une multiplication d´un facteur 4 à 6 par rapport à la production en 2019. Sur cette quantité, 220 à 520 TWh pourraient être produits par l’éolien terrestre, et 180 à 280 TWh par l’éolien maritime (voir figure 2).Fig 2 Potential

Figure 2 : Besoins futurs de la production annuelle d’électricité à partir de l’énergie éolienne

Analyse de l´effet de sillage sur le développement de l’éolien maritime dans la Baie Allemande de la Mer du Nord

Dans une récente étude « Making the Most of Offshore Wind – Re-Evaluating the Potential of Offshore Wind in the German North Sea » /2/, commandée par le think tank Agora Energiewende et réalisée par l’Université technique du Danemark et l’Institut Max Planck de biogéochimie, une analyse de l’effet de sillage sur le développement de l´éolien maritime dans la Baie Allemande (Deutsche Bucht), a été effectuée sur la base de modèles de simulation.

La figure 3 montre la Baie Allemande (zone bleue) avec des parcs d´éoliennes maritimes dans la zone 1 (2767 km²) proche du rivage (vert) et des parcs prospectés dans la zone 2 (4473 km²) plus lointaine (rose). La surface et le périmètre sont indiqués pour chaque parc.

Fig 3 Deutsche Bucht_1
Figure 3 : Baie Allemande en Mer du Nord – surface et périmètre de chaque parc d´éoliennes construit ou envisagé /2/

Les études menées par différentes organisations /2/ prévoient une puissance nominale d´éoliennes maritimes de 45 à 70 GW dans la Baie Allemande à l´horizon de 2050.

L´effet de sillage a été évalué pour différents scénarios de puissances nominales dans la Baie Allemande.  Sous l´hypothèse de caractéristiques d’une éolienne de 12 MW et différentes densités de puissance nominale installée, allant de 5 MW/km2 à 20 MW/km2, on obtient une fourchette de puissance totale possible entre 14 GW et 145 GW, ce qui correspond à un total d’environ 1 200 à 12 000 éoliennes de 12 MW chacune.

L´effet de sillage a été obtenu à partir de deux modèles de simulation : l´une « KEBA » (Kinetic Energy Budget of the Atmosphere) est simple et rapide, et l´autre « WRF » (Weather Research and Forecast model) est très complexe et nécessite une grande puissance de calcul pour effectuer les simulations. Néanmoins, les deux modèles montrent un niveau de concordance remarquable dans le degré global de réduction des rendements suite au sillage.

La figure 4 montre à titre d´exemple les résultats pour la zone 1 (2767 km2) et la zone 1 + 2 (7240 km2) obtenus par le modèle de simulation « KEBA ».

Fig 4 Ausbeute
Figure 4 Résultats de simulation de l´effet de sillage obtenus par le modèle « KEBA » (Kinetic Energy Budget of the Atmosphere)

Actuellement 6,5 GW sont installés dans la Baie Allemande de la Mer du Nord et environ 1 GW en Mer Baltique /1/. Le nombre d´heures équivalent pleine puissance des éoliennes maritimes se situait autour de 3600 h en 2019.

Pour une densité de puissance prospectée de l’ordre de 10 MW par km² ce qui correspond à 28 GW d´éoliennes installées sur la zone 1 (~ 2 800 km²), le rendement tomberait à environ 3 450 heures équivalentes pleine puissance soit une production annuelle d’électricité à près de 100 TWh de. La puissance prospectée de 72 GW sur les zones 1 et 2 (~7 200 km²), correspondant également à une densité de 10 MW par km², réduirait le nombre d´heures équivalentes pleine puissance à environ 3 000 heures par an, soit une production annuelle d’électricité à près de 220 TWh.

La capacité supplémentaire de 44 GW n´ajouterait que 120 TWh aux 100 TWh produits par les 28 GW. On est donc loin des quelque 260 TWh par an que l´on pourrait espérer d´une puissance nominale de 72 GW et en admettant le nombre d´heures équivalent pleine puissance actuellement observé dans la Baie Allemande.

Conclusion

En tenant compte des besoins de la production d’électricité à partir des éoliennes maritimes allant de 180 à 280 TWh à l´horizon de 2050, l´étude conclut que l’effet de sillage pourrait avoir un impact significatif sur le nombre d’heures équivalent pleine puissance et doit donc être pris en compte pour la planification future.

Les auteurs de l´étude proposent d´étendre l’installation des parcs supplémentaires d´éoliennes maritimes sur une plus grande surface en coopération avec les pays voisins de l’Allemagne. Ils préconisent en outre d’étudier plus en détail des effets locaux de sillage qui pourraient être non-négligeables sur les facteurs de charge des parcs d’éoliennes terrestres et maritimes.

Références

/ 1 / Deutsche Windguard (2020) Status des Offshore Windenergieausbaus in Deutschland, Jahr 2019, en ligne : https://www.windguard.de/jahr-2019.html

/2/ Agora Energiewende, Agora Verkehrswende, Technical University of Denmark and Max-Planck-Institute for Biogeochemistry (2020): Making the Most of Offshore Wind: Re-Evaluating the Potential of Offshore Wind in the German North Sea, en ligne : https://www.agora-energiewende.de/fileadmin2/Projekte/2019/Offshore_Potentials/176_A-EW_A-VW_Offshore-Potentials_Publication_WEB.pdf

/3/ BSH (2018) Anhörungstermin zum Vorentwurf des Flächenentwicklungsplans, den Entwürfen der Untersuchungsrahmen und der Stellungnahme der Übertragungsnetzbetreiber, Bundesamt für Seeschifffahrt und Hydrographie, en ligne : https://www.bsh.de/DE/THEMEN/Offshore/Meeresfachplanung/Flaechenentwicklungsplan/_Anlagen/Downloads/Erste_KR/Flaechenentwicklungsplan_2019_Praesentation_Anhoerungstermin.pdf?__blob=publicationFile&v=5

L´Allemagne atteindra-t-elle son objectif climatique 2020 grâce à l´hiver doux et l´épidémie de coronavirus ?

Temps de lecture : 5 min

Selon le think tank AGORA Energiewende, les émissions de gaz à effet de serre pourraient diminuer de 40 à 45 % en 2020 par rapport à 1990 principalement en raison de l´épidémie de coronavirus. Sous cette hypothèse l´Allemagne atteindrait son objectif de 2020, soit une réduction de 40% des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990. Cependant, il est à craindre que les émissions rebondissent après l´effet exceptionnel de l´épidémie et qu´il y ait en plus une réticence à investir dans la protection du climat.

Les émissions de gaz à effet de serre ont reculé à 805 Mt CO2éq en 2019 en Allemagne. Cela correspond à une réduction de 35,7 % par rapport à 1990 /1/.

Agora Energiewende /2/ a estimé l´évolution possible des émissions de gaz à effet de serre en 2020 pour les secteurs de l´énergie, l’industrie, les transports, l´agriculture et les bâtiments en tenant compte de l´hiver très doux et de l’effet exceptionnel de l´épidémie de coronavirus.

Le think tank s´attend à ce que les émissions diminuent d’au moins 50 Mt CO2éq en 2020 par rapport à 2019. Selon l´évolution de l’épidémie de coronavirus, la réduction pourrait même atteindre 120 Mt CO2éq, ce qui représenterait une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40 à 45 % par rapport à 1990. Dans un scénario moyen, la réduction serait de 80 Mt CO2éq par rapport à l’année précédente soit 42 % par rapport à 1990.

Indépendamment de l´épidémie de coronavirus, l´hiver très doux et venteux du début de l’année 2020 est déjà à l´origine de réductions des émissions. A la forte production d’énergie éolienne se sont ajoutés le faible prix du gaz et le prix de CO2 encore relativement élevé au début de l´année soit entre 20 et 25 Euros par tonne de CO2. Par voie de conséquence, pour les deux premiers mois de 2020, l´électricité produite par les centrales à charbon/lignite a diminué d´un tiers par rapport à la même période de l’année précédente. De plus, le temps doux a également conduit à une consommation d´électricité plus faible pour le chauffage.

Selon les statistiques de l´Agence Fédérale d´Environnement /3/, les énergies renouvelables ont produit en janvier et février 2020 au total 51,2 TWh soit une augmentation de 10,2 TWh par rapport à la période de l´année précédente (voir figure).

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Figure : Production d’électricité à partir d’énergies renouvelables par mois (2019 et 2020)

Le mois de février 2020, très venteux, a établi un nouveau record de production d´électricité à partir des énergies renouvelables avec plus de 28 TWh ce qui correspond à presque 60% de la production totale du mois.

Les éoliennes à terre et en mer ont produit en janvier et février près de 37 TWh. En comparaison, la production des centrales photovoltaïques n’était que de 6,4 TWh en raison de la saisonnalité.

Si l´on extrapole une évolution des conditions météorologiques similaire à celle de 2019 pour le reste de l´année 2020, les émissions de gaz à effet de serre diminueraient de l´ordre de 20 Mt CO2éq par rapport à 2019, même sans tenir compte de l´épidémie de coronavirus, en raison des effets des premières semaines de l´année (hiver chaud, forte production d’énergie éolienne, prix faible du gaz).

Pour le reste de l´année, cela dépendra de la durée de l’épidémie de coronavirus et des effets qu’elle aura. L´épidémie pourrait entraîner une réduction des gaz à effet de serre de 30 à 100 Mt CO2éq supplémentaires. Les émissions diminueraient notamment dans le secteur des transports en raison de la baisse du trafic de passagers, tout comme la consommation d’électricité et de gaz naturel en raison des répercussions économiques de l´épidémie.

On peut cependant supposer qu’il s´agit d’un effet exceptionnel et que les émissions rebondiront après l´épidémie de coronavirus d´autant plus que les centrales nucléaires seront définitivement arrêtées d´ici 2022, soit une perte d´environ 75 TWh bas carbone.

Il est également légitime de craindre que le gouvernement, très occupé à combattre les effets de la récession induite par l´épidémie, soit enclin à « déprioriser » la protection du climat, d´autant que les caisses des investisseurs risquent d´être vides.

Références 

/1/ Allemagne-Energies (2020), Allemagne – l´essentiel des résultats énergétiques 2019, en ligne : https://allemagne-energies.com/2020/01/12/allemagne-lessentiel-des-resultats-energetiques-2019/

/2/ AGORA Energiewende (2020) „Corona-Krise und milder Winter lassen Deutschland Klimaziel für 2020 erreichen“, en ligne : https://www.agora-energiewende.de/presse/neuigkeiten-archiv/corona-krise-und-milder-winter-lassen-deutschland-klimaziel-fuer-2020-erreichen-1/

/3/ Umweltbundesamt (2020), Arbeitsgruppe Erneuerbare Energien Statistik (AGEE Stat) „Monatsbericht zur Entwicklung der erneuerbaren Stromerzeugung und Leistung in Deutschland“, Stand: 12.03.2020, en ligne :  https://www.umweltbundesamt.de/sites/default/files/medien/372/dokumente/agee-stat_monatsbericht_03-2020.pdf

 

Le tournant énergétique en Allemagne fait du surplace selon le dernier rapport de l´Union Economique Bavaroise

Temps de lecture : 5 min

Le tournant énergétique en Allemagne fait du surplace. L’approvisionnement en électricité est assuré pour les prochaines années, mais seulement de justesse dans le sud de l’Allemagne. Presque tous les indicateurs de progrès sont au rouge, la plupart des objectifs principaux à l´horizon 2020 ne seront pas atteints. C’est le résultat du 8e rapport annuel publié par l´ Union Economique Bavaroise sur l’évolution du tournant énergétique en Allemagne et en Bavière.

Pour la 8e fois consécutive, le bureau d´étude Prognos a établi pour le compte de l´ Union Economique Bavaroise (vbw – Vereinigung der Bayerischen Wirtschaft), un bilan d´étape sur le tournant énergétique en Allemagne et en Bavière /1/, /2/. Le bilan, publié début février 2020 sur la base des dernières données validées de l’année 2018, prend en compte quatre catégories pour l’évaluation des progrès réalisés : la sécurité d’approvisionnement, le prix abordable (coûts d´électricité), l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables ainsi que l´impact environnemental.

Le résultat est plutôt décevant. Sur la base des données de 2018, la plupart des objectifs principaux à l´horizon 2020 ne seront pas atteints (voir figure).

Bilan TE vbw
Figure : Bilan d´étape du Tournant Energétique – Écarts par rapport aux objectifs pour 2020

Sécurité d´approvisionnement  

L’approvisionnement en électricité est actuellement assuré. Cependant, le développement du réseau est en retard par rapport au planning /3/. Les tracés nord – sud en courant continu ne seront pas disponibles avant 2025. Le retard pris dans le développement du réseau, lequel n’arrive pas à suivre le rythme auquel se développent les éoliennes et le photovoltaïque, a provoqué  une hausse importante des interventions des gestionnaires des réseaux allemands pour stabiliser le réseau et éviter des coupures de courant. Ces mesures coûteuses (environ 1,44 Mrds d´€ en 2018) pèsent sur le prix de l’électricité par le biais du tarif d´utilisation du réseau.

Le retard sur le développement du réseau de transport nord-sud pourrait, à partir de 2022 (arrêt du nucléaire), entraîner des goulets d’étranglement en matière d´approvisionnement en électricité en Allemagne du sud où réside une partie importante de l’industrie et donc de la consommation électrique.

Prix abordable (Coûts d‘électricité)

Le prix de l’électricité pour les ménages allemands continue d´être parmi les plus chers en Europe/4/. Son évolution depuis 2010 est nettement supérieure à l’indice des prix à la consommation.

Comme les prix évoluent différemment selon les catégories de consommation, une image différenciée se dégage pour le prix du kWh de l´industrie non privilégiée. Dans l’ensemble, cet indicateur fait cependant l’objet d’une évaluation critique. Il est donc impératif que la taxe sur l’électricité soit ramenée au minimum européen afin de maintenir la compétitivité des entreprises. De plus il faudrait des allègements supplémentaires dans le cadre de la sortie progressive des centrales à charbon/lignite.

L´industrie électro – intensive est protégée sous la forme d´un dégrèvement partiel du soutien aux énergies renouvelables et conserve un tarif compétitif ayant pour but de préserver sa compétitivité internationale.

Efficacité énergétique et énergies renouvelables

L´évolution de la consommation brute d´électricité (-10% d´ici 2020 par rapport à 2008) et de la consommation énergétique primaire (- 20% d´ici 2020 par rapport à 2008) est loin derrière les objectifs. Cela est aussi valable pour la productivité énergétique (ratio « PIB /consommation finale d´énergie »  en M€/tep). Selon le concept énergétique du gouvernement fédéral /5/, une augmentation annuelle de 2,1% a été prévue. En 2018, le niveau correspondant était inférieur de plus de 14 % à la trajectoire cible.

Seul le rythme de développement des énergies renouvelables dans le secteur électrique est élevé et a déjà dépassé l´objectif de 2020.

Impact environnemental

Bien que les émissions de gaz à effet de serre en Allemagne aient diminué de 4,5 % en 2018 par rapport à l’année précédente, les émissions ont été bien supérieures à la trajectoire cible et ce pour la neuvième année consécutive.

Dans l’ensemble, le développement en matière environnementale est négatif. Au cours des cinq dernières années, les émissions de gaz à effet de serre se sont de plus en plus éloignées de la trajectoire visée. Bien que la réduction des émissions dans l’industrie énergétique soit disproportionnément élevée par rapport à d’autres secteurs, elle est plus que compensée par de faibles réductions dans l’industrie, l’agriculture et les transports.

L´objectif national d´une réduction de 40% des gaz à effet de serre par rapport à 1990 est actuellement hors de portée.

Conclusion

Ces dernières années, les progrès du tournant énergétique ont été beaucoup plus lents que ne l’exigent les objectifs à l´horizon 2020. En particulier, le développement du réseau, absolument nécessaire pour garantir l’approvisionnement en électricité et la distribution économiquement rentable des énergies renouvelables, a été fortement retardé. Dans l’industrie, les secteurs du bâtiment et des transports, la mise en œuvre de l’efficacité énergétique et l’introduction de moyens de production de chaleur et de systèmes de propulsion alternative à faible ou à zéro émission progresse plus lentement que nécessaire pour atteindre les objectifs 2020.

Références

/1/ vbw (2020) Energie und Klima. 8. Monitoring der Energiewende. Vereinigung der Bayerischen Wirtschaft e.V. En ligne : https://www.vbw-bayern.de/Redaktion/Frei-zugaengliche-Medien/Abteilungen-GS/Wirtschaftspolitik/2020/Downloads/vbw_8._Monitoring_der_Energiewende_Januar_2020.pdf.

/2/ Prognos (2020) 8. Monitoring der Energiewende, https://www.prognos.com/presse/news/detailansicht/1898/b497e09364ad812178da45ba6bc364f2/

/3/ Allemagne-Energies (2020), Énergies renouvelables : de nombreux défis. En ligne : https://allemagne-energies.com/energies-renouvelables/

/4/ Allemagne-Energies (2020) Bilans énergétiques : Comparaison Allemagne et France. En ligne : https://allemagne-energies.com/bilans-energetiques.

/5/ Allemagne-Energies (2020),  Le tournant énergétique allemand. En ligne : https://allemagne-energies.com/tournant-energetique.